LES NÉCESSITÉS SOCIALES
c'est seulement alors : qu'il est permis de faire de la théorie sur les lois ; ou plutôt : de découvrir la théorie des lois, Tordre rationnel des lois, théorie, nous ne pouvons trop le répéter, toujours essentiellement basée sur les nécessités sociales ; ou plutôt : sur la nécessité sociale. Car, s'il était, simultanément, deux nécessités sociales opposées. Tordre, c'est-à-dire : les lois qui procurent Tordre ; c'est-à-dire : la théorie des lois serait impossible à trouver, par n'importe quelle série d'observation. Alors, ce n'est plus de l'observation que Ton part ; mais du moral lui-même préak' blement reconnu. En mathématiques d'ailleurs, et s'il était nécessaire de citer un exemple, on ne part point de l'observation ; on part de Yunité^ abstraction de l'être moral y pbéscpposé béel.
Quant [au passage de Montesquieu, il semblerait vouloir insinuer : que, l'état nomade est le plus juste. Montesquieu s'est trompé, llya des besoins; et, qui plus est, des pauvres ; et, qui plus est^ des injustices ; au sein de l'état nomade. L'appropriation du sol, suit, nécessairement, cette première situation sociale; et, cette appropriation est même nécessaire au développement deTintelligence. Ici le génie de Montesquieu a parlé par empirisme. L'auteur de V Esprit des lois a indiqué vaguement : que, relativement au sol, il est
un état qui n'est ni nomade, ni d'appropriation individuelle; et qui, en effet, est le meilleur possible comme seul rationnel. Nous développerons, plus tard, cette pensée empirique de Montesquieu ; et, de tous ceux, du reste, qui ont eu du génie depuis Moïse ; pensée que tous auraient énoncée clairement : s'ils n'étaient nés, quelques siècles trop tôt.
reponse a la seconde objection : la feodalite est
d'origine moderne.
Pas de lerre sans seîgnear.
Dboxt féodal.
Si, nous appelons exclusivement féodalité^ l'aristocratie nobiliaire, telle qu'elle existe encore dans plusieurs États de l'Europe : avec sa primogéniture, sa hiérarchie, ses titres, ses armoiries, etc. ; certes, il sera possible d'alïïrmer : que, la féodalité n'appartient point aux temps fabuleux. Mais, ' si à cette expression, nous attachons le sens d'une aristocratie exclusivement relative à la propriété du sol ; nous verrons la féodalité commencer , toujours , à la fin de l'état nomade. Dans ce sens, la féodalité n'est point exclusivement relative ; à la transmission par primogéniture. Cette espèce de transmission n'a souvent lieu : que, là où le chef du trône est séparé du chef de l'autel. En Russie par exemple où le trône est uni à l'autel, il n'y a point de primogéniture pour la transmission du sol. Dira-t-on : que, la noblesse n'a point de pouvoir en Russie ?
Ce qui contribue encore à nous faire croire : que la
féodalité est d'origine moderne ; c'est, que les civilisations qui ont précédé la nôtre, celle de Grèce et de Rome païenne, avaient des féodalités qui ne ressemblaient point à la nôtre : quoique toujours relatives à la possession du sol. Si, cependant, nous étudions' les nations contemporaines de ces deux civilisations, que celles-ci nommaient barbares ou étrangères, nous y verrons partout : des féodalités temporaires ou héréditaires ; et, lorsqu'elles deviennent indéfiniment héréditaires, BOUS les voyons : se transmettre, par primogéniture ; lorsque, cette transmission a lieu pour les chefs du trône; et, que celui-ci est séparé de l'autel.
2ft9t SCIBNCB SOClÀLB,
RBPOirSB A tA TROISmiE OBJECTIOU : LES PERIODES DE DESPOTISME DONHÉES GOMME GElVERALES ITE 8£ RAP- PORTENT qu'a la civilisation OCCIDENTALE.
