‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 4 sur 79 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

De propositions groupées^ sous le nom de titres, qui devront être démontrées y et finir par être ramenées à Vinconte^ahilité.

TITBE PBBMIEE.

Le sentiment de l'existence, non-seulement apparent, mais réel;rAiiB, ooD-seulement apparente, mais réelle; unie à une organisation capable de lui transmettre des modifications, organisation ayant un centre nommé ■zxoiBX , capable de renouveler les modifications passées ; constituent la seosibiiité non-seulement apparente, mais réelle ; constituent, non-seulement en apparence, mais encore en réalité , l'élre capable de jouir et de souffrir, l'être capable de distinguer , de comparer, de raisonner, Têlre hitmain, l'être exclusivement animé, Tanimal exclusivement, l'être exclusivemcnt capable de liberté ; quelles que soient d'ailleurs : et ses for* mes ; et le nombre ou l'espèce de ses sens , de ses manières d'être modifié. 9

L'apparence du sentiment de l'existence, se trouvant dans une organi sation paraissant transmettre des modifications à cette apparence , orgunmtion ayant un centre nommé mémoire, pouvant^ dans certaines circonstances , renouveler des modifications passées , constitue la sensibilité apparente, Fêtre paraissant capable de souffrir et de jouir, de distinguer, de comparer, de raisoi^ner ; constitue l'être faussement dit être animé , faussement dit animal, l'être exclusivement zoologique, l'être incapable de liberté ; quelles que soient d^ailleurs : et ses formes ; et le nombre ou Feipcce de ses sens, de ses manières d'être mo^lifié.

La non-apparence du sentiment de Texistcnce^ se troaTant dam une organisation, formant individuali lé apparente, constitue Têtre pbytologique.

La non-apparence d'organisation et d'individualité , constitue les agrégés minéralogiques.

Ce qui n'appartient ni aux organisations , ni aux agrégations , ce qui n'est point corporel, est nommé fobce.

La matièrb, mater modificcUioniSf est tout ck qui modifib le snm- HSRT DB l'existence, coeps OU FORCE : ce qui ne préjuge point que le sentiment de l'existence ne soit point matériel.

Nous appelons oedrb physique , tout ce qui est relatif à Tordre matériel.

Si le seuliment de l'existence dérive de la matière , Tordre physique existe exclusivement à tout autre.

Si le sentiment de Tcxistence ne dérive point de la matière ; si^ la liberté est non-seulement apparente , mais réelle ; il peut y avoir un ordre relatif à Ja liberté, un ordre relatif au raisonuement. Si «et ordre existe, nons Tappebns moral.

L'ordre moral existe.

La recherche des lois de Tordre physique et des lois de Tordre moral , recherche nécessaire à cause de Tignorance essentiellement primitive à toute humanité ; ainsi que la recherche de l'application de ces lois à Tordre social réel, c'est-à-dire : à Tharhonib entre les besoins moraux et les besoins physiques de tous et de chacun^ procurent les connaissances constituant la science sociale.

• TITftB II.

Dès Torigine des sociétés, une règle des actions, tant individuelles que sociales, est indispensable à Texistence d'un ordre non physique on né€es-> saire, mais moral ou libre.

C'est cette règle d'actions, ou plutôt la sanction lui servant de base, qui, socialement, prend le nom d^AUTOtiTÉ.

Mais, une règle d'actions ne peut conirihucr à la permanence d'un ordre non physique, si, généralement, elle n'est incontestée.

Car, le doute, relatif à la possibilité de contester rationnellement la réalité de Tautorité sur laquelle celte règle se trouve établie, ou le scepticisme , ou encore le protestantisme contre Tautorité , est précisément : ce qui constitue Tétat d'anaechie.

De plus^ une règle d'actions ne peut être incontestée : que rationnetlemerU ; ou que, sentimentalement. Et, à cause de Tignorance essentiellement primitive, inbérente à toute bumanité possible, une règle d'actions, dès Torigine des sociétés, ne peut, rationnellement , être incontestable.

Dès. Torigine de toute bumanité possible , le Itesoin d'ordre^ nécessité

SGiBHGB SOCIALE. 7

soQâU, force donc la fociélé d'établir noc règle d'actions, qmi fok : non peint nlio&nelleneiit , înteliectn^ltement; mais seiitiment«leinent, édactiieiiiielleaieDt, organiquement ineootesiéc. Celte règle ae Irouve établie par les minorités dont rintcUigence est le plus développée. Par le besoin (Tordre encore , ces minorités devaient aussi employer tons les moyens pssiibles ponr établir coite règle : comme sentimentalement, éducation- BfUenent, organiquement mcoinrxsTABLB.

