‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 44 sur 79 · LOI · texte numérisé non relu

LOI

Platoit, Xocf, liv. I, traduction de Grwx, 1842, p. 32 (1).

(1) Et quel est le juge social, pour distinguer la raison réeUe, de U raison illusoire : tant que la raison réelle n'est point incontestablemefl^ connue, vis-à-vis de tous et de chacun ? La forc«, exclusivement la fort** Voilà, rhumanité condamnée, jusqu'à cetlc époque, à exister : 80!t,soos le despotisme; soit, au sein de l'anarchie.

SCIENCE SOCULE. 39

QUE SIGNIFIE l'exprbssiow droit politique? la valeur DE cette expression varie-t-elle selon les diffé-

RJ&NTS AGES DE LA SOCIÉTÉ?

« Pent-il exister une science politique sans on prâcipe? Une politique sans principe, c'est an arbre sans racines. Ce n*est pas nn arbre vivant et réel, c'est nne vaine apparence, nne décoration de théâtre.

« £i4demment la qo^tion fondamentale de la politique, c'est de savoir où f^t la soaveraineté, quel est le souverain, qui a le droit de faire la Ipi.

• Nous avons inspecté la racine de l'arbre qu'on appelle aojonrd'bai politique, et nons avons vn qoe ce qu'on nous donne pour de la politique n'est qu'un arbre sans racines, un vain simulacre. »

Pisnas Leroux, Bévue indépendante, Dis' cours aux poUtiquee.

— •• On a dit avec raison qu'il y avait trois âges dans l'histoire : divin^ hénique et humain; autrement dit : sacerdotal^ guerrier, raisonneur. »

MiCHSLET, Orig, du droit français y p. xcix.

— « Droit humain : je m'explique.

« Humain^ c'est-à-dire non divin, sans mystère, sans formule ni symbole.

« La beauté que peut chercher le droit, c'est justement la forme abstraite et pure, Yélégance de ia démonstration^ pour parler comme les géomètres. »

Id. iàid., p. cxxii (1).

(f ) L*explication est plus obscure que le texte. Tout droit est l'exprèssioD d'une règle. Toute règle s'adresse à la liberté. Tout être libre est un faonme. Donc tout droit est humain. L'expression abstraite et pure du droit, est la règle rendue ratioDoellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun. Tout autre droit est celui du plus fort.

— La question de savoir : ce que peut signifier l'expression droit politique^ va paraître impertinente. Si,

cependant, cette même question était adressée à chacun de nos innombrables législateurs, peut-être n'y aurait-il pas deux réponses de valeurs identiques.

L'expression droit politique est spécifique; pour qu'elle ait une valeur réelle, il faut : que, l'expression générique droite ait elle-même une valeur réelle. Cependant, ne portons point la rigueur jusqu'où la logique nous permettrait d'aller ; et, acceptons, comme droit absolu , ce qui est admis conune tel ; que, la raison qui le fait accepter : soit illusoire ou réelle.

Pour faciliter notre examen, admettons pour un moment, la réalité des trois âges indiqués par M. Michèle t.

Pendant l'âge divin ou sacerdotal, la rhglcj le dml est donné : par la révélation socialement acceptée.

Pour cette époque , l'expression droit politique ne peut signifier : puissance de changer la règle; car, l'essence de toute révélation est d'être immuable.

Sera-ce, peut-être, la puissance d'interpréter la règle?

Alors, le droit politique deviendrait le droit social, le droit moral, le droit humain, le droit enfin; et, l'espèce deviendrait le genre, ce qui est absurde.

Et, par qui, alors, serait formulé le droit?

Question essentiellement anarchique : du moment que la réponse n'a point été prédéterminée par le droit révélé. Mais, abandonnons encore cette objection c^^itaie; et, supposons-la indifférente. Dès lors, arrivons

à demander : parmi ceux qui auraient droity à énoncer leur opinion sur le droite quels seront les préférés : pour donner à une formule quelconque de droite le caractère de réalité?

Evidemment, ce sera la majorité : après qu'on se sera entendu : sur ceux qui auront le droit de formuler.

