MIL
Cependant, quand on parle de l'humanité, pour en spécifier les droits, il est indispensable de savoir : quelle est, précisément^ la valeur du signe humanité j ou, sinon, toute application des droits de l'homme, des droits de l'humanité, autres expressions matérialistes, devient : socialement impossible.
Donnons, un premier moment d'attention,- à une question tellement importante : que, c'est exclusivement sur sa solution, que peut, désormais reposer Tordre social. Nous y reviendrons, souvent, daus le cours de notre travail.
L'humanité est relative : soit à la forme ; soit à I'in-
TELLIGENCE.
Hais, l'humanité est-elle relative : à la forme ; ou
318 sennes sociale.
bien, à i'mteffigence? Voilà le dilemme, si important, qu'il a'agii d'examiner.
De prime abord, nous poUTons dire : que, le sentiment et le raisomiOBiait sont d'aecord pour affirmer : qu'une statue, quelque parfaite que puisse être sa forme, n'appartient point à l'humanité, au moins pour ce qui concerne fe droit (1).
Sous le rapport du droite l'humanité est donc essenttellOTieiit relatiye à Tintelligenee.
Cette première solution, est eependant insuffisante : pour àéterminer, précisément, tes limites de Thonidnitér
En effet : l'hamanité, quant à ses droits, est-elle relative à tout èlie ayant un degré quelconque d'intelli* genee ; mi bien est-elle relative à quelques êtres doués d'un certain degré' d'intelligence ? Degré, que, dans ce dernier cas, il faudrait savoir déterminer précisémmtj incontestablement,' afin de pouvoir dire : tel être fait partie de l'humanité ; tel être n'appartient point à l'humanité ; tel être a des droits, et il y a des devoirs envers hii ; tel être ne possède pas de droit , et ^rvers lui, il n'y a pas de devoir.
Voilà un nouveau dilemme essentkl ; et, il doit être résolu par sentiment et par raisonnement : Tun et l'autre devant s'aeeorder : sous peine de scepticisme ; àt contestabitité de droit ; de désordre enfin.
(1) Des matérialistes, ou plutôt des panthéistes, pourraient fort bien ne point accepter cette proposition. M. de Lamartine dit : qa$ le orbfil raisonne. Or, le marbre primitif est un cristal. Donc la statue raisonQ^^' n est vrai^ qu'alors : le mot droit est un mot vide de sens.
En effet, si, ce dilemme n'est résolu d'une manière ABSOLUE : humanité j droit de V hommes droits de Vhumoh nité, resteront des signes, dont les valeurs ne pourront avoir de sens théorique précis ; et, par conséquent, aucun sens applicable à la pratique, au maintien de l'ordre : dès, que la précision devient nécessaire.
Ëtudioos ce dUemme^ d's^rèa lea dounéea de la sdmat mtuMs. Si^ lea alternatives qui le composent ; et, qui sont exclusives ; conduisent également à l'absurde ; nous en conclurons : que, u science actuelle
EST âBSQBl».
LES DROITS DE l'HOMME, LES DROITS DE L'HUMANITÉ^ SUBT- ILS RELATIFS : A TOUT ÊTRE AYANT UN DEGRE QUELCOH- QUE d'intelligence ?
•«Seal, oisif, et toujonrt roisio du danger, rhomme sauvage doit aimer à dormir, et aroir le sommeil léger, comme les animaux qui , pensant peu , dorment pour ainsi dire (oui le tempe qu'Us ne pensent point.
« Tout animal a des idées puisqn*il a des seos, il combine même ses idées jnsqa*à un certaia point; et l'homme ne âiffire a cet égard de la hète qae du plus au moins. Quelques philosophes ont mèoe avancé qu'il y a plus de dilTérence de tel homme à tel homme, que de tel homme à telle hète. •
Rous&BàU, de l'Inégalité de$ conditions, première partie.
Sous le rapport pratique, la question que nous devons résoudre appartiendrait au second livre des présents titres ; mais, sous le rapport théorique, elle appartient au premier ; car, elle se rattache aux preuves de la nécessité du despotisme pendant l'époque d'empirisme. On sait, d'ailleurs : que, ces divisions de tout travail intellectuel ne sont jamais absolues; et, qu'elles ne sont faites : que, pour en faciliter : soit l'étude ; soit l'examen.
