CHAPITRE IX
MAINTIEN DES MASSES DANS l'iGNORANCR.
« La science est belle, uns doaie, et Ttaibiai* à elle seule, les travaux de Tboaune ^ w»am die eet mille fois plus belle quand die detîaii mme psM* sance et enfante la vertu. C*eit là ^ McMicn», ce que nous avons à faire : décoovakb ia wâmné^ U réaliser au dehorg , dant Ut faits exUriemrê , av paopiT DE LÀ sociàxÉ ; 1a laine iMiraer mi étÀÊtin de nous, en croyances capables de mms mwfiner le désiniéressemeot et Ténergie munlk ffti sms( b force et la dignité de Hicigt daas ce mum^/ti toilà notre triple tâche, voila oc twrf aa n^tÂtt DOIT ABOUTI a . »
M. GuizoT, HUtoire de ta éftviUmUm em France, t. I, p, 31 ^1^^
— « Ce qui constitue la scMMce, e^tai la Ê9ffftt sion de toute anooialie, Tordre sbUnîIu^ a farV^ traire, la axALiTc à VArrk%tL%ix^ la rais«a tmt s#im et à TimaginatHMi, les pbénooMMS particdier» r»f»pdés et élevés à leurs lois géaérales« •
M. Covftfw, Iniroductwn a tkiêttdre de la fki»
loêopkie, p. 23 S (7).
— «Cen*est pas aux leetcars de eet »«vffaf«ip« je croirai jamais devoir prouver que les idées giw* vemeat et bouleversent le ammIc^^* Da aavttrtsmr' tont qne la grande crise pditi^ue et BMrda d«s sociétés actuelles tient, en demiéfie analyse, a f*^
(f ) Et 9 mIoii m. GttiEOt, la ecienoe coMbte à fioiMiti» s f^fn^^ U m**- ^-aie eu Uidépmdanie det idées rdigieuies.
Cette tcienoe est le poisoB de rhumanilé.
(a) Sufaetituer la réalUé à Vapparence , e*<ft démostr^r i to fM>l^ , riaunaténalité de la sebttbililé , au lies 4e VMnkmm mm ^fkémmrn^^ 4^rébiaox*.
132 SCIBlfCB 80CIALB.
narchîe iiitdieciaelle (f ). Notre aal le pin gnw coosisie, en dTet, dans cette profonde diTcrfn» qoi existe mainteuftot entre tons les esprits rdaliveinent à tontes les maximes fondamentales dont ta rixiTB est la première condition d*nn TéritaUe ordre social. Tant qae les intellîgeoces indindidles n'anront pas adhéré par on assentiment mrAnixx k on certain nombre d'idées génénles capables de former nne doctrine iociaU cosnmoie, on ne peut se dissimnler que Tétnt des nations restera, de toute nécessité^ essentiellement mÉTOui- ' TiOKif AiRK, malgré tons les palliatifs polîtiqnes qai ponrront être adopt^, et ne comportera réellement qae des institutions proTisoires. Il est également certain qne, si cette réunion des esprits dans une même communion de principes pent nne £ms étie obtenue , les institutions conTenables en découleront néee$$airement , sans donner lieu à ancane secousse grave , le plus grand désordre étant déjà dissipé par ce seul fait. Osl doue la que doit se porter principalement Tattention de tons ceux qui sentent Timportauce d*an état de choses vnîment normal. »
M. Auguste Coxtb, Pkiloeopkie positive, t U p. 60 (2).
— « Qoi croit aujourd'hui qne les choses puissent rester ce qu'elles sont? Qui ne vit dans Tatteste de grands événements, certains en eux*mèsKi» incertains seulement quant k l'époque on ils se reproduiront? Qui ne sent partout le sol trembler? Quel est le peuple au sein duquel il ne s'opère on sourd tnvail dont s'épouvantent les pouvoirs frappés d'impuissance pour en arrêter le progrès? D'heure en heure la vie se retire d'eux , et on les voit, dans leur dé&illance, étendre les bres et s'ap-
(1) Et l'anarchie intellectuelle provient : de ce qae M. Auguste Comte et les siens ont détrôné la foi, sans avoir puintroniser la jcieiice.
