MISÈRE, PAUPÉRISME
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que, la misère, le paupérisme, est Texploitation des faibles par les forts ;
Que, cet état social de misère, de paupérisme, est de nécessité absolue, pour la conservation de l'humanité, aussi longtemps : que, l'ignorance sociale sur la réalité du droit, sur la réalité de scai éternelle sanction, n'est point anéantie ;
Que, ce même état social de misère, de paupérisme, augmente pour les majorités, proportionnellement à l'augmentation des ricliesses pour les minorités ;
Que, ce mâme état social de misère, de paupérisme, qui a sa source intellectuelle dans l'ignorance sur la r^ité du droit, a sa source matérielle : dans l'aliénation, à des individus, du sol et des capitaux acquis par les générations passées.
Que, cet état social, reste base d'ordre, base de vie humanitaire : tant, que l'examen peut être socialement comprimé ;
Que lorsque l'exapien ne peut plus être socialement oomprhné; cet état de misère, de paupérisme, de base d'ordre qu'il était, devient la source d'une anarchie inextinguible : jus-
SCIENCE aOCIALE. 559
qu'à ce que Tignorance sur la réalité du droit, et sur la réalité deson inévitable sauctioD, soit anéantie ; et, que par suitede cet anéantissement, le sol, et les capitaux acquis par les généralions passées, puissent entrer, utilement, à la propriété collective;
Qu'alors, misère et paupérisme, se trouvent irrétocablement détruits.
La société actuelle, au contraire, proclame:
Que, du moment qu'il y a des lois^ l'exploitation du faible par le fort cesse d'exister ;
Que, la misère, le paupérisme ne dérivât point d'une exploitation ; mais, apartiennent à l'essence de l'humanité. Alors^ et par la bouche de H. Thiers, elle vous dit :
— « Ou il faut rhomme travaillant pour tui^ pouvant amasser le pro» duitde son iratail, le transmettre à ses enfauls; l'homme existant ainsi à ses risques et périls, réussissant un peu, beaucoup , quelquefois pas du tout ; souvent, après atoîr réussi, essuyant des malheurs imprévus, tombant dftoi rindigenee et y précipitant m9 enfants,», »
— Ce qui signifie : que, les enfants doivent être responsables des sottises et des malheurs de leurs pères; qu'ils doivent être ignorants, voleurs ou assassins : parce qu'ils sont nés ici plutôt que là ; ou, parce qu'ils auront été changés en nourrice.
Quant au danger, que peut courir l'ordre d'un pareil état de société, dès qu'il se trouve en présence de l'incompressibililé de l'examen ; la société actuelle, vous assure :
Qu'avec des gendarmes et des bourreaux, soit à courtes, soit à longues échéances, il est toujours possible d'étouffer les clameurs I de la misère et du paupérisme ;
Que, ce moyen d'avoir de l'ordre, et de procurer de la tranquillité aux riches ; a toujours été le seul employé; et, qu'il restera, perpétuellement, le seul efficace;
Que^ relativement à l'accroissement de misère, de paupérisme, proportionnellement à l'accroissement des richesses; c'est, une idée folle, mensongère, anarchique ; et^ qu'il faudrait mettre à Gharentoo, ou même à la nouvelle Galédonie,
o60 SCIENCE SOCIALE.
quiconque est assez fou ou assez méchant Tpour chercher à la propager.