« Dans tons les temps, les pliis grands crinn mii été commis aa nom des lois. »
La MsirsÀis, DUausiani critiquée, p. 172. — « C'est encore du droitdela forœ qo'émaaoït, chea les natioas les pins vantées ponr lenrs lamières, et les législations et les constitntions. ■ La Murif Ats, Amschaapandt et Darvande^ p. 99. — « Il serait bon qu'on obéit aux lois et cootnmes, parce qu'elles sont lois, qu'on sût qu'il n$ en aaucune juete et vraie à introduire, que nous n'y connaissons rien, et qu'ainsi il faut seulement narre les reçues. Par ce moyen on ne les quitterait jamais. Mais le peuple n'est pas susceptible de cette doctrine, et ainsi, comme il croit que la vérité se peut trouver, et qu'elle est dans les lois et oootumeS| il les croit, et prend leur antiquité comme • une preuve de leur vérité (et non de leur seule autorité sans vérité). Ainsi il obéit; mats il est sujet à se révolter dès qu'on lui montre qu'elles ne valent rien ; ce qui se peut faire de tontes en les regardant d'un certain côté. »
Manuscrit autographe de Pascal. Passage
supprimé par Port^Royal; rétaUi par
M, Cousxir dans son rapport à FAcadé'
mie, p. 169.
, — « Quatre civilisations diverses, liées à autant
de systèmes religieux, se partagent la terre; et tontes elles déclinent, s'affaissent, chancellent; toutes elles penchent sur l'abtme , comme des rocs dont la mer a sapé les fondements. Des extrémités de l'Asie anx derniers confins de l'Occident, la société se dissout. »
** La BfavRAis, Amtckaspands et Dartands, p. 58.
8GIEMCE SOCIALE. 263
Avant d'examiner, si la féodalité a existé, en dehors de la civilisation occidentale; tâchons d'atta* cher un sens précis, à l'expression civilisation; ou, sachons au moins : si , cette expression est indéterminée.
Si, prinaitivement, il existait : un état de nature ; an état où les individus ne sont point en état de société ; l'état de nature pourrait être opposé à l'état de civilisation, considéré comme synonyme d'état social. Mais, du moment qu'il est reconnu : que, le prétendu état de nature est une hypothèse complètement illusoire, inventée par la prétendue philosophie, pour faire opposition aux prétendues révélations; le mot civilisation peut seulement signifier : telle ou telle forme sociale. Or, les formes sociales peuvent se rapporter à mille points différents ; par exemple ; à la manière dont la règle détermine la jouissance du sol. Dans ce rapport nous aurions : la civilisation nomade qui abuse du sol à volonté ; la civilisation relative à l'aliénation du sol à plusieurs ; la civilisation relative à la possession du sol par un seul ; la civilisation relative à la possession du sol par tous , sans abus général ni particulier. L'expression civilisation pourrait encore se rapporter : aux règles d'action ; et, alors, nous aunons : civilisation chrétienne ; civilisation musulmane ; civilisation indienne ; civilisation chinoise ; etc. — Civilisation rationnelle.
En résumé :
Le mot -civilisation ne peut se rapporter : qu'à la forme sociale ;
264 8C1ENCB SOCIALE.
La force sociale ne peut se rapporter : qu'à la force; ou, à la raison.
Depuis son origine, rhumanité n'a été, et n'a pu être : que, sous le régime de la force.
Jusqu'à présent il n^ a donc eu : que, la civilisation relative à la force,
La civilisation, relative à la raison, appartient à l'avenir; et, arrivera nécessairement dans peu : la* civilisation, relative à la force, étant devenue^ incapable : de conserver la vie à l'humanité.
Répondons maintenant à la ti^oisième objection.
Nous ne connaissons l'histoire des peuples orientaux, que depuis qu'ils existent en agglomérations tellement considérables : que, les nôtres , sous ce point de vue, n'ont jamais pu leur être comparées. Et, toute tradition relative à leurs diverses transformations sociales, se trouve nécessairement cachée, sous l'amas de mille fictions diverses : que, les différents législateurs ont dû établir pour empêcher que l'anarchie ne persiste : au milieu de pareilles agglomérations. Là, une multitude de révélations ont dû exister en contact, et se trouver successivement détruites, avant de se trouver ramenées : à une espèce d'unité^ caractéristique exclusive de l'absence d'anarchie.
