II
178 SCISNCB SOCIALE.
« Il f rat aussi, il rtai enfin tîtic de la TÎe pfaysiqne. Et qui oserait lui en contester le droit? qmi oserait dire qne ponr augmenter le Inxe, les joaissances de qneiqnes-ttiis, Dieu l'a condamné an sopplice de la faim? Or, si souvent il meurt de faim, si habituellement il soufTre de la faim, d*oà Tient ce monstrueux désordre, cette destinée effrayante d*nne portion de la race bumaine? Est-ce que ma* tériellement les subsistances manquent? Non. Le travail même du peuple dont elles sont le fniit, les multiplie de manière à suffire aux besobs de tons, et ce traTail mieux ordonné les accroltrut '^ encore , et rapidement dans une proportion indéfinie. Si donc la faim s'assied sur le seuil d*nn grand nombre, c^est qu'il existe un vice profond dans ïorganisation du travail et la réparlilion de ses produits. Le peuple ne demande pas qu'on rerioioe sur le partage ancien (1), ce qui, par des nhtm qn^il serait trop long de déduire ici, ne dimioncrait pas les mai^, mais les augmenterait au contraire ; il ne demande point qu'on porte atteinte à ancsne possession actuellement acquise (2) ; mais qne U loi cesse de diriger, au détriment des travaillean, le fruit de leur travail, la richesse annuellenent produite, vers les centres oii die s'aocumok an profit* exclusif de quelques-uns (3) ; que ce finit retourne au travail même eu proportion pbu grande
mais, Vanarchie ne veut monrïr : que, lorsque ces choses sebout; et,Toili la seule volonté, qui existe maintenant, au sein de la société.
(1) Le peuple ne demande rien : parce que le peuple ne sait oe qa*il veut. MaiSy la raison demande. Et, sous Tcmpire de Texamen ; quand li raison est existante ; elle obtient : quand même la sentence devrait coûter la vie à tous les tribunaux, vis4-vis desquels elle se présenterait. Iâs bourgeois sont bien revenus sur l'ancien partage, en abolissant le droit d'aînesse. Pourquoi le peuple, qui est bien autre chose, vis-à-vis des bourgeois, que les bourgeois n'étaient vis à-vis de la noblesse, ne reviendrait-il pas, ou plutôt ne viendrait-il pas à une meilleure orgamsatioii sociale ; laquelle, d'ailleurs, se ferait sans nuire à personne, en profitant à tons : oe, qui n*a point été le cas; quand, les bourgeois sont reveins sur l'ancien partage î
(2) Et, en cela, la raison approuve le peuple. Mais, cela cmpéche^-il : une nouvelle organisation sociale?
(3) Et, voilà précisément*: ce qui est impossible, daM rorgaaiiikiflB*^* tuelle. Ce ne sont point les institutions qu*it faut changer; et, qui ^' jours sont bonnes: en ce qu'elles protègent une organisation qoxkn^^
SCIBKCB SOCIALR. i70
et devienne misi , par raccroissement de consomiMition, une source plas abondante de bien - être général.
« Tel est aitjoord*hai l'élément qui fermente intériearenent dans la société el que rien n'étoafTera, car le peuple n*a pn commencer à comprendre ses droits, sans en vouloir invinciblement la réalisation effective (l).
« Mais an lien de trower un auicîlîaîre dans le vicax libéraKame, il y a rencontré un obstacle imprévu pour lui, et de ià ses mécomptes; car il se figurait que les oppositions officielles, filles de TopposftÏQa de quinie ans, loi prêteraient secours, 8*M80cieruien4 fninchenent^k sa cause, et il n*en a rien été, il n*en pouvait rien être.
« Là donc nul appui poar le peuple.
«* Comment son salut s*aecomplira-t-il ? Comment la force providentielle qui, malgré toutes les résistances, réalise tôt on tard infailliblement ce qui doit^tre, snrmontera-t-elle les nombreux obstacles qn*opposent et Tégoïsme et les préjugés au droit conçu, voulu par Thumanité à cette époque de son développement? Qui lepourrait dire? qui le sait (2) ? Ce qui semble certain, c'est que, pour effectuer cette réalisation nécessaire, vvk luttk terriols contre tout ce qui représente encore le passé dan» le monde actuel est ihévitablb (3), et que TEu-
Voaloir changer un état social, et en laisser subsister l'organisation ; c'est, vouloir anéantir les pluies, et laisser subsister TOcéan.
(1) Le fait est : que, le peuple, non-seulement ne comprend passes droits ; mais qu'il ne sait même pas, pas plus que les philosophes, s*il y a des droits. Le peuple sait à présent : qu'il e^t mal ; qu'il est le plus fort ; et qu'il peut être mieux. Un jour ou l'autre, il cherchera à réaliser cette théorie ; puis, il sera plus malheureux ; ce qui ne l'empêchera pas de recommencer. Et, la sodété ira ainsi de mal en pire : jusqu'à ce que toos sachent et veulent : ce qu'il faut pour être bien.
(2) Tout le monde pourrait le dire : l'excès du mal social fera chercher la vérité, en faisant reconnaître préalablement : que le droit, dit divin, n'est plus possible ; et, que le droit dérivant des majorités : est essentiellement anarchique.
(3) Et, M. de la Mennais, qui est un des représentants du passé en voulant conserver l'organisation sociale actuelle, sera une des causes de cette
180 SCIENCE SOCULE.
rope ébranlée jusqu'en tes findenenis , UÊn, quoi qu'on fasse, à snbir dfr^longnes et mdes épnajtt. Que Dien soit en aide à la caase juste ! Sous d'aatrès formes pent-étne, mais seulement sous d*aotret formes, nous entrons de nonveau, dans Fère des martyrs.»