Or, toute décision de majorité, sua le droit, est exclusive à la force ; et, toute décision sur le droit, exclusivement relative à la force , est anar chique par essence. L'objection, relative à l'impossibilité de formuler le droit en dehors des majorités ou des révélations, ne signifie donc rien : car, une vérité est une vérité : quels que soient les inc onvénients qu'il y ait à la reconnaître. Relativement aux majorités, Cicéron va même jusqu'à croire : qu'une chose, quelque bonne qu'elle puisse paraître, est mauvaise : par cela seul, qu'elle reçoit cette sanction.

— « Et moi, dît-il, bien qu*ane chose ne soit point honteuse en ellemême, je dis cependant qu'elle semble Têtre si elle est louée par la multitude. »

(GicÉaON, d$ Finit,, D, 15.)

— Si, pour cette époque, le droit politique ne peut être : ni de formuler la règle ; ni de l'interpréter ; il devra se trouver être, exclusivement : la puissance de déterminer certain mode d'application de la règle, dans certaine latitude et selon certaines formes, préalablement déterminées par la règle , en dehors de laquelle, relativement à l'ordre, le droit politique n'est absolument rien.

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Ce sera , par exemple : la nomination des magistrats ; la nomination de Tapplicateur de la règle ; la nomination même de l'interprète de la règle, lequel peut changer : et la latitude ; et, le mode d'établir le droit politique.

Pour rage divin ou sacerdotal, le droit politique, considéré en dehors de Tanarchie, est donc purement administratif. C'est un droit essentiellement secondaire, comme celui d'établir un chemin en telle ou telle localité ; un droit enfin complètement privé : de toute puissance d'organisation fondamentale.

Passons à l'âge héroïque on guerrier. Et, de crainte de nous égarer dans le vague, tâchons de préciser cette époque.

Aussi longtemps que dure l'âge divin ou sacerdotal ; l'âge héroïque ou guerrier n'existe pas encore. Rome païenne, avant l'expansion générale du panthâsme, n'existait pas sous l'âge guerrier.

— « L*institutîon des augures fat entre les mains du sénat de Rone un moyen de gooTernemeot à la fois doux et énergique.. Rien ne se disait dans la république sans la sanction de Taugure ; sans elle un général ne pouvait franchir le Pomœrium , entrer sur la terre dé Tennemi, ni livrer combat. La nomination des ronaub, des divers magistrats, des pontifes, n'avait de valeur qu'après Vitiauguration. Ghei les patriciens, U science augurale intervenait, comme une sanction nécessaire, jusque daos les actes solennels de la vie privée, teb que les mariages et TadoptioB. *

{Encyclopédie nouvelle^ art, Acfiuu.)

— Il s'ensuit : que, le sénat de Rome était le sacerdoce d'une révélation continuelle, mode admirable de gouvernement, aussi longtemps qu'il est possible:

8GIENCB SOCIALE. 43

puisqu'il dispense d'un interprète infaillible, toujours sujet à inconvénient.

Maintenant , si , dans la réalité, l'empire romain à Tépoque relative au pouvoir des augures, n'appartenait point à l'âge héroïque, quelle est donc la période qui pourra lui appartenir?

— Toutes les époques anarchiques, en dehors de l'âge raisonneur; toutes les époques où la souveraineté du peuple, la démocratie, n'est point dominante; par exemple : l'empire romain , lorsque la puissance des augures eut disparu ; l'empire chrétien, avant que la domination temporelle des papes fût établie, et après qu'elle fut renversée; enfin, toutes les époques où le temporel est séparé du spirituel ; où le spirituel ne domine point essentiellement le temporel.

Pendant l'âge héroïque, quelle est la valeur de l'expression : draù politique?

Pour répondre à cette question , avec la précision qu'elle mérite, distinguons, pour cette époque, les différents exercices de la souveraineté; et d'abord, précisons l'expression : souveraineté.

— « Quiconque fait la loi (la règle, le droit) exeree hi soiiveraiaeté. »

(La Mennais, De la religion considérée dans ses rapports, etc., p. 27.)

— Cette définition claire, précise, ne doit jamais être perdue de vue. Ainsi, sous l'âge sacerdotal : Dieu est le souverain.

Pendant l'âge héroïque, la souveraineté est exercée par un seul, ou par plusieurs^ et jamais par tous. Car,

80U8 Tempirisme , la démocratie n'est jamais et ne peut être : qu'une aristocratie.

