II
242 SCIENCE 80GUU.
d'atneue, vient s'adjoindre à Thérédité par primogéniture, relative au pouvoir.
Jusqu'à présent, nous nous sommes bwnés à démontrer : comment, sous le despotisme, les classes devenaient nécessairement des castes. Maintenant, occupons-noiis, plus particulièrement, de la composition des castes, et des différentes dénominations qu'elles ont reçues ; celles de pouvoir ^ de propriété et de peu* pie, étant restées, jusqu'à présent: plus ou moins indéterminées.
Des a!nés ne sauraient, à eux seuls, former une caste utile à l'existence de l'ordre. A défaut d'enfants, cette caste se trouverait bientôt affaiblie ; et, s'éteindrait en peu de générations.
Dès lors occupons-nous de leurs frères.
Les puînés doivent être entretenus : sur le travail des exploités.
En effet : comme leurs aînés, ils profitent du monopole des développements de l'intelligence. A défaut de descendance directe, et souvent à défaut de descendance masculine, ils sont destinés à les remplacer. Ils ne peuvent donc, pas plus que leurs aînés, s'avilir parle travail manuel; travail, qui avilit réellemcnl, dès qu'il caractérise Tesclave : comme étant le moyen, employé par les despotes, pour maintenir les esclaves dans l'abrutissement.
— « Qu*nticon citoyen, dit PUton [Lois, liv. VII), ni même le ktvîtour d'aucun citoyeo, n'exerce de profession mécuiique. Le citoyen a uDê occupation qui exige de lui beaucoup d'étnde et d'exercice : c^est de tbi- ▼AILLER et à mettre et à conserTer le bon ordre dt^ r£UI. m
SCIKHCE lK)eiALE. 243
--^ Platon était : dans le vrai. Pour loi, le citoyen était le noble ; et, le noble, partout oh il est iiéces-saire : ne. doit pas exercer de {^ofession mécanique.
Le comte de Maistre va plus loin que Platon. Il ne veut pas : que, le citoyen, TbomiM dËtat, le noble enfin, s'occupe de sciences étrangères : au gouvernement de rÉtat.
— tt Les sciences, dll-il [Examen de la philosophie de Bacon, t. II, p. 259), doivent, en outre, être considérées dans leur rapport avec les diftérents ordres de la société. L^homme d^Ëiat, par eiemple, ne se plongera jamais dans les recherches purement physiques qu^excluent son caractère et son talent ; elles paraissent convenir tout aussi peu aux pré-
t«-cs H fnot de plus que les sciences naturelles soient tenuei à leur
place, qui est la seconde , la préséance appartenant de droit À la ihéolo* •:îc, à la morale, à la politique. Toute nation où cet ordre n*e8t pat observé est dans un état de dégradation, »
— Des jugements semblables paraissent extraordi* naires, et même extravagants aux gens qui ne distin* guent point : l'époque relative, Tépoque d'ignorance, l'époque où le despotisme est nécessaire ; de l'époque d'anarchie, où le despotisme est devenu incapable de maintenir Tordre, il n'en est pas moins vrai : que, do Maifitre a^bien vu, pour l'époque relative. Seulement, il a eu le tort de ne pas reconnaître, explicitement : que, le despotisme était devenu impuissant; et^ que l'anarchie devait régner nécessairement : juaqo^à ce que la liberté fàt possible.
Dans la première eaate, il y a donc :
D'une part, des despotes de pouvoir et de propriét/?^ se perpétuant par primogénîture ;
D'une autre, des despotes eatretenus sur le travail
244 SGGBNCB 80CULB.
manuel des exploités, se perpétuant par simple ké* redite.
Elle se nomme caste noble»
La caste noble, dès que le sol est aliéné en entier, l'absorbe plus ou moins complètement : par l'action de privilèges qu'elle peut établir. Le sol, alors, est cultivé à son profit, par le peuple ; qui se trouve exister : à l'état d'esclavage domestique.
11 paraîtrait, ainsi : qu'il n'y a que deux castes : l'une, renfermant le pouvoir et la propriété; l'autre, le peuple.
Il n'en est rien, cependant ; et, nous allons voir : que, la propriété, indépendamment du pouvoir, au moins avant que le protestantisme soit généralisé, forme réellement une caste particulière ; non point : dès le moment que le sol se trouve complètement aliéné ; mais, immédiatement après.
