‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 47 sur 79 · AGE HUMAIN OU RAISOKIVEUB · texte numérisé non relu

AGE HUMAIN OU RAISOKIVEUB

« 11 y a encore la fiction légale, la plus amusante, la plna plaisante de mes inventions. Ainsi tel fripon est un honnête homme , tel sot est ou homme d'esprit , par une fiction légale. Par une fiction pareille on déclare impeccable le plus fieffé coquin. Un autre est, par la loi, proclamé inviolable : on le chasse poliment, on lui coupe la iète ; assez mdc fiction, comme tu vois. Ceux-ci ne répondent pas de ce qu'ils font , ceux-là répondent de ce qu'ils ne font pas, sorte de justice fictive extrêmement admirée ici, et la justice nest tout entière qu'une fiction à peu près du même genre. On a des droits fictifs, dépendants non da fond, mais de la forme, et ce sont les meilleurs. Aussi maintenant qni ae soucie des autres? qui t croit? Quelques imbéciles obstinés , qu'aucunes leçons , si officieHes, si sévères qu'elles soient, ne désabusent. Mais de tontes les fictions, la plus hardie, la plus vaste, la pins rare, la plus étourdissante, hi plus réjouissante, c*est assurément la fiction solennelle intitulée : souvERAiirarÉ du filupi.s. » La Menitais, Amsckasp. et J)arv„ p. 280.

— M La souveraineté du peuple renferme le principe de l'athéisme, puisque, en vertu de cette souveraineté, le peuple, ou le parlement qui le représente, a le droit de changer et de modifier , quand il lui plait et coMune il lui plaît, la religion du pays. »

La Mentais, De la religion, etc., p. 39.

— « La démocratie détruit la notion de toute espèce de droit, soit divin, soit hamatti ; et c'est ponr cela que, lorsqu'elle ne vient pas à la suite de l'athéisme, elle l'enfante tôt ou tard. »

Ta.f lotd.f p. 38.

— «La démocratie, qu^on nous repréaeoit comae le terme extrême de la liberté, n'est qae le dernier excès du despotisme : car, quelque absolu qu'on le suppose, le despotisme d'un seul a pourtant des limites; le despotisme de tous n'en a point. Et ▼oilà pourquoi les démocraties finissent tonjoar? par on despote ; auprès d'elles , il n'est rien qui ne paraisse tolérable au peuple. «»

Jd,, iHd.f p. 40.

— « La plupart de tous ont lu , à coup s&r, le Contrai social de Rousseau : la sonverainHé Ju nombre, de la majorité numérique, est, vous le savez, le principe fondamental de TooTnige, et Rousseau en suit longtemps les conséquences avec une inflexible rigueur. Un moment arrire cependant où il les abandonne, et les abandonne avec édat; il veut donner à la société naissante ses \oii fondamentales, sa cohstitutiom ; sa hacts lar- TELLiGtïrcE Tavertit qu'une telle œuvre ne peu: sortir du suffrage universel, de la majùrîté irir> mérique, de h multitude .* « Il faudrait des dieni, dit-il , pour donner des lois aux hommes. ... Ce n'est point magistrature, ce n'est point sonvcrai-

neté c'est une fonction particolièiip et sapé-

rieure , qui n'a rien de commun avec Pempire ba-

main (1) » Et le voilà qui fait intervenir au

législateur unique, un sage, violant ainsi son priscipe de la souveraineté du nombre pour recoorir à un principe tout différent, à la souveraineté de VintelUgeuce, au droit de la raison supérieure. • M. GuizoT, Histoire de la dvilisation en France, t.l, p. 169(2).

— Nous voilà parvenu à Tâge humain, à Vas^e raisonneur, à rage des majorités, à la souveraineté du nombre. A cette époque, chacun considère son propre raisonnement, comme étant le meilleur : parce que,

(1) Contrai social , 1. II, ch. vu.

(2) Très-bien! Alors, dites-nous : qui doit être, qai est le souverain réel ; et, comment il est possible de distinguer, socialement, le souverain réel, du souverain illusoire, autrement que par la force. Si vous^ne le dites pas, c'est découvrir la plaie pour reuvenimer.

le moyen de distinguer un raisonnement réel, un syllogisme; d'un raisonnement illusoire , d'un sophisme ; n'est point encore connu et socialement accepté. Â cette époque, il n'y a plus de disciples, il n'y a que des maîtres.^ A cette époque, il n'y a même plus de faits généralement admis. Car, du moment qu'un fait, la misère du peuple par exemple, vient à gêner dans la discussion : on le nie ; et, cela sufQt. Faites-donc voter toute la France, toute l'Europe pour avoir une décision. Et, à quoi servirait-elle? Ce n'est plus pour s'instruire, que l'on discute ; c'est, pour faire preuve d'adresse. On ne croit même pas que la vérité existe. D'ailleurs, si même la vérité venait à se présenter ; pas un individu ne voudrait consentir : à la reconnaître comme souveraine. Pour, que cette reconnaissance puisse jamais avoir lieu'; il faut : que, l'excès du mal social l'ait rendue nécessaire.

— « Quand les philosophes seraient en ctat de découvrir la vérité, dit Jean-Jacques {Émilè, t. III, p. 80), qui d*entre eux prendrait intérêt à elle? Chacan sait bien que son système n'est pas mieux fondé que les antres^ mais il le soutient parce qu'il est & lui. Il n'y en a pas un seul qui, venant à connailre le vrai et le faux , ne préférât le mensonge qu*il a trouvé i la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui, pour sa gloire , ne tromperait pas volontiers le genre humain t Où est celui qui, dans le secret de son cœur, se propose un autre objet que de se distinguer? Pourvu quMl s'élève au-dessus du vulgaire , pourvu qu'il efface, l'éclat de ses concurrents, que demande- t-ii de plus ? L'essentiel est de penser autrement que les autres. Chez les croyants il est athée , chex les athées il serait croyant. »

— 11 est évident : qu^à une époque où il n'existe

aucune vérité ; à une époque où la vérité ne serait

même pas admise , si elle venait à se présenter ; les

droits politiques ^ qui, par absence de droit absolu, par

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