‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 39 sur 79 · EST · texte numérisé non relu

EST

A U question : Qu est-ce qui est? il serait répondu : la vérité. A la question : Qu'est-ce que ia vèrilé? il serait répondu : Ce qui est conforme au raisonnement réel ; et, voilà ee qui est conforme au raisonnement réel'.

Si, maintenant, nous anûvioos aux règles d'actions, pour les individus et pour les sociétés, il est évident :

Que, pour l'époque d'empirisme, la rè^e d'action, pour chaque individu, est : ce que chacun croil conforme à la justice, au raisonnement ; et, pour la société : ce que chacune croit ^ également, conforme à la justice ;

Et que, pour l'époque de scîenee ou de vérité, la règle, pour chaque individu, est : ce qu'il sait être conforme à Injustice; et, pour la société : ce qu'elle MtV être conforme au raisomtemenl ; justice et raisonnement, considérés comme dirigeant les actions, étant : des expressions de valeurs absolument identiques.

.Supposons, maintenant : que, ces démonstrations, exif^es pour que la religion fût raiionnelley soient possibles et données : ce qui rendrait la religion, réellement rationnelle, seule réelle. Examinons, alors : Si, jamais , il y a eu religion réelle ? La solution de cette question , même d'après nos prémisses , n'est point aussi simple qu'elle le paraît dèa l'abord.

En effet, le mot aeel n'est point encore déterminé. Au mot Réel, le dicticmnaire dit : Ce qui est mi effets sans fiction ni figtiere. liais, qu'estroe qui est en effet Sens fktion ni figure ? Nous voilà complètement dans un cercle

SCIENCE SOCIàLB. 879

Supposons qu'il nous soit demandé de préciser : le nombre des grains de sable qu'il y a dans l'Océan. iVous donnons au hasard un chiffre quelconque, trèséleré sans doute .

Supposons encore : que, pour qui serait en état de vérifier notre solution, nous ayons donné le chiffre précis : notre solution, pouiTa-t-elle être dite réelle^ pour l'humanité incapable de la contrôler ? Certainement, non !

Dès lors, le mot réel signifie : Non l'opposé de faux; mais, l'opposé d'hypothétique, l'opposé d'illusoire ; et, le mot illusoire ne signifie point faux; mais, non incontestablement démontré : car, Villusoire peut être vrai.

Dans le sens que nous venons d'attacher à l'expression réel y H my a jamiâfi eu de religion réelle.

LA REUOION RÉELLE, PAR CELA SEL'L QL'eLLE ^ï'eST POIAT 1 NE RELIGION PARTICULIÈRE, DOIT EXCITER UNE RI- PULSION UNIVERSELLE, JUSQU'a CE QU'ELLE DEVIENNE:

U\E NECESSITK D EXISTENCE SOCIALE.

« Tonte religion particulière est uécessairoHcui Jauêse; car la vérité est universelle. >*

L*ABBK DE LA Mehn Ais. Dc la reliffioHOHttidf' récy etc. p. 303.

— Sous rempirisme, les i-eligions dérivent : ou, des philosophes révélateurs ; ou, des philosophes non révélateurs. Les premières se disent divines; les secondes naturelles.

Toutes les religions révélées, quelque ennemies qu'elles puissent èli^e entre elles, se réunissent contre la religion rationnelle. En disant : Les religions révélées ; nous comprenons : ceux qui, les pratiquent. La révélation leur défend de raisonner. Dès lors, du moment qu'un Hvre, raisonnant contre une révélation, se trouve entre les mains d'un vrai fidèle appartenant à cette révélation ; le livre est brûlé et non lu.

Toutes les religions, dites naturelles, appartiennent au protestantisme, à la philosophie dite scientifique. Or, la prétendue science actuelle a déclaré l'âme ma-

térielle , ce qui anéantit toute religion ; et, n'en laisse subsister les noms qu'hypocritement. Puis, comme tous les philosophes savent : que, le sentiment religieux est la base nécessaire de tout ordre social ; comme toutes les révélations leur sont également indifférentes, pourvu que le peuple soit soumis à Tune d'elles ; ils sont, du moment qu'ils se trouvent parmi les gouvernants : peut-être plus ardents encore à soutenir toute révélation. relative à leur localité ; que, ne le sont les vrais fidèles.

(Vest seulement : lorsque l'examen a sapé toute révélation, et par conséquent toute morale relative à, l'époque d'empirisme ; lorsque, par absence de toute morale, l'anarchie vient à déchirer la société ; lorsque l'excès de maux, produit par l'anarchie^ vient à démontrer : l'inutilité de toute espèce de remède social, dérivant soit de la foi soit du matérialisme ; c'est seulement alors disons-nous : que, le raisonnement peut , utilement, commencer à démontrer : que, toute religion hypothétique est devenue : incapable de servir de base, à l'existence de l'ordre.

DEVELOPPEMEnTS MS RÉYÊLATI<mft EN SECTES, DOHITAIIT LIEU A DES FAEATIWES BEUGIEUX SPECIAUX. HAIS- SANCEy SOUS l'empire DE CE DETELOPPEMEKT , DE FÂNATISMES PATRIOTIQUES ANALOGUES.

« Toujours, et néeeuûhwnenif k lévofetioa commencée dans l'Église, passe ensuite dans l'Étal, qui, à son tour, Tachève dans TÉglûe. C'est ém qu*on a vu naitre et s'établir en £uro|>e, avec d» gouvernements on despotiques ou républicains, les rdigions naUonàUt ou civiles, qui d6 amt qa*u

ATBKXSMX DÉGUISÉ. »

I/AnBR DE i:.A MsinrAts. De la religion considérée dams ses rofpartSy etc. p. 3IL

— Voyons comment, sotre Finffluenee de rempirisme, les différentes révélations génériques se dévelpppeirt : en révélations spécifiques, nommées sectes.

