CHAPITRE VIII
SEPTIÈME MOYEN DESPOTIQUE : EXEMPTION d'iMPÔT .ACCOllDÉE A LA PROPRIÉTÉ, ET PARDJBAU DE l'iMPÔT REJETÉ SUR LE TRAVAIL.
«Le pins grand mal est déjà fait, quand on a dc8 pauvres à défendre et des riches à contenir... C'est donc une des plus importantes affaires du gouvernement de prévenir l'extrême inégalité des richesses, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs, mais en ôtant à iou$ les moyens d'en accumuler; non en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres , mais en garantissant les citoyens de devenir pauvres Il faut que l'impôt ne porte que
sur le SUPERFLU , et qu'il ne soit pas seulement, proportionne], mais progressif. »
J. J. Rousseau, Économie politique.
— « Pourquoi les empires ne sont -ils peuples qued'infortunés? Le malheur presque universel des hommes et des peuples dépend de Timpeifection de leurs lois et du partage trop inégal des richesses. Il n'est , dans la plupart des royaumes , que deux classes de citoyens : l'une qui manque du nécessaire, l'autre qui regorge de superflu; la première ne peut pourvoir à ses besoins que par ui> travail excessif qui est un mal physique pour tooset un supplice pour quelques-uns; la seconde vit dans Tabondance , mais dans les angoisses de l'ennui.
« Que faire pour ramener le bonheur ? diminuer la richesse des uns, augmenter celle des autres, procurer à chacun quelque propriété, mettre le pauvre dans un état d'aisance qui ne lui rende nécessaire qu'un travail de sept à huit heures , donner ▲ tous l'éducation (1).
(0 Mâcher à vide i Comment peat-oa donner l'éducation à tous? Et II- 7
« Mais dans quel goDTernemcBt d*Eiii«|« éUblir maintenant (1770) cette moins mègak répartition des richesses KATiojrjiLxs? On n'en a|ierçait pas sans donte la possibilité prodiaine..... Cependant Taltération qni se fait journeUemeot daos li constitation de tons les empires prouve qa^aa moins cette possibilîté n'est point me dûnire platonicienne. Dans on temps pins on moins kag. il faut, disent les sages, qne tontes les possibilités se réalisent. Ponrqooi désespérer du bonhenriatir de rhumanité? Ce sera le résultat d^niie méiSeifft légUlaHan (!)• »
— «c Dans Tétat acind des sodélés , la plipirt des impôts sont employés à défendre le riche contre le pauvre
«Cela est Trai, surtout de l'impôt du flan(;a effet, on dit que Tarmée est institnée pour défa* dre Tordre et la propriété; mais si i^morairrt KST l'art d'absorber lx trataxl du PAUTti, celui-ci composant Tannée eu entier, est nne portioa de la classe pauTre, isolée et enrégimentée pGV opprimer l'autre. Alors ne pariex donc plos ^of mée nationale y et achetez vous-mêmes tos csd*ves, car la nation c'est le plus grand nombre. >
SiMozTDK DR SiSMOif Di , Prjiictpet ^éccmmk politique (2).
— ■ C'est Tesprit du temps de déplorer la condition du pauvre Mais on dit vrai; et il est la-
possible de regarder sans une oompassioa prafoodt tant de créatures humaines si misérables..... Ccb est doohmrenxy très-donlonreuz à voir; et oepes-
qaelle édacation donner à tous ? Est-ce celle du matérialisme; et il n'y en a pas d'antre possible et durable , en présence de l'incompressibilité de l'examen et de Tignorance sociale. Puis, comment anéantir le paupérisme sans porter à l'anarchie ? Mâcher a vide I... je le répète.
(1) Tout cela, et tout ce qui ressemble à cela, je ne puis trop le rêpéter, est parler pour ne rien dire. La société est-elle malade? T a-t-il nécessité de la guérir sous peine de mort? Quel est le remède? £st4l incontestablement bon? Tout le reste est du bavardage.
