CHAPITRE V
QUATRIÈME MOYEN DESPOTIQUE : ALIÉNATION DU SOL A DES INDIVIDUS; ET, SA TRANSMISSION, PAR HÉRÉDITÉ.
« Yoviez-Tous qne les peaples cessent d*étire révolutîonoaires ? Soyes hardiment réfonnatears, abjurez hautement, et à toujours, la fatale doctrine qui consiste à séparer des intérêts inséparables, ceux da pouToir de ceux de la société. Aucune doctrine n*est plus pernicieuse, ne favorise plus ouvertemoitrinsurrection, n^est pluseonenrie de Tautorité, plus subversive de Tordre. >• Ém. Da GiBARDXsr. Étudeê politiques f p. 62 (1).
— « Si nons considérons Thomme dans son état ordinaire, et sans société réglée avec ses semblables, il parait qu^il ne peut avoir de droit exclusif sur aucun objet de la nature. Car ce qui appartient également à tous, n'appartient réellement à personne.
« U n'est aucune partie du sol, aucune production spontanée de la terre, qu*un homme ait pu
(r) Cest vrai : en préseuce de rincompressibilité de l'examen. Mais» coinnaent est-il possible de rendre identiques les intérêts du pouvoir, c'est-à-dire , rintérèt de Tordre , avec les intérêts de la société , c'est-àdire les intérêts de tous ceux qui composent la société ? Telle est la question sociale de notre époque. Tant qu'elle n'est point résolue, d'une manière rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, des milliards de volumes pourront être écrits sans faire avancer la question d'un seal pas.
s'approprier à Texclusioii d'un antre homme : ce n'est qae sar son propre individu, sor le travail de ses mains, snr la cabane qa*il a constmite, snr l'animal qu'il a abattu, sur le terrain qu'ila coltivé» on PLUTOT snr la cultore même et son prodoit, ipe Phoame paok avok m vrm gtivUfg^ Dès le moment qu'il a ncneflli le fmtt de son trarail^ le fond snr lequel il a déployé son industrie au»x- TiEKT COMMUN h tous let kùtutnet,
« C'est le partage des terres fait et covsaivTi par les hommes rapprochés entre eux, qui peut être regardé comme l'origine de la paopaiÉTB (1) ; et œ partage aappoae «ne société naissante, une conTention primitives, nne loi néelle.
« La p&opaxKTB (2) est donc de droit social oo cîtIU et, par conséquent, la loi peut défendre oo permettre d'en disposer par testament Ellx poua- X4IT uàmm s'aMPAnaa nas succassiovs au peopit
Dtf LA SOCIKTK TOUT SlTTliBB (3). »
MiBABBAu, Sur la question : le propriétaire peat-U disposer par testament (4).
. (1) Ici doit se trouver sous-entendu FONCiikRs, ne roublions jamais.
(2) Encore une fois n'oublions pas d^ajouter foncière. Il est singulier qu'une foule de publicistes ne distinguent point la propriété foncière de la propriété mobilière. Plusieurs refusent à cette dernière le titre àe propriété et rappellentpossesjton. De pareilles logomachies ont souvent rendu ennuyeuses et inintellibles des discussions qui, sans ces défauts, auraient été fort utiles.
(3) Mirabeau avait besoin de pouvoir conclure relativement à la totalité de la propriété. Telle est la cause qui ne lui a point fait distinguer la propriété foncière, de la propriété dérivant du travail. La première est effectivement de droit conventionnel ou arbitraire; la seconde est de droit rationnel.
(4) Tout le saint-simonisme, tout le communisme est dans cette question. Du moment qu'il;est défendu de tester, ce qui présuppose l'abolition absolue de l'hérédité, il faut un pape, un père ; et, la société reste éternellement esclave : sous un despotisme patriarcal. Comme plus qu'éphémère, et en présence de l'incompressibilité de l'examen , c'est la plus absurde des utopies. C'est le vrai régime chinois.
SCIBHCB SOCIALE. Z
Enapirifflue.
« La place de rbomme, ce qu'il peut couvrir de son corps, c*esi la Traie mesure de la propriété primitiTe.
« P'éqaÎToque eo équivoque, la propriété glisserait jusqu'au bout du moude. Lliomme ne se bornerait pas, s*îl ne trouvait sa borne dansFliomme.
« Tel est l'amour de l'homme pour la terre. Pour lui donner, à pette terre, indifférente et lurxRsoiciiELLE, l'empreinte de la personnalité humaine, il consentira s'il le faut, à y déposer ses ossements. Limitée par les tombeaux, mesurée par les membres humains, par le pouce, par le pied parla coudée, elle s'harmonise, autant qu'elle en est susceptible, aux proportions mêmes de l'homme. Il n'est pas rassuré encore. Il prend en quelque sorte le ciel à témoin qu'ei/« est bien à lui, il essaye d'orienter sa terre, de lui appliquer la forme du ciel. L'orientation et la limitation constituaient, chez les anciens, une sorte de religion de la pro> priété.
n Étrange orgueil de la propriété. L'homme se croit le Dieu de la terre. C'est mon bien, dit-il, c'est mon lot, propriété solide, immuable comme le fond de l'Océan. L'enthousiaste possesseur place sur cette terre l'idée de l'infini ; il prétend la posséder comme Jupiter possède le monde. Il qualifie la propriété, dans son ivresse titanique^ des noms mêmes du Dieu trbs-^and et tres'bon : Fundus optimus maximus.