Par la suite des temps, et d'une trop grande étendue de circonscription, dérivant : soit d'accroissement de population, soit de conquêtes, un peuple, soumis à une révélation primitive ou générique, se trouve obligé de se fractionner.

Il faut, alors, au milieu de la circonscription nouvellement fractionnée, des différences spécifiques : qui rendent les différentes fractions respectivement enne-

SeiSlVGE 80GMU. 309

mies : car, des inimitiéfi iirteraatioMles celatiTes à la reUgion , sont dès conditions d'ordre, sous le despo^ tisme. Nous verrons ailleiifs : que, lorsque Findîfrérentisme rdigienx Tient à naître, les sociétés se tnm* vent déjà : en état d'anarchie latente.

La diykion^ par sectes, affaiblit la croyance en Tin* faillibilité de Tinterprète de la révélation : même pour les penples qni lui restent soumis. Et, cependant, Tintégralité de cette croyance, est aussi nécessaire à l'existence de l'ordre, que la croyance en la révélation ixàme. Car, en dehors de cette intégralité, toute révélation devient insuffisante au maintien de l'ordure : non-seulement pour les cas imprévus à l'époque de sa création ; mais encore pour ceux où il y aurait contestation, sur le sens d'une exporession quelconque. Et, cela est commuD : Les révélations étant toujours essentiellement obscures, quant à l'expression du droit.

Pour compenser cet affaiblissement de croyance, les chefs de chaque fraction de révélation', s'imaginent, par suite de leur ignorance et de leur présomption, qu'il lemr suffit de se constituer, eux-mêmes : en représentants de Dieu ; en pères de chaque nation ; et, conme tels, de se fauve accepter cocmne infaillibles^ Dès cememeat,, chaque fractio» de révélation, devient uneHTsv.

Auparavant, les padma étaient rdMives aox révétah tioas. Chaque eircoHseriptien de révélation formait ^iM noitonoM^; MaiotenaRt, les patries deviennent relatives aux fractÎMa de révéktkm ; ehaeam de ces fraction de^ «e cnÉ, ay«. «« église n^iaru^.

384 8GIENCE SOCIALE.

Et, le développement des fanatismes patriotiques , suit le développement des fanatismes religieux.

Pour exploiteras fanatismes de patrie, chaque despote national secondaire, né d'une secte, comme tout despote national primitif, naît d'une révélation, n'a plus qu'à se faire reconnaître : comme représentant de Dieu, sur la terre, pour la nation qu'il gouverne; comme représentant de la patrie dont il se dit le père ; comme représentant des individus par conséquent. Et, du moment qu'il y parvient, ce qui lui est facile, pour autant qu'il dispose de l'éducation et de l'instruction : se dévouer à sa personne, c'est se dévouer : au père de ses frères ; à ses frères ; à sa patrie : à Dieu même* Alors, tous les devoirs de l'homme se trouvent renfermés dans la devise : DiEt ; et mon boi. L'expression DieUj n'ayant de valeur pratique : que, celle qu'il plaît au roi de lui donner.

Quelquefois, le fractionnement des révélations en sectes, présente des obstacles à la pratique. Par exemple : les chefs du trône, forcés par les habitudes des peuples, pourront devoir, pour un temps plus ou moins long, rester en communication avec le chef de l'interprétation, qu'ils auront cependant cessé de considérer, comme étant leur propre chef. Alors, à défaut de la division en sectes, circonstanciellement impossible, l'empirisme établit, par chaque circonscription devenue indépendante : des différencesd^ discipline. Dans ce cas, les prêtres des nouvelles circonscriptions nationales sont obligés : de reconnaître le despote de la fraction devenue unité : comme représentant de Dieu sur h

SCIBMGB SOCIALE. 38S

terre, pour les intérêts temporels. Et bientôt, lorsque ces intérêts sont indépendants, ils dominent : exchisi" vemerU.

De la domination des intérêts matériels, fiait Vanarchie. C'est ainsi : que, les despotes travaillent, euxmêmes, à leur propre ruine.

Ces différentes considérations générales, relatives aux fanatismes de patrie, et que nous ne faisons qu'indiquer ici, seront reprises ailleurs, avec plus de détails.

386 saRorcE socule.

L0BSQ13E LE FAIiATISME I^IGIEUX, BASE DU FAKATISNE PATRIOTIQUE, VIENT A s'eCROULER ; l'eMPIRISME DES- POTIQUE LUI SUBSTITUE : UWE BASE WOUVFtLE.

« La souveraineté affranchie du pooToir spiriloil défenseur suprême de la justice et des droits de l'hiH inanité, affranchie même de tonte doctrine et de tout devoir, parce qn*elle senle créait les devoirs «t déterminait les doctrines, n'a eu désormais etn'a po avoir, au dedans comme au dehors, d'autre règle de conduite, d'autre principe de gouvernement qoe l'xNTÉRËT : c*est-à-dire, que chaque peuple s'est trouvé, suivant Texpression de Rousseau, dus oo état naturel de guerre avec tous les autres : et le souverain, par la même raison, dans un état Dstorel de guerre avec ses sujets : de sorte que natureilement il ne saurait exister que de courtes tsests entre les peuples ; et des trêves non moins courtes entre les sujets et le souverain. La fatigue, le besoifl de repos, pour ranimer leurs forces et panser lear$ blessures, séparent nu moment les combattants, et bientôt après recommence la lutte interminable: entre le despotisme et l'anarchie.