(7) Ce,c'cs/ donc là, de M. Auguste Comte, est très-indélemiiné; nous allons préciser.
Démontrez rimmatérialité de la sensibilité, ce qui vous donnera le critérium pour distinguer la sensibilité réelle de la sensibilité illusoire. Des ce moment : Tanthropomorphisme et le panthéisme sont renversés; le règne de la raison s établit; la doctrine sociale oonunune existe; des institutions définitives en découlent ; Thumanité devient une ; et, toute possibilité de révolution, présente ou future, se trouve anéantie.
SCIBMGB SOCIALE. 133
puyer les uns sar les aatres pour m tenir deboat quelqnes iosUrats de plus. Regardes les royautés pâles, les aristocraties éperdues : qai les effraye? Elles ont entends le brait qai précède la tempête, qai court devant elle pour annoncer qu'elle vient. Elles ont aperça à l'horixon un point noir cooinie une tache de deuil. Assises à la taUe de leurs festins, dans renÎTrement d'une joie insensée, tout à coup une ombre a passé deiaut elles , et sur le mur s'est avancée une main qui traçait des mots sinistres. Qn est-ce donc qui se prépare? Le monde . tressaille, des fantômes traversent les cieux , une loeur obscure enveloppe toutes choies. Est-ce une aube? est-ce un crépuscule? G*est un crépuscule pour vous tous, fils de la vieille société qui descend dans la région des morts. Pour toi , peuple , c'est l'aobe du jour que te réservait le Père céleste dans les décrets de sa justice, tardive à nos yeux, mais certaine. »
La Hmuràis, DùcMênoHê criiiguetf p. 280 (1).
— « Oui, je crois le sentir, nous touchons k une rénovation des siècles. Les systèmes religieux croulent de^ toutes parts; les philosophes qui avaient méprisé les doctrines mystérieuses les interrogent avecnne curiosité inquiète. N*entendes-vouspasuue voix sourde qui court par tout Tonivers, et qui réveille toutes les puissances de l'âme?... Ah ! la terre, cette fois-ci , ne sera pas vaincue par un barbare afbmé de carnage ; die ne se tiendra pas en silence devant un dominateur superbe : elle sera conquise par Tattrait tout pacifique de la vérité... » Ballahcbe, Prtface généraUt p. 18 (2).
^«Plus que jamais. Messieurs, nous devona nous occuper de ces hantes spéculations, car il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin , vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les esprits, n n'y a plus de religion sur la terre : le genre hn-
(1) Pour voir les symptômes , il faut urètre point aveugle ; pour les sentir, il faut n*étre point paralysé. La vieille société est aveugle, décrépite, et, vivante encore, elleiombe en putréfaction. Elle sera précipitée dans l'abime : sans Tavoir : ni vu, ni prévu.
(2) L'attrait pacifique de la vérité.' Oui : quand Tanarchie l'aura décorée de toutes ses horreurs.
131 aoiBUCB^ socrus.
mm ne peut demenrer dans cet éUt. Des oracles redooiables annoncent d^aillenrs que les temps sont arrivés. Il n'y a pcnt-étre pas nn homme, je parle de la classe instruite, qui n'attende, dans ce moment , qnelqne chose d'extraordinaire. Or, ditesmoi. Messieurs, croyez-vons qae cet accord de tons les hommes puisse être méprisé ? »
CoMTB DE B(aistrk, Soiréet de SaùtUPélersbourg^ X. II, p. 280(1).
-<- « La philosophie est le colle des idées, et des idées êemleê; die est la dernière victeire de b pensée sur tonte forme et tout élément étrangers; elle est le pkis haut degré de la liberté et de rintefligence. . . 11 implique contradiction que Fanalyse et la dialectique aient précédé les symboles et les mystères. La forme rationnelle est nécessairenaent U dernière de tantes.