La HiiniAXS, XKsmsssoiM eritiqmes, p. 388.
Jtttte terrible, en donnant le suffrage universel comme remède. Il est vrai : que, depuis il a changé d^opinion sur la valeur du système représentatif (dans Àmscha4pandê et Darvands)^ ce qui du reste fait bonnear à sa raison et à sa franchise. Mais, qu'en est-il résulté? Il a été abandonné par tout le monde, par tous les sots, qui ne Tont point compris, et qui, pour le punir de ses anciennes erreurs, lui ont fait voir : que les sots, jusqu'à ce que la vérité soit incontestablement connue et socialement généralisée, sont toujours : en immense majorité (1845).
Hélas ! M. de la Mennais est mort depuis : dans Tadoration du représentatif. C'est, qu'en dehors de la vérité, il n'y a . qu'absolutisme et représentatif ; que despotisme ou anarchie.
S€IEN€E SOCIALE. i81
LA TERREUR DE L*A VENIR APPARTIEHT AU SPIRITUEL ET . AU TEMPOREL. LA TERREUR DE l'aVEHIR, AU TEMPO- REL, EST SEULEMENT EMPLOYEE GOMME MOYEN DESPO- TIQUE : LORSQUE TOCS LES AUTRES SONT DEJA EBRAN- LES. POUR BIEN COMPRENDRE l'ÉPOQUE OU L'EMPIRISME LE MET EN JEU NECESSAIREMENT, IL FAUT SEPAREil LES DESPOTES EN DIFFERENTES CLASSES y QUI , d' AILLEURS NE PEUVENT SE DISTINGUER QU*A CETTE MEME EPOQUE.
«On ne cherche pas avec moins d*ardeur dans la solution des problèmes de Téconomie sociale, w »>> MÈDK anx maux qni partout accablent la plusooorbreuse partie du peuple.Mais encore ici, auoine des solutions proposées jusqu'à ce jour n'a satisfait la raison publique. On a pressentiment de modifica* tions profondes qui s^opéreront nécessairement dans les rapports sociaux (1), tels que le passé les avait établis; et quand on vient à se demander quelles devront être ces modifications, chacun les aivs k sa manière, parce qu*en dehors du principe de justice et du sentiment chrétien de la fraternité, on ne les rattache à aucunes lois reconnues, ni même à aucunes lois quelconques déduites d*une conception préalable de Khomme et de sa nature (2).
H De là l'inquiétude douloureuse des esprits, et
(1) Rapports sociaux 1 quel vague ! Pourquoi donc ne pas dire : organisation SOCIALE, quant à V intellectuel et au matériet; et, organisation DR LA propriété , si l'on ne veut que parler du matériel ?
(2) Si' la justice et la fraternité, ce qui est la même chose, étaient démontrées être une 'réalité ; si la règle, émanant de la justice, avait une sanction incontestablement inévitable ; on n'en serait plus à rêver des modifications : elles seraient ^dans la règle. En cherchant , dans cette voie, il n'y aurait lieu : ni à s'endormir ; ni à rêver.
182 SCKNCB SOCULB.
cet eut d^attaite boeriftine qvi tloit U aodaé oomiBe en sospens dans tonte ]*Ean)pe. »
La Mu(!fi.is, Esquisse itune philùsopiie {Fn» face\ p. xxTiii.
— Aussi longtemps : que, le despotisme se croit inébranlable ; aussi longtemps : qu'une même foi est généralement acceptée ; que, tout protestantisme peut être anéanti ; que, l'examen n'est pas encore rendu incompressible par la presse ; la terreur de Tavenir reste dans le domaine religieux. Mais, aussitôt que les dogmes despotiques, précédemment examinés, sont ébranlés par l'examen, et surtout la sanction ultra*\itale ; la te^ reur de Tavenir passe du domaine spirituel, dans le domaine temporel ; et, elle devient le plus ferme appui du despotisme : jusqu'à ce qu'enfin elle finisse, ellemême, par causer son agonie.
Pour bien comprendre cette dernière phase du despotisme, il est nécessaire de se rappeler : que, par le passage de la société nobiliaire à la société bourgeoise, le nombre des despotes a augmenté considérablement : et, par l'accroissement des richesses matérielles ; et, par la plus grande communication de la richesse intellectuelle. Puis, à causiB des différences d'organisation de propriété qui existent, entre la société nobiliaire et la société bourgeoise; des différences surgissent également : dans le nouvel ensemble de despotes. Nous avons déjà fait une étude de ces considérations; nous devons maintenant les étendre.
En tête de la nouvelle classification, que l'organisation sociale bourgeoise rend nécessaire, nous placerons
SCIEMCfi SOCULB. 183
ceux qui exercent le pouvoir politique. !Nous les appellerons GOUYERNAiHTs. Ce sout les despotes par propriété.
Viennent ensuite, les despotes, par un développement d'intelligence, alors toujours dû au monopole. Ceux-ci, devenus ou restant esclaves, sous le rapport de la propriété, ne peuvent se libérer que très-difficilement, vu rirrationalité : d'organisation de cette même propriété ; et, des institutions qui la soutiennent. Alors, une concurrence, résultat nécessaire de cette organisation^ concurrence, dont les moyens sont le vice et non la vertu ; les oblige : à s'avilir; ou à mourir.