(2) C'est aussi révolutionnaire que possible ; surtout, pour un écoD-v miste. Mais, le remède! le remède! Ces messieurs ne savent qu^accâérer la mort de la vieille société, en lui présentant des paDiatilis empoisoiuKS'
6CIENGE AOClMiK. 99
dant il faol y peuer beaucoup; car à Tonblier, il y a tort grave et gbate péril. »
M. GvizoT, Sur la reUgion dans les sociétés medemes (1).
— « C*ttt moins la consoinmation tAsolue da travaQleDr qaa4a eonsommation relative qui rend la condition keÊireuse ou malheureuse. Qu'importe à l'ooTrier de poutoir se procurer quelques produits auparavant inaccessibles à ses pareils, si Je nombre des produits auxquels il ne peut atteindre s'est accru dans une proportion encore plus forte , si la distance qui le sépare des capitalistes n'a fait qu'augmenter, si sa position sociale est devenue plus humble et plus désavantageuse? A part les consommations strictement nécessaires au main' tien des forces et de la santé physique, la valeur de nos jouissances est essentiellement aEZ.i.TnrB,(2). « On oublie trop souvent, dans Texamen de ces questions, qae le travailleur salarié est un homme pensant, doué des mêmes facultés, mû par les mêmes mobiles, capable des mêmes sentiments que le travailleur capitaliste. On en a fait une classe à part, sur laquelle on raisonne à pen près comme •* s'il s'agissait de bétes de somme.
« Pourvu qae le cheval ait une ration suffisante de foin et d avoine, que sa litière soit fraiche et qu*il ne soit ni exposé à trop de fatigues ni mené trop rudement, voilà un animal heureux. Son mal- • ^ tre peut compter sur Tapprobation , la reconnaissance des amis les plus ardents et les pins exagérés de l'espèce animale.
ic Le prolétaire a quelques besoins de plus, auxquels* certains philanthropes ne paraissent guère songer. Le prolétaire a une ftme qui se nourrit de sentiments et non de pain , qui cherche le repos et la paix , non dans les jouissances du présent , mais dans la sécurité sur l'avenir, et qui redoute plus la dépendance et l'humiliation que la fatigue et la douleur.
« Ou bien n'aurait-il plus cette âme immortelle? Sa position précaire et le manque d'éducation l'an-
(1) Et, pour diminuer le péril, M. Guizot leur enseigne : que, la morale est indépendante des idées religieuses.
(2) Voilà encore des vérités, évidentes comme la lumière; et, qu'il est aussi impossible de faire accepter aux académies : que, de blanchir un nègre. ^^
100 SGIBIfCE SOCULE.
rmient-îk almU an point de w Ini Inûaer qne Im nature animale du cheval? Oh ! alora, qae n'en iÊM-" tes-Tons des esdaTes? 11 achètera Tolontieri, an prix de sa liberté, la litière et le pain poor le reste de ses Jours. »
CmcaBULits, profuMeur ttécomomU poUUque ti de droit jmbUe à Gtnèoe (1).
(1) Bravo! professeur ! Voilà une profession de foi économique, qa*il ser&it bon de renouveler en 1857.
SGIBMCK 80CULB. 101
Empirisme.
■ M. Charles de Rémasat émit du jonr à la tribuue use grande vérité. L'impôt, dit-il, est pour la nation le meilleur des placements. Il laissait échapper la pensée profonde des vrais financiers et économistes. Il fut couvert déS huées libérales, et pourtant il avait raisok. L'impôt est pour la nation le meilleur des placements , à la condiHon que le budget soit bien réparti (I). »
PiKREE Lsaoux , Revue indépendante, de la Ploutocratie, septembre 1842.
». « Jusqu'à présent, nous n'avons trouvé pour base de l'édifice que la propriété. Est-il bien certain que nos droits. politiques ne se régleront désormais que par le registre des impositions ? »
Ballan cBEy JEtsai sur le* institutions sociales, t. II des Œuvres, p. 69 (2).
« Qui ne sait que l'impôt frappe avec toute sa rigueur et pèse de tout son poids sur le pauvre ouvrier agricole, qui n'a qu'un lambeau de terre à cultiver, une mauvaise cabane pour abriter sa tête,
(1) Il aurait fallu ajouter : et, prélevé hnrmoniquement avec Véiat de la société»
La répartition et le prélèvement du budget ne doivent pas être les mêmes , pour que l'ordre existe : en époque d'ignorance et en époque de connaissance. En époque d'ignorance et d'incompressibilité de l'examen, tout prélèvement et toute répartition de budget sont même incompatibles : avec l'existence de l'ordre.
