‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 72 sur 79 · II · texte numérisé non relu

II

S!90 scnmcE sociale.

« La base de tout despotisme est une foi religieuse. »

' Cependant : pour nous conformer au langage osité et éviter un pléonasme apparent ; nous nous servirons de l'expression foi, pour désigner la foi religieuse; nous réservant de faire usage de l'expression foi matérialiste, quand il sera nécessaire de démontrer : que, ceux qui croient à l'immatérialité de Tftme, et à la liaison des actions de cette vie avec une autre vie; comme ceux qui n'y croient point ; sont paiement : des gens de foi ; des gens se laissant dominer par le sentiment, par le préjugé ; des gens à fausse instruction; ou, tout au moins; à instruction incomplète; pour aussi longtemps : que , les uns et les autres ne peuvent ramener leurs croyances , à Fincont^tabilité.

Nous répétons :

Le base de tout despotisme est la foi.

En effel :

C'est, uniquement la foi et ses conséquences nécessaires , qui empêchent les esclaves d'examiner : les sources de Tautorité. Par conséquent, dès que la foi vient h manquer, le despotisme de l'Autel, c'est-à-dire: le monopole du développement de l'intelligence, s'écroule avec elle. Et, si alors une nouvelle foi est devenue impossible, comme dominatrice de la société; par l'impossibilité de comprimer l'examen, mnsi qu'il en est depuis la naissance de la presse ; il n'y a plus de

BCmirCB SOCtALB. 191

possible, pour la société , qu'un état de scepticisme tendant vers le matérialisme, base essentielle de l'état d'anarcbie ; ou, qu'un état de certitude, dérivant de rincontestabilité du raisonnement démontrant : la réalité du lien religieux , base exclusive de l'état de liberté.

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GOMMENT LA FOI,, ET L INFAILLIBILITE DE L INTEBPBETE DE LA HEVÉLATION, BASES ESSENTIELLE» DE TOUT DES- POTISME, TIENNENT A SE TROUVER EBRANLEES; ET, GOMMENT ^mOTRE DESPOTISME DE SECOUD ORDRE EST TOMBÉ.

« Toaa. les grauds Iiominet ont été intiiléranto, et il faut l'être. Si Tou rencontre sar son chegÙB on prince débonnaire, il faot loi prScfaer la tolérance, afin qa*tl donne dans le piège, et qae k parti écrasé ait le temps de se rdera* par la tolérance qu'on lui accorde, et d'écrmser son adrer* saire à son tour. Aiusi le sermon de Voltaire q«i rabâche sur la tolérance est nn sermon fait anx sots et aux gens dopes , on à des gens qoi n'oat aucun intérêt à la chose (1). >•

Corresp. e/eGaiMM, f'joia 1772, 1'* partie, t. II, p. 242,243.

— « L'infaillibilité dans Tordre spiritael et la souveraineté dans Tordre lempord sont deax mots parfaitement synonymes. »

Comte ds Maistsb, Dm pape, 1. 1, p. 2.

— "La forme monarcliiqoe une fois établie, rinfaillibilité n*est plus qu^une conséquence nécessaire de la suprématie^ ou plutôt c*est la inèaie dioec

sous deux noms différents Quand néaiiè on de-

mearerait d*accord qu'aucune proasessedÎTiBe n'ait été faite au pape, il ne serait pas moins ia&illible, ou censé Tétre, comme dernier tribunal ; car tout jugement dout on ne peut appeler est et doit être tenu pour juste daus tonte humaine, sous tontes les formes de goa?< imaginables ; et tout véritable honiae d Jblat m' tendra bien lorsque je dirai qu'il ne s*agit pas

(1) Grimm est du très-petit nombre des philosophes du dix-huitième siècle ; qui, quelquefois, aient parlé comme ils pensaient.

seolement de savoir si le soaTerain pontife est, mais s'il doit iras infaillible (1). n

Id,f ihid,, p. 8.