« Qa*fl la frappe dn pied en mattre, qu'il y laisse des empreintes de dix ooodées qui sont rm» tées du pied de Brahma et d'Hercnle, K1.1.1 m'ist FOuaTAjrr pas urcoai a lui. Pour que roccttpA* tion soit parité, pour qne la terre s'identifie à rhomme, qa*eUe inuukumaHe oonime dit Dante, il fiiut qn'fl y entre en effet, qn'il mette en elle ee qa*il a de sacré, la volonté et le travaU, Pins tard il y enfoncera un sillon plus profond, il Vooemperm pins intimement encore, il y sèmera non pins Torf e et le froment, mais Thomme même. H y fera sa condie et ils ne seront pins séparés.
« En attendant qu'elle le possède, il caorr la posséder. Il jonit, il transmet. Pour gartntir cette transmission aux autres, poor les persuader de sa validité, tV a fallu tout un monde de STMaouu. »
MicHELXT, Origine» du droit français, P*9ea xzix à xxvzi (1).
(1) Tout oela est très-poétique. En réalité, la terre est seulement humanitaire : lorsqu'elle appartient à la propriété collective.
SCIENCE SOCULE.
LE SOL, SOUS L EMPIRISME y SE TROUVE nfÉVITABLEMEirr ALIÉNÉ : D*ABORDy A DES INDIVIDUS COLLECTIFS, HOR- DES, PEUPLADES, OU TRIBUS; ENSUITE, A UNE OU A PLUSIEURS FAMILLES DANS CHAQUE SOCIETE; ET, TOU- JOURS, IL SE TRANSMET PAR HEREDITE, SEULE TRANS- MISSION POSSIBLE, UNE FOIS QU'iL EST ALIÉNÉ.
a Les propriétés foncières et Tiiiéfalité des conditions sont-elles conformes on oontrtires à Vordre de la nature f Que je crains qne votre ordre natorel ne soit contre nature ! Dès que je vois ia propriété foncière établie, je vois des fortones inégales; et de ces fortunes disproportionnées ne doit-il pas résulter des intérêts différents et opposés, tons les vices de la richesse et tons les vices de la pauvreté, l'abrutissement des esprits, la corruption des mœurs, tous ces préjugés et tontes ces passions qui KTOum&oNT NBcassAiaxMurT L'iviDiNcx. Ouvrez toutes les histoires, vous verrez qne tous les peuples ont été tourmentés par cette inégalité de fortune. Des citoyens , fiers de leurs richesses, ont dédaigné de regarder comme leurs égaux des hommes condamnés an travail pour vivre : snr-le-champ vous voyez naître des gouvernements injustes et tyranniques, des lois partiales et oppressives, et pour tout dire en un mot , cette foule de calamités sons lesquelles les peuples gémissent.
« Yoilà le tab)eatt que présente lliis-
toire des nations ! Et je vous défie de remonter
8GIBSCE SOaALK.
jusqu'à In source de' ce désordre, et de ne pas le trouver dans la propriété FOHcxiRi (1). «
Mablt, Doutes sur tordre naturel et euen-' iiel des sociétés politiques selon Us écotu^ mistes.
— « Quand les héritages se furent aocms^ e» nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s'agrandir qu*anx dépens des autres , et les surnuméraires que la faiblesse ou l'indolence anût empêchés d*en acquérir à leur tour (2), derenos pauvres sans avoir rien perdu, parce que toat diangeait autour d'eux , eux seuls n'avaient point changé, furent obligés de recevoir ou de ravir leur subsistance de la main des riches; et de là commencèrent à nattre, selon les diven caractères des uns et des autres , k domination et la servitude , ou la violence et les rapines. Les riches» de leur côté, connurent à peine le plaisir de dominer, qu'ils dédaignèrent bientdt.tovs les antres ; et se servant de leurs anciens esclaves pour ai soumettre de nouveaux , ils ne songèrent qu'à subjuguer et asservir leurs voisins, semblables à ces loups affamés qui, ayant une fois goûté de la chair humaine, rebutent toute autre nourriture, et ne veulent plus que dévorer des hommes. C'est ainsi que les plus puissants on les plus misérables, se faisant de leurs forces on de leurs besoins une sorte de droit au bien d'autrui, équivalant selon eux au droit de propriété, l'égalité rompue fut suivie du plus affreux désordre; c'est ainsi que les usurpations des riches, le brigandage des pauvres, les passions effrénées de tous , étouffant la pitié naturelle et la voix encore faible de la justice, rendirent ces hommes avares, ambitieux et méchants. Il s'élevait entre le droit du plus fort et le droit du premier occupant un conflit perpétuel qui ne se terminait que par des combats et par des meurtres. La société naissante fit place au plus horrible état de guerre; le genre humain, avili et désolé, ne pon-
(1) Il aurait fallu dire : Dans Fignorance primitive sur la réalité du droit; ignorance, dont la conséquence nécessaire est : ralicnation de la propriété foncière.
(2) Rousseau aurait dû ajouter : ou nt^ssant sans héritage.
8CIBNCE S^1AL£« 7
vaot plus retimmer sur ses pas (I) ni KDoncer aux acqoisîUoos malbeiirenses qu'il avait faites (2), et ne travaillant qu'à sa hoote par l'abus des facnliéa qui l'iionorent , se mit lui-même à la veille de sa ruine :
Attoaitns novitale mali, diveiqne, mîMrqiie, Bffugere opUt oper, et qa« vovent otlit.