Xes nobles , par devoir et pour autant qu'ils sont nécessaires à l'existence de l'ordre, dédaignent tout travail manuel.
D'un Jiutre côté, le peuple est condamné à un tra vail journalier. Et, il y a du manuel, du matériel, dans l'oi^anisation, et surtout : dans la surveillance du travail du peuple.
Le besoin d'organiser et de surveiller le travail du peuple (1), se fait donc bientôt sentir; et, les nobles sont obligés : de confier ce travail à des esclaves. Hs
(1) C'est, probablement, cette organisation : qae, nos boniisieoift Toadraient établir à leur profit. Pour cela, ils n*ont qu'à se faire nobles, et à créer : de nouveaux bourgeois. L'entreprise est périlleuse.
8CIKNCE SOCIALE. 245
transmettent ainsi un certain degré de pouvoir. Tel est le point de départ de la classe intermédiaire.
Cette caste, monstre d'origine, ennemie des deux autres, dont presque toujours ses membres dérivent matériellement, classe également avilie : par l'esclavage qu'elle subit, et par le despotisme qu'elle exerce ; doit nécessairement être prise parmi les esclaves, dont l'intelligence s'est le mieux développée , soit par suite d'organisation, soit par suite de volonté ; mais, toujours comme conséquence du besoin : que, les despotes ont eu : de développer leiii lntelligence, poir en profiter EUX-MÊMES.
Donnons aux membres de cette classe^ qui, par l'hérédité, deviendra bientôt caste; le nom : d'AFFRAN-
CfilS.
2#6 SCUHCB 6MUL£.
MAITRES : BODBGECHS.
« La découverte de notre frère Roger Bacos a déjà chMigé en partie Tart de la guore ; eBe le change entièrement : die changera k sort du
monde. Yods savez que l'art de fortifier le»
places et de manœuvrer ou diriger les pièces d'artillerie exige la science de rarithmétique et dela géométrie. Comme la science ne peut être do côté de la noblesse, la force passera du côté de la booi^geoisie. Frère Guillaume, quand on est derc, moine, oordelier, philosophe, il faut voir les grands changements, les grandes révolutions, il ianC les voir de haut et de loin. »
A. MoMTEiL, Histoire des Français de Ums ht étals, quatorzième siècle»
— tt Des réunions de petits clercs, que les ùàrtdains employaient pour minuter les arrêts de kar justice souveraine, étaient devenus des parkmeats, rivaux des rois et gardiens des lois du royaume. Aujourd'hui les maîtres de foiiges de la Boorgogiie et du Nivernais, les distillateurs de Blootpdlier, les drapiers de Sedan et d'Elbeofont pris la place des parlements. Les princes allemands à duquante quartiers fout antichambre chez les empereur?, chez les rois et chez les ministres, pendant qoe leurs Majestés ou leurs Excellences sont à îtxy tretenir familièrement avec quelque banquier qoi n'a pas de parchemins, ou qui a daigné en accepter pour obliger ses royaux amis. La compagnie des Indes, compagnie de marchands s'il en fot, a plus de sujets (123 millions) que n'en comptai ensemble les ébipereurs de Russie et d'Autricbe (85 millions). Si dans le vieux monde où Tintérêt ancien avait marqué chaque coin de terre de soo sceau, l'intérêt militaire on avocat, l'intérêt ancic»
fiClBMCB SOCIALE. 247
sou ioaies fes fonaei, art oUigé de transiger mÎDsî avec rintérét DOOTCsa de Xindttstrie^ avec la puUêmtcê dt TwrgtHi (1), comment seraU-U possible qae dans le nonvena monde^ oè ces insliùitiflos da passé n'oot jamais ea de profondes racines, où tontes les penséfcs sont dirigées Ters le négoce, vers Vargeni (2), cette puissance ne parvint pas à te faire jour sar la scène politique, en dépit de ses adversaires et de ses envienr! »
M. M. CnsvALiia, LeUres sur rAmérique du Nord y lettre vi.
— « De la philosophie de rhistoire..... il est résalté cette conviction, qoi chaque jour gagnera davantage, que Tabolition de la noblesse n'est qu'un préinde et nn acheminement à l'abolition du privilège de la bourgeoisie, à Télévation du prolcUriat, et que la tête^n tiers état, heureusement aujourd'hui émancipée (3), n'aurait, ni droit, ni bonne grftce (4), à se coiislitiier à la place de la noblesse, quVIle n'a renversée qu'avec le secours des masses populaires. »
Pi tan E htnovx, Discours aux politique* (j).