— « La suppression de rautorité do pape a jeté dans le monde des germes infinis de discorde; car n*y ayant plus d*antorité souveraine pour terminer les dispotes qui s'élevaient de tontes parts, on a vn les protestants se diviser entre enx, et de leors propres mains déchirer leors entrailles (2). »

PoPFEHDoaF, de Monareh, PoHt, Max.

— « En verto de Tinévitable force des choses, toute assemblée qoi n'a point àt frein est ^rénét, 11 peut y avoir du plus on dn moins, ce sera plus tôt, ce sera plus tard ; mais la loi est infaillible. »

Comte de Maistee, Du pape, t I, p. 119.

— « Tout nons ramène aux grandes vérités établies. Il ne peut y avoir de société humaine (3) sans gouvernement, ni de gouvernement sans souveraineté, ni de souveraineté sans infaiIUbilité,méme dans les souverainetés temporelles (où elle n'est pas), sous rai RE de voir l'association si dissoude e. u

Id.,Und.,p. 195.

— « On a bientét dit : H faut des loiê fondth menialeSf il faut une amstitutiom. Mais, qni les établira ces lois fondamentales, et qui les fera

(i) Le comte de Maisire a parfaitement raison, il n'y a pas de bouvcraineté sans infaillibilité ; et, pas d'ordre soci)&l possible en dehors d'une sooYeraineté. L'infaillibilité du pape est de nécessité absolue , aussi longtemps qu'elle est possible. Mais , il n'est aucun véritable homme d*Étai qui ne reconnaisse : que» l'infaillibilité résultant du droit divin; ainsi, que l'infaillibilité résultant du droit des majorités ; constituant les deux seules souverainetés possibles, jusqu'à présent; sont devenues inacceptables par l'humanité ; et que, par conséquent, l'infaillibilité dérivant du raisonnement, tant pour le spirituel que pour le temporel, est devenue : une nécessité sociale.

(2) Toutes les leçons du suppléant de M. Guizot, dans la chaire d'hist(^ire, tendent : au rétablissement de l'autorité papale , sur les nations protestantes. Et Ton sait : que M. Guizot est calviniste (1844).

(3) Cette seule expression, société humaine , énonce que le comte de Maistre était aussi sceptique que Pascal. Mille passages de ses œuvres le prouvent. Mais comme Pascal , il avait préféré se précipiter dans le gouffre du despotisme, à se précipiter dans le gouffre de l'anarchie. H n'en était pas moins sans aucune espèce de conviction.

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déenier ? Le oor|M oa TiodiTidu qai en aoraii U /oTM, aerak «mvoraîn, pnuqu^il aérait plu fort que le aouTerain ; de aorte que par l'acte aèaK de rétabliaaement, il le détrÔDerait. Si la loi oaaatitatioHiidie est nne cooeeaaioa da aoBverain, la qoeation recommence. Qui empêchera vu de aea anccessears de la violer ? Il faat que le droit de T^aiatance soit attribué à un corps ou à on indi- Tida ; autrement il ne peut être exercé que par U révolte, remède terrible, pire que tous les maux. •

/rf., Und., p. 2H.

— « Lorsqu'on a décidé (je Tacoorde par sapposition) qu'on a droit de résister à la poissanee souveraine (1) et de la faire rentrer dans ses Uaiîtes, on n'a rien fait encore, puisqu'il reste à savoir : QUAND on peut exercer ce droit ; et, qciu hoon mes ont celui de l'exercer.