Malgré ces difficultés, pour arriver à découvrir la marche des développements de l'humanité, chez les peuples de l'Orient, nous voyons néanmoins, depuis que les premiers rayons de l'histoire traditionnelle, monumentale ou écrite, nous permettent d'observer ces mêmes peuples ; que, chez eux, les diverses som-
mités des hiérarchies territoriales, pouvoirs matériels (apparents et illusoires^ représentant, comme partout ailleurs, des sacerdoces respectifs, pouvoirs intellectuels , cachés et ree/^, possèdent la totalité du sol; et que, pour en régler la jouissance, elles établissent des féodalités territoriales héréditairement temporaires ; féodalités : avec ou sans distinction de primogéniture ; et, toujours limitées, soit à une, soit à plusieurs générations, en nombre déterminé; et, non des féodalités territoriales héréditairement indéfinies, ainsi que cela s'est pratiqué pour notre civilisation occidentale.
C'est, essentiellement, dans ce point relatif à la possession et à la transmission, c'est-à-dire à la jouissance du sol, que consiste la différence : entre les deux variétés de civilisation. Voyons d'où ces différences dérivent : nécessairement.
Aussi longtemps que des agglomérations sociales différentes, chacune soumise à une règle d'action différente, restent chacune assez peu nombreuse , relativement au sol qu'elles occupent, pour que le contact entre elles puisse être empêché par les sommités hiérarchiques, respectives ; cet obstacle aux communications est considéré comme base d'existence de chacune d'elles. C'est que les sommités savent : qu'elles ont intérêt à ce que les règles d'actions ne soient pas examinées réciproquement. Et, pour que, chaque règle ne soit point examinée intérieurement par les masses; le sol, dont la jouissance est intimement liée aux développements de l'intelligence, doit se trouver aliéné à certains individus, pour être transmis indé-
finiment. Mais une fois que, par suite *d6 raccroissement des populations et des développements des intelligences, le contact devient inéyitable ; les règles d'actions sont réciproquement examinées : parce que chaque agglomération a le but de se rendre dominante au moyen de sa propre règle. Toutes croient^ dès lors, avoir intérêt : à ce que chaque révélation étrangèrei soit reconnue rationnellement contestable. H en résulte : que, toutes étant contestables^ ainsi que l'avoue Pascal lui-même, toutes se trouvent rationnellement contestées.
C'est alors, qu'au milieu de cet ensemble d'agglomérations, où toute règle d'action se trouve contestée, le besoin d'ordre fait sentir : la nécessite d'une r^le d'action incontestée.
Mais, aussi longtemps qu'une règle d'action, ration" mllement incontestable, ne peut exister; il ne peut y en avoir d'incontestée : que, sentimentalement.
C'est donc mille règles d'actions qu'il faut ramener à une seule, et appuyer : sur le seul sentiment.
Dans ce cas :
Comme les sentiments, relatifs aux règles d'actions, dérivent essentiellement de l'éducation ;
Comme^ pour que l'éducation soit une, il faut qu'elle ait pour base : l'état de l'instruction ;
Comme la possession de l'état de l'instruction est essentiellement liée à la jouissance du sol ;
Le sol, au milieu d'une circonscription vouée à l'anarchie, par l'excès de population, nécessitant un contact des différentes agglomérations qui anéantit l'incontestabilité de toute règle , par l'expansion de
8CIB1YGE SOCIALE. 267
rinstruction, devient nécessairement : la propriété d'un seul, sommité sociale.
Alors, ce seuly établit l'unité, c'est-à-dire l'incontestabilité d'une règle quelconque. Il parvient à ce but : en disposant du sol en faveur de ceux qui l'aident à établir et à maintenir : l'instruction subordonnée à la règle d'action ; et l'éducation dominatrice de cet état d'instruction, alors nécessairement stationnaire ; cette
SrBOBDINATION ET CETTE DOMINATION, SE TBOCVANT AIiORS ÉGALEMENT NÉCESSAIRES AU MAINTIEN DE l'oRDRE.
Si, nous résumons l'examen que nous venons de faire, nous verrons : qu'en occident, il y a eu nécessairement appropriation par plusieurs ; et, transmission héréditairement indéfinie du sol : parce que la possession du sol par un seul, peut seulement exister : lorsqu'elle devient socialement nécessaire.
Or, cette possession ne devient socialement nécessaire : que, par excès de population, ce qui n'a pas encore eu lieu chez nous ; ou, que par naissance intempestive de la presse, ce qui ne serait que prochainement le cas existant : si, les connaissances acquises n'étaient déjà suffisantes : à l'établissement de la règle, basée sur le raisonnement réel.