« 11 n*est pas possible que les hommes n'aient &it enfin des réflexions sur une situation aussi misérable, et sur les calamités dont ils étaient accablés. Les riches surtout durent bientôt sentir combien leur était désavantageuse une guerre perpétuelle , . dont ils faisaient tous les frais, et dans laquelle le risque de la vie était commun, et celui des.biens particuliers (3). D'ailleurs, quelques couleurs qu'ils pussent donner à leurs usurpations , ils sentaient assez qu'elles n'étaient établies que sur un droit précaire et abusif; et que n'ayant été acquises que par la force, la force pouvait les leur ôter, sans qu'ils eussent raison de s'en plaindre. Ceux même que la seule induêtrie avait enrichis ne pouvaient guère fonder leur propriété sur de meilleurs titres. Ils avaient beau dire : C'esi moi qui ai bâti ce mur ; j'ai gagné ce terrain par mon travail. Qui vous a donné les alignements ? leur pouvait'^m répondre, et en vertu de quoi prétendez- vous être payé à nos dépens d'un travail que nous ne vous avons point imposé? Ignorez- vous qu'une multitude de vos frères périt ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop, et qu'il vous fallait un consentement exprès et unanime du genre humain pour vous approprier sur la substance commune tout ce qui allait au delà de la vôtre (4) ? Destitué
(1) Le thème et Terreur de Rousseau, est : qu'il y a un état de nature, qui n*est pas l'état de société.
(7) Les connaissances.
(3) Rousseau se trompe. Jamais, en passant de Tétat nomade à Pétat d*appropriation du sol par les individus, un tel calcul n'a été fait par les riches. Mais il sera fait, inévitablement fait, lorsqu'il deviendra nécessaire de passer de Fétat d'appropriation du sol à son entrée à la propriété collective. Que de sang versé avant que les riches n*en viennent à le faire : ce calcul !
(4) Rousseau oublie : que, selon ses propres principes, une génération même unanime, ne peut, en raisou, en droit, aliéner ce qui appartient aux générations suivantes. En supposant même qu'une géuératioD una-
8 6C1BMCE SOCIALE.
de raÎMii valable pour se joaiîfier, et de foroei wiA fieaotet pour ae défeudre; écraaa&t facileaMiit nn particulier, mais écraaé lui-même par des troopo de bandits; senl contre tons, et ne poufaot, à cauêe des jalousies muhteUes, s'unir avec ses éganx contre des ennemis unit ptur Vapoir oommun du pillage, le ricbe, massa paa ul kécessiTB, oonçat enfin le projet le pins réfléchi qoi soit jamais entré dans Tesprit bomaio : ce fut d'employer en sa favear les forces mêmes de ceox qui l'attaquaient, de faire ses défenseurs de sei adversaires, de lear inspirer d'antres maximes, et de leur donner d'autres institutions qoi lui rusuar aussi favorables que le droit no/icre/lm était contraire.
« Dans cette vue, après avoir exposé à ses voisins l'horreur d'une situation qui les annait toos les uns contre les antres , qui leur rendait kars possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et oà nul ne trouvait sa sûreté ni dans la psofreté ni dans la richesse, il inventa (le riche) aiséneot des raisons spécieuses pour les amener à ton but (1). Unissons-nonsy leur dit-il, pour garantir de l'oppression les faibles, contenir les ambitieax, et assurer à chacun la possession de ce qoi Jni ap> partient; instituons des r^lements de justice et de paix , auxquels tous soient obligés de se soa* mettre , qui ne fassent acception de personne, et qui réparent en quelque sorte les caprices de la fortune, en soumettant également le puissant et le faible à des devoirs mutuels. Eu un mot, ao lien de tourner nos forces contre nous-mêmes, las-
nime pût aliéner sa liberté , pourrait-elle aliéner la liberté de ses enfants ? Le seul droit qui consacre Taliénation du sol, en sortant de l'état nomade, dérive de la nécessité.
j(l) Encore une fois, Rousseau se trompe. Ce n'est ni le riche, ni de pareils sophismes qui ont porte à un pacte social nécessairement plus ou moins illusoire, à une époque où la vérité sociale ne pouvait être connue ; c'est le législateur, dans ces temps et selon Bousseaa, toQJoars révélateur, toujours parlant au nom de Dieu, au nom des intérêts spirituels, et jamais au nom des intérêts matériels, qui a organisé la sa* eiété. Encore une fois , les riches raisonneront un jour, mais ce sera seulement pour quitter le système d'appropriation du sol ; et, alors» ce ne sera plus de sophismes qu'il sera question , ni des intérêts d'aoe classe ; mais , de raisonnement réel et des intérêts de tous.
SCIENCB SOCIALE. 9
semblons-Ies en an pouvoir suprême qni noiis gouverne selon de sages lois , qni protège et défende tons les membres de rassocialion , repousse les ennemis communs, et nous maintienne dans nne concorde éternelle.
« Il en fallait beaucoup moins que Téquiralent de ce discours pour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d*ai]leurs avaient trop d'affaires à démêler pour pouvoir se passer d'arbitres, et trop d'avarice et d'ambition pour pouvoir. se passer de maîtres. Tous coururent au-devant de leurs fers, croyant assurer leur liberté; car, avec assez de raison pour sentir les avantages d'un établissement pacifique, ils n'avaient pas assez d'expérience pour en prévoir les dangers (1) : les plus capables de pressentir les abus étaient précisément ceux qui comptaient en profiter ; et les sages mêmes virent qn'il fallait se résoudre à sacrifier une partie de leur liberté à la conservation de l'autre, comme un homme blessé se fait couper un bras pour sauver le reste du corps (2).