(2) L'organisation de la propriété n'a jamais été : que, base secondaire <le l'édifice social ; c'est, l'organisation des intelligences, qui est la base principale. Les droits politiques ne sont que secondaires ; c'est, le droit qui est le principal. Pourquoi s'occuper du secondaire avant d'avoir résolu les questions principales, qui dominent les questions secondaires?
i02 sGieifCB- sectALE.
maû qu'il n*atteint pas de même lliomme riche» da moins cdai aoqnel conTient réellement le titre de propriétaire? Aa premier la loi est appliquée tout entière, il ne peut rien cacher au fisc ; son chaïap, sa récolte sont mesurés, estimés par les agents de l'administration et les commissaires répartitemi; il n'a lai qu*à payer. H n'en est pas de même du second. Au lieu de le taxer d*o(Boe, on loi demande* pour ainsi dire, de quelle somme il veut bien o»sentir à diminuer son rerenu. Sa cote n*étant établie qae d'après le rerenu qu'il déclare lunnême, il ne se (ait pas faute de profiter de cette latitade pour faire sa part aussi petite que possible. » Blarqui, Leçons prqfetsees au Comêtrvaicire, t m, p. 2*4 (1). -
^ «n existe en France, le croîrait-on ! piès de trois cent cinquante mille maisons qui, pour écè^per à rimpôt sur Tair et la lumière, n'ont qu'one ontertnre, c'est-à-dire pas de fenêtres, et piès de deux millions qui n'ont qu'une porte et qu'ime fenêtre. »
Rapport de M, dé Chabrol , comme mUittn dee financée i en 1830, ok il déclare ^'ile été impottiàle à radmimstraiion de «q«m«<fre h rimpôt dee portes et fenêtres, dent toute la j^tmce, plus de vingt^six sn/Sow d'outertures. Vingt-six mUUons doiKoeriwrti pour trente-quatre millions d'hommes!
(1) Et le remède, s'il vous plaît ? Ne vaudrait-il pas mieox : eo parkr et le discuter?
fiGlinCB SOCIALE. 103
qu'est-ce que l'impôt?
« Dieo, en donnant à l'homme des besomB, en hn rendant mecessairb la ressource da traTafl, a fait da droit de travailler ta propriété de tout homme ; et cette propriété est la première, la pins sacrée et la plus impretcriptijble de toutes. Si le souTorain doit à tois les sujets de leur assurer la jotùtsanee pleine ei entière de leurs droits, il doit scraTouT cette protection à cette classe dniommea qaiy n'ayant de propriété que celle de leur travail et de leur industrie, ont d'autant plus le besoin et le droit d'employer daxs toute XiEcr ÉTEVDini les seules ressources qu'ils aient pour subsister. »
ToBGOT, Préambule de téêit supprimant les jurandes en 1.776 (1).
— « Sous Tempire de la Charte, de cette charte qui déclare que les citoyens indistinctement contribueront en proportion de leur fortune aux charges publiques, la majorité des impôts frappe tous les citoyens, pauvres et riches, d'une capitatioo (2) qui effleure à peine les seconds» et écrase les premiers. La famille la plus pauvre paye au fisc une somme aussi forte, plus forte peut-être, . que la famille d'un rentier assez riche pour vivre dans un loisir absolu. La consommation indispensable du pauvre est frappée d*un impéi aussi életté qee celui du riche. Que dis-je ! l'impôt s'adresse avec
(!) Du moment que le travail est assimilé à la propriété, l'esclavage des masses est assuré. Voyer, à cet égard, notre J^ccmomie poliUçue Mowtc d€s TétfohfUùns*
(2) Impôt indirect
104 SCIBNCE SOCULE.
one prédilecUon toate'ipédale aux solittaBeM partlcnlièreinent destinées à la consomBatioQ 4b ptv- ▼re. Noos demandons à tous les honnies àt boa sens, à tons les hommes honnêtes, ai la pmmriir de la Charte a été tcnœ, si tons les citoyens indistinctement contribnent en pnporUam de Umt fattutu aux chaiiges de l*État? »