« Cette forme est aussi la pins claire. Sans doate les idées sont obscures aux sens, à l'imagina tk», è l'àme : les sens ue Toient que les objets extérievs auxquels ils se prennent; Timagination a besoin de ftprésentatiott, Time de sentiments. Mais si tonte lumière t^>paret%ie est là (dans les sentiments), il n'y a même ià d'évidence qu'à condition que dan5 l'intérieur de la pensée , il y ait une autre érideno^ qui garantisse la pi^emière. Seulement, dans œ cas, l'évidence est faible, elle n'arrive pas à la conscience d'elle-même; tandis que l'évidence philosophique, qui naU de la réflexion, est et se sjlit comnse la dernière évidence, comme l'unique autorité. La philosophie est donc la lumière de toutes les lumières, Tautoriléde toutes les autorités. Es eOet, ceux qui veulent imposer à la philosophie et à la pensée une autorité supérieure ne songent pas que de deux choses l'une : on la pensée ne comprend pas cette autorité, et alors cette autorité est pour elle comme si elle n'existait pas; ou elle U con^rend , elle s'en tait une idée , et l'accepte à ce titre, et alors c'est elle-même qu'elle prend poer mesure, pour règle, pour autorité dernière..... La
(1) AUei done parler de religion, à des gens qui s-'imagiMst : que, U nÙf^ n'esl pas plus néceseaire à l'existeace de l'ordre » qu'une cisquième roue à un carrosse. Laisses-les courir à l'abimo. Eu voulant k» leteoify Toua'y seriez également précipité. Ou*elie passe., la justice de Dieul
136 8C1ENCB 80GULB
« Lft aodéié, tdle qn*dle est anjourd'hiii, n*eiis> tera |>a8. A mesore que nnstractum descend dans les classes înfôrieares, celles-ci déooavrfnt la plaie secrète qai ronge Tordre social depuis le eommtmcement du monde , plaie qui est la canse de toas les malaises et de tontes les agitations popolaires. La trop grande inégalité des conditions et des fortnnes a pn se supporter tant qn*elle a été cacUe, d*nn côté par Tignorance, de Tantre par Foigaanation factice de la cité; mais aussitôt que cette inégalité est généralement aperçue, le conp mortel est porté. Recomposez, si vous le pouTez, les fictions aristocratiques; essayes de persuader an pauTre, quand il saura Ure^ au pauvre à qui la parole est portée chaque jour par la presse, de ville en ville, de village en village; essayes de persuader à ee pauvre, possédant les mêmes lumières et la même intdligenoe que vous , qu'il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que tel homme, sou voisin, a, sans travail, mille fois le superflu de la vie ; vos efforts seront inutiles. Ne demandes poiat à la foule des vertus an delà de la nature.
« Le développement matériel de la société accroîtra le développement des esprits. Lorsque la vftpeur sera perfectionnée; lorsque, unie aux télé graphes et aux chemins de fer, elle aura fait disparaître les distances, ce ne seront pas senicmeat les marchandises qui voyageront d*un bout da globe à Tautre, avec la rapidité de Téciair, mais encore les idées. Quand les barrières fiscales et commerciales auront été abolies entre les diveni États, comme elles le sont déjà entre les provinces
8C1BHCB 80CULB. 137
cTmi nCae État ; quand le aaimrtj qui n'est que Veëelmvmge prolongé, ae aéra émancipé à Taîde de r^Salîté établie entre k prodndenr et le eonaoai- ■latf r ; qnaad les divers pays, prenant les nKSors les nns des antres* abandonneront les,pn^^ naliioMnrx, les vieilles idées de snprénmtie on de conquête, tendront à l'unité des peuples; par quel moyen feres-vons rétrograder la société vers des principes épniaés? Bonaparte lui-même ne Ta pn. L'égalité et la liberté, auxquelles il opposa la barre inflexible de son génie , ont repris leur ooors et emportent ses œuvres ; le monde de force qu'il créa s'évanouit; sa race même a disparu avec son fils. La lumière qn'il fit n'était qu'un météore*....
■ Un avenir sera, un avenir puissant, libre dans toute la plénitude de la liberté évangélique. »
CnàTSAvsaïAMD, E*sai sur la UiténUun on* glaise^ t. II, p. 391.