En Orient, au contraire, il y a eu, nécessairement, appropriation du sol par un seul ; et, répartition à plusieurs, avec transmission temporairement héréditaire, quant à la jouissance : parce qu'il y a eu excès de population ; contact entre différentes règles ; et probablement aussi naissance intempestive de la presse , à une époque où les connaissances acquises ne permettaient
268 SGIENOB SOCIALE.
pas encore : l'établissement de la règle, basée sur le raisonnement réel.
11 n'y a donc pour TOrient, même abstraction faite de tout développement social , dont la marche reste inhérente aux temps fabuleux : qu'une variété de forme, à laquelle nous parviendrions nécessairement, par suite : de la seule agglomération des populations ; de leur contact; et, plus encore, par suite de la découverte de la presse ; si les résultats de cette découverte, qui a commencé pour nous une nouvelle période de civilisation et une tendance générale vers l'anarchie ; n'étaient déjà susceptibles : d'anéantir les différents protestantismes religieux, politiques et sociaux ; sans recourir à la possession du sol par un seul, comme moyen unique de rétablir l'ordre, en abrutissant les masses. Et cela : parce que les développements de connaissances que la presse a produits ont été plus rapides ; que le mal social que la presse occasionne, en dehors de la règle rationnelle.
La possession du sol par un seul ; ou, le gouvernement paternel ; est, en effet , la seule forme sociale capable, alors, au moyen d'une éducation basée sur une instruction illusoire et stationnaife , d'abrutir les masses ; et, de détruire ainsi : tout protestantisme, source exclusive d'anarchie. Car, le protestantisme, une fois devenu général, ne peut être détruit : que, par l'abrutissement qui fait accepter, non-seulement sans examen, mais encore sans aucun moyen de jamais examiner, une règle d'action quelconque ; ou, que par l'étabUssement d'une règle d'action, rendue ration-
SGIKNGK SOCIALE. 269
oellement incontestable pour tous, et rendue socialement comprise par chacun. Or, ce dernier cas est impossible : aussi longtemps , que le raisonnement réel n est point lui-même : nécessaire ; et possible.
La presse, que l'histoire nous montre avoir existé en Orient, à une époque bien antérieure à celle où elle est née chez nous, a probablement été une des causes qui ont nécessité rétablissement du système social, sous forme paternelle.
L'objection relative aux différences , entre les civilisations de rOccident et de l'Orient , commence à disparaître ; achevons de la faire évanouir.
Au Pérou, la féodalité territoriale, temporairement héréditaire, telle que depuis un grand nombre de siècles, elle existe en Orient, s y trouvait déjà établie : lofdque nous nous sommes emparés de l'Amérique. Mais, au Mexique, la féodalité territoriale indéfiniment hÉytéditaire ; ou, la possession du sol telle qu'elle existe chez nous ; s'y trouvait encore dans toute sa vigueur.
Cette même différence trouvée sur le nouveau coniioent , entre des civilisations , différentes aussi par l'ancienneté de leur existence, mais ayant une origine évidemment commune; et, chez lesquelles, la seule agglomération de population , et non la presse, avait causé ces variations de forme sociale ; confirme , la non-valeur de l'objection : puisqu'elle nous donne, sur un nouveau continent, un exemple analogue de ce* qui se trouve dans notre ancien monde.
Nous pourrions trouver de pareilles analogies, en observant les différentes civilisations africaines. Mais,
les points relatifs à l'appropriation du sol, ainsi qu'à la transmission de sa jouissance, nous paraissent, pour le moment au moins , suffisamment éclaircis.
Concluons :
Les féodalités territoriales, soit indéfinies, soit temporaires, soumises à la primogéniture ou abandonnées à l'hérédité commune, relatives à l'Occident et à l'Orient, relèvent également d'wn chef : qui , sous un prétexte quelconque, peut toujours, soit indirectement soit directement, à une époque où la force fait le droit, les annuler : dès qu'il croit ou qu'il paraît croire : que, ceux qui en jouissent ne contribuent plus à maintenir, ou tendent à renverser : l'état d'instruction, servant de base à l'éducation subordonnée à la règle, sur laquelle l'ordre social se trouve établi.
Il y a donc, entre les deux civilisations, quant au maintien de Tordre ; identité complète ; et, Tobjection s'évanouit.