« Les plus ardents fauteurs du droit de résistance

conviennent (et qui pourrait en douter ?) quH ne

saurait être justifié que par la tyrannie. Maisqa*esl-

ce que la tyrannie? Un seul acte, s'il est atroce,

, peut-il porter ce nom? S'il en faut pins d'un, cost-

bien en faut-il et de quel genre ? Qaé pouvoir dans l'État a droit de décider quê U cas (U résUtanee est arrMÎ Si ce tribunal préexiste, il était donc déjà portion de la souveraineté, et en agissant sur Fautre portion, il l'anéantit; s'il ne préexiste pas, par quel tnbnnal ce tribunal sera-t-il établi ? Peut-on d'ailleurs exercer un droit même juste, même incontestable, sans mettre dans la balance les inconvénients qui peuvent en résulter? L'histoire n'a qa*on cri pour nous apprendre que les révolutions commencées par les hommes les {Jus sages, sont loujoora terminées par les fous ; que les auteurs en sont toujours les victimes, et que les efforts des peuples pour créer on accroître leur liberté finissent presque toojoun par leur doasrr des fers. On ne voit qu'abîmes de tous cOtés (^).

(1) La puissance souveraine, du mdment qu'elle n*est point la setik force, ne peut être : que, la proclamalricc du droit. Si, le droit proclamé n'est point le droit réel, la souveraineté est illusoire. S'il est réel , il serait absurde de dire : que, l'on peut avoir droit de résister au droit.

(2) Après avoir étudié celte discussion , il est impossible , pour tout homme raisonnable : de ne pas reconnaître : qu'en prêscnlce de Fincompressibilité de l'examen, il n'y a plus d*ordre possible : que, par Texposition du droit réel, incontestablement démontre

SCIEHGE SOCIÀUS. SBK

« MaiSy dira-l-on, TOolesE-voQS donc démuseler le iigrûf et voa« rédaire à TobéÎMance passive ? £b bien, voici ce que fera le roi :

•■ Il prendra vos enfants pour conduire ses chariots et s'en fera des gens de cheval, et les fera condnire devant son char; il en fera des officiers et des soldats ; il prendra les uns ponr labourer ses champs et recueillir ses blés, et les antres pour lui fabriquer des armes. Il fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères à son usage ; il prendra pour lui et les siens ce qa*il y a de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos vergers, et se fera payer la dlme de vos blés et de vos raisins pour avoir de quoi récompenser ses ennuques et ses domestiques. Il prendra vos serviteurs, vos servantes, vos jeunes gens les plus robustes et vos bètes de somme pour les faire travailler à son profit ; il prendra aussi la dlme de vos troupeaux, et vous serez ses esclaves. » (I Beg., YUI, il, 17.)

« Je n*ai jamais dit que le pouvoir absolu n*entrafne de grands inconvénients sous quelque forme qn^l existe au monde (1). Je le reconnais an contraire expressément, et je ne pense nullement à les atténuer ; je dis seulement qu'on se trouve entre deux abimes (2). »

/</., iàid,f p. 217.

— « L'intérêt du genre humain demande un frein qui retienne les souverains , et qui mette à couvert la vie des peuples ; le frein de la religion aurait po être, par une convention universelle (3), dans les mains des papes. Ces premiers pontifes, en ne se mêlant des querelles temporelles que pour les apaiser, en avertissant les rois et les peuples de leurs devoirs, en reprenant leurs crimes, en réservant les excommunications pour les grands at-

(1) Le pouvoir absolu de la raison , seul pouvoir absolu po&sible eu présence de rincompressibilité de Texamen» n'est sujet h aucune espèce d'inconvénients.

(2) Voilà, le scepticisme de de Maistre qui se montre à nu. 11 s'est jeté dans l'abime du despotisme, pour éviter l'abime de Tanarchie. Llmpossibilité où il se trouvait, d'indiquer un remi^dc; et, la vanité de dissimuler son ignorance : l'ont porté à cet acte de désespoir.

(3) Une religion conventionnelle! Et c'est Voltaire qui dit des choses semblables ! Stup ete génies !

296 SCIBHCE 60CIALB.

teotâte, aBFuent Uwjoart été fqfiJé»

imagn de Dien rar la (erre. Mais les honBei snii rèdoiU à n'avoir poar leur dèfeate qoe lea loi* et les Diœars de leor pays, lois eoavcat ■épriaéci, mœurs soBvent corrompoes (I). »

VoLTAtas, Essai, e/c, t. Il, ch. ix.