E. BuasT, De la mitïre des dagges laèeriew^ se*, t. II, p. 394 (1).
•^ Que de volumes ont souvent été écrits , sans que préalablement la valeur de l'expression énonçant le sujet à discuter ait été déterminée I Alors, chacun se fait une idée particulière de ce dont il s'agit. Et qu'arrive-t-il de cette absence de détermination commune? Qu'au moment où plusieurs individus, . croyant avoir étudié un même sujet, viennent à en discourir; chacun croit : que, les autres sont des fous. En général tous ont raison : chacun, vis-à-vis des autres^ argumente follement, au point de vue qui lui est seul propre ; quoiqu'il soit possible que chacun raisonne sensément, à son propre point de vue.
Et, qu'on ne s'imagine pas qu'il suffise : d'être d'accord sur la définition du sujet, pour l'être sur sa discussion. Car, chaque mot de la définition, et ensuite de la discussion, élèvera de nouvelles difficultés. En effet, il n est aucun point moral dans lequel ne se trouvent compris, soit implicitement soit explicitement, les mots : société , liberté^ homme ^ droit j etc. Eh bien ! jusqu'à présent il n'y a pas, dans le monde philoso-
(1) Le remède I le remède! Quand vous mettrei, à chaque instant, le tancer social à nu, cela le guérira-t-il ? Et, ne Toubliez pas 1 c'est un K' mède qu*il faut; un remède radical; et, non des palliatifs.
8CIBNCE 80CIÂ1.E. 105
phique ou raisonneur, deux individus qui soient d'accord sur les valeurs de ces expressions. Faut-il s'étonner : de l'anarchie qui s'est emparée de nous?
Mais, va-t-on nous dire, cette anarchie a dû exister toujours. Dans le monde philosophique certainement. Mais ce monde, avant notre époque, était, pour ainsi dire, extra-social, étant extra-vulgaire. Avant l'incompressibilité de l'examen, il y avait : une autorité, une force^ qui déterminait, socialement; ou , si l'on veut, pmr le vulgaire; la valeur des mots. Et, quelque irrationnelles que ces valeurs pussent se trouver; cette force les faisait accepter, par l'éducation, comme rationnelles ; et^ ceux qui voulaient démontrer : combien, l'éducation se trouvait illogiquement basée; étaient immédiatement mis à mort. Que cette méthode fût juste, relativement au temps, parce qu'elle était nécessaire et possible^ nous ne le nions point, nous l'affirmons même. Mais, ce qui étonne ; c'est, lorsque cette méthode est devenue évidemment impossible ; qu'un homme, que l'Europe entière nomme un penseur, ait osé, au dix-neuvième siècle, écrire les hgnes suivantes :
-^ « Savei-TouB, Messieurs , d*où Tient le débordement de doctrines insolentes qui jugent Dieu sans façon et lui demandent compte de ses décrets? Elles nous viennent de cette phalange nombreuse, qu'on appelle If* savants, et que nous u*avons pas su tenir dans ce siècle à leur place j \ qui est la sscohdb. Autrefois, il y arait très-peu de savants, et un trèspetit nombre de ce très-petit nombre était impie; aujourd'hui, on ne voit que sAvAKTs: c'est un méiier, c'est une foule, c'est un peuple; et^ parmi eux, l'exception déjà si triste est devenue règle. De toutes parts ils ont usurpé une influence sans bornes; et cependant, s'il y a une chose sûre dans ce monde, c'est, à mon avis, que ce n*est point à la science quil appartient de conduire les hommes. Rien de ce qui est nécessaire ne lui
106 8Gaun& sooalk.