Si, cependant ; et avec tout le respect que mérite la société actuelle; vous osez lui représenter : que, des hommes d*un certain mérite, ne sont point de cet avis;
Que, M. Blanqui, par exemple, en sa- qualité de membre de TÂcadémie des sciences morales et politiques a osé dire : que,
— a La misère paolique est un grand fait social, particulier aux temps modernes, et qui se manifeste db plus bn plus à mesure que la civîlisalioo se répand. »
— Que, le même H. Blanqui, a osé, en présence de l'inslitut, citer le docteur Gasselet, disant :
— « Il meurt, avant la cinquième année, un enfant sur trois naiannces dans la rue Royale (le beau quartier] , sept sur dii dans les rues réunies, et dans la rue des Étaques, considérée seule, c^bst, sua quàuaiitc-
HUIT NAISSAUCBS, QUABANTE-SIX DÉCÈS QUB NOUS TBOUfOIlS. Â CO fléua, il
faut une barrière; il faut qu'en France on ne puisse pas dire un jour comme à Manchester^ que sur tingt bt un millb bnfants il en est mort vingt mille sept cents avant Tàge de cinq ans ! En attendant, nous ne cesserons de répéter : là, à deux pas, de vous, dans la demeure de i^onvrier, sua vingt-cinq bnfants, un sbql peut attbindbb la ginquièhi
ANNiB. »
— Après cette citation, H. Blanqui ose ajouter :
— « Le gouvernement ne doit pas fermer les yeux à Tévidence et nier les faits incontestables. Oo ne guérit de telles plaies qu*en en sondant la profondeur d*un œil sûr et tranquille, sans amertume et sans illusion. »
— Si on ajoute : que, H. Michel Clievalier, en parlant des esclaves des États-Unis, les esclaves les plus malheureux qu'il y ait au monde^ a osé dire :
— « Les esclaves, ici, sont moins surchargés de travail, mieux nourris et mieux soignés que la plupart des paysans d'Europe. »
SGIENCB SOCIALE. 561
— El encore :
^ « Ici même (les États da Sud) où l* ouvrier des villes et le cultivateur des champs, au lien d*étre, comme an Nord^ les souverains du pays, ne sont que des esclaves, il y a plus d'abondance , plus de confort matériel, pour les classes laborieuses, qu^il n*y en a chex nous. Aussi la population noire pnllule-t-elle plus ici que ne le fait cbex nous la population blanche. Notre paysan fait autant d'enfants que le noir de la Caroline ou de la Virginie ; mais chez nous, la mort, qtu la Misais amène par la main, est active à repousser les bras qui voudraient faire concurrence à ceui de leurs pères, et à fermer pour toujours ces bouches qui demandent du pain que leurs parents ne peuvent leur donner. »
— Et, si on objecte encore : que, J. B. Say, le premier des économistes représentant la société actuelle, a également osé dire :
— « Il est affligeant de penser y mais il est vrai de dire que , même chex les nations les plus prospères, une partie de la population périt tous les ans de besoin ; »
— La société actuelle vous répond : que, MM. Blanqui, Mi*
chei Cbevalier et J. B. Say étaient des fous, quand ils parlaient ainsi ; et, que s'ils n'avaient été membres de l'Académie des sciences morales et politiques, il aurait fallu les envoyer : soit à Gliarenton ; soit à la Nouvelle-Calédonie.
— Si, maintenant, vous osez ajouter : qu'un publiciste,
nommé Louis Napoléon, n'a pas craint d'écrire et d'imprimer en toutes lettres, les paroles sacramentelles suivantes :
— « La hwAbi fait tous lis louis plus db mogiAs bn Fiahcb ; »
— La société actuelle vous répond : que, jamais ces paroles n'ont été ni écrites ni imprimées ; et, si vous persistez, elle est toute disposée à vous envoyer : soit à Gliarenton ; soit à la Nouvelle-Calédonie.
Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie ne l'y ait forcé sous peine de mort ; convaincre une pareille sociélc dts vérités démontrées par la science sociale; c'est, pré- V. 36
662 SCiBNCft 80CUU.
tendre, par le seul raisonnemeat, amener : les mahomélaDs à traîner aux gémonies, les cendres de Mahomet ; ou, les Indous àcrachersurla vache. Pascal, par son propre raisonnement, était parvenu à se convaincre : que, pour croire à Tanthropomorpbisme, ainsi qu'aux dogmes chrétiens, il fallait commencer par s* abêtir. Et, cependant, Pascal est mort sous le cilioe. C'est» qu'à un millionième d'exceptions près, le raisonnement, pour combattre les préjugés, n'a de valeur : que, par la nécessité.
Concevez-vous , ipain tenant : pourquoi la science sociale , quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est , que pour bien voir^ il faut une vue non cataractée ; et , que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
•— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union te présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, ells troctb la
PLACK PKIBB. ]^
OFFRE ET DEHANra.