— « Suivant les jurisconsultes anglo-normaiids, l'enfant du bourgeoiê est en âge : lorsqu'il sait compter discrètement l'argent et anner le drap. »
M. MicHELBT, Origine du droit français , p. 8.
(1) Remarquons bien : que, oe qu'on appelle l'industrie, n'est, selon un conseiller d'État, selon un professeur d'économie politique dans la première chaire de France : que , la puissance de Vargent ; n'est qiie la domnation du chpUal.
(2) Toutes les pensées, dans un gouvernement bourgeois, sont, en effet : dirigées vers l'argent. Cela est vrai ; cela est nécessaire, inévitable. Mais, il' est bon de prendre acte : de cet aveu.
(3) C'est dominatrice qu'il eût fallu dire. «
(4) Où, il s'atpt de force ; le droit, et encore moins la bonne grâce, n'ont rien à voir. Les bourgeois resteront maîtres : jusqu'à oe que, comme les nobles, la force les ait renversés. Et, jamais il ne s'agira de droit, de justice, en réalité, qu'à l'époque où il aura été socialement reconnu : que, la force, qui, jusqu'à présenta seule régné sur le monde, est enfin devenue : incapable de servir de base à l'existence de l'ordre.
(5) La bourgeoisie n'a renversé la noblesse, que par la protection de plusieurs nobles : Mirabeau, Talleyrand, etc., etc. Et, les prolétaires ne renverseront jamais la bourgeoisie : que, par la protection de plusieurs bourgeois.
248 SCIKMCB SOGULB.
— Nous venons de dire : que, si les despotes ont développé rintelligence de quelques esclaves ; c'est « tou- « jours : comme conséquence du besoin que les des- « potes ont eu de produire ce développement, pour en « profiter eux-mêmes. »
Ici, une réflexion se présente : sur Tharmonie existant : entre la liberté et la nécessité.
Les despotes étaient libres de ne développer l'intelligence de quelques esclaves : que, jusqu'au point nécessaire, pour surveiller le travail manuel. Ils ne l'ont pas fait, par un faux raisonnement. Us se sont dît : nous avons la propriété, nous serons toujours les plus forts. Et, ils raisonnaient bien : diaprés les éléments sociaux existants; mais, ils raisonnaient mal : d'après les éléments sociaux possibles et même nécessaires.
La presse existait : dans la nécessité des développements de rintelligence ; comme , la liberté existait ; dans les décisions des nobles. Et, c'est de l'hannonie entre cette liberté, et cette nécessité : qu'est sortie la presse; qu'est sortie l'incompressibilité de l'examen; rendant la propriété complètement insuffisante : pour maintenir les masses dans l'esclavage.
A la naissance de la presse, les rois et surtout le pape, étaient libres de l'anéantir. C'était l'avis de François 1", ce prétendu protecteur des lettres. Mais, le pape crut pouvoir se servir de cet instrument contre les rois ; les rois contre le pape ; et, de l'harmonie de cette liberté, de ce mauvais raisonnement, avec la nécessité du développement social ; est résultée : l'incompressibilité de l'examen.
SCIEMCB SOCIALE. 249
Partout, nous retrouveroos cette harmonie, base exclusûre de Tordre moral ; ou plutôt. Tordre moral, luimême, dont cette harmonie est Tessence.
Les affranchis, par le travail et l'industrie, que la caste privilégiée leur abandonne comme ignobles, amassent, nécessairement^ presque toute la richesse mobilière productive ; d'autant plus : que, la propriété territoriale leur est interdite, autant que possible.
Par la seule force de cet état de choses y les affranchis deviennent : de plus en plus nombreux.
lorsque leur nombre, les a rendus redoutables pour les nobles , contre lesquels ils pourraient soulever le peuple, à Taide de l'action plus directe et plus immédiate qu'ils exercent sur lui ; il faut : que, la caste des nobles, pour engager les affranchis à continuer, à leur profit commun, le système d'oppresion établi ; les admette : au partage des bénéfices du despotisme.
Ce traité tacite conserve encore, aussi exclusivement que possible à la noblesse, la propriété territoriale, à laquelle reste attaché le pouvoir politique. Mais, ce traité tacite donne aux principaux affranchis le monopole industriel^ qui achève de concentrei^ en eux, la richesse mobihère productive.