438 SCIEIfCE socuu.
L'lGNORAI<rGE DBS MASSES , OU LA POSSIBILITÉ DE LETE FAIRE ACCEPTER COMME Vraij CE QUI n'EST Qc'ftypO-
thitiquej EST ^CESSAIBE a l'existence de l'ordee,
AUSSI LOKGTEMP8 QUE LES HYPOTHESES BASES DE LA SOCIETE NE PEUVENT ETRE DEMONTREES AUX MASSES, DE MANIERE A CE QU*ELLES LES CONÇOIVENT GOMME INCONTESTABLES, ET COMME LEUR ÉTANT UTILES; ET DU MOMENT QUE PAR UN DEVELOPPEMENT SOCIAL QCEL- CONQUE, LES MASSES NE VEULENT PLUS ACCEPTER l'hT- POTHÉTIQUE COMME ÉTANT LE VRAI, ET QU*IL EST DE- VENU IMPOSSIBLE DE LE LEUR FAIRE ACCEPTER COMME TEL SANS DÉMONSTRATION, IL FAUT QUE LES HYPO- THESES, BASES SOCIALES, PUISSENT ETRE DÉMONTRÉES COMME VRAIES OU COMME UTILES '. SINON LA SOaÉlÉ DOIT DISPARAÎTRE PAR SUITE DES MAUX CAUSÉS PAR UNE ANARCHIE DEVENUE AUTREMENT INDESTRUCTIBLE.
«« Ce qa^on croît Trai, il faut le direhaatement, et le dire hardiment. Je voudrais, ai*en coàtât-il graodVhose , décoa^rir une Térilé faite poor dboquer tout le genre humain, je la loi dirais k bHkIepourpoint. •>
Comte db Maistri, Smrée$ de Saiml'Péttn' hourg^ t I, p. 20(1).
(1) Voilà de Maistre, répudiant toute inquisition. Et, voilà comment, lorsqu'on n'est basé que sur des opinions, on dit tantôt hlanc, et tantôt noir^ sur la même question.
— « ParUmt U reUglon pftrali «ym Ut MO^Hé* naissantes, et partout, à mesure que Us sociétés se développent, de la reiigkm sort la pbîUsopbU*
« Partout vous voyez U religion essayer de pro» longer renfanœ de U pUWsopIMe, et de la nùmir en tutelle; et partout aussi vo«s voyez U philosophie se mettre en révolte contre U rdigioo et déehircr k scia qat Pa Mwik.««««
• Toujours U religion cDianti; U pIpUsoplijr, mais efle ne rcBtâate qna daa» la dotUur; tSM^Mirs la philosophie succède à U r«4igMW , rnutu «lU lui succède dans une crise, pl«s ou ommus longue, plus
Mi»nîBi «MiieBi^. de Uaurflr les kûa ^éanuillas du développcaient de U pensée ont voulu que la phi' losophie sortit eonstauiveat rie!lmumêe(t),
• Les mystères sont Us passayrs de U HfUpM* à la philessphif. BieutM ce passag» «si frêinM ; les initiations « qu« Ton peut hUii suppvMV atW/ été rares, à'uertitt, «ouauses à des «yM»dUio«* s^^ vères, ne suflbeai plaw, «i a lu ph€tt de t0é^im initiés s*dête une të€te dJw^anMr» i*<yti««i»uj( ^W s*appeflcBt philos'jfdies. »
IL Coceur , BàâUire 4€ UpkUimpkU mt 4is*
hmiiitMu §UkU, t, I, p. 42 a 4> i'I,, — « L'âge d'or, qu'une av^^ugU tradîtiou a frfa^^ jusqu'ici dans U passé, est dsn^aul «mus. •
—^ Le moment aemUe veuu^ «aornent témuM^f dont noff e«6«ta tiacuwMmift U» irutês^ ti40» um pins m prévoyaient pas, où U hf,mwjt H U Mi' gkw, so^rs étemelUs, se étmmr*mi U maia; où ces notigs saears, an lUu d*«»ga#er mi€ luiis dés» honorante et lunesie, coAfduront un** nUmutjt »u* Utme. «
Hratcavffffrg, cité par ïMncudffi^édU m»M*Ue, ajiicU A«JL (4y>
(1) Et la phOMophie, toos le savez* prockune : q««, U (f/re^ ea( 1« f r^ térium de la jnstiee ; et, que b moralité des aclio^s se jui^ |Mr U siMM^tt. (3) Des cierges! aux philosophes, ils Us o«i bi«o mk^iSk»
(3) Aa moini, fl n*at pas derrière aoufc. V<>iU, ce qui peut él/e afûnné, sans erainte de te tromper,