Incapables encore de concevoir : qu'il peut exister une société : où, il n'y ait ni maîtres ni esclaves; où, la concurrence doive se faire, non par le vice mais par la vertu ; plus incapables encore de découvrir : quelles sont les bases réelles de cette société ; et surtout, ayant perdu toute moralité, par l'instruction matérialiste des bourgeois ; il sont mécontents : non du despotisme ; mais, des despotes exerçant un pouvoir, dont ils ne partagent point les bénéfices. Dès lors, ils profitent des développements de leur intelligence , pour exciter les masses à la révolte, en se donnant euxmêmes comme les protecteurs du peuple. Leur but réel n'est autre, cependant : que, de se faire admettre au nombre des exploitants, sous un nouveau personnel; ou, de forcer, par la crainte, le personnel gouvernemental existant, de les acheter : prêts, alors, à aider ce même pers(»mel à opprimer les explmtés, dont ils n'ont surpcis la confiance : que, dans le but de se
réintégrer, eux-mêmes, au nombre des titulaires de Texploitation. .
Cette seconde classe est généralement composée : d*égoïstes besogneux^ riches ou non. Leurs moyens sont : la force des sophismes tendant à mouvoir la force matérielle des masses ignorantes. Leur but est une révolution y dans le personnel gouvernemental : pour aussi longtemps qu'ils n'en font point partie; on, que la part qu'ils en reçoivent, ne leur paraît point conforme à leur mérite. Nous les nommerons révoli:- TioNNAiREs. Ce sout Ics mémcs : qui, une fois satis* faits ; deviennent conservateurs.
Les révolutionnaires sentent vaguement : que, l'esclavage des masses tient, essentiellement, à quelque condition de propriété. Ils croient même : qu'une organisation matérielle, bien entendue, pourrait servir de base à un ordre social durable. Ils sont loin de se douter : que, si le Dieu anthropomorphe pouvait, lui-même, venir établir instantanément, et par miracle, l'oi^anisation matérielle la plus parfaite ; cette même oi^anisation serait la source anarchique la plus féconde; du moment : que, l'établissement de l'organisation intellectuelle, n'aurait point précédé l'organisation matérielle; qui, comme base d'ordre matériel, ne peut être qu'une utopie : si, elle n'est intellectuellement basée et sanctionnée. Aussi, ne s'occupent-ils : que, de sophismes relatifs au matériel ; et, l'état de misère, continuellement croissant, leur laisse à cet égard un champ immense. 11 leur suf&t : de faire ressoilir les milliards d'injustices dérivant de rorganisation actuelle ;
SCIENCE 80C1ALE. iS5
et, de faire considérer, d'une manière vague, le remède à ces injustices, comme devant dériver : de ce qu'ils appellent organisation dc travail ; sans donner à cette expression , aucune valeur quelconque, sinon celle de remède; organisation de travail, portant toujours, indirectement, atteinte aux propriétés. Quelques-uns, d^entre eux, vont même jusqu'à vouloir établir : que, ces injustices sont directement inhérentes aux propriétés.
Parallèlement à la classe révolutionnaire, s'en élève une autre : composée de ceux , auxquels les développements de leur intelligence ont fait pressentir, empiriquement : que, l'égoïsme des intérêts matériels, l'égoïsme des intérêts exclusivement relatifs à cette vie, ne pouvait, seul, servir de base à Tordre social; et, que la sanction d'un ordre social, attribuant à chacun le plus grand bien-être matériel possible, devait ellemême se trouver relative, dans chaque individu soutenant cet ordre social : au dévouement, au sacrifice de ces mêmes intérêts matériels ; intérêts devant être considérés, par chacun, comme très-secondaires : eu égard à l'éternité de l'être, base de chaque personnalité; être auquel la sanction se rapporte : exclusivement. Ce pressentiment les met, en opposition, avec les révolutionnaires : tous, par essence, matériellement égoïstes.
Ces hommes de dévouement comprennent, de la manière la plus claire : que, depuis que, par la presse, les communications sont devenues progressives et indestructibles ; tout pouvoir politique^ ou exclusivement
186 SC;iENG& SOGUUS»
relatif à la force, est devenu incapable : soit d'établir, soit de conserver Tordre ; avant que la société ne soit réorganisée lUDicAjLEBifiNT : tant à l'intellectuel, qu'au matériel. Mais, ils ne peuvent préciser en quoi doit consister : cette réorganisation baoicale.
Ils voient bien, cependant : que, renverser par la force aveugle des masses, le pouvoir existant, avant de savoir en quoi doit consister la réorganisation radicale de la société ; ne serait qu^aggraver le sort du peuple; et, que V essence du renéde socicU réel, doit être : la conciliation des intérêts de tous.
Us cherchent donc le moyen théorique de eondlier des intérêts, en apparence si opposés *, ayant le dessein de rendre ce moyen rationnellement incontestable; et, comme tel, de le faire concevoir à tous : pour qu'il soit nécessairement, pratiquement, accepté par tous.
Leur but est ainsi : de faire arriver la société à la jouissance ; de l'état rationnel, de l'état de liberté, par l'unité de conviction ; c'est-à-dire : par la force morale, agissant rationnellement conune incontestable pour chacun ; et non, par le sophinne suscitant la violence ou la force physique, moyen à l'usage des révolutionnaires.
Cette nouvelle différence achève de séparer : les deux classes que nous venons de distinguer. Nous désignerons les membres de la dernière sous le nom de
BÉFOBMATECRS .