REPONSE A LA QUATRIEME OBJEGTIOIÏ : ' LA PHASE BOUR- GJEOIftB A EXISTE AVANT LA NAISSANCaS DE LA PRESSE*
« Je t*ai dit, Akoaman, que dans m rare imagi- Mtîte, l'espèce hamaine avait récemment inveiiié on système de goufemement des plus curieux , et fort en vogue, car elle aime le nouveau.
"Lasse du pouvoir d'un seul, du pouvoir de pin* tîflari, et du pouvoir de tous, de tous moins le vrai peuple pourtant, prolétaires, serfs, esclaves^ il arriva qu'un jour elle se trouva frappée d'une îHanunatton soudaine.
« Chacun de ces pouvoirs, pensait-elle, est mauvais en soi, cela est clair, une longue expérience lie ne Ta que trop appris. Mais que fiûre 7 quel fenède? comment sortir delà? car encore faut-il Uea un pouvoir, quel qu'il soit. Oh! que je suis bête I MettoBs-les tous ensemble, ee sera pour le coup un pouvoir parfait, il n'y manquera rieu, les vices dispaimttroDt corrigés Fun par Tautre, il ne restera que ks avantages. C'est cela, c'est ceia. Bi qu'il ait fallu tant de sîèdes pour m'cD aviser. OhIquej'étaUUte!
• Tonte benrense d'avoir eu, quoique un pes tard, me fois de l'esprit, la voilà donc à l'oravre. Elle arrange de son mieux sa trinité de pouvoirs. BUe manipule, die amalgawM? en un tout magnifi* que Toyanté, aristocratie, démocratie, investies cba« eme d'un droit pareil et d'une paissanee indépcD* dtnte. Cda fait, die leur dit: Vous m'êtes tontes trois égaiemait ebères, toutes trois vous aurez votre volonté épdcment, comi^éiement sonveraîne; c'esi-b-dnne que cbacaae pourra iout ce qu'elle von* dra; cfcst^àniiTe, ponr me faire mieux entendre cncmc, ne povna rien, absolamcnt rien, à moins lenleMs q«^ par ksnanl, les dctt antres M fenil-
lent anssi ce qnVlIe veut. Ile la sorte vou sera trois et ne serez qu^im : c*est la trinité, c*est le mystère.
« Toot acte de gooTememeDt esgeant ainsi le conoour» de ces trois pouvoirs , il reste à deviner comment, de l'antagonisme des positions, des prétentions et des intérêts, naîtra Tunité de volonté. Les habiles disent : on transigera. Fort bien. Chacun se relâchera, cédera quelque chose, afin d'obtenir quelque chose ; d*où ce résultat que, par tiansaction, la loi, qui devait être la volonté de tous, ne sera la volonté de pereonnê, Anrab-tu jamais rien imaginé de mieux ?
■ Je |>ar]ais tout à l'heure de rantagonisme des intérêts qui, pour chaque pouvoir, a des directions opposées. I^istiogoons cependant.
*« Tu n^as point oublié qu'au-dessous des trois pouToirs et de ce qu'ils représentent, il existe dm nombreuse multitude à laquelle on a réservé poor sa part le droit d'obéir, le droit de i>ayer, le droit de travailler et de suer, et de peiner, au profit des classes gouvernantes.
« Toutes les fois donc qu'il s'agira de grossir ce profit, de préserver de toute attemte une organisation si utile, de perpétuer un si bel ordre, il régnera entre les pouvoirs le plus touchant accord , «t les trois volontés n'en feront jamais qu'une. Mais sitôt qu'on en vient au partage, adieu cet accord, adieu l'harmonie de la machine; ces ressorts si doux , si onctueux commencent à crier. Ah ! quelle musique ! et que ne l'as-tu, Akouman, entendue comme moi!