« Telle fat ou dut iras (3) l'origine de la société et des lois qui donnèrent de nouvelles entraves et de nouvelles forces au riche , détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l'inégalité (4), d'une adroite usurpation firent un droit irrévocable (6),
(0 Icî> Roaageau coDfond : les époques d^établissement politique et d'aliénation du sol à des familles domestiques. C'est une erreur immense et peut-être volontaire. L'établissement politique est, pour ainsi dire, contemporain de la première famille domestique; et, l'aliénation du soi, à des familles domestiques, lui est postérieur de bien des siècles.
(7) Ainsi, selon Rousseau lui-même, l'aliénation du sol à des familles domestiques était inévitable : puisqu'il fallait la subir ou mourir. Cette seule raison pouvait faire supprimer toutes les autres; et, les rendait même inutiles.
(3) Quelle singulière alternative! ! Si elle dut être, elle fat
(4) Avant la société, et les lois, et la propriété, il y avait donc des richesT Et, c'est Jean-Jacques qui dit de pareilles choses; et, c*estle dixhaitième siècle qui ne les lui reproche past Puis, toujours rapporter la propriété à Taliénation du sol ; comme, si avant cette aliénation la propriété n'existoit pas. Quel gâchis philosophique !
(5) Irrévocable! Pour autant que cette loi est une nécessité, qu'il faille la subir ou mourir, oui. Mais, si cette nécessité vient à changer ; si , au contraire, il faut avec le temps changer celte loi ; s'il faut aussi
10 8CIEHCB SOCIALE.
et pour le profit de quelques ambitieoT, ainjettîrent dèaormmiB ioat le genre humain à la mt-
BoossMAU, Diteourt $ur finêgaUté dea eoadi-
— Les philosophes du dix-huitième siècle ont continuellement parlé de Mordre de la nature, de Vordn naturel, de la liberté naturelle sans distinguer : si, cet ordre, cette liberté dérivent de la force ou.de la raison; et, surtout sans remarquer : que, Tordre selon la raison peut seulement être recherché et exister : lorsque la période sociale, déjà très-avancée d'incompressibilité d'examen, est venue reiidre l'ordre, par la seule force, complètement incapable de protéger : la vie de la société ; la vie de l'humanité. A chaque instant, nous aurons lieu de faire la même remarque, sur la philosophie du dix-huitième siècle. Ici , il nous suf&t de signaler à nos lecteurs : que, même selon les honunes de destruction, c'est le raisonnement, poussé par la nécessité, qui a forcé de consacrer l'aliénation du sol. Ailleurs il sera démontré : que, c'est encore le raisonnement, poussé par la nécessité, qui forcera de faire entrer le sol à la propriété collective : non plus d'une société; mais, de la société tout entière.
subir ce changement ou mourir; restera-t-eUe irrévocable? Il faudrait être fou pour Taffirmer.
(1) Rousseau vient de dire : qu'il fallait subir cette loi ou mourir; et, maintenant, il dit : qu'elle a été seulement faite pour le profit de quelques ambitieux. Ces contradictions sont trop évidentes et trop rapprochées pour qu'il y ait mauvaise foi. C'est le fait d'un homme qui écrit en rêvant; et, qui oublie, à la seconde ligne , ce qu'il a écrit à là première.
SCICHCS SOCIALE. H
ArriTons à ce que comporte la présente dÎTison.
Nous avons déjà vu : comment la famille domesâque primitiTe devient immédiatement famille sociale ; et, comment celle-ci se fractionne nécessairement, même en supposant : que, primitivement , une seule famille ait apparu sur le globe.
Yoyons, maintenant : comment le sd vient àr se trouver inévitablement aliéné.
Commençons par l'aliénation à des individus colléetifis : hordes, peuplades, ou tribus.
Aussi longtemps que les fruits venus spontanément, la chasse, la pêche suffisent à l'existence des populations, elles restent nomades. Le besoin seul rend pré« voyant ; le besoin seul porte au travail ; un homme sans besoin, quel que fût son genre d'intelligence, resterait éternellement : dans l'impuissance de l'embryon.
Lorsque deux peuplades viennent à se trouver en contact, il y a guerre pour la jouissance du sol, même en faisant abstraction de toute autre cause de discords. La suite de la guerre, est une paix , une délimitation ; et, le sol se trouve aliéné.
Passons à l'aliénation du sol à une ou à plusieurs familles dans chaque société.
Aussi longtemps, que les productions spontanées du sol social, et la guerre, peuvent subvenir aux besoins de la tribu, celle-ci reste nomade.
Remarquons néanmoins : que, chaque tribu conserve sa tendance à se fractionner, même lorsque plusieurs sont en contact. Et presque toujours c'est une
iâ 8CIBNCB SOGULB.
fraction émigrante qui, pour s'isoler plus facilement, se livre à l'agriculture.
De l'agriculture, s'établissant nécessairement par suite du contact des fractions sociales ; et, de l'accroissement de population ; naît , nécessairement aussi : l'appropriation du sol social par des individus ; et, le droit de premier occupant.
Alors, deux systèmes s'établissent :
Ou, le sol appartient , en entier, à la famille gouvernante, qui le distribue temporairement aux familles pour une ou plusieurs générations : et, c'est le système oriental;
Ou> le sol appartient à plusieurs familles, sans détermination temporaire : et, c'est le système ocddental.
Dans tous les cas, le sol se transmet héréditairement.
(«ette transmission héréditaire est évidente : pour chaque sol social ;
Elle l'est également : pour les systèmes relatifs aux familles.
Du reste, le sol est toujours transmis héréditairement, même en dehors de l'aliénation. Car, alors il est héréditaire à l'humanité. Pour que ôette hérédité fût en litige, il faudrait : que, sur un globe il y eût deux humanités : ce qui est impossible.