Nous venons de dire : que, les divisions de tout tra-
vaii intellectuel ne sont jamais absolues. Nous aurions dû dire : qu'en dehors des mathématiques, elles n'ont jamais été absolues. Car, du moment que la vérité sera découverte, du moment qu'il sera démontré, d'une manière absolue, que, parmi les phénomènes if y a des réalités ; il y aura : d'une part, la science des être réels ; et d'une autre, la science des êtres purement phénoménaux : ce qui séparera les sciences d'une manière absolue. A cette époque, une réforme générale du langage devra avoir lieu. Les êtres phénoménaux ne devront être considérés comme êtres; que, métaphoriquement ; et, les qualités exclusives aux êtres réek, ne devront être attribuées aux êtres phénoménaux ou illusoires, que figurénient. Dans ce cas, et pour éviter de continuelles équivoques, ainsi que cela arrive pour nos langues indéterminées, chaque expression devra avoir, tant pour l'écriture que pour la parole, des annexe^ servant à préciser : si, l'expression est prise au propre ou au figuré. Si, par exemple, on se sert du mot bontéy en parlant d'un être phénoménal, il faudra : que, ce mot bonté marque que cette expression est figurée ; et, si l'on parle de souffrance, à pro- * pos d'un être réel, il faudra également : que, ce mot souffrance désigne : qu'il est pris au propre. Mais revenons à notre question.
Si avant de la décider, nous pouvions voir rassemblés, dans im espace où il fût facile de les comparer, des individus pris parmi les différentes races dites humaines; et d'autres individus, pris parmi les animaux les plus rapprochés de ces races ; beaucoup de person- I. âl
322 8G1ENGE SOGULB.
nés, par sentiment, trouveraient : qu'il y a plus de différence entre TindiTidu de la race caucmique, dont l'intelligence est la mieux développée, Newton par exemple ; et, l'individu le moins développé de la race australasienne ; qu'il n'y en a, relativement à Tinlelligence, entre le dernier individu de la race australasienne, et un troglodyte, ou un orang bien développés.
Ce jugement, par sentiment^ est en outre celui auquel le raisonnement^ tel qu'il existe aujourd'hui, fait arriver dans toutes nos écoles supérieures, sans en eicepter une seule. C'est un fait que nous avons démontré au titre I.
Dès lors nous pouvons dire :
a Selon le sentiment mis en dehors du iraîsonnement « incontestable ; et selon le raisonnement relatif à l'é- « tat actuel de l'instruction ; l'humanité, quant à ses « droits, est relative à un degré quelconque d'intelli- « gence. »
En effet r
Puisqu'il y a plus de distance de Nev^ton au dernier Australasien, que de celui-ci au premier des orangs, il est évident : que, les droits de l'homme, les droits de l'humanité, appartiennent : aussi bien à l'animal qne Linné avait d'abord classé dans le genre komme^ sous le nom d'homme des bois^ lequel homme est actuellement du genre singe; qu'à l'autre espèce du genre homme j qui, pour parler le langage de l'époque, est actuellement notre propre genre.
Or, si une pareille conclusion est admise, il doit s'ensuivre : par ce même sentiment ; par ce même raison-
nement ; et par des gradations dans la série animale, tellement insensibles qu'elles rendraient toute séparation absolue, absolument impossible :
« Que l'humanité, quant à ses droits, est exclusive- « ment relative à Fintelligence. »
Dès lors, nous trouverions les droits de l'homme, les droits de l'humanité, exister : non-seulement pour an ou pour plusieurs singes ; mais pour tous les verte* brés; enstiite pour les articulés; puis pour les mollusques; et ils existeraient encore pour les rarft%; jusqu'à ce qu'enfin nous n'apercevions plus de sensibilité, laquelle, selon les connaissances de l'époque, est essentiellement caractérisée : par un système nerveux.
En effet, selon ces mêmes connaissances, être sensible ou être nerveux^ c'est essentiellement : sentir l'existence ; avoir le sentiment de l'existence ; distinguer ses modifications; souffrir ou jouir; distinguer le bienêtre du mal-être : être intelligent.