e5i confié, n faudrait avoir perdu Teiprit pour croii» qua Diau ait ciiai|;é les académies de nous apprendre ce qu'il est et ce que nous loi devons [ï). Il appartient aux prélats^ aux nobles^ aux grands of/fdert de VÉtat d^étre les d^^taires et les gardiens des vérités eonservairiùes; d'apprendre aux ntUions ce qui est mal et ce qui est hien^ ce qui est vrai et ce qui est faux dans l'ordre moral et spirituel : les amh^ n*ont pas le droit de raisonner sur ces sortes de matières. Us ont Us sâemces naturelles pour s^AXiJSsa; de quoi pourraient-ils se plaindre? Quant à celui qui parle ou écrit pour ôter un dogme national au peuple, n. hrt AiEB PBKDU cxnoa TOUBCii DiOBiSTiQux. Rousseau mâme ea est comenn, sans songer à ce qu'il demandait pour lui. Pourquoi a-t-on commis Timprudence d'accorder la parole i tout le monde? G'ist cb qui nons a pjnsoa. B
— En effet ; c'est, ce qui a perdu l'autorité par la force, masquée de raison. Depuis la chute de cette autorité , l'anarchie est passée dans les mots ; les mots représentent les idées ; les idées causent les faits; et, l'anarchie ne peut disparaître : qu'en se soumettant de nouveau à la foi, ce qui est devenu impossible; ou, qu'en rendant le raisonnement, sur la direction des actions, tellement incontestable : qu'il soit impossible , à qui que ce soit, de ne pas le reconnaître comme tel.
Maintenant, nous répétons : qu'est-ce que l'impôt ?
Prenons d'abord ce mot dans un sens très-indéterminé , ou très-général, en lui donnant pour valeur : prélèvement sur les familles domestiques au profit de la famille politique.
(1) Que Messieurs les Ubéraux déistes ne se rient pas trop de M. le comte de fifaistre^ en se plaçant sur le piédestal du raisonnement. Car, du moment qu'ils sont anthropom^rphistes, ils doivent, s'ils sont réellement logiciens, se soumettre à tout ce qu'annonce ici le philosophe ultramontain. Et, si le panthéisme philosophique était vérité, la doctrine de M. le comte de Maistre, devrait être acceptée : pour, que rhumanité pût ne point se noyer dans le sang.
SCfENCE SOCIALE. 107
Ainsi, danS' la famille domestique prlmîtiTe ; en dehors de la société politique ; il n^ a pas d'impôt. Le revenu de îa famille appartient au père, qui en dispose dans son intérêt, renfermant celui de tous. Il n'y a pas d'impôt, nous le répétons, parce que : tout le revenu de la famille est impôt.
Du moment , que la famille politique Tient à s'étabBr^ il y a une règle; et, cette règle a pour expression : des institutions.
Les institutions ne marcbent pas seules : ce sont des hommes qui les font marcher; qui travaillent, pour les faire marcher.
Leur travail, il faut le payer.
Avec quoi ?
Avec un revenu quelconque.
Ce revenu SCTa : le revenu de la société. Le revenu de la société est /'impôt.
Voilà une définition, en apparence, parfaitement claire. Elle est, cependant, loin de l'être. En effet, qu^est-ce que la société?
L'esclave, le serf, le paysan, le prolétaire font-ils partie de la société ?
Le mot société signifie-t-il : une troupe d'individus quelconques? Ou, un ensemble d'individus, supposés avoir contracté? Ou, Fensemble des individus, ayant reconnu : ce qui est incontestablement rationnel ; s'y soumettant ; et, se trouvant associés, dans cette commune soumission T
Y a-t il des classes d'individus héréditairement déterminées?
108 SCIENCE 60GIALB.
Peut-on contracter : avec les Australiens, avec les singes, avec les chiens ?
Quelles sont les conditions : pour qu'un contrat soit valide ?
Y a-t-il : contrat juste et contrat injuste ?
Y a-t-il : raisonnement juste et raisonnement faux ?
Y a-t-il : une justice ?
L'existence du raisonnement : est-elle réelle ou illusoire ?
Toutes ces questions doivent être résolues , avant qu'il soit possible d'avoir : une idée claire et distincte de l'impôt.
Mais, la solution de ces différentes questions n'appartient point à ce livre. Resterons-nous donc dans le vague, pour tous les points non-résolus ?
Ce serait nous empêcher d'avancer. Dès lors, supposons ces questions résolues, sans oublier qu'elles ne le sont point encore ; et essayons de déterminer, en restant soumis à cette hypothèse : dans quelle latitude, l'expression impôt pourra être commune : à ceux qui voudront raisonner, dans le seul but de s'éclairer ?
Dans sa plus grande généralité, l'impôt sera, nous l'avons dit : le revenu de la société^ le revenu de la richùsse sociale.