C'est alors : que, les affranchis privilégiés prennent le nom de bourgeois; et, deviennent : caste politique.
La propriété bourgeoise se transmet : non par droit de primogéniture ; mais par simple hérédité , et avec faculté d'aliéner.
Or, par suite de ces deux conditions , il arrive né'» cessairement : qu'une partie des affranchis, se trouve
mO SCISKCB SOGULfi.
pmée de propriété. Et, ainsi il s'établit, pajniii eux, deux divistons plus ou moins tranchées : Tune, de propriétaires; l'autre, de prolélaires.
Ces derniers, bien que n'étant plus attachés : soit à la personne des nobles , soit à la glèbe ou au sol, sont obligés, pour vivre : de travailler pour les bourgeois.
Alors, leur salaire est d'autant moindre : que , la propriété bourgeoise est plus concentrée ; et que, par conséquent, la concurrence, pour obtenir du travail, est fins grande ; tandis, que celle, pour en donner, est plus petite.
Dès, quîB cette prétendue libre concurrence, plaee, par l'envahissement de l'outil général d'une part, et du capital de l'autre, le prix du travail au-dessous des besoins relatifs aux développement^ de l'intelligeDce des travailleurs ; quelque élevé que soit alors ce prix, les travailleurs, d'esclaves domestiques qu'ils étaient, deviennent esclaves politiques : après avoir passé par l'intermédiaire d'affranchis; ou même : de bourgeois.
Nous voilà conduits à la troisième casite.
SCIEMCE 80GUUS. 251
P£UPLE : ESCLAVES.
«* Si quelqu'un frappe son escla?6, et qu'il meure tons sa main, 0 sera puni. Mais s*il survit un jour ou deux, il ne le sera \»a%, parce que : c'xst son argkut. »
Loi de 3Joïse citée par Moutisquiku, Ut. XV, cbap. XVII.
— « Si c'est l'esclave d^antmi qu'il a tué, croyant que ce fût le sien, il dédommagera et indemnisera le maître de cet esclave..... Si c'est sou esclave qti'il a tné, la loi le déclare exempt de toute peine, après qu'il fee sera purifié.
» Si un esclave, dans un moment de colère, tue son maître , les parents du mort feront souffrir à cet esclave tons les traitements qu'ils jugeront à propos , pourvu qu'ils ne lui laissent point la vie ; à ce prix ils seront innocents du meurtre commis. Quant à Tesclave qui, dans la colère, aura tué toute autre personne libre, ses maîtres le livreront aux parents du mort, et ceux-ci seront obligés de le faire mourir, mais de tel genre de mort qu'il leur plaira.
■ Si un esclave tue une personne libre en se défendant contre elle, il sera sujet aux mêmes lois que les parricides. »
Px^TOR, Lois, liv. IX.
— « Le nombre des hommes libres dans Tanti* quilé était de beaucoup inférieur à celui des esclaves. Athènes avait 40,000 esclaves et 20,000 ciloyens. Â Rome, qui comptait dans la fin de la république euvirou 1,200,000 habitants, il y avait à peine 2,000 propriétaires, ce qui seul démontri* Timmense quantité d'esclaves. Un seul individu en avait quelquefois plusieurs milliers a soh siavici.
252 SCIENCB SOCIALE.
On en vit une fois exécoier 400 d'une tak maison, en yertu de In loi éponvanUble qû eidonnnit à Rome qne, lonqa*nn dUajtn romain étoit tnè ches lai, tous les esclnves qui ksbttnient sois le même toit fassent mis à mort >
CoitTs DE Maistas, Dm Pûpe^ L H, p. lit.