Relativement à la bienveillance des intentions; et,
abstraction faite des moyens que chacun croit les
eilleurs , pour arriver au but social } tous ies révolu-
SCIEMCB SOGIAUU 187
tionnaires de déyouemeDi, essentieUement dupes des révoltttîonDaires égoïstes, font partie de la classe des réformateurs, il en est de même, des membres probes de tous les partis, qu'ils aient nom : conservateurs^ radicauœ^ j'iiste-milieu ^ léffitimisteSy dynastiques ou républicains. Et, au contraire : les égoïstes des divers partis sont essentiellement révolutionnaires, sei^n< ment ou à leur insu. Car, en présence de l'incompressibilité de l'examen, vouloir baser la société sur les seuls intérêts matériels ; c'est, être révolutionnaire : quelle que soit la couleur du drapeau, sous lequel on veuille se placer.
Les révolutionnaires et les réformateurs, dérivant ' également du protestantisme, sont ainsi : partout ; et nulle part. Et, jusqu'à ce que le seul drapeau, qui puisse réunir tous les hommes de bonne foi, soit arboré et reconnu ; c'est-à-dire : jusqu'à ce que, par excès de malheur, le remède social, conciUation des intérêts de tous, ait été cherché, trouvé, et présenté, d e manière à former une conviction générale ; toutes ces classifications sont idéales, inutiles quant à la pratique ; mais, nécessaires : pour comprendre l'état actuel de la société.
Après le personnel exerçant le pouvoir, les révolutionnaires, les réformateurs, que reste-t-il de l'ensemble des despotes ?
Une masse inerte d'égoïstes , non besogneux, mais satisfaits ; possédant plus ou moins de propriété ; et, appartenant plus spécialement à la première classe. Ceux-ci refusent : de s'occuper d'organisation sociale;
188 SCIBNCE SOCtALfi.
et, se contentent d'affirmer : que, le pouvoir existant est toujours le meilleur : aussi longtemps qu'eux-mêmes ne souffrent point. Laissons, à 'cette classe, le nom de juste-milieu qu'elle s'est donnée ; ses membres se placent volontairement : entre des despotes supérieurs et des esclaves inférieurs. Ce sont les reptiles de l'humanité : leur essence est de ramper.
COMMENT LES DIFFERENTES CLASSES DE DESPOTES, UNE FOIS QUE l'examen EST DEVENU INCOMPRESSIBLE, FONT K AITRE NECESSAIREMENT ET SANS LE VOULOIR : LA TER- REUR DE l'avenir, dernier MOYEN DESPOTIQUE.
«c Après tont, Messîeiurs, quels qae soient les événements extérienra, c^est Vhomnie lui-même qui fait ie monde ; c*est en raison des idées, des sentiments, des dispositions morales et intellec- Cnelles de Thomme, qne le monde se règle et marche; c'est de Tétat intérieur de Thomme qae dépend Tétat visible de la société (1).
« Que faut-il pour que les hommes paissent fonder une société un peu durable, un peu régulière (2) ? n faut évidemment qu'ils aient un certain nombre d*idées assez étendues pour convenir à une société, pour s'appliquer à ses besoins, à ses rapports. H fitut de plus que ces idées soient coKMUHis à la PLUPAET dcs membres de la société (3) ; enfin qu'elles exercent quelque empire sur leur volonté et leurs actions.
(1) M. Guizot oublie : qu'avant rincompressibilité de l'examen, les minorités , ayant le monopole du développement de rintelligenoe, donnent à leur gré, aux masses, des idées, des sentiments, des dispositions morales; et, que les membres de la minorité restent unis : en se partageant les fruits du travail des masses. Alors, c*est de Tétat intérieur de quelques hommes, que dépend Vétat visible de la société. Cet état ne dépend de Tintérieur de riiomme, en général ; qu'à l'époque : où, Texamen est devenu incompressible.
(2) Remarquez cet un peu. Il est relatif, anarchique par essence. M. Guizot va prendre le soin de nous instruire à cet égard, et de nous faire comprendre : que, un peu signifie : rien du tout,
(3) Quand des idées ne sont communes qu'à là plupart des membres
190 SGlfiOCS SOOIUA.
« n est clair qoe si les bomaws ii*OBt pas des idées qai s'étendent an delà de leur propre tence, si leur horizon intdlectael est borné à mêmes (1), s*ils sont livrés an Tent de lenrs sioDs, de leurs volontés, s'ils n*ont entre eux iia certain nombre de notions et de sentiments oobmnns antonr desquels ils se rallient; il est cfaûr* dis-je , qa*il n'y anra point entre eux de sociéié possible ; qoe chaque individu sera, dans Fasaocintion où il entrera, un principe de inmUe ei de dis9oluHùn (2).»
M. GuizoT, Histoire de la civiUMaiiom em Em^ ropCf p. 84.
— Voyons, à Toeuvre , les diverses classes de despotes : telles que nous venons de les déterminer.
Les révolutionnaires répandent au milieu des masses , comme devant servir de remède aux maux de la société, des théories directement ou indirectement attentatoires : aux propriétés individuelles.
Justifions, rapidement, cette proposition qui en renferme un grand nombre, dont chacune se trouvera discutée ailleurs, avec plus de détails.
Les remèdes révolutionnaires sont*:
d'une société; c'est, qu'elles sont basées sur des préjugés; et, qa*dlei servent de base à une tyrannie. Et , en présence de rincompressibilité de l'examen, ces idées communes à la plupart, cessent bientôt d'être communes : même, à deux individus.