«* Calculer, voilà le devoir ponr les boomiesde ce temps. La conscience étonne et scandalise pretqne. Tel est le progrès de la corruption : que, la serrilité lasse déjà la puissance ; et que se vendre deTieodra bientôt un privilège. Qu'attendre delagénératiooqB) prend racine dans cette fange? Enivrée d^ék-mÈat, de ses pensées, de sa force, des désirs vape^ qu'elle étend dans un vague avenir j tout ce qui est, lui semble un obstacle à l'accomplissenieot de ses destinées. Une ardente inquiétude l'emporte dans

SmSlfCE SOCIALS. 3S7

mille nmtes dlTerses : agitée, tonneeniée puce

qu'elle n*a pas la vie ea elle, les anciens raoraient

comparée à ces ombres qni cherchent nn tombeaant

L*ABBx DE z^ BIjiiihaxs, De la reKghn cotui"

dérée, eto., p. 309-313.

— Le despotisme, une foi établi sur les fanatismes religieux, d'où dérivent essentiellement les fanatismes patriotiques ^ se trouve irrévocablement assuré : à moins, qu'un nouvel élément social, la presse par exemple, ne surgisse au milieu de l'humanité ; et, par les communications qu'elle rend inévitables, n'amène la nécessité : d'une réorganisation radicale.

Si donc, par un développement d'intelligence que le despotisme n'aurait pu empêcher, un semblable élément vient à se produire ; et que, par sa présence, il vienne à rendre toute révélation religieuse incapable de servir plus longtemps de base, au patriotisme qui divise les peuples ; dans ce cas , l'empirisme, pour suppléer aux révélations religieuses, doit inventer un nouveau genre de révélation : non plus basé sur la parole de Dieu et le sophisme ; mais, exclusivement sur le sophisme. Alors : de même que le despotisme, sous l'empire des révélations religieuses, opposait la révélation appuyée sur la parole de Dieu, aux connaissances religieuses rationnelles ; de même, lorsque le raisonnement vient à exclure ce genre de foi du domaine politique , et à amener la discussion sur le terrain des intérêts matériels, le despotisme devra combattre le raisonnement réel, par une foi dans quelque nouvelle espèce de so-

388 SCIEKCB SOCIALE.

phisme ; afin de toujours anDihiler le raisonnemeDl par une foi. En examinant les faits historiques, nous verrons : quelle est cette seconde base du fanatisme de patrie.

SCIENCE SOCULE. 989

« De toafea les causes qui séparent et^ûolent les peuples, la dWersité des reUgions esl celle qui prodoit entre eox, la division la pins complète et la pins insurmontable. »

L'abbi db la BfivvAis, De la religion canridérée dans $e$ rapparié, etc.^ p. 303.

390 SCtEHCB SOCULB.

FAITS HISTORIQUES RELATIFS A l'ÉTABUSSEMENT DES RÉ- VÉLATIONS, GOHSIDERÊESy POUB L'ePOQUE D*EMPIRISME, COmiE SEULES BASES D*ORDRE SOCIAL.

• Lonqoe cette oonsUtBlioD primitire et foniimentale, qai coastitae le doame bcugieox, cessant de satisfaire Tesprit à cavse de ce qo*c8e a d'incomplet, loi répopiant par ce qa'eOe a de hn, PKKD son ACTOarri, toat ce qai s'y rattachait s'évanouit avec elle. La oonsctence ne sait plas oo se prendre. Privé de a^sa et de sasctxov, U detàr tt*est désormais qnVs tais mot. L'égoîsBe le remplace ; et concentré en soi, ne croyant q«*à cette vie d'an jonr, la seole qae les sens lai lévèkBt, livré dès lors à ses appétits, l'homme s'ensevdit an sein de la matière, et, par on travail opiniâtre s'efforce d'apaiser les désirs qni^ le toarmentent, de créer en qnelqne manière , et de renlèmwr dam on point de la darée et de l'espace, Tinfini aiH|iKl à son insn même, il aspire invinciblement (1). Aiad con6né dans le OMnde physique, il n'existe poar lui d'autres lois qae les lois de ce sBOode. La scusct dont le bat est de les découvrir, et la (bnctionde ks promnlgner, devient la religion de la société, et les savants eu sont les prêtres (2).

(0 Le moi infini est relatif à l'espace, au temps, à Féteodae, etc. Est-ce vers l'un de ces infinis que l'homme à son insu, aspire inviDciblement ? Non ; ces infinis sont relatifs à la matière. L'infini vers lequel l'homme aspire, et Tinfini qn*il peut atteindre, est : la conn aissahce dk

L'uiMATimiAUTit, LA C0!I1IAISSA2«CB'DB LA VÊSIT^.

(2) Il y a science iUusoire, et science réelle. La science illusoire se borne à découvrir : les lois des phénomènes, les lois de la matière; la sdence réelle découvre : les lois de Tordre moral. Les savants de la fausse science, sont les prêtres de l'anarchie; les savants de la science réelle, sont les prêtres de Tordre.

SCfBNCB SOCULB. 391

« C'est ce qui se voit nuBlMMiit cbes les pc»» pies que le nouveneot de U niiQii hwMÎiie c è^ tachés de leurs anciennes croyances. Insoaciaats de tonte Térité qni ne se résout pas en an fait matériel» la science relative à cetoidM de faits a ponr enz le caractère de dogme. Qui oserait douter lorsqn*elle parie? qui ne s*incline devant die avec un pieux respect et noe foi absolue? Elle iustUoe au Dieu vATiàaa un colle dont les hymnes sont des équations on des nomendatnres, et les sacrements des manipulations chiraiqnes. ■•

La MeifXAis, Amseh, et Darv,^ p. 295.