— « Les esdaTCS troovent le toit et In booiBie sur In terre du maître ; les vilnins et les vnnsax reçoivent, presque à Utre de redevance, la rente anmanière du cbAtenn, oa bien penveat réclamer, comme on droit» le seoonn du oonveat ; les odtivatenrs et les pastcnrs se réchanflat anx rayons pAlisde la bienfaissance amicale dn village; les vieillards de la corporation ont quelques bribes à toocber sur la masse commune, mais ronvrier desatelien Fonvrier de nos villes, qni omrche ii6re et seul, qtf ne*dépend que de la loi, qui roogirait d'emprisonner aa conscience dans les chntnes d'un don de cbariÉé, qui n'a plus de couvent ni de caisse de coipontion ; qui cent ibis, dnns le ,conrs de sa carriire industrielle , a vu changer au-dessus de lai son patron, autour de lui ses camarades; qui babite un monde variable et fait partie d'une assodatian éphémère née à cinq heures du matin, morte à hait heures du soir; l'ouvrier des ateliers et de nos vSles où trouve-t>il à dormir et à manger lorsque Tâge l'envahit, on bien que jeune encore, une bleunre au travail lui a rompu bras et reins? »
PiEEua Lsaonx, jRsvne ÛN^^iitiL, mai 1843.
— • Ici (États du Sud de l'Union nméricaine), ou l'ouvrier des villes et le cnltivatear des cbampi, au lieu d'être comme an nord, les souvomins dn pays, ne sont que des esclaves, il y a plus d'abon* danoe, plus de confort matériel, pour les classes laborieuses, qu'il n'y en a ches nons. Aussi la population noire puUnle-t-clle rm» id, que ne le fait chez nous ia populatûm de» cmmpa' gnes. Notre paymn fait autant d'enfiints que le noir de la Caroline ou de la Virginie; mais cbes nous la morif que la misère amène par la wmia est active à repousser les bras qui vendraient faire concurrence à ceux de leurs pères, et à fo*mer pour toujours les bouches qui demandent du pain que leurs parents ne peuvent lenr 4mner, »
M. GHi%-Ai.ifea, Leitres tnr tjimérifme du Nord, lettre ULTin*.
SGIENCB SOCIALB. 2S3
— « On dit qa^en Franee rîntérèt de l'argent est de quatre ou même de trois ; oui sans doate poor le trésor, lorsqu'il n'a pas besoin d'emprunter, ou pour quelques négociants privilégiés dans les moments prospères. Les propriétaires fonciers payent presque partout 6 pour cent au moins, en donnant première hypothèque. Les petits propriétaires et les petits industriels payent 8, 9 et 1 2 pour cent A mesure que l'on descend l'échelle sociale, le taux de Tintérét s'accroît pour TouTrier des villes. Dans ses achats en détails pour les besoins de son ménage, il est de 50 et même de 100 pour cent par an. Pour le paysan, dans ses relations avec le maréchal, le cabaretier, le marchand du village , il est quelquefois de 100 pour cent par mois.
« Le taux moyen de l'argent dans l'ensemble des transactions de toute nature et de tout ordre qui s'opèrent en France est an moins de 15 ou 20 pour cent, de 26 peut-être. »
Micami. CnaTALiaa, /dL, itid»
— « Huit millions de Français ne mangent pas de pain, n'ont que des chAtaigues ou autres pau» vretés ; vingt-cinq millions de Français n'ont pas de vin. Et pourtant on est obligé, par surabon* dance, de jeter aux égoûls des récoltes entières. Voilà le vol sublime de l'industrie vers la perfectibilité; et cependant chaque année voit éclore une donxaine de philosophies nouvelles sur la richesse des nations : que de richesses dans les livres ! que de misères dans les chaumières ! »
FooRiKB, Nouveau monde induttriel, p. 36.
— «Voici comment s'exprinsaient en 1829 les commissaires chai^gés par le parlement de lui pré* senter un rapport sur l'état de ce malheureux pays (l'IrUnde) :
« Les chaumières oà résident les habitants de ces districts sont les plus misérables réduits qu'^ très hnamins aient jamais habités. Nous en avons visité plusieurs milliers qui se composent en général d'une seule chambre dans laquelle donae, quatorze ou seixe personnes croupissent ensemble, et où sonvent trois on quatre fiimilles sont confondues péle-méle. Le plus grand nombre de ces cloaques est sans cheminées ni fenêtres, et l'entrée de qoclqnes-UBS est si basse qu'on est obligé
254 8ClSR€i: SOCIALE.
de tt plier an deux pour y pénétrer. La porte n'eit amin chose qu'un bloc de pierre, et dans presque tons ces réduits il est impossible de trooTcr as meable ou un fregraent de meuble. Les misérables qui les habitent gisent sur le pavé ou sont éleudnes quelques poignées d'une paille fétide, on soilemeut du saUe pri» sur les bords de la mer. Ces infortanés ne sont oouyerts que de lambeaux nrehwgés de Termine. »
— « Cependant cette nation mérite-t-elle ses malheurs?