« Jaloux l'un de l'autre, tendant à s'absoitir Tun lautre, continuellement en guette, soit ouverte soit latente, le plus fort enfin dévore les plus (aiblés , manière toute simple et toute naturelle de mettre un terme aux défiances respectives et asx mutudies inimitiés. Les peuples alors sont avertis que cette révolution nécessaire et sainte s'est faite uniquement pour leur bien, sans aucun antre bat, aucune autre intention , pour les sauver, pannes petits, de l'oppression que les vaincus finsaient déloyalement et méchamment peser sur eux. Il est bien juste qu'un service éminent soit reoonnn, et on les aide, par de bonnes lois, bien méditées, bien libellées, bien appuyées par la persuasive iaterteation de la gent qui juge» CKpiiaouie, et de
la gent qui toe , à le reconnaître géoéreasement. Vive la liberté! Un autre moyen, plus sûr peatétre, parce qu'il n'ébranle rien violemment et laisse subsister l'apparence des institutions établies, est la corruption. Un pouvoir en acbète deux nôtres, et de concurrents qu'ils étaient, en fait ses iostruments , d'autant plus précieux qu'ils le déchargent, pour un temps du moins, de la responsabilité de ses actes. Mais il faut pour cela qu'il ait dans ses mains l'administration des affaires, et le maniement des deniers publics. N'est donc pas corrupteur qui veut. Pour corrompu, c'est antre ofaose , le bon vouloir suffît , et il manque rarement. C'est une justice à rendre aux représentants comme aux représentés, et si tu doutes de mon té* moignage, interroge Eghetesch (1), il n'est pas suspect.
« A travers Tépaisse couche des agents du pouvoir et des privilégiés politiques, la corruption s'in« filtre dans la nation entière; elle boit le mal, comme en été la terre boit la pluie. La richesse est le but exclusif où l'on tend, et pour y arriver, nul moyen qui ne soit bon. Ils la poursuivent dans toutes les voies avec un désir forcené. Mais pour notre plus grand amusement, nous avons arrangé les choses de manière que, pour récompense d'un zèle si actif, si intelligent, d'une passion si noble, ils recueillent tous la servitude, et le plus grand nombre, la misère ; une misère telle, souvent, que le monde n'en vit jamais qu'on y puisse comparer. « Finalement, quant aux trois pouvoirs qui constituent , disent-ils , leur gouvernement , ce n'est qu'une pure fiction , un sot mensonge, une plus dure tyrannie voilée par des mots , un expédient fiscal « une machine à pressurer le peuple qu'on dépouille d'une main , qu'on emprisonne de l'antre, et qui se laisse faire avec une docilité bien digne assurément de cette race imbécile.
« Je ne sache, Akouman , aucune invention que je fusse plus disposé à enrier que celle de ce système devant lequel les nations maintenant se prosternent à deux genoux, les mains jointes, avec une dévote admiration. J'y trouve tout ce qui peut me plaire; il satisfait en mot le penchant que nous te*
(1) Génie de la corruption du cœur.
271 SCIKNGB SOCIALE.
A0D8 tiMiA de ootra nature commane , et mon homeor purticnlière. Quoi de mieax ?
• Qa*on me donne an peaple neof, plein de vie de fléte, et en nmnB d*un dède de bonne et active pratique de ee goaTemement pondéré, comme ib le nomment ai plaisamment, je me cliarge â^tn fuire un peuplé pourri. Maia la bêtise, mais la sottise^ mais rineCfable extraTagance de cette absorditê colossale, est ce qui me cbande par-dessos tout J'ai déjà tonché ce point, revenons-y encore) car le siqet est inépuisable.
« Ça, braves gens, parlez, expliquez-vous. J'aime à vous entendre, cela m'amuse toujours; voua voai êtes ennuyés, et je le conçois sans peine, de vos vieilles formes de société.Votre cervelle s'est mise en travail pour en chercher quelque autre. Voyons, qu avez-voua imaginé?
« — Oh ! pour cela, la plus ingénieuse, la plu fine, la plus subtile chose du monde. Nous ny mettons point de vanité , il convient d'être modeste, mais vous serez surpris. Individu ou corps, il n'y avait autrefois, en définitive, qu'une volonté, «ne leole, qui commandait et fit la loi. De là le mal. Une seule volonté! Nous l'avons divisée en trois, afin que chacun en eût sa part N'est-ce pss là une idée T N'en est-ce pas une?
t* — Une idée, vraiment, comme on njen a guère. f« — Quand nous disions que vous seriez surpris !
« Pas tant, pas tant, rien ne me surprend de
vous, liais continuons. Qui se ressemble s'assemble; en supposant donc que la société se groupe tout entière autour des trois centres , chacun de ces centres auim un tiers de volonté, un tiers ni phxs ni moins. Autrement que devi«[idrait l'égilité? On retomberait dans l'une des vieilles fonnes. « Et ces trois tiers de volonté constituen»t trois* pouvoirs distincts?