«^ « En Espagne, en Portogal comose aillearSy on laisse tranquille toot bonne qui se tient tranquille; quant à Yimprudeni qtà d(igmsJis€^ qn trouble Tordre public, il ne peut se plaindre que de lui-roéne. Vous ne trouvères pas une seule nation, je ne dis pas chrétienne, je ne dis pas catkoliqae, mais seulement policée qui n*ait proooooé des panes eapiia/es contre les atteintes gnives portées à sa religion. Qu'importe le nom dn tribunal qui doit punir les coupables ! Partout ils soirr runis, ar

PARTOUT IIJ DOIVUrr L^âTRE (2). »

Comte de Maistre, Lettre ii* smr rinqiûsiiion,

— « Alors s*élè?e ]*esprit d*ezamen. Étonnés de leur docile attachement à des fonnales qnlls ne comprennent point, entourés d*utt peuple qui partage leur ignorance et leur crédulité, quelques hommes se demandent si ton doit croire âsms net\f, et trouvant au fond de leur conscience une invincible répugnance à une foi aveugle, coaunA* cent a regarder de près à la vérité du dqgne qui règne sans se donner la peine de justifier scr droits.

«« Ce n*est point là un acte d'hostilité, mais de bon sens. Ceux en qui s'est dévek>ppé cet esprit de

(1) Voltaire est aussi sceptique que de Maîstre. Mais, lui se jette : tantôt dans le despotisme ; tantôt dans Tanarchie ; selon que sa vanité le porte vers Tun ou Tautre.

(2) Le comte de Maisire a-t-il réfléchi, en écrivant ces lignes, qu'il justifie toutes les persécutions faites : par les Romains, sur les chrétiens primitifs; par les Anglais, sur les Irlandais; par la révolution française, contre les prêtres réfractaires? Mais, ainsi que nous l'avons dit, de Maistre est sceptique; peu lui importe l'espèce de religion , pourvu que Tordre existe. De ce point de vue, il a raison dans tout ce qu*il diU Pendant l'époque d'empirisme, nul ordre social n'est possible en dehoi» d'une inquisition. Mais , de Maistre oublie : que, toute inquisition est désormais frappée d'impuissance. Il faut donc : ou une nouvelle garantie d'ordre; ou la société doit périr.

lecherche y oèdeat comme à un betoîn raifonmible. Ils ne songent nî i détraire le dogme, ni à changer les idées du peuple ; ils ne songent qu'à tronver dans la doctrine consacrée, qadqae chose de vrai qui légitime leur foi passée, réponde à leur bonne volonté présente, et fonde pour l'avenir leur attachement à ses maximes sur mie conviction éclairée.

« Mille erreurs, raille absurdités palpables, des mensonges intéressés et . d*odieuses pratiques, frappent les yeux des premiers qui examinent ; et comme ils sont d'une nature morale et raisonnable, ils cessent de croire ce qui est faux, ils cessent de respecter ce qui est méprisable. Dès lors une foi nouoeile s'élève dans leur esprit, sur les débris de Tancienne. Cette foi n*a rien de positif (1), die n'est que la négation de la foi reçue, la croyance que celte foi n'est pas fondée; mais cette conviction est vi%'e

«Aussi, dans Témotion d'une découverte si imprévue, les premiers sceptiques ne peuvent retenir le cri qui la signale an monde..... Sans prévoyance, sans calcul, ce qu'ils ont trouvé ils l'annoncent; ils osent dire que le dogme régnant est (anx, et remettant en circulation des mots qni n'avaient pas été employés depuis des sièdes, ils en attestent le bon sens et la raison. Pès lors toute Ut société est ébranlée et umb littts TSRaisLs s'bhoaob. • JouPTROT, Comment les dogmes finissent, Glo&edn 24 mai 1815.