— Depuis l'origine des sociétés , nous voyons les peuples dominés par des révélations. Toutes, sous peine de sacrilège, s'opposent à ce que l'homme ose prétendre : à déterminer la règle des actions, tant sociales qu'individuelles, par le seul secours de la raison. A cet égard, nous avons déjà cité Jean-Jacques Rousseau, philosophe protestant, comme constatant : que, tous les pères de nations ont été révélateurs. Voici, maintenant, comment un autre des princes de la philosophie empirique, philosophe croyant,, s^exprime sur le même sujet. C'est de Bossuet que nous allons parler.

— c Tous les peuples , dit ce grand écrivain, ont voulu donner à leurs lois une origine divine ; et ceux qui ne l'ont pas eue , ort fbiht db l*a- VOIR (1). Minos se tantoit d'avoir appris de Jupiter les lois qu'il donna i ceux de Crète. Ainsi Lycurgue, ain^i Numa, ainsi tous les législateurs ont ▼oulu que la convention par laquelle les peuples s^obligent entre eux à garder les lois fût afTermie par Tautorité divine, afin que personne ne pût s'en dédire. Platon, dans sa République et dans son livre des Lois,

(1) Il est évident que chaque peuple affirme : que, ses lois ont cette origine ; et, que les autres feignent de l'avoir.

392 aClBNCB SOCIALE.

n*en propoM aoeune qu'il ne Teuilie faire confirmer par l'oracle aTaat qu'elle soit reçue : et c'est ainsi que les lois détiennent sacrées et inviolables. »

(BoasciT. Politique tirée de VÉerUwre Maimite, lit. I, art. it, proposit. Yii.)

— Montesquieu lui-même, dont l'ouvrage sapait toutes les révélations, par la séparation du temporel d'avec le spirituel, s'est cependant cru obligé de dire :

— « La rétélalion est le plus beau présent que Dien ait fait aux hommes. »

— II est vrai qu'ailleurs il dit également :

— « Celui qui attaque la religion rétélée n'attaque qu'elle, mais celai qui attaque la religion naturelle les attaque toutes. »

—C'est, que pour Montesquieu : religions révélées et religion naturelle; étaient également illusoires. Malgré cela, Montesquieu était injuste : en assimilant ces deux espèces de fausses religions. Le fidèle, le croyant, est excusable -de reconnaître un Dieu créateur anthropomorphe ; c'est le préjugé de son enfance. Mais : qu'un philosophe, un sceptique, un raisonneur, s'avise de créer un créateur philosophique, et vienne à croire à sa propre création 1 c'est le comble de l'absurde.

FAITS HISTORIQUES DONNAIfT LE FANATISME RELIGIEUX OD DE REVELATION, COMME SOURCE DU FANATISME PATRIOTTIQUE, SERVANT A ISOLER LES PEUPLES.

« Malgué leur civilisation moios imparfaite à qodqaes égards, les Orientaax, furent toajoars séparés da reste da monde,et les ans des antres par Vin- 9urmontable barrihre de» croyances ; et Ton ne sait que trop de quelles effroyables tragédies Flnde a été le théâtre, tontes les fois que deux religions diverses s'y sont trouvées en présence. Essayez d*établir un lien social entre les bouddhistes et les disciples de Brahma, entre les parsis et les musulmans, entre les juifs et un antre peuple quel qu'il soit ; habitants du même sol, ils formeront constamment deux peuples séparés ; désunis de foi, d*espérance, et de prières, jamais le mariage ne les rapprochera ; ils n'auront rien de commun, pas même le tombeau. >*

L'àvvé de la Mcxitais, De la religion conti' dcrée, etc.,, p. 294.

— Les révélations sont ennemies par essence. La haine, qui divise les peuples par les révélations, constitne : un patriotisme primitif \ égoïsme indépendant de toute circonscription territoriale ; et, relatif : à une circonscription spirituelle.

Citons de nouveau Bossuet :

— « n faut encore plus respecter les bornes qui séparent les États que

394 SGIERCE SOCIALE,

celles qui séparent les particuliers^ et on doit garder la société que Diea a établie entre les hommes. Il n'y a que certains peuples SÀUDm et abonxABLBs avec qui toutb sociirÉ doit étib ixtbeditb , i cause de leur ef- (rojable corruption qui se répandrait sur leurs alliés. N*aie point , dit la loi j de société avec ces peuples ; ne leur donne point ta fUe , ne prends point la leur pour ton fils^ parce qu'ils le séduiront et li fught anna

AUX DIEUX inUHGBIS. »

[Politique tirée de ^Écriture sainte ^ liv. I» art 5, proposition unique»)

SGIENCK SOCIALE. 395

FAITS mSTORIQDES RELATIFS AUX SECTES ET AUX DIFFK' BEHGES DE DISCIPLINE DANS UNE MEME REVELATION.

« Les maximei gallicanes ue sont que Texpression théologiqoe des doctrines du siècle, des doctrine» athées, dont la philosophie née du protestantisme, s^efTorce de faire Tapplication rigoureuse à la société. *

L'abbé db la Mbnitais, De la religion considé' rée, etc, , p. 291.

— «Ainsi donc, et ceci mérite qu'on y réfléchisse, en séparant, contre la nature essentielle des choses. Tordre politique de Tordre religieux, le monde aussitôt a été menacé à'une anarchie ou éi*un despotisme oHiTKasBL ; la sécurité des États est demeurée sans antre garantie qu'une balance illusoire des forces. Chaque État, soumis dans son intérieur à la même cause de désordre, a marché également vers le despotisme et l'anarchie : et pour échapper à ces deux fléaux des sociétés humaines, qu'a-t-on jusqu'à ce jour imaginé ? Encore une balance des forces, ou, en d'antres termes, d^« jioNroirr. Voila

tout : on A FAIT DBS TRAITBS DB WksTPBALIB.