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, yîsà-vis de tous et de chacun^ établit :
Que, les prix, les valeurs, relatifs à l'échange, sont, essentiellonent et exclusivement, relatifs : à t'ojfre et à la demande;
Que, ces prix, ces valeurs, inhérents à toute chose; sont, eux-mêmes, relatifs aux éléments inhérents à toute chose : le
CAPITAL et le TRAVAIL ;
Que , par conséquent , l'offre et la demande sont , eux-mêmes, relatifs : au travail; et, au capital;
Que, pour l'époque où le capital domine, le travail étant rétribué, au minimum possible des circonstances; et, le capital, au maximum possible , aussi des circonstances ; l'offre de travail, l'offre des bras est au maximum possible, toujours des circonstances;
Que, pour Tépoque où le travail domine, le travail élant r<5-
8CIB1UUE 80CULB. 563
au maximum posaible des circonsUnces ; et , le capital au minimum possible , aussi des drcoDstanoes ; ce n'est plus l'offre du travail > Toffre des bras qui se trouve au maximum possible des circonstances; mais bien : l'offre des capitaux.
Il est évident, dès lors : que, si pour l'époque de domination du capital , les travailleurs vont offrir leurs bras aux capitalistes; et, sont forcés, vu ja concurrence des bras, de les leur accorder^ au minimum possible de valeur, afin de ne pas mourir de faim ; c'est , le contraire qui a lieu : pour l'époque de domination du travail. Alors, les capitalistes, qui ne veulent pas travailler, pour faire valoir, eux-mêmes, leurs capitaux, vont offrir leurs capitaux aux travailleurs ; et. Sont forcés, vu la concurrence des capitaux, de les leur accorder, au minimum possible de valeur, a6n de ne pas mourir de faim , après avoir mangé leurs capi* taux ; si, alors , ils n'étaient considérés comme fous ; et, soignés comme tels^ sans travailler.
Il est encore évident : que, pour l'époque de domination du capital 9 la quantité de capitaux existant, quelque considérable qu'elle puisse être, est toujours : au minimum possible des circonstances; et, que pour Tépoque de domination du travail, la quantité de capitaux existant, quelque peu considérable qu'elle puisse être, est toujours : au maximum possible des circonstances.
La société actuelle, au contraire; et sans qu'il y ait une ombre d'exception ; proclame :
Que, la société, telle qu'elle existe actuellement, telle qu'elle a toujours existé depuis l'origine du monde, celle qui subordonne le travail au capital, est la seule possible, absolument la seule. Tous les économistes et tous les prétendus socialistes, sont unanimes à cet égard. H. de Girardin, n'a été que leur écbo, quand il s'est écrié :
— « Noos satons bien, comme le dit M. Morin, qu'il n*y a pas égalité complète entre le patron et l'ouvrier. Nous savons bien que l'ouvrier isolé , qui ne représente que U Bxsom du travail , sera toujours domiité par le patron, tjui représente ta pumsanci du capital. Oui , cela est regrettable, laoi dente; mais il fiant bien reconnaitre anni que cila ut
»!>• LA lATVU DSa CBOflS. »
— Si> cependant, il est, dans la nature des choses, que le ca-
564 SGIENGB SOCIALE.
i)ital domine le IravaU; tout développement de r intelligence des masses, ayant pour but de découvrir le mal social, devient ud crime. Car, alors, le désespoir n'a qu'une issue, le massacre e* le pillage : pour mettre les riches à la place des pauvres ; et, les pauvres à la place des riches. C'est, le règne exclusif de la force brutale; c'est, l'anarchie ; c'est, la mort sociale.
J. B. Say, le prince des économistes : non-seulement affirme Ifî fait de la domination du capital ; mais, encore il explique : comment ce fait existe toujours et nécessairement.