Recherchons comment la foi religieuse, base de tout despotisme possible, vient nécessairement à être ébranlée par les seuls développements de l'humanité : et, puisque pour notre civilisation, nous avons à considérer le despotisme de Rome chrétienne ; cherchons, également : comment est tombée cette autorité. Nous

(1) Une foi négAtive! Nous n'avions pas compté celle-là. H appartenait à celui qui devait occuper un jour la chaire de Laromiguière, d'établir cette nouvelle foi , digne de son maître, M. Cousin.

S98 SCIEHCB SOCULK,

verrons, par cette étude : que, le développement du pouvoir de second ordre, relatif à notre fraction humanitaire, n'a rien de spécial, tant pour son établissement que pour sa décadence ; et, qu'une chute semblable arrive, inévitablement : au milieu de toute fraction de rhumanitéy par les effets nécessaires de la suite des temps.

Dès que, par les développements de l'intelligence, du raisonnement , la presse vient à naître au sein d'une civilisation; l'autel s'en empare. Et, l'utilité que le despotisme en retire momentanément, ne lai permet pas de reconnaître : que, cette arme , imprégnée d'un venin mojiopolicide ^ sera bientôt tournée contre lui-même ; et, finira par l'anéantir.

Le premier effet de la presse, est de mettre en rapport , malgré le temps et les espaces, ceux qui mettent en doute les croyances imposées par l'autorité; et qui, par conséquent, mettent en doute : la réahté de la base sur laquelle se trouve intronisée : l'autorité.

Avant la presse, les écrits de protestantisme sont peu nombreux, peu lus; et facilement détruits. A celte époque, d'ailleurs, il est facile d'en empêcher la production par la persécution des protestants. L'histoire, à cet égard, nous offre des exemples continuels. Et, pour ne citer ici que des noms illustres, nous dirons : que, Moïse, Socrate, Jésus, et Mahomet sont, essentiellement, des protestants persécutés : par les autels d'Egypte, de Grèce, de Rome, et d'Arabie.

Aussi, avant la presse, uu même despotisme de se-

SClCaCB SOCIALK. SW

eood ordre dure trè&4oogtemps. Et, «Ion, le protestantisme ne peut triompher : que, par les diirisîoDs insensées entre le trône et l'aatel ; ainsi que l'histoire nous le montre : pour le triomphe de troia des |Nrotestants, que nous menons de nommer.

Malheureusement, tout protestantisme n'est point la yérité. Et, lorsque la possibilité : d'anéantir tout monopole, sans nuire aux iniéi^êts privés ; et, de placer, en mène temps, l'autorité sur une base incontestable, n'est point [Nréalablement et incontestablement formulée, par un protestantisme; son triomphe, même lorsqu'il arrive, est inutile à l'humanité. Car, . tout protestantisme vainqueur, et non rationnellement appuyé sur une base incontestable, devient nécessairement, despote à son tour ; puisqu'alors, lautorité ne pouvant elle-mÊme être incontestable ; l'ordre social ne peut exister : que, par le despotisme.

Ainsi, et l'histoire est là pour le prouver, tout protestantisme vainqueur d'une foi religieuse, dès que lui*mème n'est point appuyé sur l'incontestabilité, finit bientôt, pour assurer la stabilité de son pouvoir : par rétablir une orthodoxie, une croyance par sentiment, une inquisition; et, par reconstituer ainsi : un despotisme, une autorité basée sur une foi, qui, sous peine de mort, ne peut être examinée.

Après la naissance de la presse, il n'en est plus de même, relativement à la longue durée d'un despotisme comme appuyé sur une même foi. Toutes les combinaisons de monopoles, qui avaient pu réussir jusqu'alors, se trouvent essentiellement changées : par l'in-

300 SCIBNCG SOCIALE.

terposition universelle, au milieu de l'humanité, de ce nouvel élément social.

A cette époque, les premiers qui, socialement, commencent à porter atteinte à Tautel despotique, sont précisément : ceux qui, en qualité de premiers entre les despotes, auraient le plus d'intérêt, à respecter ce même autel.