Ordonner les droits de l'humanité : aux huîtres ; aux radiés ; et, sans doute aux infusoires ; est le comble de l'absurde.
ti*
SI LES DROITS DE l'hOMME, LES DROITS DE t'HIlMAIOTÉ SONT RELATIFS A TOUT ÊTRE AYANT UN DEGRE QUELCON- QUE d'iNTELUGENCE, DEVRONT-ILS ÊTRE BORNÉS AUX SEULS ÊTRES DOUES D'INTELLIGENCE?
«CeQx-ci (les Manichéens], entre autres erreurs, enseignaieut que Tàme des plantes était raisonnable ; et ils condamnaient ragricoltore conaê un exercice meurtrier. »
Bàym, article Mahichuiis.
— « Quoiqu'il existe beaucoup d'analogie entre l'organisation des plantes et celle des animasi, elle ne me parait pas suffisante pour étendre aai végétaux la faculté de sentir. M*.is aiùer h'aut»-
EISE À LA LEUR BEFUSKR. »
La Plàci, Estai sur les probabiUtis^ p. 254. i
Sur les limites de la disparition du système nerveux, la sensibilité^ caractéristique de Tintelligence, et V excitabilité caractéristique de la vie, se confondent (1) ; et, par conséquent Fintelligence et la vie. Il s'ensuivrait: que, rhumanité, les droits de l'homme, les droits de l'humanité, devenus relatifs à la vie aussi bien qu'à l'intelligence, s'étendraient : jusqu'à la dernière molécule organique ; que, celle-ci ait nom animale ou végétale.
(1) Voyez le titre (.
SCIEHCE SOCIALE. f 325
Et, ce De serait point eocore là que se borneraient : les limites de l'humamté; les droits de l'homme -, les droits de l'humanité.
L'existence des générations spontanées, c'est-à*dire : le passage de l'état inorganique à l'état organique, est maintenant incontestable.
L'humanité, rapportée d'abord au système nerveux, à la sensibilité , ensuite à la vie, à l'excitabilité ; devrait donc maintenant se rapporter : aux molécules inoi^;aniques ; et , déûnitivement , à toute force, au mouvement, à la matière.
Dès lors, et sentimentalement et ration nellemeni, une statue pourrait être appelée un homnie ; et, les droits de l'homme, les droits de l'humanitt-, relalifs h un degré «nelconque d'intelligence , et non à un certun degré d'intelligence, pourraient définitivement se trouver inhérents : à la pierre.
Évidemment ce serait affirmer :
Qu'il n'y a pas d'humanité proprement dite ;
Qu'il n'y a pas de droits de l'homme, pas de droits de l'humanité absolument dits ;
Qu'il n'y a pas de droit absolument dit ;
Qu'il n'y a de droit que celui relatif : à la force inhérente au mouvement, à la matière.
Ces conclusions sont absurdes; et, ce qui, socialement, est pire encore : elles sontanarchiques.
Résumons ce que nous venons d'établir, sur la première partie du dilemme transformé :
■ D'après le raisonnement actuel, et sous peine , d'oprès ce même raisonnement de tomber dans l'absurde;
320 \ SCIBNCB SOCIALE.
ouj dam V anarchie, ce qui socialement est pire enm^; l'humanité, et, par conséquent, les droits de rbumanité, ne peuvent être relatifs : è, un degré quelconque d'intelligence.
SCIEMCK SOCIALE. 3S7
LES DROITS DE l' HOMME, LES DROITS DE L'HUMAKITE, SOUT- ILS RELATIFS A LK CERTAIN DEGRE d'iNTELLIGEITGE?
« Il ett doDteux, selon Grotias , si le gare ha* maiQ appartient à une centaine d'hommes , on si cette centaine d*hommes appartient an genre homain ; et il parait , dans toat son livre, pencher poar ce premier avis ; c^est aussi le sentiment de Hobbcs. Ainsi voilà Tespèce humaine divisée en troupeau de bétail, dont chacun a son chef, qui la garde pour la dévorer.