Lorsque la souveraineté est exercée par un seul, le droit dérive de la volonté de l'autocrate. Tel est mire bo7i plaisir. Alors, le droit politique est une concession arbitraire, révocable à volonté : ce n'est rien.

Lorsque la souveraineté est exercée par plusieurs, le droit politique, est le droit proprement dit. Mais alors le droit social, le droit moral, le dboit enfin, est évidemment arbitraire puisqu'il ne dérive plus d'une révélation ; et, qu'il ne dérive pas encore de la raison, rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun. Or, tout droit évidemment arbitraire , conduit inévitablement à l'anarchie. De ce point de vue, le droit politique est essentiellement : anarchique.

Passons à l'âge humain, à l'âge raisonneur.

Répétons ici : que tout âge historique est humain, est raisonneur. L'âge divin ou sacerdotal est basé sur le raisonnement illusoire ou réel, bon ou mauvais : qu'il y a un Dieu anthropomorphe ; et, que ce Dieu a donné la règle. L'âge héroïque est basé sur le raisonnement' bien réel : qu'il faut se soumettre à la farce. Selon M. Michelet, Tâge raisonneur serait donc celui où l'on ne se trouverait soumis : ni à une révélation; ni à la force. Or, cette situation n'est possible : qu'à l'époque où le raisonnement réel formule, d'une manière incontestable, la règle des actions tant sociales qu'individuelles. C'est là, ce que M. Michelet aurait dû préciser. 11 en aurait conclu : que, l'âge humain ; l'âge où la réalité du droit a pour beauté une démons-

tration géométrique ; appartient encore à Favenir.

]1 est donc évident : que, l'âge humain ou raisonneur de M. Michelet , considéré en dehors de l'âge guerrier ; est, essentiellement, relatif à la souveraineté des majorités dite souveraineté du peuple. C'est l'âge du raisonnement non démontré réel ; l'âge des opinions, l'âge anarchique par excellence, l'âge où il n'y a de droit que le droit politique ; et, pour cette époque, les droits politiques sont essentiellement anarchiques.

Jusqu'à présent , nous n'avons traité du droit politique que considéré au sein de chaque peuple. Donnons un instant au mot droit politiqucj considéré au sein des différentes nations.

Aussi longlemps,/qu'une règle révélée règne sur une civilisation, sur un ensemble de nations ; l'interprète de la règle formule le droit politique ; et, il y a ordre : aussi longtemps, que la règle reste acceptée.

Du moment qu'une civilisation, un ensemble de nations passe à l'âge héroïque ; c'est-à-dire : du moment que chaque nation prétend à l'autonomie, relativement à la détermination du droit ; le droit politique prend la place du droit. Qui, alors, au sein des nations, sera chargé de le déterminer pour l'ensemble? Qui, en démontrera la justice ?

A cet égard, laissons parler un savant professeur de philosophie, devenu depuis , et à cause de ses doctrines : pair de France ; et, ministre de l'instruction publique.

— t La guerre, dit-il, a sa racine dans la nature des idées des diffé-

rente peuples, qui, étant nbcbssairéhekt 'partteUes^borniet^ exclusivtt, sont MÊCBSSAiRBHENT hostiles^ agressives , tyranniques : donc là gusire

EST RBCBSBÀIBB (1).

i< Voyons maintenaat quels sont ses effets. Si la guem n^esl autre chose que la rencontre yiolenle, le choc des idées exclusives des difîérent^ peuples, il $*ensuil que, dans le choc, Tidée qui sera la plus faible sera àé- ' truite par la plus forte, c*est-à-dire sera absorliée par elle ; or la plusi forte idée dans une époque est nécessairement celle qui est le plus en rapport avec Tesprit même de cette époque (2). Chaque peuple représente une idée ; les peuples différents d^une même époque représentent différentes idées ; le peuple de l'époque qui représente Tidée le plus en rapport avec l'csprît général de Tépoque, est le peuple appelé dans cette époque à la domination (3). Quand l'idée d*un peuple a fait son temps, ce peuple disparait ; mais il ne cède pas facilement la place, il faut qu'un autre peuple la lui dispute et la lui arrache : de là guerre. Défaite du peupla qui a fait son temps, victoire du peuple qui a le sien à faire et qui est appelé à rempirc, voilà l'effet incontestable de la guerre : donc u