En effet :

 peine, le protestantisme, vient-il, au moyen de la presse, à s'implanter au milieu des masses ; que, quelque despote de premier ordre, devenu protestant lui-même, oppose, dans une même civilisation, autel contre actel.

Le despotisme de second ordre, pour notre civilisation le pontife romain, résiste, plus ou moins longtemps, au premier roi qui proteste contre son autorité. Mais, aussitôt que l'un de ces despotes de premier ordre, parvient à diviser l'autorité ; tous l'imitent. Chacun , alors, s'empresse de s'en approprier un lambeau; et, Tordre social se trouve : radicalement changé.

En effet : le trône, autorité toujours illusoire, qui, jusqu'alors n'existait : que, supporté par l'autel , autorité alors réputée réelle, s'efforce inutilement : de devenir base lui-même ; et, de se constituer en autorité, acceptée comme réelle.

Cette seule considération, prouve qu'à cette époque : l'anarchie doit rester constamment imminente, jusqu'à ce que le trône puisse, enfin, trouver un appui réel : sur un autel réellement incontestable.

8CUEHCB SOCIALE. 301

Si donc, au milieu de la société, une réforme rcuHcale est actuellement nécessaire : c'est, que déjà un changement radical a été fait, par les rois, contre la seule autorité possible, pendant Tépoque d'ignorance : Tautel despotique.

Et, comme les trônes, en dehors de l'appui d'un autel quelconque, sont absolument incapables de servir de base à une autorité, même seulement réelle en apparence ; et^ que tout autel despotique est devenu irréconstituable ; les fausses bases actuelles de l'autoritér, les trônes despotiques, doivent tomber devant la nécessité sociale : pour que l'autel du raisonnement, l'autel de la vérité, l'autel réel, puisse s'élever; et, supporter seul : le trône de liberté;

Une fois , que les trônes despotiques se sont soustraits au joug de second ordre, exclusivement appuyé sur la foi; la foi commune s'écroule. Et l'opinion, expression générale du protestantisme, vacillante comme l'incertitude même, vient seule la remplacer.

Alors, pour l'ensemble de la civilisation, plus d'autel unique; par conséquent, plus de despotisme de second ordre. Et, nous allons le voir, plus d'ordre possible : jusqu'à ce que l'autel réel, le pouvoir spirituel réel, se soit élevé sur sa base nécessaire : I'incontesta-

BlUTÉ.

302 samcB soaAU.

L*A1I AUGHIE , POUB l'ÉPOQUE D*£MPIRISMfi, £ST JJi SDUE ]N£CE8SAJRE DE l' ANEAVTI SSEME77T : DE TOUT POUVOIB SPIRITUEL UNIQUE ET DOMIW ATEUR ; DE TOUT DESPO- TISME DE SECOHD ORDRE. IMPOSSIBILITÉ DE SEPAREB : LE POUVOIR SPIRITUEL DU POUVOIR TEVPOBEL. ÉQI> UBRE EUHOPBBR*

« Le pouvoir spiritad le trourmot à la tète de toute ractîvHè de U paoeée huMaioa (f), devait nalordlement ■'arroger le gooTemement de la »* ciété.

« Une aeconde cmms Vf ponsMil égaleaeat : Tétat épouvantable de Tçfdre temporel, la TÎekuce, riniquité qui présidait au gouveriMBient taspord des aociétèa.

- Depuis quelques sièdes » on parle à son atse des droits du pouvoir temporel ; ■nis à Fépoque qui nous occupe, le po/iootr temtparel c'était b force pure, un brigandage intraitable (2). L*Égliie, qndqut împaHaâCes que fussent encore les notioaM de morale et de justice, était infiniment supérieure à un tel gouvernement temporel; le cri des peuples venait oontinucUement U presser de prendre ss place. Lorsqu'un pape ou des évèqnes prodamnieat qu*un souverain avait perdu ses droits, que les sujeU étaient déliés du serment de fidélité, cette intervention , sans doute sujette à de graves abus, était souvent, dans ce cas particulier, légitime et salutaire. En général , Messieurs, quand la liberté manque aux hommes , c*est la religion qui s'est

(1) Voilà, un autre sceptique : pensée hutnaine, société kumakie, etc., sont des marques de scepticisme qui ne tromperont jamais.