« Comme un pAtre est d*une nature supérieure à celle de son troupeau, les pasteurs d'hommes, qui sont leurs chefs, sont aussi d'une nature supérieure à celle de leurs peuples. Ainsi raisonnait, an rapport de Philon, Tempereur Caligula, concluant as" sez bien de cette analogie, que les rois étaient des dieuK, ou que les peuples étaient des bétes,
« Le raisonnement de ce Caligula revient à celui de Hobbes et de Grotius. Aristote , avant eux tous, avait dit aussi que les hommes ne sont point nr.turellement égaux; mais que les uns naissent pour l'esclavage et les autres pour la domination. » Rousseau, Contrat tocial, liv. I, ch. ii.
Examinons la seconde partie de notre dilemme, toujours d'après Tétat actuel du raisonnement. Si , sous ce même guide, nous arrivons à une conclusion également absurde , nous en conclurons : qu'un état de raisonnement qui, appliqué à l'examen de deux alter*
natives d'un dilemme , dont Tune , dans l'état de la science : est nécessairement vraie, conduit néanmoins à des solutions également absurdes, est lui-même un état de raisonnement, un état de science : complètement absurde.
L'opinion, restreignant l'extension des limites de l'humanité aux individus doués d'un cerfafn degré (Tintelligence^ est, d'après l'état actuel du raisonnement, aussi absurde : que , celle , qui examinée d'après le même raisonnement, donne les droits de Thumanité à tout être ayant un degré quelconque d'intelligence. Si, l'une conduit nécessairement à l'anarchie, ce qui socialement est absurde ; l'autre conduit nécessairement au despotisme le plus absolu; ce qui, pour notre époque^ est également absurde.
Examinons :
Si, l'humanité; et, par conséquent, les droits de l'homme, les droits de l'humanité, sont relatifs à un certain degré d'intelligence ; si, entre Newton et le dernier des Australasiens , il y a plus de différence, relativement à l'intelligence, qu'il n'y en a entre le dernier des Australasiens et le plus développé des orangs ; s'il en est ainsi, dis-je, il est incontestable : que, l'orang peut faire partie de l'humanité et posséder les droits de rhomme,^^avec autant de raison : que, les Australasiens pourraient en Ure retranchés ; et, que ces mêmes droits pourraient leur être refusés.
Dne fois que l'Austratasien se trouve éliminé, il n'y a aucune raison, pour ne point éliminer également : et l'Américain ; et l'Afrii'ain ; et l'esclave ; et le proie-
taire, lâs-à-vis des bourgeois ; et , le bourgeois , visà-TÎsdes nobles ; et, le noble, vis-à-vis des rois ; et, les rois, vis-à-vis de tout autocrate.
La seconde partie du dilemme, limitant l'humanité à un certain degré d'intelligence, conduit donc, nécessairement, au despotisme le plus absolu ; et, par conséquent, à un absurde social tout aussi complet, pour notre époque, que, la première partie du même dilemme, étendant les limites de l'humanité : à tout ce qui, en apparence, est doué d'intelligence.
Concluons :
Les deux opinions opposées , dont l'une , selon la science de l'époque, est nécessairement vraie, conduisent toutes les deux à l'absurde : dès, qu'elles sont examinées , selon l'état actuel du raisonnement. Dès lors y ce même état du raisonnement est lui-même : incontestablement absurde.
Avant de passer à l'examen des faits historiques, relatifs au premier moyen despotique, examinons : quel a été le jugement du prince des philosophes, relativement à la question de savoir : si, les droits de l'humanité doivent être restreints : aux êtres, ayant un certain degré d'intelligence.
seu Tm EUT d aristotb , sue la QUEsnoii de SAvoa : si ,
LES DEOITS BE l'HUMAAITK DOIVENT ÂTRE BEBTREIlfTS : AUX ÊTRES AYAirr VS CERTAIH DEGRÉ d'INTELLIGERCE.
« Les remontrances de la Sorbonne mr lesqodles le parlement de Paris donna an arrêt contre les chimistes, Tan 1639» portaient qn'on ne poavait choquer les principes de la philosophie d' Aristott sans choqner ceax de la philosophie schobstique reçue dant l'Églite. L'an 1624, lepàrlsnent de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient vonln soutenir pnbliqnement des thèaes contre la doctrine d'Aristote, défendit à tonte po^ sonne de pablier, vendre et débiter les propontioDu contennes dans ces thèses, aons pelno de pmiUoa corporelle, et d'enseigner aacune marime contre les anciens auteurs approuvés : ▲ skihe ds la tie. »
MiRcuai rnAiiCÀis, iom< X, pag. 304, eîl^^ Batli , articU Aristotb.