— <i Yoici encore l'opinion des commissaires à œt égard (1).
— • « Nous manquerions à notre devoir si nous ne voua signalions les sentiments d^bonneur et de fierté populaire qui nous ont frappés dans le cours , de nos travaux. JÊ^'où vient Vargent que vous nom offrez etqu^en devofw^nous faire f nous demandaient ces braves gms. Et c*est toujours avec une extrême difficulté que nous parvenions à obtenir d'oit individu qu*il fAt le premier à receroir nos secours, quoique son corps décharné, ses yeux hagards, et les haillons dont il était couvert accusassent le der-
nier degré de la misère humaine. »
— «Et en note:
— « On peut résumer ainsi, dit M. Culloch, les principales prescriptions du code pénal qui nagiùre régissait Flrlande :
— <• £n vertu de divers actes successivement passés sous les règnes de George P' et George II, tout père de famille professant le culte catholique ne pouvait être tuteur ou gardien de ses enfants, quel que fût leur âge. Aucun protestant ne pouvait épouser une papiste ayant une propriété en Irlande. Les catholiques ne pouvaient acheter des terres, ui les occuper comme fermier pour un (jerme au delà de trente et un ans ; et si ces fermages produisaient un bénéfice plus élevé que le tien du prix de la location, le bail était résilié par ce (ait seul, et transféré au délateur protestant qui avait découvert et dénoncé ce surplus de bénéfice.
« A la mort d'un papiste, toutes ses propriétés
(1) Que Ton veuille bien remarquer : que, ce rapport des commissaires du parlement n'est pas une diatribe ; mais, une pièce oflicieUe présentée au public : par les maîtres eux-mêmes qui tiennent les Irlandais en état d'esclavage.
SGIEMGB SOCIALE. ^ 255
deraient être partagées entre ses enfants, et, k défaut d'enfants entre ses collatéranx [pour comprendre l'esprit de cette mesure, il faut se rappeler que le droit d'aînesse et le système des substitutions sont en pleine Tignenr en Angleterre (1). La résidence des Tilles de Galway et Limerick était interdite aux catholiques ; ils ne pouvaient jonir d*aacune rente viagère. Tout catholique se livrant publiquement ou secrètement à renseignement était poursuivi et condamné an dernier supplice. Les récompenses suivantes étaient offertee à quiconque découvrirait un ministre catholique enseignant, savoir : pour un archevêque, un évoque, un vicaire général , 50 livres sterling ; pour un prêtre régulier on séculier, 20 livres sterling; pour un maître d*école ordinaire, 10 livres sterling. Les protestants étaient autorisés à attaquer en chancellerie - tonte personne suspecte d'être intervenue par contrelettre, fidéi-commis ou autrement dans une vente location ou prêt hypothécaire fait dans Tintêrét direct ou indirect d'un papiste. Les actions de ce genre ne pouvaient être jugées que par des protcftants. Les papistes ne pouvaient occuper plus de deux apprentis, ni être jurés. Ils devaient se faire remplacer dans lé service des milices par des protestants, et leur payer pour cela le double du prix ordinaire. Ils ne pouvaient exercer aucune fonction de constable. Les avocats et les avoués qui prenaient des femmes papistes étaient soumis à tontes les pénalités et incapacités prononcées contre ces dernières. Tout mariage entre protestant et papiste était déclaré nul ; il eu était de même pour les mariages célébrés par des prêtres catholiques qui, pour ce fait seul, étaient condamnés k la peine de mort.
« Mais, dira-t-OD, l'acte d'émancipation des catholiques ou le bill de réforme ont donné satisfaction h l'Irlande..... EaniuE. La situation de l'Irlande est devenue peut-être plus insupportable depuis la
(1) C'est, le même motif qui a forcé rassemblée nationale, d*ôter aux pcres le droit de disposer de leurs biens. L^assemblée craignait : que, colfce puissance, laissée à l'autorité paternelle^ ne servit : à favoriser les tendances au maintien du système féodal. C'est ainsi que, dans l'époque d'ignorance, la justice est toujours sacriilée: aux circonstances.
réfome. L*ftdmittioo de quelques caUiolîqiMi an lem de la représeoUUon nationale... ont passé qaelqaes plaies, elles n'en ont guéri aucune. La toi ciété civile est toujours en Irlande dans la meut inftriorilé relative, et Ui souffraaceê wtaUridU» y êonl dtvemuM pfus gramâeê. Le protestantisBe, rarisiocratie, la grande propriété n'ont point cessé de pressurer cette population de parias, et le paspérisme s'est accru dans une proportim qai épouvante les .plus hardis.