Maintenant , une règle d'actions , essentiellement basée sur nn senii" ment non rationnellement incontestable, ne pent rester ineoiitestée ; à moins que le ieniimetUj qui la soutient, no soit Ini-méne appuyé : sur réducalion, d'abord, qui modifie Torganisme ; et ensuite, sur une instmction, elle-même toujours soumise à l'éducation : l'instruction, en debors de cette soumission , pouvant s'opposer aui tendances d'organisation^ et même aux tendances d'éducation.

Pour que l'ordre soit permanent au fein des sociétés ; c'est-à-dire : pour que là règle , ou plutôt que les règles d'actions restent scntimenta* lemenf ^ organiquement incontestées, les minorités quF, nécessairement, oot établi nne règle dans chaque société , se troufent donc forcées : de se réserver le monopole de l'éducation et de l'instruction ; on, le mono* pôle complet des développements de Tintelligence ; le monopole complet de rétablissement des opinions. L'emploi de ce monopole est alors exdttsivement dirigé vers la permanence de rincoutestabilité sentimentale de la règle, dont ces mêmes minorités conservent une interprétation arbitraire : par le monopole de l'établissement des opinions. Elles s'attribuent ainsi la force morale ou Fautorité. Elles peuvent alors exploiter les niasses. Et, dès qu'elles le peuvent, elles le font nécessairement; car, le monopole de l'autorité conduit nécessaireinent à cette exploitation.

Le monopole des développements de rintelligence , de rétablissement des opinîonSf devenant nécessairement le monopole de l'autorité, conduis uot nécessairement à l'exploitation des masses , forme uu ensemble tuIgairemcnt nommé dbspotishx.

Le despotisme, dès lors, est l'un des termes d'un premier rapport social^ dont le second est Vesclavage, Un ensemble de despotes et d'cKlans se trouTe ainsi être , nécessairement, le premier état social possible, pour toute première époque d'humanité.

L'autorité despotique doit lutter, en effet, dans chaque société, contre la nattwe intellecluellfi de chaque esclave qui le porte à examiner la règle d*actions à laquelle il se trouve soumis. Et les différentes autorités despotiques doivent lutter contre les tendances intellectuelles des pays soumis à d'autres règles ; pour que les règles ne soient point réciproquement aminées en dehors des préjugés nationaux ; et, que les résultats de ces namens ne poissent se communiquer de nation à nation.

C'est donc : en faisant des esclaves , et en pervertissant la nature in- IcUectneUe, ches les esclaves, an moyen d^une éducation et d'une ins-

8 SCIENCE SOCULE.

tnictioB, sa refuMnt à tout eiameii rationnel ; et, en excitant des baiaes : non^^eulomeot enife les esclaves d*UDC même nation ; mais surtout, entre les «ations soumises à des règles difTérentea, pour les empêcher de com> niuniquer entre elles; qu'il est possible, aux minorités despotiques, de con&erter Tautorité.

Àinsiy les mojeos que le despotisme se trouve obligé d'employer pour établir et conserver le seul ordre social possible à cette première époque , peuvent se résumer dans les maximes : isGifBK pak la toi ; et Dirisxn,

PODK CORTiNU£B DE KÉGHEB.

L'état de despotisme reste un état social subsistant nécessairement , comme seul susceptible de servir de base à l'existence de Tordre, jusqu'à la naissance de la pksssr.

Nous donnons à cette première époque de l'humanité , existant nécessairement sous le despotisme y le nom d'sNFANCE ce l'hcharité.

TITBB III.

Li presse une fuis découverte, les moyens qui servaient au despotisme, pour muinlenir un ordre apparent^ s'usent, peu à peu, à mesure qu'elle se généralise*

Cependant, les moyens qui seuls peuvent établir , au sein de l'humanité, un ordre réel, un ordre bosé sur une autorilc rationnellement incontestuble, ne se découvrent pus aussitôt que la presse : puisque, ce n'est que par les mauv que celle-ci cause, en dehors de cet ordre , qu'il est possible de sentir le besoin de ces mêmes moyens, de les chercher, de les trouver.

De l'incapacité, dans laquelle le despotisme ?c trouve alors tonubé ; de maintenir, au sein de l'humanité, même un ordre seulement apparent; et de l'impossibilité, encore existante pour l'humanitc, de voir Tordre maintenu autrement que par le despotisme; résulte, nécessairement , un état de désordre, ou d'anarchie quasi-permanent.

Cette époque d'anarchie quast-permanenie est celle où se trouve notre génération.

C'est une époque où toute autorité , toute force morale, se trouve rationnellement contestée.