— « n ne faut pas s*étonner que le péripalétisme, tel qn'on l'enseigne depois plostears siècles, treeve tant de persécuteurs, et qu'on en croie les intérêts inséparables de ceux de la théologie; car il aecotf tume t esprit à acquiescer sans évtdettee* Cette réunion d'intérêts doit être au péripatétisme, on gage de l'immortalité de leur secte. »
Batle, article AaxsrOTi.
L'opinion , qui restreint les limites de l'humanité à un certain degré d'intelligence ; et, à un degré bien plus considérable qu'il ne paraît l'être chez l'Australasien ou l'Africain ; était l'opinion d'Aristote, qui,
SGIBKCE SOCIALE. 331
pendant tant de siècles a régné sur le monde ; d'Àris* tote, dont les affirmations, il y a peu de générations encore, devaient à peine de la vie^ être tenues pour vraies : dans cette même France, où, maintenant, elles sont déclarées absurdes ; sans, que les affirmations opposées, aient encore été incontestablement démontrées. L'opinion d'un tel homme mérite d'être examinée : non pour la tirer de l'absurde où elle se trouve placée ; mais pour chercher à savoir : ce qui a pu porter un aussi grand génie, à braver l'essence de l'absurde, qui est de se faire repousser par le raisonnement ; et, à essayer de le protéger : contre la raison même.
Avant de procéder à cette recherche , mettons sous les yeux du lecteur, les opinions d'Âristote ; en priant de remarquer : quel abus fait ce philosophe des expressions nature , naturel^ droit dérivant de la naiure, etc.
•— « Ce A'etl pM senlemant pour Tivre ensembie, c*6it plutôt pour bien îÎTre, qa*oii s'est mis en société, etc. Sans qnoi , la société comprendrait LU ESCLATIB ET AUTRES ANiiiAux. De tels ètrcs ne prennent aucune part an bonheur public» ni ne ?iTent à leur Tolonté. r>
(PoliHqu9, li?. lU, ch. x.)
— a La guerre est un moyen naturel d'acquérir ; la chasse en fait parlie. On use de ce moyen, non-seulement contre les bétes, mais contre les hommes qui étant vis pour obéir, refusent de le faire. Cette sorte de guerre n*a rien d'injuste , étant pour ainsi dire déclabée par la n aturb
ILLE-HéxS. »
(Ibid,, lif . I, ch. Tii.)
— « L'homme qui par nature n'est point à toi , mais à an autre , est esclave par nature. C'est une possession et un instrument pour agir séparément et sous les ordres du maître. «
[lUd., Ut. I. ch. iy.)
— « Il n'eit pu seulement néemaire^ il est avantageux qu'il y ait corn-
mandement d'ane part, et obéissance de l'antre; et tous les êtres, dès le premier moment de leur naissance , sont pour ainsi dire marqués [>ar U nature^ les uns pour commander , les autres pour obéir. »
[Ibidem.)
— « Toute la différence entre les esclates et les bêtes, c*est que les bêtes ne participent aucunement à la raison^ n'en ont pas même le sentiment, et n'obéissent qu'à leurs sensations. Les esclaves sentent bien la raison dans les autres, mais n'en ont pas eux-mêmes Vusage, Du reste ^ Vusage des esclaves et des bétes est à peu'près le même, et l'on en tire les mêmes services pour les besoins de la vie. b
[Ibidem.)
— - « Il y a deux sortes d^instrumenls : les uns animés, les autres inanimés. L'esclave est une propriété instrumentale auimée. »
[Ibidem,)
Telles sont les opinions d'Aristote.