(2) Tout pouvoir temporel, non soumis à un pouvoir spirituel déterminé et accepté, ne peut être : que, fbrcepure; que brigandage intraitabk; dans toute époque possible.

fCIENCC 60C1ALV. 303

chtrgée de b remplacer (I). Aa dixième «iècle, les peuples n*éUieiit point en état de se défendre, de fiiire valoir leurs droits, contre la violence civile : la religion intervenait au nom du ciel. C est une des causes qui ont le plus contribué aux victoires du principe théocratique (2). »

M. GuicoT, HUioire de la civilisaiton en Europêf p. f 59.

— 1« Les innombrables questions relatives à Tordre purement temporel et d'où dépendent, sons ce rapport , le bien-être ou les souffrances des peuples , se résolvent toutes, la foi morale étant supposée (3) , dans des questions d*organisation sociale et de gouvernement. Or, d'une pari , ou dit que Jésus-Christ , dont la mission spirituelle ne regardait que le monde futur, n*a dû ni voulu exercer aucune autorité sur les choses de celui-ci, en ce qui touche la police intérieure des États, leurs lois politiques et civiles (4) ; et Ton soutient, d*ttne autre part, qu'il ordonne de se soumettre à tons les pouvoirs quels qu'ils soient. Comment concilier ces deux assertions ? Et quelle liberté , quels moyens de défense et d'action restera-t-il aux chrétiens dans la société, qui n'est pias l'É-

(i) M. le ministre 86 trompe. La liberté sociale , illusoire ou réelle, est exclusivement : la soumission sociale, à ce qu'une religion, illusoire ou réelle, ordonne. En dehors de la religion, il n'y a de possible : que, Tanarchie.

(2) Pour bien comprendre ce passage, indiquant : qu'une société peut actuellement exister sans pouvoir théocratique , sans religion ; il faut savoir : que, M. Goizot a fait une découverte, qui rend ce miracle possible; la voici :

« Pour ceux d'entre vous, dit-il, qui ont fait des études philosophiques « un peu étendues, il est je crois évident aujourd'hui : que, la morale « existe indépendamment des idées religieuses. »

M. GuizoT, Hist. de la civil,, etc., p. 36.

Vous voyex, maintenant, comment le lien religieux n'est point absolument nécessaire à toute existence sociale. De pareilles découvertes, vous font entrer d'emblée : à l'Académie des sciences morales et politiques.

(3) Supposés est trcs-joU ! et siirtout très-commode. C'est ainsi que la question se résoud : par la question.

(4) Du moment qu'il serait démontre : que, le Christ a voulu séparer la puinanoe temporelle de la puissance spirituelle, eela seul démontrerait : qu'il était incapable de se prcaenter : comme législatMir.

304 SCIBNGC SOGIiilJI.

gltte, 8*iU étaieni tenus d'obéir toojonra à U torce prépundénuite f qaelqoe tynuiuiqae qu'elle pAt être? Dira-t-on que la résistance m certains est permise; nais que pour devenir licite, die être autorisée par fÉglise? Voilà donc l'Égliae juge des questions politiques et civiles , oonire la première maxime que Ton établit en son nooi. Il faudra pourtant bien qu'on finisse par opter entre ces deux principes qui visiblement s'excluent Ton Tautre. »