— « Qaand , dit-il, la demande de traTaillcurs reste en arrière de la quantité de gens qai s'offebrî pour travailler, leurs gains décliocot AOmsons du taux HâCBasAïas pour que la classe puisse se maintenir «• même nombre. Les familles les plus accablées d'enfante et d'infirmiies dépérisserU; dès lors l'offre du travail décUne, et le travail éUnt motns
offert, son prix remonte. ., • - •
« Vous voye» par là qu'il est difficile que le prix du travail du simple manouvrier s'élève ou s'abaisse longtem^ au dessus ou au-dessous du taux wÉcissAiEB pour maintenir la classe au romm dokt oh a bksoik. D'où nous pouvons tirer la conclusion que le revenu du simple manou* vrier ne s'élève JAMAIS au-dessus de ce qu'il faut pour entretenir sa famille. »
-^ C'est-à-dire : que, ceux qui sont au-dessus du nombre, dont ON a besoin , meurent nécessairement de misère. D'où, nous pouvons aussi tirer la conclusion : que, c'est fort dangereux à faire connaître aux masses, en époque d'incompressibilité d'examen, surtout quand on affirme : qu'il est aussi impossible d'empêcher le capital de dominer le travail ; qu'il est aussi impossible de faire entrer à la propriété collective le sol et te capitaux acquis par les générations passées ; qu'il le serait : d'éteindre le soleil comme un quinquet.
Et, à cet égard, je le répète : la société actuelle est unanime : le travail doit toujours être offert; et, les capitaux toujours
demandés.
Vouloir, par le seul raisonnement , convaincre une pareille société : qu'elle galope, vers l'anarchie, avec une rapidité continuellement croissante; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.
8CIBNGR SOGfALK. o6S
Concevez-vous^ maintenanl : pourquoi la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit étre^ pour l'aclualité, complètement inutile? C'est y que pour bien voir, il faut une vue non cataraclée ; et^ que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
— « Lonqn*ane doctrine d^ordrê, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir ponr elle la clarté et la vérité, iixi tiouvi la
91ACM PUBS. «
OUVAIBBS. — PBOLÉTAIRES. — CLASSE OUVRIÂRE.
La science sociale^ rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun^ établit :
Que, l'essence de l'homme est : de pouvoir travailler en réalité ; tandis, que l'essence de ce qui n'appartient point à l'humanité, est : de ne travailler qu'en apparence; de ne pouvoir que fonctionner, en réalité ;
Par conséquent : que^ vouloir diviser l'humanité : en travailleurs, en ouvriers; et» en non travailleurs» en non ouvriers; c'est, vouloir diviser l'humanité : en hommes et en bètes ; en donnant la supériorité aux bétes ;
Que, vouloir, en présence de l'incompressibilité de l'examen, donner la supériorité aux bètes , est ce qu'il y a de plus anarchique ; et , que vouloir donner la supériorité » à des hommes ignorants, est alors : peut-être, plus anarchique encore ;
Que, si en présence de l'incompressibilité de l'examen, tous, sans exception : doivent être travailleurs ; doivent être ouvriers; personne , aussi sans exception : ne doit être prolétaire ; ne doit être esclave social ; esclavage pire, dit H. Michel Chevalier : que, celui des nègres de la Caroline et de la Virginie;
Que, toujours en présence de l'incompressibilité de l'examen, il ne doit plus exister de classe : relative à la naissance ; relative au hasard ; mais, que l'humanité, c'est-à-dire les individus qui la ex)mpo«ent, doivent se hiérarchiser : par l'Intelligence et je mérite ;
566 8ClEMe SOCIALS.
Que, par conséquent, la classe , dite ouvrière : doit ttu
aitéantie.
La société actuelle, au contraire, proclame :
Que, vouloir donner le nom de travailleurs, d'ouvriers, aux riches ; n'est : que, du néologisme) conduisant à l'utopie ;
Qu'il y aura toujours : une classe de riches ne travaiilant pas; mais, faisant travailler la classe pauvre;
Que, ces deux classes, nécessairement héréditaires, sauf des exceptions qui confirment la règle, sont inhérentes à l'humanité ; et , que vouloir les anéantir , est le fait : soit d'un ftni ; soit d'un pervers.