Si, nous cherchons à préciser la généralité de cette valeur; nous trouverons : que, l'expression imj^d/ a nécessairement, deux valeurs particulières, absolument différentes : la première , se rapportant à la société exclusivement basée sur la force; la seconde, se rapportant à la société basée sur la justice.
Jusqu'à présent, il n'y a eu dans le monde : que, l'impôt relatif à la force. Le dictionnaire, à l'article Impôt , le dit lui-même : tributum (imposition, taxe, tribut, droit imposé.) Il est rare de trouver le dictionnaire aussi lucide.
Que doit être l'impôt relatif à la justice ?
Le revenu social conforme à la justice, conforme à la raison.
Et, que peut être l'impôt relatif à la force?
Le complément du revenu : de ctux qui ont la force, des forts, des prétendus aristocî^ates ; complément prélevé : sur les faibles , sur le peuple ; lorsque tous ne sont point peuple.
Donnons une esquisse rapide de la justice ou de l'injnstice de l'impôt; et, commençons gar la justice. < Nous prendrons ici, entre nos lecteurs et nous, le simple bon sens pour arbitre ; en attendant : que, nous puissions nous mettre sous la protection, de l'incontestabilité rationnelle.
L'impôt ou le revenu : soit de la société rationnelle ou libre ; soit de la société despotique ou esclave ; ne peut ressortir : que, de la propriété du sol ; de la propriété du capital ; ou, de la faculté de travailler.
Avant l'aliénation du sol, le sol est la richesse sociale. Chacun y puise selon sa faculté, selon sa force.
Après l'aliénation du sol, le revenu social, l'impôt, devrait, en justice, se prélever : sur le sol aliéné ; et, W)mplémentairement : sur la propriété mobilière ; sur •e capital.
Ce ne serait, que subsidairement ; et, lorsque sol et
UO 8CIBNCE SOGULB.
capital auraient été reconnus insuffisants, pour subvenir aux besoins de la société ; que, le revenu aocial, le revenu nécessaire à l'existence, à la conservation de Tordre, devrait se prélever : non sur le trmmlj car le travail n'est point saisissable ; mais, sur l'hoaune, sur la faculté de travailler.
Supposons ce cas devenu nécessaire.
Alors, la dette de chacun devrait se payer en travail personnel : il serait irrationnel , c'est-à-dire injuste : de faire payer à c^ui qui ne peut travailler, soit par incapacité physique, soit psu* ce que personne ne lui donne à travailler ; car, alors il ne pourrait payer : que, sur la nourriture qui lui est. nécessaire. Il est donc évident, vis-à-vis du sens commun : que, le revenu du ^ sol et le capital doivent être absorbés, avant d'imposer la faculté de travailler ; et , que préalablement à toute imposition sur cette faculté ; le travail des valides doit avoir subvenu : aux besoins des faibles.
Concluons maintenant :
Tout impôt indirect, frappant exclusivement la faculté de travailler , sans distinction de forts et de faibles, est UN ASSASSINAT SOCIAL ; quaud, cette espèce d'impôt n'est point nécessaire, absolument nécessaire : à l'existence de l'ordre, vie sociale.
Il parait facile, d'après ce qui précède, de reconnaître un impôt injuste. Ce sera : tout impôt en opposition, avec celui que nous venons de décrire comme juste. Et, l'impôt sera d'autant plus injuste : que, l'opposition sera plus marquée.
Nous disons : il jparaît facilej et, cela n'est pas aussi
SCIKRCB SOCUUE. 111
facile que cela le paraît. Car, pour discerner l'impôt juste de l'impôt injuste ; il faut pouvoir dire : quand, l'impôt dit dssassinat social^ devient juste : parce qu'il est nécessaire à l'existence de l'ordre vie sociale. A cet égard, nous renvoyons au prolégomène intitulé : Qu'est-ce que la science sociale? T. II et III.
Revenons, maintenant, à l'impôt considéré dans sa généralité.
L'impôt, avons-nous dit, est le revenu de la richesse sociale.
De cette. proposition, nous déduirons, malgré les partisans des gouvernements à bon marché :
Que, plus l'impôt est considérable, plus la société est riche ; et, que moins l'impôt est considérable, plus la société est pauvre.
 ces conséquences, il est impossible de rien opposer de rationnel.