M. os LA Mbhitais p Dùcusthnê criUques, p. 198 (I).

— te Numa avait institué le collège des pontifes. Ce collège continua, pendant tonte la suite des siècles , d'avmr la surveillance sur ce qni concernait la religion, de juger les diOGNrends qu'elle occamionnait , d'en r^ler le culte , les cérémonies et d'expliquer les mystères ; cette institution se perpétua pendoot toute la république et sons l'empire. Mais qu'arriva -t -il? C'est qn'die devint politique au premier chef. Les patriciens la conservèrent pendant près de cinq cents ans; elle passa ensuite en partie au peuple; puis les empe» reiirs s'eii empai-èrent. 11 en fut de même du collège des augures, dont <& faisait remonter la création à Romulus. Il faut voir dans Cicéron (ée Leg., lib. II , cap. xi) l'immense pouvoir politique de ce conseil des augures, infihrienr toutefois à celui des pontifes. « Rien , s'écrie-t-il , rien dans la « république de plus grand ni de pins beau qne le « droit des augures ; il fait partie du gonveroe- •< ment; » et il le prouve, rar ce pouvoir des augures allait jusqu'à dissoudre ou à annuler les comices, ordonner en certains temps Tabdicatiou des consuls, abolir des lois, etc. Â Rome donc encore la religion et l'État se confondirent

«« Celte identification de la religion et de l'État à Rome se révèle bien clairement lorsque l^tat se fait homme, à l'époque de l'empire. Alors la reli* gion se faisant également homme, on voit l'empereur être en même temps grand pontife ; ces deux pouvoirs qui, au fond, n'avaient jamais été distincts dans la république, mais qni, an contraire, avaient

(1) Ces deax principes s'excluent en effet : deux principes, non sabordonnés l'un à Tautre, sont toujoure essentiellement anarchiques.

SCtBHCB 80CIALV. 305

toujours pmftné easeinbk d*aiie manière ooiifuM peadant teat de sièeles, se montrent encore tteiû. Angntte s'arrogea le souyerain pontificat, et apràs lai tous les empereors jusqu'à Giatien furent à la fois empereurs et pontifes ; et quand Théodore, le snooessenr de Gratien , abolit cette char|[e, e*en était d^à fait dn paganisme, et c'en était iait aussi de rempile. Un autre pontificat allait bientét surgir, un antre pape allait, à Rome même, remplacer le PwU^fex mnximuê; an nouveau collège de pontifes viendrait an jour, sous le nom de cardinaux, se grouper autour de ce chef suprême de la relî* gion ; et les augures transformés ne devaient pas non plus manquer à ce nouveau pontife pour établir sa puissance sur le peuple romain devenu l'Europe tout entière. »

Piaaaa Ltaoux , EneydopédU wouttîU, article CCTLTE.

— « 11 y a tant d'analogie , tant de fraternité entre le pouvoir pontifical et celui des rois , que jamais on n*a ébranlé le premier sans toucher au second , et que les novateurs de notre siècle n'ont cessé de montrer an peuple la conspiration dn sacerdoce et dn despotisme, tandis qu'ils ne cessaient

* de montrer aux rois le plus grand ennemi de l'autorité royale dans le sacerdoce : incroyable contradiction, pliénomène inouï, qui serait unique s'il n*y avait quelque chose de plus extraordinaire encore, c*est qu'ils aient pu se faire croire et par les peuples et par les rois. ••

Comte ds Maistsk, Du pape, U I, p. 235 (1).

— «t Aujourd'hui donc nous proclamons ce qu'on appelle la liberté des cultes, c'est-à-dire la liberté des sectes, dont la conséquence serait l'indiflTérence complète de l'État pour tonte espèce de religion. Nous avons pris pour devise , au sujet de la rdigion, ces vers législatifs de Chénier :

Bar ce point délieat, »i Ton vaut i^«ceordert L'Slat doit tout permettre, et ne rien conuuuider.

V Et nous aimons à chanter plus poétiqneoMnt

avec Béranger :

Qu'en putMe aller mène i ta neiM ; «Ainsi le veut ta liberté (t).

(I);il y a plus inouï, plus extraordinaire, plus incroyable e&oore pour notre époque ; c'est, de s'imaginer : que, la société peut exister : indépendamment des idées religieuses.

(2) Liberté 1 c'est, sur Fautel de ce Dieu inconnu , que tant de mil-

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