(4) €:eU8era;Aava»ftpep;ottla «ocMispériia. ]kmiMfÊlip^iUt sorcier, pour le
140 SCIRNCB SOCIALB.
— Le titre de la présente subdivision pourrait, peutêtre, se passer de développement; tellement, il nous semble d'une évidence : que, le bon sens ne peut récuser. Néanmoins, comme il paraît "impliquer : la soumission de Thumanité à une injustice absolue, pendant une longue suite de siècles ; et, par conséqu^t la négation de la justice ou de Tordre moral ; nous croyons devoir insister sur ces considérations, avant d'exposer : ce que le despotisme a dû employer, empiriquement, pour la conservation de l'humanité.
Nous avons déjà démontré, en nous plaçant en.dehors de tout anthropomorphisme :
V Que, la ferme croyance : en la réalité du lien religieux ; et, en son inévitable sanction ; était nécessaire à Texistence sociale ;
2"^ Que, dans l'état d'ignorance primitive, état longtemps nécessaire, dès qu'on se place en dehors de toute révélation ; il était impossible de démontrer : la réalité du Uen religieux ;
. 3^ Que, par conséquent, les masses devaient être tenues dans l'ignorance : sur l'existence du doute relatif à la réalité du lien religieux; doute, qui alors existe nécessairement, pour ceux qui ont le loisir d'examiner.
Les personnes qui ne se placeraient point, avec nous, dans ces prémisses i sont priées de vouloir bien nous abandonner : ce n'est point pour elles que nous écrivons.
Ceux qui consentiront à nous suivre, dans la voie que nous leur présentons, vont nous dire :
SClEIfCE SOCIALE. Hi
« C'est une chose atroce : que, de voir rhumauité CI nécessairement condamnée : à vivre , pendant une ft longue suite de siècles, sous le règne de Tarbitraire, a de l'injustice ; où, les tyrans sont presque aussi malfl heureux que les esclaves. Il y a là, de quoi faire nier « l'existence de tout ordre moral; et, de plonger : « non pas dans le scepticisme ; mais, dans une cornfl plète affirmation de matérialisme. • Ici, nous pourrions répondre :
D'abord, si le matérialisme existe, il n'y a ni juste, ni injuste. Nous ajouterons même : que, ceux qui font cette objection sont de vrais égoïstes ; car, ils ne parlent que d'eux ; et, ne trouvent pas injuste : qu'il y ait des chevaux de fiacre , battus du matin jusqu'au soir ; et, des chevaux d'amateurs, soignés comme des héritiers présomptifs. Et, probablement ils croient : que, les chevaux souffrent comme eux. Ensuite, si le matérialisme existe, ils ne peuvent, en réalité, ni affirmer, ni nier, ni raisonner. Mais , cette question sera traitée, plus en détail , au commencement du second livre.
Voilà, pour le matériaUsme. Voyons , maintenant, pour le spirituaKsme : hypothétiquement considéré comme réel.
Certes, dans le système anthropomorphique ; dans le système d'une création, d'un péché originel relatif : à un premier homme, et à la culpabilité d'àmes qui viennent d'être créées, et qui rationnellement ne peuvent être coupables; nul doute qu'une pardlle succession de siècles, dans l'abrutissem^t et sous l'injustice ; ne soit une négation de Tofére moral , «le
14S 8CIEIIGS SOCULB.
négatîoii de Dieu. Mais\ en est-il de même daos le système rationnel ?
— Nullement.
— Quelle est la conséquence nécessaire de l'immatériaUté de Tâme ?
— 1® La nécessité d'être unie à une oi^anisation, pour qu'elle puisse : et se trouver modifiée ; et se manifester ;
2'' Son immortalité ; ou^ plutôt son éternité.
— Quelle est la conséquence nécessaire, de Tumon de Tâoie , à une organisation ayant des tendances, qui ne sont pas toujours celles du raisonnemoit ?
— La liberté des actions.
— Quelle est la conséquence nécessaire , de la liberté des actions ?
— La faculté de faire le bien et le mal.
— Quelle est la conséquence nécessaire : de la faculté de faire le bien et le mal ; du moment que Ton est dans le système rationnel ?
— Que le bien soit récompensé et le mal puni.