Quant aux plaintes des philosophes de tous les siècles, contre l'aliénation du sol , l'ignorance seule les cause. Elles sont, néanmoins , un commencement de protestantisme social, produit par le sentiment ^n-
SCIBNCB SOCIALE. i3
pirique de ce qui doit exister un jour. Il n'eu est pas moins vrai : que, jusqu'à l'époque où l'examen devient incompressible, ce commencement de protestantisme social est toujours anarchique, sans aucune espèce d'utilité. L'ordre, ainsi que nous le verrons dans la suite du présent paragraphe, étant alors exclusivement relatif : à l'aliénation du sol dans chaque société ; et, à sa transmission héréditaire.
14 aOESCE aOGULE.
fi
sous l'empirisme, le sol est JDSTEMEIÎT ALIÉNÉ.
« Le premier qm, ayant endos son terrain, s'est arisé de dire : Ceà eti à moi^ et trouva des gens assez simples pour le croire , fut le vrai fondateur de la société civile (1). Qftle de guerres, de crimes, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût pas épargné au genre humain cdul qui , arrachant les pieux et comblant les fossés , eût crié à ses semblables : Cîardez-vous d'écouter cet imposteur ! Tous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous y et que la terre n*est à personne. »
Rousseau, Contrat êoeiai.
— «La classe supérieure investie de Tautorité publique, en use'pour tourner à son profit le travail de la classe dépendante. Propriétaire du sol, elle veut qu'il produise uniquement pour elle; d'où un notable affaiblissement de la production même. Qui cultive pour un antre cultive mal , cultive le moins possible, parce que ses sueurs sont stériles pour lui. »
hk MzvHAis , Amichaspandt et Darvands, p. 245.
— « L*idée du respect que le peuple doit avoir pour la propriété du riche n*est difficile à loi inspt-
(1) 11 est inutile de faire remarquer ici : combien Rousseau se trompe. La société civile existe : du moment que deux familles domestiques sont en contact. Comment Tauteur du Contrat social a-t-il pu s'imaginer : que, les peuples que nous appelons sauvages, ne sont point en société? L'état nomade est une organisation sociale particulière; l'état d'appro- 'priation du sol en est un autre. Toutes deux sont nécessaires, inévitables; et, toutes deux durent : jusqu'à ce qu'il soit nécessaire qu'elles disparaissent, pour faire place à l'organisation rationnelle.
SC1£KCB SOCIALE* iS
rer que : 1 ° parce qu'il regarde les ricfaeasea comme une espèce d*usHrpation et de vol fait sar lui , et malheareasement eeite opinioo est teaib en grande partie (i) ; 2** parce que son excessive pauvreté le porte toujours à se considérer dans le cas de la nécessité absoloe, eut oàdet moralistes irès^sévè' rts ont été de son avis; 3^ parce qu'il se croit aussi méprisé et maltraité comme pauvre qu*n le aérait apiès s'être avili par des friponneries. CTest donc uniquement parce que les institutions sont mauvaises que le peuple est si souvent un peu valeur.»
CoNDoacET y Réponse a l'académie de Berlin,
— « Je défriclie et cultive un champ : il était à moi comme à tout le monde; il est maintenant à moi plus qu'aux autres , parce que j'ai le droit de premier occupant ; et^ ces ^circonstances suffisent pour qu'il soit ma propriété exclusive, rouavir
qu'il XXr BXSTS ASSKZ PODa LIS AOTRES. '•
SfKTis, Quest'-ce que le tiers^état?
Toutes ces épigraphes sont contraires à l'aliénation du sol. La dernière seulement l'approuve, avec la seule restriction qui puisse paraître rationnelle, et qui le serait en effet : si, sous peine d'anarchie ou de mort sociale, le sol ne devait rester aliéné jusqu'à l'époque, où cette ahénation deviendrait elle-même et aux yeux de tous : incompatible avec l'existence de l'ordre.
Pourquoi donc n'avons-nous choisi pour épigraphes, que des citations complètement opposées au titre de cette seconde partie du présent paragraphe? C'est, que nous avons cherché en vain : quelque passage qui lui . fftt en même temps harmonique et rationnel. Jusqu'à présent, l'aliénation du sol n'a été justifiée : que, par des arguments relatifs aux prétendus droits de premier
(0 Bear ce qui eonoerne la propriété foncière.
i6 SCIENCE SOCIALE.
occupant et de travail ; droits complètement illusoires, et renversés par l'argument de Sieèys : lorsqu'il s'agit de* justice et de sol, abstraction faite de la nécessité relative à l'époque d'empirisme.
La proposition : que, l'aliénation du sol n'a jamais été défendue, d'une manière au moins pseudo-rationnelle, doit paraître tellement étrange , aux yeux de ceux qui n'ont point fait, de ce sujet, une étude particulière ; que , nous croyons devoir ici l'appuyer de quelques preuves. A cet égard, il nous suffira de citer J. B. Say, le prince de l'école d'économie politique française.