(1) Il est évident : que, ce pompeux équipage de propositions signifie : que, si les hommes n'ont point de lien religieux commun, pour les unir; la société est impossible. Eh bien ! non-seulement, la oommananté an lien religieux est détruite; mais, le lien religieux lui-même se trouve anéanti : en tant que provenant d'une révélation, d*une foi; et, il n^existe pas encore : en tant que démontré par le raisonnement Ne valait-il donc pas mieux dire : dans l'état actuel des connaissances, la société est devenue impossible; et, Vun peu, que j'ai énoncé,'doit signifier: rien du tout?
(2) Voilà, l'état actuel parfaitement dépeint: chacux, daks la
SOClftTÉ, EST UN PRCiaPE DB TROVSLB ET BB DISSOLUTION.
SCIENCE SOCIALE. 19 i
Le vote universel ;
L'organisation du travail ;
L'abolition du salaire ;
Et, pour quelques-uns, Tabolition de la concurrence .
Avant de dire quelques mots, sur chacune de ces différentes panacées, qu'il nous soit permis d'énoncer ici, quelques réflexions communes à toutes ; et, à bien d'autres encore.
Une fois, que le protestantisme a pu détruire toutes les bases sociales ; et, que le besoin de bases nouvelles vient à se faire sentir; c'est l'époque où le sophisme, toujours essentiellement basé sur le vague du moment qu'il ne peut plus s'appuyer sur une révélation, vient à briller nécessairement. La vérité est au fond d'un puits, dit la sagesse; et, c'est avec calme et prudence qu'il faut aller la chercher, si on peut espérer de l'engager à en sortir. Or, en dehors de la vérité supposée, ou de la vérité démontrée, il ne peut y avoir : qu'anarchie ; et, le calme et la prudence ne sont jamais au sein de l'anarchie; quoiqu'ils puissent en résulter : lorsque le malheur force les peuples à réfléchir. Mais, auparavant, les rhéteurs doivent : s'emparer des tréteaux ; accaparer la vogue populaire, la vogue des ignorants ; et, l'idée la plus absurde, est, à coup sûr, la mieux accueillie par l'ignorance (1).
(1) Lorsqu'un phénomène peut s'expliquer de deux manières, c'est, presque toujours, dit M. Arago, la moins naturelle qui est la vraie. Aussi, rigaoraioeclKMiit voi»oo&s : la manière la plus naturtUe*
Lorsqu'une idée, et surtout un remède social, est parvenu à exciter la vogue populaire; il est bien difficile : que, son auteur, ou son protecteur le plus éloquent, ne finisse point, quelle qu'ait été son opinion à l'origine, par cboire, c'est le mot : que, le remède prôné ne soit réellement bon. Allez ensuite lui démontrer, de la manière la plus incontestable, la plus rationnelle : que, ce moyen est absurde, anarchique par essence. C'est, comme si vous alliez dire, à un anthropomorphe vrai chrétien . que, l'anthropomorphisme, la création, la révélation, la trinité, etc., etc., sont complètement opposés à la raison . Il vous dira : avec tout le calme possible ; et, en croyant bien raisonner : que, votre raisonnement n'est rien; que, son sentiment, qui, moralement n'est absolument rien en dehors du vrai raisonnement, est cependant tout; que, le peuple a seul le sentiment du vrai; et, il présuppose : que, le peuple aura son sentiment, etc., etc. Si, ensuite, vous avez le malheur de lui opposer, à lui qui se vante d'être philosophe : qu'il raisonne comme un homme de foi, comme un chrétien ; essayez de lire au fond de son cœur; et, vous verrez : qu'il voudrait vous arracher la langue.
D'où vient cette rage profonde, dont^ actuellenxent, vous trouverez à peine un homme exempt, sur un million? De la vanité, toujours inhérente à l'ignorance pédantesque ; et, cette rage ne devient patente : qu'au moment où il n'y a plus d'idées communes. Quand on a tous la même erreur, tous se croient également
SCIBNCE SOCIALE. i93
savants; et, alors, la haine n'est commnne : que, contre celui qui veut établir la vérité.
Un honune a passé dix années, quelquefois toute sa vie, à considérer comme vérité une utopie quelcon-^ que. La vogue de coterie, que l'on prend toujours pour la vogue populaire et ne vaut pas davantage, lui dit : qu'il n'erre point. Puis, vous venez avec des preuves, claires comme le jour, renverser tout l'édifice de ses connaissances. Vous voulez qu'il se reconnaisse ignorant : non-seulement à ses propres yeux, ce qui est peu de chose ; mais, aux yeux des autres, ce qui est tout ; et, presque jamais vous ne lui donnez une connaissance réelle, pour remplacer son erreur ; et puis, vous voulez qu'il vous accueille I Gela est impossible : sinon à un homme supérieur; et, rar rement les hommes supérieurs , se coiffent d'utopies.
Arrivons à nos panacées révolutionnaires; puis, examinons-les très-rapidement : ayant, nous le répétons, à les rencontrer très-souvent sur notre route.
Ne nous occupons pas ici du vote universel, relativement à la déclaration de la réalité ou de l'illusion, du bien et du mal ; du droit et du devoir ; de l'immatérialité de l'âme ; de la sanction des actions : du lien religieux ; choses qui, néanmoins, lui appartiennent essentiellement : du moment que ces différents points ne sont nullement déterminés d'une manière incontestable : ni par la science ; ni par la révélation^ De pareilles solutions sont trop évidemment au-dessus
des décisions des majorités. Bornons-nous, dès lors^ II. 13
M4 8GI8BICB SOeiàLB.
à un seuL poîot relatif aa matériel : rorganisatian de la propriété.