Que, vouloir enfin : que, le monde soit hiérarchisé , par la seule intelligence couronnant le mérite, est aussi une utopie, méritant sa couronne : soit à Bedlam ; soit à la Nouvelle-Calédonie.
Et, cependant : le premier économiste de l'Europe» et par conséquent du monde » titulaire 9 fort sottement dépossédé « de la première chaire d'économie de France 1 et par conséquent d'Europe; M. Michel Chevalier ecifin^ écrivait et imprimait 9 eo mai 1848 :
-^ tt n y a eu trois ordres avant 1789, il y avait dem dasset avant le •24 février 4848 : il ne doit plos y atoir qu'an (Hrdre, qa*une claaie. C«t/t
question domine elle^-méme la Fcanx du go%ivenMm$n$ de toute la had- TiUR qui sépare une constitution j^litique de la constitution socieUe. »
•— Ainsi, voilà M* Michel Chevalier^ qui met la question de l'anéantissement des classes : au-dessus des questions de royauté, d'empire , ou de république; et, même au-dessus de toute question d'absolutisme ou de représentativisme. M. Michel Chevalier a compris : que , si jadis, la constitution politique devait dominer la constitution sociale» à cause de la possibilité (le comprimer l'examen ; la constitution sociale , désormais , doit dominer la constitution politique, sous peine de mort sociale. S'il y avait eu un public, à cette époque, cette déclaration du célèbre économiste) aurait produit un grand effets mais, comme en époque d'incompressibilité d'examen et d'ignorance sur la réalité du droit , il y a complète absence de
«CIBNtX SOCIALC. 567
communauté d'idée, communauté pouvant seule former un pu^ blic proprement dit ; la proposition de M. Michel Cheyalier est passée tout à fait inaperçue; et, cela devait être, inévitable^ ment, sous le règne des opinions. Néanmoins, l'Académie des sciences morales et politiques, s'imaginant à elle seule repré* senter un public^ s'est émue de pareille hardiesse; et^ elle s'est empressée, pour éviter la répétition de pareils blasphèmes, d'absorber dans son sein, Tindiscret professeur.
Eq agissant ainsi, FAcadémie a été d'une sagesse admirable; car 9 à son premier discours d'ouverture , ce professeur avait déjà dit :
— « Il y a dei hommet jnxtapotés, il n'y a plus de bbmtiiibrt Gomnm, si ce n'ast paat^ètre la bidis du ateiu avquu. L*oiryiKa bst astbihit. »
— Et, le même jour, il disait encore :
— « La concurrence illimitée, qui est Tunique loi da rindustria^ elqnî rend usa luiTRBS ehnimis les uks du autres, les oblige , sous peine de banqueroute^ c'est-à-dire de mort industrielle, à augmenter sans cesse la TACHE de Touvrier en réduisant d' autant la rétribution de Tunité de travail, ce qtt*en langage indastriel on appelle le prii da la pièce. Bile a coniraini l'auTritr de regarder ion Toitin eamme un ihal qui lui disputa son pain. »
— Malheureusement, le professeur n'avait pas encore Tema^ que : que, si la concurrence illimitée est eu effet , Un^aurê et néeeisaéretnênt^ l'unique loi de l'industrie ; cette loi est géné~
rique, renfermant deux espèces : la concurrence illimitée, au critérium de la force , concurrence inévitable, tant que Tigiiorance sur la réalité du droit n'est point anéailtie; et , concurrence illimitée , au critérium de la raison , concurrence également inévitable : dès, que l'ignorance sur la réalité du droit , se trouve socialement anéantie. S'il avait fait cette observation, le professeur aurait reconnu : que , si sous la première concurrence, il y a des maîtres; et, si ceux-ci sont alors obligés, sous' peine de mort industrielle, d'exploiter les prolétaires ; sous la seconde concurrence au contraire,' il n'y a phis ni mattrw, ni prolétaires, ni exploités ; que tous sont frères et non
d68 SCIRTfCB SOCIALE.
rivaux; que tous travaillent pour chacun, en même temps que chacun travaille et pour soi et pour tous : les intérêts, de tous et de chacun^ étant devenus identiques. Mais, et je le répète : si même, le professeur avait reconnu ces choses; il les aurait professées inutilement; n'y ayant aucun public proprement dit : ni, pour l'écouter; ni, pour le comprendre. Peut-être même, eût-il été immédiatement destitué ; et alors : sans aucun espoir, d'être jamais réintégré.