« Et comme les nations divisées par LKvas m- TitJiTSf seule loi quelles reconnaissent en tant que nations f n'ont àucur libit commuit, et, au liru de former entre elles une société véritable, vivent à l'égard les unes des autres dans uu état d'indépendance sauvage, ainsi là où plusieurs pouvoirs indépendants sont établis, il n'existe non plus au-» cuif B vaAiE sociÉTB ; l'État tsi perpétuellement en proie à la lutte intestine des intérêts divers qui cherchent à prévaloir. Tous se défendent, tons attaquent la pensée de chacun; son désir étant

êom t^ul droii, nul n'est lié enveri antnii dans Tordre politiqae, et les troables saccèdeot aux troubles, les rérolations aux réfolations, jaaqa'à ce que cette démocratie de saiiTages poticéa cnfiuite avec doalear na despote.

«< Poiut de pape, point d'Église ; saaa ^ise, point de christianisme; sans diristianisme, point de religion poar tout peuple qui fat chrétâen, et pour lors point de société : de sorte que la We des nations européennes a sa source, son unique source* dans le poufoir pontifical (1}.

«< L'Église est une monarchie, et le pape en est l'unique souverain. '

«t Rien de plus absurde que de nier PinfaîDibilité du pape, et de soutenir en même temps l'iafaillibilité de l'Église qui ne peut être iufainible que par le pape.

« Contester au pape, soit rinfaillibilité, soit h plénitude de la puissance monarchique, c'est oogtester à l'Église sa propre existence, c'est ster qu'dle soit une, universelle^ perpétuelle, caiote. C*est l'anéantir entièrement,

• Toute attaque contre le pouvoir du souTerain pontife est un crime de lèse-religion pour le cbié* tien de bonne foi et capable de lier deux idées ensemble; pour l'homme d*État, c'est un crine de i^se^rilisaiion, de lèse^ociété (2). »

L*AaaB DK LA McHXTAis, De la religion^ de.

(1) C'est vrai ; esMmtîellemeDt vrai : tant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit, ignorance nécessitant un interprète infaillible, B*est point évanouie.

(2) Tout ce que nous venons de citer, et que M. l'abbé de la Meona» écrivait avant 1830, est absolument vrad, pour Vépoqtte éTempirismf. Seulement, l'illustre écrivain n'avait pas réfléchi : que, la séparation da spirituel et du temporel, ainsi que la domination du matériel sar le spirituel, est la suite nécessaire de l'incompressibililé de rexamen et de l'ignorance sociale. La réunion du temporel et du spirituel, ainsi que la domination de l'intelligence sur la matière, peut seulement aroir lieu désormais : lorsque la vérité réelle sera mise en évidence ; et reconnue par tous, comme établissant la société dans le plus grand utêrêt possible de diacun.

— Nous avons dit : que, les révélations sont ennemies par essence. Par essence, les sectes sont aussi ennemies. Et, toujours celles-ci sont relatives : à un patriotisme secondaire, dépendant d'une circonscription territoriale. Ces divisions s'établissent : quand une révélation vient à s'étendre, et à comprendre plusieurs empires, qui veulent se rendre . indépendants : du chef de la révélation.

Quand des sectes viennent ainsi à se former ; et, que chaque despote national s'est fait, lui-même, représentant de Dieu et père de la nation ; nous voyons : la révélation chanceler. Mais, nous voyons aussi : les circonscriptions nouvelles ne s'appuyer, que secondairement, sur l'esprit de révélation ; ou, souvent ne se distinguer, que par des différences de discipline ; et, perdre ainsi, peu à peu, leur base spirituelle.

Les scissions des églises de Grèce, d'Angleterre, d'Allemagne, les libertés de VÉglise gallicane^ en sont autant d'exemples. Les révélations de l'Arabie, de l'Inde, nous en présentent d'analogues. Partout, enfin : les différences de sectes et de sous-sectes, sont employées pour exciter les haines entre les peuples limitrophes ; comme l'avaient été, dans l'origine, les différences de révélation.

A la vérité, une fois que les unités politiques, dérivant des révélations, sont détruites ; les guerres de révélation à révélation , telles que les croisades , deviennent impossibles : parce que l'infaillibilité de Tinterprète se trouve anéantie ; et, par conséquent : la domination du spirituel sur le temporel ; la domination

398 SCIENCE SOCULE.

de l'intelligence sur la matière. Mais aussi, les hostilités deviennent faciles à susciter entre les nonveaux peuples, fractions de ces unités.

En effet : chaque despote alors , ayant abandonné l'étendard unitaire de révélation, pour arborer le drapeau fractionnaire de secte, dans le but de bientôt y substituer le sien, possède des prêtres ncUianaux, qui le reconnaissent et font reconnaître comme seul r^ présentant de Dieu sur la terre, au moins quant aux intérêts temporels. Ceux-ci bénissent les drapeaux et les armes de leurs maîtres respectifs. Et les sujets, persuadés que Dieu se trouve à leur tète , vont s'égorger mutuellement.

C'est ainsi : que , le fanatisme de révélation, continue, pendant une longue suite de siècles, à servir de base : au fanatisme patriotique.

LORSQUE LE FANATISME DE REVELATION NE SUPPORTE PLUS LE FANATISME PATRIOTIQUE, UNE NOUVELLE BASE, TOUTE D* INTERET MATERIEL, EST DONNEE A CE DER- NIER.

f Dès lors (à la fin de la puissance des papes) la politique se sépara toujours davantage de la religion et Ton put de nouveau la définir : la force dirigée par t intérêt (1). On ne demande plus : cela est-il juste? mais cela est-il utile? Les princes furent sans frein ; et les peuples sans protection. Nul n'étant lié par les traités, il n'existait que des ti-èves ; et de là cette fureur des armes , qui désola si longtemps l'Europe transformée en un champ de bataille où toutes les ambitions venaient tour à tour se mesurer. On réduisit en théorie le brigandage, la perfidie, la trahison, l'assassinat; et Machiavel fut le législateur de cette société de souverains qui se déclaraient indépendants de Dieu. Le livre du Prince^ commenlé par les passions, remplaça V Évangile interprété par les pontifes. >•

L'ABsé DK i»A Mekrais, de la Religion^ etc.^ pag. 147.