Qualle aassb) aor c» point^ le lésidtat ioévitable du vote univecaelv au sein d'une population ignorante et souffrante ? Immanquablement le camfmaùsfne. C'est, l'idée la plua simple, la plus raisonnable en «pp^ ratnce, et, sans contredit la plus absurde. Ce n'est pas ici que nous voulons établir une discussion à cet égard ; des résultais, Mtuellraient présentés an sim* pie bouisenss sans difleussion aucune^ nous suffisent
L'organisation du travail est une expression pom^ pense qui a maintenant beaucoup de partisans. Et, cependant, auprès de l'organisation du travail^ le vote universel est un système de raison transcendante. Peut-il exister, dans tous les mondes possibles, un seul être raisonnant qui ait jamais pu se faire un existant d'illusion : sur le ridicule de l'expression orgor msation du tnwaily lorsqu'elle ne signifie peint oaoi- NisATioN SOCIALE? Ëst-cc quc pcuscr u'cst pas travailler? Y a-tnil un moyen de séparer la pensée du travail? Estrce que le travail n'est point la société tout entière? Ëst-oe le travail des prolétaires que vous voulez organiser? Alors dites clairement et sans bypo- J crisie : Les prolétaires sont des citayeM passifs ^csut^ dès qfiB vous vouiez une séparation, il faut la sertir du vague ; dites : Ce aoot les esclaves poUtiquee ; nous allon» les établie en eorporatieiifi ; ete.
Ou bien, dites» encore :
Nou& allons établir im maximum, un mîeimùm, et mille autres absurdités plus palpables lea unes que
iCMIira' SOOIAbB. 195
lœ autres^ Mais, objecteront les machines à irt^pie, les travailleurs souffrent : il faut organiser te* trœoaiL
£bl maliiftarefiaL insensés! Tout le m^ide travaille plus oo moins utâteaieiit, plus ou moins nuisiMemest; d, ee n'est pas sealeaient le travail des pauvres qvt'îl faufllrait organiser, quand même la souffrance aurait seuls des dvotts à To^ganisation. En temps d'anardiie*, les riches sont plus malheureuœ que les pauvres; eeuK*«i, ne peuvent que gagner; et, les riehes ne peuvent que perdre. C'est donc la société tout entière, ^irituelle et temporelle, qu'il faut organiser. Est-ee ta ce que vous entendiez par organisation du travail? Alovs, parkfl^donc clairement, pour que cba^ cun vous comprenne; et, ne vous faites point siffler par le bon sens, comme ne vous comprenant point vous-mêmes.
Si, nous ne craignions de nous servir d'une e\- • pvession de* gamiii, nous dirions : qu'en fait de panacée sociale, l'^que va de plus fort en plus fort; et, que c'est comme che^ Nicolet. En effet, rorganisation du travail est une conception platonicienne, auprès de l'abolition du ssiake. Quand o» pense : qae, e'est du sein des académies que sortent de pareille» expressions ; on ne peu^t assez s'étonner : quo, le titre d'académicien ne soit pas un premier droit à la camisok do force . Nous mettons au défi toutes les acodteiies'du monde : do trouver une idée propre à rendre l'abobtion du salaire, plu& ridicule qu'elte ne Te^ par eBe-mémo. Après avoir essayé de résoudre ce problèmo, peat^èta^e ftnira*M>n par renvojer cette
196 SGIBHCB 80GULB.
absurdité au communisme, duquel il aurait fallu ne jamais la séparer.
Et, que dirons-nous donc de l'abolition de la coucurrence? S'il est possible, c'est pire encore que Tabolition du salaire. Il est donc bien difficile de se dire : qu'entre la concurrence au critérium de la force et le despotisme il n'y a rien ; comme entre la concurrence au critérium de la raison^ et la liberté sociale, il n'y a également rien? On voit. Messieurs: que, vous commencez à tous fatiguer de ranarchie, qui, cependant, n'a point encore passé dans les faits. Alors, si vous êtes incapables de découvrir les r^es de la liberté ; faites-vous saint-simoniens ou Chinois ; et vous serez débarrassés de la concurrence.
Si, encore, on avait dit :
Il y a concurrence par le vice, nous n'en voulons pas;
Il y a concurrence simulée, en attachant les pattes aux uns, en leur jetant une aiguillette morale; en laissant aux autres les pattes sans entraves, et affir^ mant qu'ils sont égaux parce qu'ils ont chacun quatre pattes : nous ne voulons pas encore de celle-là ;
Mais, il en est une : où, chacun est doué de tous les moyens que la société peut procurer aux concurrents; et, la société se charge, en outre, de tous ceux qui sont trop faibles pour arriver ou tombent en route; nous voulons de celle-là. Un pareil langage n'eût-il pas été plus clair? Il est vrai, qu'il eût faDu ajouter : Mais nom ne savons comment organiser la société pour que vote universel^ travailj salaire et con-
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currefice, ne soient plus des sources d'absurdités. Or, il est bien cruel, pour des ignorants qui ont la vanité de savoir, de se trouver obligés de dire : Nous ne
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Nous le répétons : tous les remèdes révolutionnaires portent atteinte aux propriétés individuelles, soit directement, soit indirectement. Ils irritent ainsi contre leurs auteurs : et, la masse inerte dite de juste-milieu ; et, les réformateurs eux-mêmes. Tous, alors, se groupent autour du pouvoir existant : de crainte de le voir tomber sous les coups de ses adversaires.