« Sans doute lacté d'émancipation a relevé les eatboUqnes de rincapacité parlementaire dont ila étaient frappés ; mais ce qa*on ignore, c*est qa'en ouvrant la porte de la chambre des commun» à trente on quarante individus, il a fermé odle des collèges électoraux à 170,000 électeurs des em* tés. En effet, le nombre de ces électeurs, qui, antérieurement à Témancipation , était de 216,000, fut réduit à 40,000 par le bill qui éleva le cens électoral de 40 scheliings à 10 livres sterling de reveau.
« Ainsi l'Angleterre eut grand soin de reprendre à l'électorat ce qu'elle accordait à l'éligihilîté : de plus les catholiques irlandais appdés à la représentation nationale ne sont admis à sâ^er qu'après avoir juré de maintenir Tordre de soccession à la couronne d'Angleterre, tel qu'il est établi par les lois en vigueur ; de défeodre de toat leur pouvoir le système actuel de la propriété, c'est'à'Jire le droit de primogéniture et les substitutions ; de ne jamais attaquer l'établisseaMut ecclésiastique, c'est-à'dire les dîmes et les privilèges de l'Église anglicane; enfin de ne jamais se servir des droits qui leur sont conférés par l'acte d'émancipation pour troubler ou affaiblir la religion protestante ou le gouvernement protestant dans k rojaume-uni.
« En échange de ces engagements le bill coasacre l'adrabsibilité des catholiques à quelques rares emplois civils et militaires; mais il leur interdit formellement les fonctions de gardiena, de juges, de régent du royaume, de lord chancriier de la Grande-Bretagne on d'Irlande, de lord tenant de flrlande, et de commissaire aux blées générales des églises d'Ecosse, il les exclut de tout emploi dans les établissements egctfaiis tiques d'Angleterre, d'Iriande on d'Ecosse, eoun
SCIBNCE SOCIALE. 287
ecclésiâsttqacs, cathédrales, fondations raKi^ieases, universités, etc. Enfin aucun catholique romain appartenant aux ordres rdigîeux n*est apte k faire partie de la représentation nationale, et tout pMtre de cette Église qui prend le titre d'archevêque» d'évèque ou de chanoine dans nn diocièae iriandais est passible d'une aaende de cent livres sterling. «• 'Décadence de TÀngUterre^ par M. S^anAirs, pag. 78 et 86, etc.
— M Le pauvre est coupable de naître, coupable de vivre, coupable surtout de transmettre sa misérable vie ; conséquemment, venir & son secours, ce serait encourager, récompenser le crime. Gardez- ▼oos-en par - dessus tont, vous qui aTes à cœur les intérêts de Thumanité, Tordre, la justice, la vertu. Etouffez en ToosHnème la sympathie funeste, la vicieuse commisération qui voos porterait k tous rendre complice d*nn délit que vous devez détester et punir ; soyez sans pitié pour le père, la mère et les enfants assez pervers, assez impies pour réclamer ce qu'ils appellent insolemment le droit de vivre.
ti Ce langage t'étouoe, Eghetesch : ta hésites à le croire possible. Eh bien : ta vas Tcntendre de la bouche même des coryphées de Técole à laquelle j*attache ma gloire la plus brillante et la plus solide.
• Reeonnaitre aux pauvres un droii h tau* « mAne, c*eti les autoriser h exiger i'aum&ne par m la force, c'esl anéantir le droit de propriété, « (Duch&tel.)
« L'homme qui iest marié sans avoir teêpé' ** rance de nourrir sa famille, doit être livré h m lui'méme. Son action ett immorale^ la miihre • en Cet la peine naturelle et juste. Livrons donc « cet homme coupable h la peine prononcée par la nature, •■(Malthus.)
La BfcjrxAis, ylmschaspands et Darvands, Aslooiad (qni ne pense que le mal) à Eghe* tesdi (génie de la oomipiioa dît eeMir), p. IM.
— La caste peuple se compose :
D*abord, des esclaves domestiqxAes : attachés auM personnes;