— a Les terres cultifables , dit cet auteur, sembleraient devoir être comprises parmi les richesses naturelles , puisqu'elles ne sont pas de créa* tton humaine, et que la nature les donne gratuitement à l'homme; mais comme cette richetse n'est pas fugitive, ainsi que Tair et l'eau ; comme un champ est un espace fiic et circonscrit, que certains hommes ont pu s'approprier à l'exclusion de tous les antres^ qui ont donné leur conseotement à cette appropriation, la terre, qui était un bien naturel et gratuit^ est devenue une richesse sociale dont l'usage a dû se payer. »
(économie politique,)
— Voici comment M. Proudhon, dans son ouvrage sur la propriété, réfute ce passage :
— « Atais-je tort de dire, en commençant ce chapitre , que les économistes sont la pire espèce d'autorités en matière de législation et de philosophie? Voici le proto-parens de la secte qui pose nettemeat la question : Gomment les biens de la nature , les richesses créées par U Providence, peuvent-elles devenir des propriétés privées? et qui y répond par une équivoque si grossière qu'on ne sait vraiment plus auquel croire, du défaut d'intelligence de Fauteur ou de sa mauvaise foi. Que £iit,jele demande, la nature fixe et solide du terrain au droit d*appropriatioa? Je comprends à merveille qu'une chose cfrcofMcrt^e et non fugitive, cofflme est la terre, offre plus de prise à l'appropriation que l'eau et la Imnière;
q«*il est plus aisé d'exercer un droit de domaine sur le sol que sur l'atmosphère ; mais il ne s*agit pas de ce qui est plus ou moins facile , et Say prend la possibilité pour le droit. On ne demande pas pourquoi 1^ terre a été plutôt appropriée que la mer et les airs, on veut savoir en vertu de quel droit^rhomme s'est approprié cette richesse qu'ti n*a point créée et que la nature lui donne gratuitement.
« Saj ne résoud donc point la question qu'il a lui-même posée ; mais quand il l'aurait résolue, quand l'explication qu'il nous donne serait aussi utisfaisante qu'elle est pauvre de logique , resterait à savoir qui a droit de faire payer l'usage du sol , de cette richesse qui n'est point le fait de l'homme. A qui est dû le fermage de la terre? au producteur de la terre, sans doute. Qui a fait la terre? Dibu. En ce cas , propriétaire , retire-toi.
« Mais le créateur ne la vend pas, il la donne , et en la donnant il ne fait acception de personne. Comment donc, parmi tous ses enfants^ ceuxlà se trouvent-ils traités en atnés et ceux-ci en bâtards? »
— Voici, un autre plaidoyer de Say, en faveur de la propriété territoriale.
— « Le service de propriétaire, dit-il^ est commode pour lui, j'en con- TÎens.
« Mais nous ne pouvons nous en passer. Sans la propriété , un laboureur se battrait avec un autre pour cultiver un champ qui n'aurait poiut de propriétaire, et ce champ demeurerait en friche. »
-^11 est évident : que, ce second plaidoyer est encore plus faible que le premier.
Maintenant si, pourTépoque d'empirisme, l'aliéna tien du sol est rationnelle, juste, ou fondée en droit ; pourquoi les bases, de ce droit, n'ont-elles jamais été clairement énoncées ?
A cette demande il y a deux réponses :
l"" Ou bien, parce que la force ayant toujours été à la disposition de ce droit, il a été inutile d'en exposer les bases au vulgaire ;
2* Ou bien , parce que ces bases ont été ignorées ; n. 2
18 SCIBJICB SOCIALE.
et que c'est empiriquement que ce droit a été établi et accepté.
Nous allons exposer les bases de ce droit ; le lecteur adoptera ensuite celle de nos deux hypothèses, qui lui paraîtra approcher le plus de la vérité.
Voyons d'abord si, une fois que Tétat nomade vient à s'évanouir, il serait possible : que, le sol ne fût point aliéné. Si, l'aliénation du sol est alors nécessaire; le droit se trouvera : dans cette nécessité. Car, une nécessite sociale réelle est toujours un droit. Un individu peut, doit, mourir plutôt que d'agir contre sa conscience. Mais, la conscience sociale a d'abord pour but : d'exister. C'est même, ce qui, pour l'époque d'ignorance^ légitime seul les états de guerre.
Sous ce point de vue, commençons par étudier l'aKénation du sol, relative aux différentes sociétés.
Pour que le sol fut humanitairement commun , il faudrait qu'il n'y eût : qu'une même société, ime même religion, un même droit. Or, à cause de l'igoçrance primitive ; à cause des révélations différentes, donnant lieu aux différents patriotismes ; l'unité humaine est impossible sous l'empirisme. Nous ajouterons même : que, tout en supposant l'ignorance disparue du sein de la science , l'unité humaine resterait encore impossible : aussi longtemps que cette unité ne serait pas, elle-même , devenue nécessaire à l'existence de l'humanité. En effet : il n'est fait usage de la science qu'à cause des besoins ; et, ce qui se trouve dans la science, s'en efface nécessairement : si, le besoin ne Vj consene.
SCIENCE SOCIàLB. 19
Ainsi, JQsqa^à ce que le sol soit, nécessairement, entré à la propriété collective de l'humanité ; et, nous ne sommes point arrivés à cette époque ; le sol reste nécessairement aliéné , au moins entre les nations.
Passons aux familles, au sein de chaque nation*
Con[iment, chez une nation, le sol pourrait-il être, ou paraîti'e propriété collective ?
De deux manières : l'une illusoire, l'autre réelle.
La première, illusoire, existe lorsque la famille gouvernante : distribue le sol, selon son bon plaisir, pour une ou plusieurs générations ; et, se trouve être censée employer la part, qu'elle se réserve des produits, au bien de tous. C'est, le système paternel, le système oriental, le plus avilissant, le plus despotique de tous les systèmes. Alors le sol , commun en apparence, appartient, en réalité, à une seule famille.
La seconde, réelle, existe lorsque le sol : à des termes, et par portions convenables à l'agriculture, est loué au plus offrant ; qu'il ne peut être sous-loué ; que le revemi en est employé au bien-être de tous ; dans une société où les développements de l'intelligence ne sont point monopolisés ; à une époque où la vérité sociale est généralement reconnue et acceptée.