— Quelle serait la conséquence nécessaire : si, le bien et le mal se trouvaient évidemment récompensés ou punis, pendant la vie de chaque individu ?
— La perte, ou, tout au moins, une immense diminution de la liberté.
-^ Que doit-il exister pour que la liberté soit aussi intacte que possible ?
— Que les punitions et les récompenses, dérivant de la sanction, n'aient lieu : que, dans des vies postérieures; en un mot : que, la mort existe.
SGISNCB SOCiALE. 143
— Quelles sont les conséquences rationnelles de ces nécessités ?
— Qu'il y ait des mondes où les tendances organiques soient, de plus en plus, conformes aux tendances rationnelles ; et, là sont ceux qui doivent être plus récompensés que punis ; et, là aussi, il y a moins lieu de mériter et de démériter ;
Qu'il y ait des mondes où les tendances organiques soient , de plus en plus, opposées aux tendances rationnelles ; et, là sont ceux qui doivent être plus punis que récompensés ; et, là aussi, il y a plus lieu de mériter et de démériter.
Dès lors, où serait Tirrationnalité, quand même il y aurait des mondes éternellement soumis à l'injustice ; puisqu'ils pourraient n'être habités, que par ceux qui n'y passeraient : que, pour y être purifiés ? Il n'en est rien pour le nôtre, cependant; puisque nous voyons arriver l'époque : où, le règne de la justice devra exister, sous peine : d'y voir l'humanité s'évanouir.
Et, cette progression même vers le mal, pour arriver au bien social, est rationnelle. A mesure : que, le mal social augmente ; que les fautes s'expient ; que l'intelligence se développe ; la vérité devient nécessaire ; elle est cherchée, trouvée, acceptée ; la société s'y trouve soumise; et, déplus en plus, les tendances organiques deviennent subordonnées : aux tendances rationnelles. Alors, les occasions de faillir diminuent ; et, celles de mériter se multiplient.
Dans ce développement, y a-t-il rien d'obscur ou d'illogique?
m SCIERCB SOGIALB.
Si, tout y est clair et logique; l'ordre moral est justifié.
Nous reprendrons cette thèse, à l'épilogue du présent livre. Nous croyons : qu'elle ne peut, trop souvent : être mise sous les yeux de nos lecteurs.
Voyons, maintenant, ce que l'empirisme doit faire : pour, que les masses puissent être maintenues , dans l'ignorance, jusqu'au terme de l'expiation.
Le maintien de l'ignorance est relatif :
Aux développements de l'intelligence ;
Aux moyens nécessaires : pour, que ces développements puissent exister.
Les développements de l'intelligence sont relatifs :
A l'éducation ;
A l'instruction.
fi
DE Ii'ÉDUCATIOW ET DE l'jWSTBUCTION SOUS LE DES- POTISME.
« L* révélation est au genre humain ce que l'éducation est à l'individu. L'éducation est une révélation qui a lieu chez Tindividu, et la révélation est une éducation qni a eu lieu, et qui a lieu encore chez le genre humain.
« L'éducation ne donne à l'homme rien qu'il ne pût aussi bien avoir de lui-même; seulement elle le lui donne plus vite et plus facilement. Parallèlement la révélation ne donne an genre humain rien à quoi la raison humaine ne pût parvenir aussi , abandonnée à elle-même ; mais seulement la révélation a donné et donne plus têt les choses importantes. »
Lessirg, De Véducation du genre humtdnj §§ 1 , 2,4,5(1).
— «Le législateur doit faire de l'institution des en« fants le premier et le plut sérieux de tei toint, »
Lois de Platon , liv. YI.
(1) L'homme, ici, est pris pour rhumanité.
L'éducation inculque à l'homme : Vexistence du lien religieux ; et, sans l'éducation , la nécessité sociale, le forcerait : d'en inventer Thypothèse; et , de la faire accepter comme vérité.
La révélation inculque à l'humanité : l'existence du lien religieux ; et, sans la révélation, la nécessité sociale, forcerait Thumanité : d'inventer la révélation.
C'est, aussi, la nécessité sociale qui fait découvrir : la réalité du lien religieux; et, c'est la démonstration de cette réalité, qui constitue rinstruction réelle.