« — Justement, vous y êtes.
m ^ J'aime cette manière de vouloir à trois, die est nouvelle, eUe est singulière. Mais, bonnes gens, dîtes-moi, qu'en résoltem-t-il ?
, — L'équilibre entre les trois pouvoirs. L'éqailibre, remarquez bien l'éqiiilibre.
„ — Vous tenez donc beaucoup à réqoiKbw •
« — Si nous y tenons
a — L'équiHbre est sans doute quelque chose de superbe; mais
80GULS. 278
• •^Rmb de ift bMQ, jeratoMydesidéinrable, 4b m adUnUe; tipcndant.....
• «-oSattwalyCeU dit tost L'équlibre I OtrdH^ wam uaiÊf m tous pootei, ce sera sagement M. Toatilbi», ri toi trois ponroirs sont si bien éqailibréak 9^ ferant-ils? li^éqQÎIibrc, si je ne me trempe, c*«el le vspos. Ii*actioa commence à Tinstmrt même oà yéqniUbre cesse, à cet instant senl. Vetee gmifemcMit ne gouvernera donc qa'en violant, |Mur eda mêsM, sa loi fondamentale, en se détsaÎMiii loi-même en tant que conforme an droit. Vivant, ne loi dasnndez rien, n*en attendez rien ; il ûmt, pÎMv agir, que d'abord il meore; pour fonc-
r« qs'il M détraque. Cela ne laisse pas do m peu; mais, comme vous l'observez si profondément, réqnilibre.
« Encore nue question. Pour caractériser votre (MveneaM&t, le dietingner des aiUns, vous rappelez représentatif. Qui représenie-t-il ? Bt de qui
m — Ce qu'il représente? Eh mais I runivenalité de la nation. D'où il émane? Bu peuple, en 9fù réeMa li sonvenlHalé ÎBtmiMibte, ieiprescriptible.
« — JTen suis vretment fdrt aise. Âinst les trois pouvoirs émanent du peuple, et ils le fffppésautriil. Ainsi tout le peuple concourt au choix de ses repiéseiitants.
«> -^ Nao paa, aon pas. ConaM voua y aile»! Nous n'avons garde. Il est souverain, quant à cela, e'eit Tnd; mal» bom Itov éparynoM la Mgue d uscr de sft sonveraieeté. Entra nous, d'ailleurs, séa lumières sont si courtes. Nous reconnaissons hautement son droit; on ne dira pas que Mi» le en^ tcntioDS. n est écrit en tète de nos chartes. Pour ce qui est de l'exercice de ce droit fondamental , lMliéaalil»y n«» le reeireigaoïie à certaine» ola»* ses plus éclairées, et qui le prouvent, car, pour en faire partie , il ihut prouver arithmétiquement sa supécîorité iatellectueUe, et morale aoes», évaluée c» francs et centimes, système décimal, et dûment attestée par le percepteur des contribetions.
« — ' lleaore prudente et que je loue fort ; de sorte donc que ce peuple, source de tous les pouvoirs, n'a aueofl» actîeo da»s rétaUiaeemeiitm sar
la direction de ces pontoirâ qui émanent de lui , qui n'ont d'autorité que celle qa*ila tie&neot de loi; de sorte qu'il possède la aouTeraÎDeté qve d'antres exercent sans son aven ; en Tertu de leur Tcdonté propre , quelle que puisse être la sienne ; de sorte qu'il est tout en ce sens qn'il n'est rien.
m — Ce que c'est qne de saisir les dioses ! D*aotres s'y seraient embroniDés. Noos nous y embrouillons parfois nous-mêmes; quoique très en règle avec le fisc, quoique très-offidellemeat esregistres par noms et surnoms, sur le tableau dei hommes d'esprit
a — Et à bon droit, braves gens, je fous le jure.
« Sincèrement, Akonman, n'és-tn pas nvi de cette incomparable espèce? »
Lk MairxrjLis, Amsckatpands ei Dommit,
La première chose, pour ne point marcher en aveugle , est de savoir : où l'on est ; et , où l'on veut aUer.
En quoi consiste la phase bourgeoise ?