Nous donnons, à cette époque, le nom d'ÉTAT puéeil de l^huxanité.

TITBB IV.

Cette seconde époque, c'est-à-dire cette lutte : entre un ordre apparent qui ne peut plus exister; et, un ordre réel qui n'est encore que pressenti ; ce combat : entre uu pouvoir chancelant et une opinion flottante ; * dure jusqu'à ce qu une formule énonçant incontestablement : et la coordination des connaissances à la direction rationnelle des actions tant in-

SGIEAGB SOCIALE. 9

iÎTtflaelles que soeiftlei ; et les moyens de fiiire htrmoDiser cette coordU ■âtion aTee Félàt vicieux de la société ; vienne à se produire, et à se faire admettre et reconDaltre» par la généralité des individus : corame iocon* lestable ; et, comme dxvbxdx rAcessaiib a l'histskcb i» l'obmb.

La formule énonçant la direction iaconteslablement rationnelle des actions, d'où doit résulter Tévidenee rationnelle de raotorité incontestable, reste plus ou moins longtemps ignorée de rhumanité.

Néanmoîos, après la naissance de la pbbssb, et i mesure que ceHe-ci se généralise , celle formule apparaît nccessairemeut , et iail dispardtro la féconde époque d*élit puéril ou d'anarchie.

Car, les malheurs progre.^sifs que Tétat anarcbique quasi -permanent produit, finissent : par c-ilmer les passions que le despotisme a dû exalter ; et, par faire admetlre^ &i>cfalenient^ qu'il est absolument nécessaire :

i^ De coordonner les connaissances acquises à la direction rationnelle des actions ; ou d*acquérir le complément de connaissances nécessaires ; pour que celte coordination devienne )K)ssible ;

2^ D*ezposer cette coordination de manière à ce qu'elle soit rendue lalionnellcmeut incontestable ;

3* De mettre, enfin, chacun i même de se convaincre de Tincontestalâlité de la coordination.

Ces nécessités, une fois socialement reconnues, Tunité de conviction ittdtspensable à Texistence de Tordre, et détruite par Tétot anarcbique dérivant de la presse, conjmence, chez la nation pour laquelle le besoin d*ordre se fait le plus vivement seulir , à se rétablir : par Tassenliment général sur Timpossibilité de voir Tordre exister au sein de la société, aussi longtemps que le monopole des développements de Tintelligence, eu le despotisme, n'est point ambabti.

Cependant, pour assurer non-seulement l'existence, mais encore la persistance de Tordre, il ne suffit pas que T unité de conviction, relative i la coordination des connaissances, à la direction incontestablement rationnelle dts actions, se forme une seule fois, comme nous venons de le dire ; car, les connaissances progressent continuellement, au moins celles fvt n rapportent à la matière. Et, si la coordination de l'ensemble des connaissances ne suit point une marche proportionnelle, de manière à ce que toutes pénètrent également dans les masses , avec la conviction de l'exactitude de la formule qui coordonne continuellement leur progrès , Tordre, quant à la matière au moins , est exposé à ne plus avoir : la coordioation des connaissances existantes incontestablement appliquées pour base; Tunité de conviction, dérivant de Tincontestabilité de la coordination reconnue par chacun , pour appui ; et l'anarchie redevient imninente.

Dès lors, pour que Tordre ralionuellement établi puisse exister et persister, il faut :

lo Coordonner les connaissances existantes de manière à donner, in-

10 SCtCNCB SOCIALE.

coBiMteUMBent, k rig<« rttUmiieHe des actions , tant indifidaeiles que s«dales, si les coBDaisstiiees acquises sent déjà sufitsanles à cet égird;

Ofl, dans le cas d'insaffisance» cbercher à acquérir celles qni doivenC compléter levr ensenbfte, fovr qae cette coordination soit possible ;

i° Produiffe^ relatÎTemnit à la direction des actions incontestablement établie sur la coordination des connaissances , Tunilé de conviction tonjours nécessaire à l'eiistence de Tordre, en rendsnt la conception de rincontestabtUté de la coordination, ioeitiUmefU nécessaire, pour chaque iarlivîdn ;

3** Enfin , assurer la persistance de Tordre par la perpétuité de Tunité de conviction : en maintenant cette même coordination des connaissances an nÎTenn de leurs progrès successifs; et, en continuant de rendre la conception de Tincontestabilité de la coordination, socialement nécessaire^ \wut cbaeon.

L'autorité qui résulte de Taccomplissement de ces conditions, est alors socialement inébranlable, comme étant perpétuellement la résultante de toutes les forces morales appliquées à la direction des actions ; résultante représentée par Tensemble dès convictions, toutes nécessairemetU uhb : comme étant toutes établies sur la seule incontestabilité primitivement rationnelle à Thumanité ; et comme aboutissant toutes à la direction des actions, par encbalnement d^identités.