GUERRE BST UTILE (4).

tt Messieurs , je ne viens pas faire ici Tapologia de U guerre ; la philosophie n*est d'aucun parti en ce monde, elle ne fait VapologiêHe rienj comme elle n'accuse rien; elle aspire à comprendre tout (5). Je ne fais pas l'apologie de la guerre, je l'explique. Sa racine, vous la connaissez, est indestructible; ses effets, vous les connaissez, ils sont bienfaisants (6) •

a Ainsi un peuple n^est progressif qu'à la condition de la guerre (T).

(1)11 eût été mieux de dire : les guerres sont inhérentes à VignoraDce primitive; et, mieux d'ajouter : en quoi consiste Tignoraoce, source nécessaire des guerres.

(2) Le professeur veut arriver à conclure: que la force , c'est la jus^ tice. Apercevez-vous ses précautions oratoires?

(3) Appelé par qui? par la force : que celle -d soit le résultat de Tintrigue, de la ruse, du parjure, de rempoisonnement ou de Fassassiiut, peu importe.

(4) Sans doute , elle est utile : pour faire de ce monde un enfer, no lieu d'expiation. Si, tout n'était pas bien : l'ordre moral n'existerait pis. Est-ce ainsi que M. Cousin l'a compris?

(5) Et, elle comprend : que le plus fort est nécessairement le pluf juste. C'est la philosophie des bandits.

(G) Oui : la bienfaisance de l'incendie, de la peste, et de toosles fléaux réunis.

(7) Je vous ai toujours dit : que , le progrès sortait de l'enfer. Voilà M. Cousin qoi vous raffirme.

Ce n'est pas moi qui le dis , c*est rbisloire : la guarre n*est pas autre chose qa^un échange sanglant d'idées à coups d'épée et à coups de canon; nne bataille n*est pas autre chose que le combat de l'erreur et de la vérité : je dis vérité , parce que, dans une époque donnée, nne moindre erreur est vérité relativement à une erreur plus grande ou a une erreur qui a fait son temps. La victoire et la conquête ne sont pas autre chose que la vtdoira de la vérité au jour sur la vérité de la veiUe^ devenue l'erreur (faujûurd^hui [i]

« Si, comme je Tai démontré , Thisloire, avec ses grands événements, n'est pas autre chose que lb jugement de dieu sue l^humanité , on peut dire que la guerre n'est pas autre chose que le prononcé de oe jugement,

et QUE LES BATAILLES EN SONT LA PE0HCLGAT10N ÉCLATANTE. • • . i . . .

a J'ai prouvé que la guerre et les bataille; sont premièrement inévita» blés y secondement bienfaisantes. J'ai iibsous la victoire comme nécessaire et utile ; j'entreprends mniutennnt de l'absoudre comme juste dans le sens le plus étroit du mot; J'enteeprends^de dékontkee la moralité dc succès. 9

Victor Cousin.

— Nous renvoyons à l'ouvrage, pour avoir les preuves : que , Dieu et la vérité se trouvent toujours (lu côté des gros bataillons. Quelque bonnes que ces preuves puissent être, il n'en est pas moins évident : que, si la guerre, entre les nations, est une anarchie ; le droit politique de l'épée et du canon, quand même on le décorerait du nom de jugement de dieu,

est un droit essentiellement anarchique et, si

j'osais le dire : un droit de brigand.

Concluons :

(i) Ce qui prouve : qu'il n'y a de vérité que la force. Je suis heureux de n'avoir aucun nom à donner à une pareiUe philosophie; et, de pouvoir laisser ce soin au lecteur.

48 SCIEIICB SOCIALE.

Fondamentalernentj l'expression droit politique : ou, ne signifie rien ; ou, signifie source d'anarchie.

Voyons, maintenant, à qui ou à quoi, selon les différents âges, et au sein de chaque nation, l'empirisme attribue l'exercice des droits politiques ; droits : toujours plus ou moins illusoires, du moment qu'ils sont subordonnés au droit absolu ; toujours plus ou moins anarchiques, du moment qu'ils tendent à se substituer au droit absolu.

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