Et, ces conditions sont nécessaires : pour que le sol puisse rester réellement propriété collective. Nous dirons même : que, la dernière de ces conditions, est seule nécessaire : parce que les autres s'y trouvent implicitement comprises.
Voyons ce qui arrive : quand, cette dernière condition n'existe pas ; quand, l'empirisme existe encore.
Lorsque, sous Tempirisme, le sol viendrait à se trouver propriété collective, au moins en apparence ; et, que les développements de Tintelligence peuvent encore être monopolisés par une classe ; ils le sont nécessairement ; et, ils le sont avec justice : car, ainsi que nous allons le voir, ce monopole est alors nécessaire à l'existence de Thumanité.
Sous Tempirisme, une révélation quelconque, afiSrmant l'immortalité de l'âme et la réalité du lien religieux, est nécessaire à l'existence de la société.
Or:
La collectivité du sol exclut le monopole des développements de l'intelligence ;
Le non-monopole des développements de Tintelligence est l'équivalent de la liberté, de Tincompressibilité de l'examen ;
La liberté, l'incompressibilité de l'examen anéantit toute FOI religieuse ;
Et, pour l'époque d'empirisme, l'anéantissement de toute foi religieuse est la mort de la société.
Le monopole des développements de l'intelligence ou le despotisme ; et, l'aliénation du sol son corrélatif obligé ; sont ainsi justes , rationnels, c'est-à-dire de droit : pour aussi longtemps que dure l'époque d'empirisme.
I.'ALlÉlf ATION DU SOL, RESTE JUSTE , RATIOnifEtLE, JUSQU'a L*EPOQUB OU CETTE ALUÉNATION DOIT SE TROUVER SOCIA- LEMSHT REDIUEE : SOUS PEITiE DE MORT SOCIALE.
« Tant qo*ane opînîoD est aniverteUanait ad* mite, l^aniversalité de croyance se sert à elle-même d*argoment et de preare; dès que cette même opinion est attaquée, la foi antérienre ne prouve pins rien; il faut subir le raisonnement. L'ignorance, quelque cruelle et exrnsable qu'elle soit , ne prescrit pas contre la raison. »
Prouduon I Lettre à H, Blanqui sur la prO" priété,
— Malgré le protestantisme philosophique de tous les siècles, contre Taliénation du sol à des individus, nous venons de démontrer : que, cette aliénation était nécessaire ; par conséquent, juste ou rationnelle. Voyons si cette aliénation reste juste, rationnelle, jusqu'à l'époque où, sous peine de mort sociale, le sol doit entrer à la propriété collective.
Ici, qu'il nous soit permis de donner, et sur nousmème, un exemple de la difficulté, qu'avec nos langages indéterminés, il y a d'être clair; c'est-à-dire de se comprendre : d'ahord soi-même, réellement et non illusoirement; ensuite, de se faire comprendre des autres comme soi-même on a compris.
Nous venons de dire : que , sous l'empirisme , l'alié-
âS SGICNCE SOCIALE.
nation du sol est juste, est rationnelle ; mais aussi : qu'elle ne Test, que relativement à cette époque.
Et, quand finit cette époque?
Lorsque, va-t-on nous répondre : la vérité sociale est démontrée : d'une manière rationnellement incontestable.
Bien, ou presque bien. Car il y a encore du louche dans cette réponse.
En effet : il ne suffit pas que la vérité sociale soit rationnellement démontrée à un , à cent , à mille, pour que l'époque d'empirisme ait disparu; il faut en outre : que , la vérité sociale soit socialement démontrée, c'est-à*dire socialement acceptée. Et, cette définition, très-claire pour la théorie, l'est encore trèspeu, pour la pratique des individus. Car, c'est comme si l'on disait : l'aliénation du sol , reste juste : aussi longtemps qu'elle dure ; elle cesse d'être juste : dès qu'elle n'existe plus.
Arrivons à la difficulté pratique. Un des gouvernants (et ce mot est encore bien indéterminé, maïs nous ne pouvons tout élucider à la fois) ; un des gouvernants, disons-nous, se trouve parmi les cent, ks mille, qui ont la certitude : que, le maintien de l'aliénation du sol conduit : à l'anarchie, à lamort sociale. Faudra-t-il qu'il continue à protéger le maintien de cette aliénation ; et, qu'ainsi il agisse contre sa propre conscience? Ou, si le m»ntien de l'aliénation est juste, aussi longtemps que cette aliénation existe; faut-il qu'il lutte contre ce qui est juste ?
Dans l'époque d'anarchie, de pareilles difficultés se
SGÎBHGE SOCIALE. 23
présentent à chaque instant; et, sous mille formes différentes. Nous allons les résoudre.
EUes proviennent de ce que, dans cette même époque, la justice relative à la société et la justice relative aux individus, ne sont pas une; et, que le mot justice est employé : tantôt relativement à la société ; et, tantôt relativement à l'individu.
Socialement^ l'aliénation du sol reste juste : aussi longtemps que la société ne reconnaît point : ^e, cette aliénation doit être rédimée. En effet, il est irrationnel, injuste, que des individus veuillent contraindre, par la force, une société à faire ce qu'elle ne veut pas faire; quand même, ce qu'ils demanderaient serait juste, d'une manière absolue. Car, ce qui est juste, d'une manière absolue, peut fort bien ne pas l'être, relativement à une époque : témoin l'aliénation du sol. Et, si les individus prétendaient : que , cette chose qu'ils demandent est devenue socialement juste, relativement à l'époque , ils seraient en contradiction, avec eux-mêmes. Car, ce qui est nécessairement rationnel, nécessairement juste relativement à une époque, existe nécessairement. Aussi , lorsque la collectivité du sot sera devenue socialement juste, elle existera nécessairement ; et, pas auparavant. Voilà, pour la justice sociale ; passons maintenant à ce qui concerne les individus.