Ji2 SGIBfCB 80CIALB.
l'imp6t est-il^ ou Dorr-iL être : un ou absolu ;
COMPLEXE ou RELATIF?
m Ed France tout le monde paye; aux Etats- Unis, le riche est le seul qni oontriboe. »
Michel Chi\ kï.iE.f^ , Letir^S ntr TAménfmt au. Nord. Note 48 CO-
— «Cet impôt, la rétribution unÎTersi taire est une sorte de démenti donné à la cÎTilisation et aox lamières de notre époque; et Ton ne comprend ps5 qu*au dix-neuvième siècle, on puisse dire à un père: Si tu fais élever ton fils tu seras imposé.
■ A aucune époque du monde ancien et aMxfeme, on n*a assujetti à un impôt le développement de riutelligence humaine (2). Il n'est peut-être pas d^impôt qui soulève davantage les répugnants morales. »
Commission du budget de 1 839.
(1) Toute la question sociale, quant au matériel, se trouve dans la connaissance de la cause de cette différence. Si, M. Michel Cheyalier avait indiqué cette cause ; la solution sociale serait trouvée,, quant aa matériel. Dans notre travail intitulé Qu'est-ce qite la science sociale? nous avons prouvé : que , la cause de cette différence, pour les États- Unis, est : que, le sol y appartient encore, presque en totalité, à la propriété collective : par la facilité d'en avoir à 1 dollar Tacre, payable au bout de quatorze ans. Nous avons également prouvé : qu*alors, le salaire se trouve au maximum possible des circonstapces ; et, Tintérèt du capital, au minimum possible, aussi des circonstances.
(2) La commission est dans l'erreur. Toujours , depuis que ce monde existe, le développement deVintelligencedes masses a été comprimé. li est seulement vrai : que, l'imposition directe, sur ce développement, est moderne. C'est, qu'il y avait nécessité d'agir ainsi, ne pouvant réossir au*
SGliHCB SOCIALE. 113
« n sa(H( en France de i-^anler antonr de soi pour reconnaître que si la bourgeoisie oisive r<'présente en totaliié réJément d'ordre, ce n*est qn'à l'aide et par l'intermédiaire de 400,000 baïonnettes,
non compris les baïonnettes bourgeoises ce
qot démontre clairement que cette bourgeoisie ne conserve plus sa prédominance qu'en opposant aux masses la force des masses elles-mêmes : position critique à faire frémir, et qu'il est impossible de faire durer, car toutes les baïonnettes commencent a être inteltigentet. »
MiCBKT. Cbetalicb, Letlrcs sur T Amérique du iVbrrf; lettre 32(1).
— « Quandnotts aurons des routes, quand les écoles anront appris à lire à tout le monde, vous verrez, si dès à présent vous n'y prenez garde, l'irréligion envahir les campagnes et les infecter. »
Jd., i6id,, lettre xxiii (2).
— La question : l'impôt est-il, ou doit-il être un ou absolu ; complexe ou relatif? est la même que celle de demander : Timpôt est-il, ou doit-il être juste ou injuste?
Aussi longtemps : que, le moi société n'est point déterminé, en dehors de toute hypothèse; aussi longtemps : que, les mots juste et injuste ne seront point également déterminés ; nous nous trouverons , dans l'impossibilité de répondre sans nous baser sur des hypothèses. Mais, nous supposerons : que^ juste et injuste signifient conforme ou non conforme k\^ raison ; et, que société signifie : agrégation soumise à la raison; sans
Irement. L'intelligence des masses, développée en époque d'ignorance, est ce qu'il y a de plus anarchique : d'abord parce qu'elle facilite l'exa* men des mensonges ou des hypothèses sociales Ixises de Tordre ; et ensuite, parce qu'elle vulgarise le matérialisme, seule science possible en époque d'ignorance.
<1) Le remède, s'il vous platt ! le remède ! Sinon, vous n'êtes qu'un déclamateur révolutionnaire.
(2) Le remède, s'il vous plaît 1 le remède ! Faut-il aussi fermer les écoles primaires, ainsi que le veut M. Thiers ?