De prime abord, et avant réflexion, elles inspirent une horreur qui, pour ainsi dire , ne peut être égalée par aucune autre proposition sociale. Et, cependant, lorsque la génération rationnelle \iendra à comparer Tépoque d'Aristote, fondée sur ces propositions, époque existant depuis l'origine sociale jusqu'à Fincompressibilité de Texamen , à notre propre époque ; la nôtre sera considérée comme plus horrible, de toute ^éno^ mité : qui rend l'anarchie, plus horrible que le despotisme.
Remarquons ensuite ; et, par parenthèse : combien il est peu exact d'attribuer au christianisme l'abolition de l'esclavage, lorsque le péripatétisme a été soutenu par l'Église : jusqu'au dix-septième siècle.
Voyons, maintenant, ce qui a pu porter Aristote à émettre de pareilles doctrines.
Si, le prince des philosophes s'est engagé : à déclarer, à soutenir même : que, les droits de l'humanité sont relatifs à un certain degré d'intelligence, degré
SCIBNCB SOCIALE. 333
lui-même relatif à l'état politique au milieu duquel on se trouve né; c'est, qu'en raisonnant, comme on raisonne encore aujourd'hui au sein de la science ; et, de la seule manière qu'il soit possible d'y raisonner, jusqu'à ce qu'il y ait des connaissances acquises en nombre suffisant, pour que la rationalité des jugements puisse être incontestablement déclarée illusoire ou réelle ; le génie de ce grand homme avait reconnu : qu'en dehors de cette même conclusion absurde, limitant les droits dq l'humanité à une classe indéterminée d'individus , il ne pouvait exister, pour l'époque dans laquelle il se trouvait, époque que son génie reconnaissait devoir s'étendre jusqu'au temps que nous venons d'assigner : ni humanité rationnellement dé* terminée ; ni droits de l'humanité incontestablement déterminés.
Du reste, que notre siècle ne s'effarouche pas trop •des doctrines d'Âristote. Dire : que, les esclaves doivent être du même usage que les bêtes ; ou , que les prolétaires seront exploités, dans un état social où, pour les ^, il est impossible de sortir du prolétariat ; n'est qu'exprimer le même thème : d'une part explicitement; d'une autre implicitement! La franchise est du côté d'Âristote.
De la discussion que nous venons d'étabhr, tirons maintenant la conséquence :
Que, jusqu'à l'époque où le raisonnement réel devient nécessaire à l'existence de l'ordre, l'esclavage et le droit de vie et de mort, sont eux-mêmes nécessaires : à Texistence sociale.
334 SCIBNCB SOCIALB*
JVouB pouvons passer^ maintenant, i l'examen des faite hietoriquee, relatifs au moyen despotique que nous Tenons de discuter.
SCIKNGE 80CULE. 335
Hîfttoire*
« Non , monsieur, répliquai-je ; je suis pour la Ubcrté, cet attribut de Dieu; pour la glorieuse liberté, ce sujet des déclamations modernes. Je voudrais que tous les hommes fussent rois. Je voudrais être roi ^moi-même. Nous avons tous une même prétention au trône; nous sommes tous originairement égaux. Telle est mon opinion, et telle fut autrefois celle d'une espèce d'honnêtes gens qu'on appelait ieveliers. Ils essayèrent de s'ériger en une société ou tous seraient hoalskiitt libres. Mais, hélas ! cela ne pouvait jamais réussir. Car parmi eux , il y avait des individus, les uns plus forts, les autres plus fins. Ceux-là devinrent maîtres du reste.
« Car il est aussi sûr que votre postillon ne monte sur vos chevaux que parce qu'il eai un ani^ mal plus fin qu'eux^ qu'un autre animal, plus fin et plus fort que lui, lai montera sur les épaules à son tour.
«Puisqu'il est donc nécessaire que l'homme soit soumis A QuiLQu'cir; et que tes uns soient iris pour commander et les autres pour o^éir; la question est de savoir sll vaut mieux, etc. »
' M. ChnzoT.