(1) « La décadence fat si rapide que cette doctrine était avouée hautement 80US les Valois ; et l'histoire de ces temps si agités et si malheureux n'en est qu'une perpétuelle application. « Les plus belles prçten- « tions, dit Brantôme, et Us plus grands droits que les rois et les « hauts princes souverains ont, sans tant pointiller sur la justice et sur « Vhonneur, consistent sur la pointe de leurs épées; et comme le disoit « le bon duc de Bourgogne : Les royautés appartiennent de uroit à ceux « qui les peuvent avoir par farce d'armes ou autremekt. »

Hommes Ulustres français, t. VIII des Œuvres, p. 305.

— Depuis un demi-siècle , les sectes , comme les révélations, ont commencé à devenir insuffisantes : pour faire considérer les despotes, comme représentants de Dieu et pères des nations. Aussi , voyons-nous : que, les despotes, frappés de ce que le patriotisme perdait ainsi sa base reUgieuse, ont immédiatement cherché : à lui en substituer une autre. C'est depuis cette époque en effet : que, nous les avons vus inventer un nouveau genre de révélation, qu'ils font dériver : non plus d'une autorité tenant lieu de raison; mais, disent-ils, de la raison même. Et, c'est pour éloigner toute suspicion d'origine superstitieuse, que nous les voyons encore : faire prêcher, par de prétendus philosophes, ce nouveau genre de révélation, dont le dogme fondamental est : non plus que les pères de nations peuvent avoir des intérêts différents ; mais, que les circonscriptions limitrophes ont essentiellement des intérêts opposés. L'empirisme, protestant ou anarchique, avait dit : laissez faire, lus- SEz PASSER. L'empirisme despotique, désormais ap* puyésurle seul sophisme, intervient; et, par la voix de Véconomie dite politique^ il s'écrie : chaque nation DOIT SE PROTÉGER. CHACUN CHEZ SOI , CHACUN POLR SOI (1) .

Or, protéger, c'est diviser : car, qui protège lom ne protège personne?. Et, diviser : c'est assurer l'existence du despotisme. C'est ainsi, lorsque les révélations reli*

(1) Ceci est le cri de réconomie politique pratique ou despotique; réconomic politique, théorique ou anarchique, porte sur sa baDniêrc: liberté du commerce^ au sein des nationalités.

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gieuses deviennent insuffisantes pour servir de base au patriotisme : que, les prétendus intérêts matériels de circonscription, rétablissent le patriotisme nécessaire : au salut des despotes «

Cette nouvelle base, donnée au patriotisme, n'est cependant pas moins absurde que l'ancienne. Car, s'il est aujourd'hui évidemment faux d'affirmer : que, deux peuples qui s'égorgent sont un spectacle agréable à l'éternelle justice, pour peu que les pères des nations viennent à s'imaginer qu'ils ont des intérêts différents ; il n'est pas moins absurde, vis-à-vis de la raison, de prétendre : que, deux situations géographiques peuvent avoir des intérêts réellement opposés ; et que, sous le règne du raisoni^ement, anéantissant les nationalités, le bien-être des uns, ne fait pas essentiellement le bienêtre des autres.

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DEPUIS LA SEPARATION DD POUVOIR POLITIQUB, TEMPOREL, MATERIEL, DU POUVOIR RELIGIBOX, SPIRITUEL, MORAL ; ET DEPUIS l'eTABLISSEMEIÏT DES GOUVERREHSlfTS ROUB-

6EOIS, QUI soirr la suite nécessaire de cette séparation ; LE PATRIOTISME basi sur les intérêts tnalérieb,

EST DEVENU LE PRINCIPAL APPUI DU DESPOTISME; CT, EN MEME TEMPS, UNE SOURCE INEPUISABLE D'aNAB- CHIE.

«De Tor! de l'or! Je len de Por! Qn'œ mt donne de l'or! qa'on m'en donne toiqoan, fflqons plus! Ten aï faim, j'en ai soif , et cette soiïesl inextingnîble, et cette faim est irrassasiaUe.

«Ta entends, Eghetesch, le cri onivcneli l'hymne que chaqae homme répète en son cceir, et qni retentit maintenant partout o& lait le soleil. Elle est le fond de ma liturgie, dans laquelle, es déânitive, toutes les autres sont venues se fondre.

« Universel représentant de la ridiesse et des jouissances, l'or est tout en une sodéié qmtÊeemt qu'à la matière f n'admet qu'elle, ne dierche qa*<e elle .sa vie aveugle et sourde ; en une socîéié 9» tout se vend, s'achète ; o&, dans Tabseace de totle antre pensée que les pensées sensneiles, de tflt autre amour qu'une convoitise brutale, le riche et le pauvre, tourmentés, dévorés des messes appétit*i ne se touchent que par deux points : one bsàe ombrageuse et une envie désespérée. Et ta tlatgines bien que je veille à ce que rien ne diangecei relations réciproque^ que j'ai des auzilisiRf 4« poussent, avec un zèle que tu louerais, le pss^ et le riche diacun dans sa voie.