Etablir pBiTiQUEnniT- cette autorité socialement inébranlable, par Taccomplissement des eonditions qve nous venons d'énoncer, tel est le problème social de notre époque.

La sciBiiCB que nous Mms exposer^ va ts BÊsotmaK.

TlTSe T.

Poor arriver à la solution de ce problème, nous commencerons paraître observer^ comme proposition évidenta :

1^ Que notre problème est relatif k Texislencé et & la persistance de Tordre^ an sein d'êtres non exclusivement dirigés par la nécessité physique;

3<^ Qtt^il n'y a que deux principes capables de servir de base à Texis* tence et à la permanence de Tordre au sein de pareils êtres : le premier, la force sans le droit , ce qui nécessite la compression de Texamen dm droit ; le second y le droit , ajtpuyé sur la force , ce qui nécessite : que, '^AeciM ait connaisêance de la bbalité dc nvorr ; et l* appuie dans sov pftOPiB inrÉiÉr ;

3^ Qne la force, sans le droit, ne pent faire persister Tordre, en présence de la PEESSE, dont le résultat inévitable est Tincompressibilité de Teiamen ;

A^ Enfin, qu'il est devenu impossible d'anéantir la presse.

Et nous ajoutons comme propositions à démontrer :

SGHHCB SOaALB. i t

Que le droit, appoyé sur la force, peut rendre Tordre impertarbablc an fein de rbumaoité ;

Et qne non-seulement il est possible de donner la force au droit; mais encore, qne le droit acquiert inévitablement cette force , par Timpossibililé, pour rhamanité, d'exister en dehors de celte union du droit et de la force : du moment que, par la presse , Texamen est devenu incompressible.

Pour arrÎTer à cette démonstration, il faut :

1<> Que le droit , relativement aux actions, soit déterminé d une jsanîère mATiOKimLLBMEicT mcoNTBSTABLB. Et ^ dès le moment que cette détermination est donnée, raisonnement réel et droU réely se trouvent être : le premier, ce qui concerne la théorie, la discussion ; le second , ce qui concerne la pratique, l'action ;

2^ Que le naorr, comprenant, ce qui est dû i soi, comme ce qui est dû aux autres, devienne le devoir de tous, c'est-à-dire : le dbvoib. Alors, le droit et le devoir , corrélatifs ayant une seule et même formule , doivent, pour servir de base à Texislence de Tordre, avoir une sANCTioif nrÉviTABLB ;

3^ Que la sanction inévitable puisse atteindre Tindividu coupable. même en dehors de cette vie : la possibilité d^'éviter toute sanction, dans celte vie, étant incontestable ;

4o Que rimmatérialité des individualités réelles , et le lien des actions de cette vie avec le bien-être ou le mal-être en d'autres vies, et réciproquement, lien nommé bbligion, soient ainsi mis en évidence ;

^ Que rinconteslabililé de ces différentes connaissances soit continuellement le partage de chacuh; puisqn'en dehors de celte dernière condition. Tordre, théobiqcbxbut basé sur le droit, resterait encore fbanQUBMBirr impossible : ne pouvant alors se trouver appuyé sur la force de TOUS.

Nous donnerons i la discussion et à la démonstration incontestablement rationnelle de ces différentes propositions, le nom de rBiLOSOPHiE béellb. De philosophie : parce que ces différentes propositions se rapportent à la direction des actions tant individuelles que sociales; et, que la sagesse, dont la philosophie est Tamour, ne peut consister : que, dans la connaissance de la direction rationnelle des actions.

Nous ajoutons à Texpression philosophique, Tcpithète de réelle : parce que ces mêmes propositions se rapportent : non-seulement à la direction des actions ; mais encore à Tincontestabilité rationnelle de cette même direction.

Notre but est ainsi de faire distinguer : la philosophie réelle, qui s'appuie essentiellement sur TincontestabiUté ; de la philosophie illusoire, qui n*a d'appui : que le scepticisme, en théorie; que le protestantisme, en pratique ; et, pour résultat iuévitable, qub l'ahabcbw.

i2 SCIEHCB SOCIALE.

TITBB TI.

Jusqu*icl , nous sommes resté exclusivement dans le domaine du rai* sonnement, sans en faire aucune application à la pratique sociale ; c'està-dire : à Tordre moral mis en harmonie avec 'Tordre physique^ avec la matière, avec la richesse pour tous et pour chacun. Cette harmonie constitue ce que nous appellerons : justice sociale réelle ; et, par ahréviatlon,

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