A cette demande, nous pouvons faire plusieurs réponses :
l"" La phase bourgeoise existe : chez une nation, dont la règle n'est point appuyée sur une révélation.
2^ La phase bourgeoise existe : chez une nation, où la règle , basée sur les majorités, est ainsi : variable par essence.
3"" La phase bourgeoise existe : chez une nation, où le sol n'est point possédé par privilège de caste. Et, il y à caste : partout où il y a des esclaves, domestiques ; des hommes choses.
Ces prémices établies , que l'on nous montre dans riiistoire, une seule nation où l'une de ces trois circonstances ait existé avant la presse ; et , l'objection que
nous voulons réfuter, sera fondée : nous aurons tort.
Nous ajouterons cependant : que, si même on nous montrait : qu'une de ces circonstances aurait eidsté ayant la presse, nous dirions alors : que, nous n'avons tort que dans la forme. Car, pour avoir tort dans le fond, il faudrait : que, la nation, où l'une de ces circonstances se serait trouvée, fût devenue capable par son principe et sa durée de dominer le monde. Sans cela, ce ne serait qu'une aberration sociale , éminemment éphémère, sans aucune valeur scientifique (1).
Or, il est évident : qu'avant Ja naissance de la presse, le système bourgeois n'a jamais été établi de mam*ère : à avoir même une simple chance de domination : soit perpétuelle ; soit universelle.
La dernière objection se trouve ainsi éliminée.
(1) Athènes, Tyr, Sidou, Carthage, et même Rome, après 4a prise do Carthage, pourraient être dites : avoir existé soas le système bourgeois : parce que la règle n'y était plus basée sur un autel quelconque. Mais, la durée, toujours éphémère, de ces exceptions, confirme ce que nous avançons.
278 SGIKIICB SO€ULB.
Ilojeaè de éwtém au d««pol{mo «I cwMidénitioM MteililNM à
« L'histoire, qu'est-ce? Le long praeès-TcM du supplice de Hmmiiniié. Le pootolr tient li hadie. Le prêtre exlrarte le pttieBU •
La Mkithau, Discuuioru eritiquetp p. 83.
Mh«
SGIBNGB SMIALB. &79
MOYBNS DB DtBEB DU DBBPOTtBlIB.
« A terre, à terre devant l'image de Dieal Qoi dit cela ? Le prêtre. Pauvre peuple ! le voilà prosterné* Lot, le roi, cottiie Os rappellent^ net le pied dessus. C*est bien ! la société est désormais fondée. »
tik MftinrAili Diicuiiimê criUqmêÊ, p. èSt
Nous avons déjà dit : que, le despotisme consistait à régner par la foi; et, que l'ensemble de ses moyens de durée pouvait se résumer dans la maxime : diviser pour contintier de régner.
. Disons, maintenant, quels sont : les principaux de ces moyens de durée ; et, les seuls qui soient capables de servir de base à la stabilité du despotisme : pour aussi longtemps que l'existmoe du monopole est possible .
Ces moyens sont, les suivants :
l"" L'esclavage ou l'appropriation du travail réel, du travail de l'homme ; et, le pouvoir de disposer de sa vie ; érigés en droit, pour la société.
2® La diversité des langues.
3"* L'exaltation des passions ; ou , le fanatisme mis en œuvre sous toutes les formes ; et, spécialement : sous celles de religion; et, de patriotisme.
280 sgibuce sogiuiE.
4^ L'aliénation du sol à des individus ; et, sa transmission par hérédité.
b"" L'attache à la propriété foncière, de droits politiques, h.éréditairement transmissibles comme elle.
G"" L'établissement des douanes.
V L'exemption d'impôt accordée à la propriété ; et le fardeau de l'impôt, ainsi rejeté sur le travail.
8® Le maintien des masses dans l'ignorance.
9® Enfin, la terreur de l'avenir.
L'examen, relatif à ces différents moyens, tant pour leur établissement que pour leur décadence, démontrera : que, leur ensemble renferme, en effet, tous les moyens nécessaires pour régner par la division, par le monopole ; et, qu'en l'absence de cet ensemble, tout despotisme devient impossible.
SCIENCE SOCIALE. S8l
GOHaiDEBATIOKS BJELATIYE8 A l'exAMEN DES MOYENS DE