« D'accord sur le fond dci choses , je ww dirt

sur le sentiment qn*il8 en ont, et le jugement qn^iU en portent ; animés, quel que soit lear étal respectif, d*ane cupidité semblable en tons, et plus ardente seulement en cenx qui déjà ont approché leurs lèvres de la source à laqudle ils croyaient naïvement se désaltérer, les hommes asservis à ma puissance ont répudié la loi qn^Ormuzd , en les créant , leur avait imposée , s'étonnaut d'avoir jamais pu se soumettre à ses prescriptions, et se moquant , avec tonte* la grâce et toute la finesse que tu leur connais, deê réaiitéa êpirituelies, Bra- 1^ gens ! Pour eax ce n'était pas se moquer de soi-même. '

* Tu te figures aisément ce que sont devenus , dans cet affranchissement général des vieux préjugés, des vieilles opinions, les mœurs privées et les mœurs publiques. On s'est rué sur l'or, on Ta recherché jusqu'au fond des plus sales égouts. On s'est mis corps et âme dans une balance, eu disant : pesez-moi ; et la plupart s*en sont retournés avec quelques deniers dans la main, ou même rien du tout* C'étaii bien ce qu'ils valaient, au reste.

u L'estime alors a eu son tarif des plus simples ; et chacun, de tout âge, de tout sexe, de toute condition, de toute dénomination, a pris son rang, non d'après les qualités personnelles, la vertu , la probité, l'honneur, le génie, le talent, la science, qu'est-ce que cela? mais d'après ce qu'il possédait en bous revenus et bons billets dûment hypothéqués. On a valu tant.

ce Organisée suivant ce tarif, la société offre une image, sinon plus parfaite encore, du moins aussi exacte qu'on pouvait l'espérer, du type que j'avais conçu en moi-même.

« Ou a partagé les membres eu deux classes caractérisées par une certaine mesure de richesse. Arrivez-vous à cette mesure, vous êtes un homme d'esprit, un homme d'ordre, un conservateur digue d'avoir des droits et de les exercer, on homme évidemment créé pour gouverner les autres, c'est-àdire pour les exploiter.

« Restez-vous , si peu que ce soit, en deçà de cette même mesure, vous n'êtes qu'un sot, on brouillon, un barbare (l'heureux mot, Egheteach!) un factieux actuel on futur, créé non moins évidemment pour être gouverné, exploité. A ta place.

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imbécile ! et marche droit , et point de miuiaure, ou Ton rapprendra ton deroir !

« Cela n*empéche pas de parler avec une onction toachanle d*^lité, de liberté, de fraternité même. Mes disciples sont tons frères , et oonme entre fréret on se g£ne pen, le fort dit tendrement au faible : Cher fr^, j*aime le repos et Taisance, travaille pour moi, trayaille le joor, la nuit, et vtn sobrement 7e t*y aiderai de mon mieux par on aisemble de moyens combinés de telle sorte que, si le coorage venait à te manquer, la nécessité viendra nu secours de ta vertu chanodante. H y a même tonte une rftce de frères qa*on achète par philanthropie, à beaux deniers comptants, pour lea éclairer, les civiliser, tâche difficfle, car ils ont b peau brune. Cependant le fouet est un grand maitre, et il y a vraiment lieu de tout espérer de ses leçons.

« Mais retendue de mon influence apparaît surtout dans un phénomène aussi curieux que nouveau. La puissance de l'or fbt toujours inuneose; jusqnMd néanmoins elle ne s'était jamais, ponr ainsi dire, oaOAVisxfi. Aujourd'hui elle réside dans nne espèce de corps qui a ses degrés hiérarchiqoes, sa discipline, ses lois, corps dont le pouvoir, s*élevant an-dessus de tout autre, domine même le pou- Toir officiel de la société. La vxirAjrcs , c'est son nom , gouverne réellement le monde. Elle s'impose aux chefs des États, leur commande en maître, dirige à son gré leur politique, fait la paix, la guerre, les traités. Par mille canaux secrets, dk attire à soi les richesses nationales, absorbe le fruit du labeur des peuples, s'en nourrit, s'en engraisse. Le financier n'est d'aucun pays; sa patrie, c'est son coffre-fort. D'une prodigieuse sagacité pour découvrir, pour deviner la plus imperceptiUe veine où circule la sève qu'il convoite , il y applique son avide suçoir, et aspire, aspire jusqu'à la dernière gouttelette. -Produits de la terre, produits de l'industrie, nulle richesse qui ne vienne, après pins on moins de détours, aboutir à lui. Quiconque possède est sa proie fatale. Il ressemble à l'insecte tapi au fond du cône qu'il a creusé dans le sable. Tout ce qui approche du bord est entraîné et dévoré.

« U a trois auxiliaires : le besoin, la passion , la cupidité.

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« Le besoin Ini Vrrre les petits , et cela de mille manières ; d^ais le prêt sur gage jnsqu'auz monopoles qui élèreot le prir des dourées nécessaires, équivalant, pour le pauvre, à la confiscation d*uiie partie de son travail , on dn salaire de son travail.

«t La passion qni vent jouir» la cupidité qui veut acquérir, acquérir tocyours davantage, ont le même efTet à Tégard de cettx que la fortune a mieux partagés. II leur tant de Taigent , à Tnn pour dépenser, à l'antre pour spéculer. L'argent ne s'obtient qu'en payant On s'engage pour le capital, on s'engage ponr les intérêts ; de mois en mois la dette s'accroît, grandit, grossit, car on a soin de la bien nourrir d'intérêts composés, accumulés, da frais d'escomptes, qne sais-je? Solde final, la ruine , des emprunteurs s'entend.

• Mais le prêtenr» comme il s'élargit, s'épanonjt, se dilate! Comme cette membrane enflée d'écue devient un personnage qu'on salue de loin , qu'on admire, qu'on flatte, à qui les ministres, les rois font la cour, qu'ils monseigneurisent chapeau bas. Je suis charmé, ravi de vous voûr. Un fantenil à M. le Baron!