Plusieurs, beaucoup même peuvent savoir : que, pour notre époque, l'aliénation du sol conduit à l'anarcliie, à la mort sociale. Alors, que doit faire un gouvernant pour ne manquer : ni, à la justice sociale ; ni, à sa propre conscience ?
24 SQENCE SOCIALE.
Entrer franchement dans le proteatantisme social^ et dire :
« Socialement, l'aliénation du sol est encore juste ; « mais en cela uniquement : que, Tignorance sociale la <c protège; et, que la vérité ne doit point s'établir par « la violence des individus ; mais, par sa seule force* 11 « n'en est pas moins vrai : que, l'aliénation du sol est « en opposition avec toutes les nécessités sociales (c actuelles ; qu'elle conduit à l'anarchie ; je le dis, je « le prouve ; maintenant, j'ai fait mon devoir ; à chacun « le sien. »
Si , ensuite , le protestant a raison ; incontestablement raison ; bientôt le mal social lui vient en aide ; et, l'incontestabilité reconnue : mal social, aliénation du sol , et protestantisme : disparaissent en même temps.
Mais, jusqu'à quel point , l'imminence de la mort sociale doit-elle arriver : pour, que l'aliénation du sol disparaisse ?
Nous avons traité ce sujet dans notre lettre prolégoménale (1). Si, ce que nous y avons dit ne satisfait pas complètement ; après avoir lu notre second livre, il n'y aura plus de doute à cet égard.
Passons à l'examen des faits historiques.
(1) Voyez la première partie des Prolégomènes ayant pour titre : Qu'est^e que la Science sociale? t. Il, p. 434 à 442.
SdBMCB 80CULB. 25
Histoire.
«( Lks raoLÉTAxais , — dasse nombreuse , tna" perçue soas les gouvernements théocimtîqnes, despotiques et aristocratiques , ou ils vivent h tabri dee puiesancet qui tossedbiit lb sol, et ont leurs garanties (inexistence au moins dans leur patronage; classe qui, aujourd'hui, livrée à elle-même par la suppression de leurs patrons, et par Findtvidualisme, est dans une condition piub qtj'kllb jx\ JAMAIS ÉTÉ, a reconquis des droits stbuilbs, sans avoir le nécessaire, et remuera la société jusqu'à ce que le tociaiitme ait succédé à l'odieux individualisme
m C'est de la situation des prolétaires qu'est née
LA QUESTION DB PROPBIBTB , qUÎ SC truitC partOUt
aujourd'hui, question qui se résoudrait par l« combat et le pillage , ti elle ti était résolue bibm tôt
par la raitou »
Lamartikb, Voyage en Orient, U IV, p. 31 1.
S6 SCIBNCK SOCIALE.
FAITS HISTORIQUES RELATIFS A l'APPROPRIATIOH DU SOL PAR DES JIÏDIVIDUS COLLECTIFS.
« Comment obvier anx périls que je viens de bgoaler, comment consacrer Fégalité en droit, et U nier dans les faits ? Comment admettre rexames, et résister à la raison et à son organe, la presse? Comment répandre Tinstruction et refouler les cspacités qu'elle maltiplie? Comment activer Tindastrie et pourvoir aux agglomérations de popnlatioa et aox subites cessations de travail et de salaire qn^elle amène? Comment enfin contenir les nasses de prolétaires qui s*accroissent sans cesse, armées, indisciplinées, ayant à lutter entre la misère et le pillage? Comment sauver la projuiété iet agressions de doctrines et défaits gu*elle aura Je plus en plu* à subir? et si cnrrt pisaax asgc- I.AIRB DK TOUTE SOCIÉTÉ vcuait à crouleTi ooiament sauver la société elle-même? Et oà serait le refuge contre une seconde barbarie? Ces périls sont tels que si la prévision des gouvernements de TEurope n*y trouve pas de préservatifs, ia lunn
DU MOHDE social. CONICU EST IHBVITABLE DàES VS TEMPS nOHzrÉ. M
Lamartine, Voyage en Orient, t. IV, p. 313.
— L'appropriation du sol par des individus collectifs : nations, peuplades , hordes ou tribus ; est évidente. D serait inutile de perdre du temps et de l'espace à établir, à cet égard, des observations qui, maintenant^ ne pourraient être que des lieux communs. Nous avons
SCIBUCB SOCIALE. 27
préféré donner ici place à des épigraphes , partant d'un homme qui, nous allons le voir, va se dire révolutionnaire. 11 n'en est pas moins vrai, et personne ne le révoquera en doute : que, M. de Lamartine est un homme d'ordre : et par sentiment ; et par raisonnement; et par position. Or, si M. de Lamartine se dit révolutîomiâire ; que se dira donc le prolétaire d'intelligence, froissé dans tous ses sentiments : quand, un raisonnement, faux sans aucun doute; mais, toujours très-spécieux et partant facilement consciencieux ; viendra lui crier : que, les besoins de l'humanité exigent la violence, pour établir l'harmonie : entre l'immense majorité des positions ; et, l'organisation de la propriété? Nos lecteurs réfléchiront sur ces épigraphes ; dont, toute la valeur ne pourra être appréciée : que, dans notre second livre (1).
(1) Ceci a été écrit en 1845.
28 8CIKHCB SOCIALE.
FAITS HISTORIQUES RELATIFS Ja l'aPPROPRIATIOIÏ DU SOL