Les révolutionnaires sont ainsi, par le fait et contre leurs intentions, utiles au pouvoir existant. Et Tappui qu'ils lui prêtent, s'éfend au pouvoir despotique en général, abstraction faite des individus qui Texercent*
Les réformateurs, au contraire, sont ennemis du despotisme. Ils ont pour but de le renverser, afin de le remplacer par la liberté , qui est le règne du raisomiement. Quant aux despotes, les réformateurs ne voudraient que les éclairer ; et, les garantir, avec le reste de la société , des révolutions : que l'état social actuel parait rendre inévitables.
Il semblerait, qu'avec de pareilles vues, les réformateurs devaient 1)ientôt se trouver : en majorité.
Il n'en a rien été, cependant; et, cela devait être.
Les réformateurs, ceux au moins qui méritent ce nom, en ce qu'ils s'étaient mis à hauteur des connaissances acquises , comme Saint-Simon, Fourier et M. A. Comte, avaient bien reconnu : qu'il était aussi impossible de séparer le spirituel du temporel, qu'il
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te swait de voulair séparer l'âme du ^ooi^s, en leor eonservant l'activité morale. Msos, ils avaient reoonim également : que, les hypothèses n'ont plus de force pour servir de bases sociales ; et, que Tétat de la science, loin d'affirmer la réalité dn spirituel, la laissait dans le doute i ou, plutôt, la niait complètement. Alors, au lieu de s'efforcer de faire faire un pas à la science; au lieu de reconnaître : qu'en dehors de la sfttritualité, acceptée par la foi ou démontrée par la science, il ne peut y avoir qu'anarchie ; ils ont entrepris une solution impossible, en voulant baser la sooîété, sur la seule matérialité. En effet : les aaints-simanions parlent de Timmatériatité de l'Ame ^ en panthéistes ; les fouriéristes en hérétiques ; et, M. Àugnsie Garnie la nie on philosophe. De là, les fautes des réformateurs ; de là, et contre leur intention, les atteintes, que leurs systèmes , fussent^ik même bons, porteraient aux propriétés individuelles ; et, la répulsion enipiriqne qu'ils ont éprouvée : paa^tout oà ils se sont présentés, en dehors des coteries.
Supposons, maintenant : que, les réformatem^ eussent fait faire à la science le pas gigantesque, 'On dehors duquel il n^ a plus d'ordre possiUe ; qu'ils eussent tranché le nœud gordien, en tranchant la serie continue des êtres ^ base exclusive du matérialisme, et base actuellement scientifique ; supposons même : que, de la démonstration du spiritualisme, ils en eussent fait découler : et, la réalité des bases sociales nécessaires ; et, la seule organisation de la pichesse conforme à la vérité ; iltie faudrait pas en conclure : que,
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la réforme eût été acceptée ; mais , an contraîve.
Nous avons traité ce point dans notre lettre proiegoménale (1). Revenons dès lors anK Téformatenrs relatifs à l'état de la science ; réformateuro qui ne peuvent, actuellement, avoir pour but : que, Torganisation de la richesse matérielle.
Bans l'ignorance de ses véritables intérêts, le personnel composant le pouvoir existant, confond la cause du despotisme avec la sienne propre. Chacun de ceux qui gouvernent s'aperçoit seulement : que, les péformateurs tendent au renversement du despo' tisme ; et, tous, s'imaginent : que, le despotisme ne peut crouler : sans qu'eux-mêmes ne soient entraînés et écrasés, sous les décombres.
Que fait alors le pouvoir, pour s'opposer aùl réformateurs ?
Il s'attache à les faire confondre avec les révolutionnaires, sous le nom commun d'uU^stes. Et, ce moyen est d'autant plus .facile et plus certain : que, ceux-ci énoncent : que, le remède social doit dériver d'un remaniement de la propriété ; sans qu'ils puissent désigner: en quoi doit consister ce remaniement de la propriété.
Or, quiconque prétend toucher à la propriété, sans wpliquer clairement : que, c'est seulement à l'organisation de la propriété, et non à la propriété, ni même aux propriétaires, qu'il faut s'attaquer; est bien vite, par ces seules causes, et par la classe des
(1) Voyez : West'-ce qne la science êodale? t. II, p. 434.
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juste-milieux, si bien nommés conservcUeurs home$, déclaré béyolutionnaire.
Supposons, maintenant : que, la classe réformatrice, contre laquelle l'opinion a été ainsi soulevée, vienne à reconnaître :
Que, la condition de propriété, cause efficiente de Tesclavage des masses, est le maintien de l'aliénatiiHi du sol à des individus : après que cette aliâiation a cessé, le sol libre manquant, d'être à la fois utile et juste;
Que, la possession individuelle de la propriété mobilière, est seule inhérente à l'existence et au bien-être de la société; et, qu'ainsi la propriété foncière peut entrer à la propriété collective, sans ébranler aucunement les fondements de la société ;
Que, cependant : attaquer, chez les individus, la légitimité de la propriété foncière ; et, les dépouiller de cette propriété, sans compensation préalable ; serait causer une perturbation, d'autant plus grave, que, depuis plus longtemps cette propriété est confondue, sans distinction aucune, avec la propriété mobilière dans la transmission par hérédité.
Supposons même encore : que, les réformateurs
parviennent à découvrir :
Comment, avec les éléments sociaux tels qu'ils existent aujourd'hui, il est p ossible :de faire entrer la propriété territoriale à la propriété collective, sans léser ceux qui la possèdent aujourd'hui; sans nuire à la production ; en l'augmentant même, ainsi que la consommation ; le tout, en généralisant les connaissances ac-
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qui8e8;et, en rendant, pour l'avenir, toute perturbation sociale impossible : quant à l'organisation de la richesse, et de ses produits.