« Toute fausse modestie à part, Eghetesch , tu m'avoueras qu'il est agréaUe d'être ainsi et si justement honoré dans les siens.

« Merveillense puissance de l'nsnre, c'est à elle mainienant que le monde obéit. Fille de la convoitise, elle en étend le règne; elle est le lien, le ressort de toutes les corruptions qni émanent de toi. Comme la liane .embrasse le tronc colossal et les ' plus faibles branches , elle étreint aans ses spires et les membres de l'État, séparés, isolés, et l'État même. Il lui prête son appui , sa force; il se fait son vassal, il la sacre reine. Que dis-je, il lui bfttit des temples, convoque les peuples au pied de ses autels. Avec quel empressement, quelle joie, quelle ferveur, ils accourent et s'y agenouillent, et s'y prosternent! Quels pieux élans! quelles dévo- * tes prières ! quel culte de latrie et de dulie et d'hyperdulie !

M Je m'enflamme moi-même à cette pensée. Je crois entendre les hommes, d'un bout de la terre à l'autre, célébrer mes louanges dans leurs chants, adorer mon pouvoir, l'invoquer d'une voix unanime.

« De l'or ! de l'or ! Je veux de l'or. Qu'on me

donne de Tor! qn*oa m*en donne toiyoïin, toHjonrt plus! J*en ai faim, j'en ai aoif , et cette soif ai inextinguible, et cette faim est irrassasiable. a Là HsifirAis, jimsckttspands ei Darvands,

— Nous citons souvent M. de la Mennais. C'est que, selon nous, personne n'a aussi bien que lui, démontré la nécessité de soumettre le temporel au spirituel. D'autres que nous, en s'énonçant ainsi, pourraient craindre d'être pris pour ultramontain. Ce reproche ne peut nous atteindre, puisque nous établissons : que, tout pouvoir religieux, basé sur une révélation anthropomorphe, est DEVENU : incapable de servir de base à l'existence de Tordre. Mais, quoique ce pouvoir soit devenu relativement impossible , les raisons de M. de la Mennais n'en sont pas moins incontestables. Dès lors, il faut : ou, que le pouvoir religieux s'établisse sur une base nouvelle ; sur une base incontestablement rationnelle ; sur une base non sujette à des interprétations diverses ; ou, que la société périsse ; ou, que le despotisme devienne assez fort : pour anéantir la presse , pour anéantir l'incompressibilité de l'examen. Or, nous ne croyons pas : que, les deux dernières alternatives soient possibles. 11 faut donc : que, la première se réalise. Cette explication, nous a paru nécessaire. Maintenant, nous continuons.

Les erreurs relatives, à la réalité d'opposition absolue d'intérêts entre des peuples, quand cette opposition n'.est que relative à l'existence des nationalités, sont malheureusement en rapport avec l'ignorance de l'époque. Le sophisme qui colore ces erreurs est d'ail-

leurs choisi avec art; et, l'espèce de patriotisme, auquel elles servent de base, a môme sur le patriotisme dérivant des révélations religieuses , l'avantage : de favoriser une classe plus nombreuse de despotes ; d'affermir ainsi leur pouvoir sur les esclaves; et, de ne * permettre d'accès au remède : que, par l'excès même du mal social.

Four combattre ces erreurs nous avons rempli ce chs^pitre de citations de M. de la Mennais, démontrant, avec toute la force de son coloris : l'impossibilité que des nations puissent eidster en contact^ sans être soumises, par une foi^ à une communauté de lien religieux, tant que la foi reste possible, comme base d'ordre ; et, quel est l'état de corruption et d'anarchie, où finit par se trouver : un ensemble de sociétés, n'ayant de base : que, Fintérèt matériel.

Le patriotisme , sur quelque erreur qu'il se trouve établi, est l'appui principal du despotisme. Pour l'époque d'empirisme, le patriotisme est même la véritable base de l'ordre, pour aussi longtemps que l'examen ne vient point substituer l'anarchie au despotisme. C'est que, pour que le patriotisme puisse être la base d'un ordre apparent, il faut : qu'il reste isolé. L'isolement, une fois devenu impossible par des communications inévitables , le patriotisme devient la source d'une anarchie, qui ne peut finir : que, par l'anéantisse^ ment des patriotismes , par l'anéantissement des nationalités.

Le patriotisme est tellement l'appui des despotes : que, quoique ennemis irréconciliables entre eux sous

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tout autre rapport, nous les voyons se déclarer unanimement : les fauteurs du patriotisme. Tous le proclament le beau idéal : non-seulement pour les nations ; mais encore pour les provinces, pour les viUes , pour les villages.. Tous , sont conséquents : en multipliant les divisions de Thumanité, ils font remonter le patriotisme à sa source naturelle : au village, au hameau, à la famille, à l'individu, à Tégoïsme. Or, une fois que le despotisme est parvenu à placer les individus sous rinfluence de Tégoïsme, il triomphe ; et, croît n'avoir plus besoin : du secours des révélations.

A Tépoque où nous nous trouvons, les despotes doivent cr(Mre , en effet , qu'ils sont inébcanlablemeni affermis : du moment qu'ils sont parvenus à faire, généralement, triompher Tégoïsme des intérêts matériels. Car, quel intérêt commun pourrait unir les esclaves contre les maîtres, quand des intérêts particuliers, toujours à la disposition des maîtres, peuvent influencer les individus, au point de rendre toute coalition impuissante? Aucune coalition possible ne peut renverser le despotisme. Le despotisme ne peut être tué, il doit mourir. Et, son agonie : c'est l'excès du mal social ; c'est l'anarchie à son apogée.

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