— *«i Ce qu'il y a de plus admirable dans les machines , ce qui doit rendre Fextension et les progrès de la mécanique chera k quiconque aime ses semblables, c'est que la destination des machines est de remplacer Fliomme et de produire à sa place, afin qu'il y ait plus de produit avec moins d'efforts, plus de jouissances avec moins de peine, et que tout homme cessant d'être écrasé par la
336 SGIBNGB SOCIALE.
matière, puisse participer quelque peu aux plaisirs dé rintelllgeuce, et se caltirer lui-mène tandis que les éléments trarailleront pour luL
•« Eh bien ! dans la coDstitniîop actodlede Piodustrie (f), sous la loi de la ameurrenct ilUmiée (2), on arrive à Teflet contraire. Les ooTricrs de Brighton ont eu raison de dire : « Les machines, qui derraient être nos esclaves, sont derenaes nos plus redoutables compétiteurs. » — Ils ont eu raison de les comparer à ce monstre d*nne légende allemande qui, après avoir reçu la vie, ne remployait qu*à persécuter oeini qui la lui avait donnée. Daui VéUU actuel des choses, la méanique sert quelquefois, souTent même, h adoucir à la longue le travail de Thomme; mais plus iou* VEirr encore elle ravit à la génération présente sa subsistance ; au lieu de relever la dignité de ThoDOK, die l'abaisse, et chez lui Tintelligence deviest comme une superfétation. Il est si peu de chose m présence des merveilleux mécanismes qu'il dirige, je devrais dire par lesquels il est dirigé, qu'on m songe pas à lui attribuer la moindre part du mérite et de la gloire de l'œuvre industrielle (3) ; et remarquez-le, ce u*est point par dédain pour la classe ouvrière, c'est tout simplement l'expression de ce fait que dans les grandes manufactures, paitr d'une oaoAiriSATiov foitdéb sua uira pbitséi mom.kLïïf l'homme n'est rien de plus qu'an insintment de production, un petit engin naturellement insignifiant à côté des madiines gigantesques dont se sert Tindustrie (4). On n'emploie plus cet eagis animé qu'en attendant, jusqu'à ce qu'on ait trouvé an autre engin tout matériel qui coûte moins cher.
(1) L*auteur évidemment a voulu dire : dans Inorganisation sociak actuelle.
(2) Uqc des grandes erreurs de l'époque est de croire r que, la concurrence réelle, la libre concurrence existe actuellement. Ailleurs cette etreur sera mise en évidence.
(3) Est-ce par inadvertance que l'auteur confond toujours les mots industrie et intelligence? Le règne de l'industrie, c'est le règne du capital, le règne de la matière. Le règne de Vint^ligence, c'est la soumission de rindustrJe, du capital, du temporel, au spirituel. Bientôt nous al' Ions voir un Anglais plus franc dire : « La mécanique a délivré 1^ CAPITAL des exigences du travail. » Or , le travail n'est que Tinldligence : plus ou moins développée.
(4) n fallait dire le cafital; ou, plutôt : le gafitaustb.
Écoulez Tavea qae natureUemeut et sans penser à mal, des manufactuners anglais, gens réputés libéraux, faisaieut récemment à un de nos compatriotes qui visitait leur ile, et qui en a rapporté un Irès'bon livre (l): «Là mécaiuque, lui disaient-
ÎU, A DiLXVRÊ LE CAPITAL DES EXIGElfCES PU
TRAVAIL. Les machines remplacent tout, jusqu^an cfaaulTeur de nos machines à Tapeur. Il y a quelque temps nous avions besoin de chauffeurs habiles , sachant bien mesurer la quantité de combustible sur la quantité d'oxygcue que recevait le fourneau, et un bon chaufTeur coûtait cher: aujourd'hui une trémie et une machine à broyer le charbon font la besogne beaucoup mieux que le meilleur chau(reur, et un manœuvre nous suffi t Partout où nous employons encore un homme, ce n'est que provisoirement, en attendant qu'on in Tente pour nous (2) le moyen de remplir la besogne sans lui. » — «Ainsi, comme le dit M. Sismondi en répondant aux économistes de Tautre côté du détroit, il semble que \z. perfection sociale doive être atteinte lorsque le roi, demeuré seul dans son île, et tournant constamment une manivelle, fe accomplir par des automates tout louvrage l'Angleterre, gardant pour lui-même tous les produits afin de les expédier au dehws par d'autre automates flottants que conduirait l'impulsion d q la vapeur.
« Voilà pourtant où Ton aboutit lorsqu'on se met en route sans avoir pour boussole uir principe