Eh bien! cette découverte demeurerait complètement inutile : tant que le pouvoir existant, s'obstinant à faire confondre les réformateurs avec les révolutionnaires, placerait ainsi la société : entre la crainte d'une anarchie toujours imminente ; et, celle d'un nouveau despotisme, plus intolérable que celui qui existe.
En effet, la terreur de l'ayenir, que le pouvoir crée ainsi, renferme chaque individu, dans un cercle d'égoïsme qui forme un obstacle insurmontable : à la diffusion des idées, quelque propres qu'elles puissent être à la formation d'une conviction commune ; et, une conviction commune est, cependant, le seul moyen d'arriver, sans secousses, sans injustices, à la réorganisation radicale : devenue nécessaire à l'existence de Tordre.
Est-il permis d'espérer : qu'un personnel despotique existant, renonce, volontairement, à employer la terreur de l'avenir? moyen qui, cependant, doit finir par le conduire à sa perte ?
Cette espérance serait vaine : avant que le passé lui ait montré : une longue série de ses prédécesseurs, tous broyés, dans l'exercice du despotisme.
En effet : pour que cette renonciation volontaire pût avoir lieu, il fatidrait que, le personnel despotique existant pût penser à l'avenir. Or, continuellement accablé, sous la crainte d'une anarchie continuellement imminente, toutes ses facultés sont concentrées :
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daM le but de se conserver au jour le jour . Et, qne lui importe la génération prochaine I n'est-il point matérialiste ?
Nous voyons, en effet, tout pouvoir despo tique, quel que soit le personnel qui le constitue, ne penser qu'au présent ; et, imbu d'un préjugé profond c outre toute innovation radicale, tendre continuelle m^it : à rétrograder, vers des bases d'ordre actuelieme nt décrépites ; et repousser, aveuglément, l'examen de toute démoBs* tration réorganisatrice, commes'ilsavait inconte staUement : que, l'humanité est condamnée à vivre, étern^ lement : soit sous le despotisme ; smt dans l'anarchie.
Bien plus : accusant de tendance danger^ise, k diffiision, déjà trop grande selon lui, des connaissaih ces; nous voyons tout pouvoir despotique vouloir: concentrer davantage ce qu'il appelle la haute imtruC' tion; et, resserrer ainsi le monopole des développements de l'intelligence, en bornant les masses à ee qu'il décore du nom à' instruction élémentaire.
Ge pouvoir ne réfléchit point : que des élémeats assemblés sans coordination, quelque bons qu'ils puissent être, ne peuvent constituer une science utile; pas plus qu'un amas de pierres brutes, ou même parfaitement taillées, ne constitue un palais.
Au contraire ; nous avons vu au précédent diapitre : que, plus un pouvoir despotique répand les éléments d'une instruction, non dérivant d'une règle d'action rationnellement incontestable ; plus ce pouvoir accâère l'arrivée d'une époque d'anarchie i qui, inévitablement, doit amener sa destruction.
Ce n'est donc qu'après une longue suite de personnels gouvernementaux, tous conduits sur le char du despotisme dans les abîmes de l'anarchie : que, la TERREUR DE l'ayenir peut eu faire exister un, assez intelligent pour reconnaître :
Que, le remède social doit être cherché : non point par expérience, par révolution, 'par à posteriori^ par sentiment ; mais, par théorie, par réédification complète, par à priori j par raisonnement. Et, c'est seulement alors : que, la terreur de l'avenir qui, jusquelà, sert d^ppui an despotisme ; conraience à devenir utile : à la liberté sociale.
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Histoire.
« Us disent : Le peuple ne seoffiepes ;
« Pais : Le peuple souffre par se &ate ;
« Puis encore : Le peaple souffre par la néoeisilé des choses ; il souffrira toigours ; son mal est um remède.
« Ce sont là les trois exceptions qo*ott oppoie à ceux qui demandent, au nom de la charité, de Téquité, le soulagement des misères humaiaei. Oa les nie d*abord, pour se dispenser des deveiis qu'elles imposent. Mais ces misères sont trop g^ nèrales, trop poignantes, trop profondes, cUa crient trop haut , et la plainte est trop douka> reuse pour qu'on puisse longtemps affecter de ne pas l'entendre , ou avouer à la face du àé, qu'on l'entend sans en être ému. Alors on s*en prend sa malheureux de son propre malheur, on accuse k pauTre de sa paurreté même, on creuse sa triite vie pour souiller ses pleurs dans leur source.
« Et après ce vain travail, quand l'immuable vérité vient détruire ce nouveau rempart élevé par Tégolsme entre la souffrance et la pitié, quand on ne peut plus ni se refuser à Taven du mal, ni l'imputer à ses victimes , on en fait une lot providentielle, on le rattache à Dieu, comme à sa cause directe, on le déclare voulu de lui, on en rapporte la racine dans le sanctuaire de ses décrets impénétrables.
« Ne le crois pas, ô peuple! ne crois pas qu'en naissant tu aies été maudit par l'auteur de la mot humaine. La voix qui murmure ce Uasphème à (on oreille est la voix de l'esprit tentateur, de l'ange
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noir, qui ne voit pM Diesy qui ne le Terra jamais. »
M. DE LA Mbnhus, DUcuiiUmi critiques, p. 291 (1).
(1) Toute souffrance est expiation ; ou, l'ordre moral n'existe pas.