C'est, en raison de cette inimitié entre les classes; inimitié, inhérente à la première espèce de concurrence; que, M. Michel Chevalier a dit encore :
— • « U y a un abîme entre le bourgeois d'ane |Murt , le pajian «t Ton- Trier de Taulre. Le bourgeois ne sent rien de commun entre lui al le proUtairi. Il est convenu de regarder ce dernier comme une nACHiKi qu'on loue, dont on se sert, et que l'on paye tout juste pendant le temps qu'on en a besoin; de même, aux yeux d'un grand nombre de prolétaires, le bourgeois est un ennemi dont on n^accepte la supériorité que p^ree qu'il est le plus fort. »
— Se tigure-t-on : combien , de pareilles prédications seraient anarchiques ; s'il y avait un public pour les écouter. Heureusement , ou malheureusement , le public , en époque d'ignorance et d'incompressibilité de l'examen , est un centaure , un phénix, un idéal antédiluvien; ou, un idéal de la société future. Est-ce qu'il y a un public, sous le chaos?
En vérité , ce professeur est effrayant. 11 était , sans aucun doute, plus que persuadé : qu'il parlait, ou qu'il écrivait pour un public idéal ; sans cela , il n'aurait jamais écrit le passage suivant :
— « Faute d*nne organisation fondée sur une pensée morale... »
— Si, le professeur n'avait pas été certain : qu'il n'écrivait que pour un public imaginaire; est-ce qu'il aurait osé lui dire : qu'il n'avait de base que l'immoralité?
'— « Faute, dit-il, d'une organisation fondée sur une pensée morale.
SCIENCB SOCIALE. 569
l'homme n'est rien de plus qu^un msTRUiiiMT di productiou, ur pbtit ENGiK HATUBXLLnmiT iMsiGiiiFiAiiT à côlé des machioes gigantesques dont ui sert r industrie. On n'emploie plus cet engin anims qu'en attendant, jasqu^à ce qu'on ait trouvé un autbk engin tout hatériel qui codtb ■OINS CHER. »
— Et, cet autre passage I
-^ « Il suffit, en France , de regarder autour de soi pour reconnaître que si la bourgeoisie représente en totalité Télément d*ordre, ce n'est qu'à Taîde et par l'intermédiaire de quatre cent mille luiîonneltes , non compris les baïonnettes bourgeoises;... ce qui démontre clairement que cette bourgeoisie ne conserre plus la prédominance qu'en opposant aux masses la force des masses elles-mêmes : position critique i faire frémir, BT Qu^iL B8T IMPOSSIBLE DE vAiBE ouBBB, Car toutos CCS baîonueltes commencent i devenir intelligentes. »
— Comment... bon Dieul Et, que serait-ce donc, si elles devenaient assez intelligentes pour comprendre M. Michel Chevalier t Est-ce heureux, qu'il n*y ait pas de public I
Et» savez-Tous : combien, en France, il y a de ces baïonnettes qui, selon H. Michel Chevalier, commencent à devenir intelligentest 11 va vous le faire connaître.
— > « La bourgeoisie, dit-il, est responsable, de moitié avec le gouver* nement, à qui appartient l'initiative de tous les grands projets d*amélioration, de TaTancement de yiNGT-cncQ millions de piolbtaibes agbicolbs.s
— Vingt-cinq millions de prolétaires agricoles I sans compter les prolétaires de l'industrie 1 1 11 y a de quoi faire le signe de la croix. Combien, c'est heureux : qu'il n'y ait pas de public» pour écouter M. Michel Chevalier I
Ce qu'il y a de plus heureux encore ; c'est, je le répète : que H. Michel Chevalier ait pu être absorbé, par TÂcadémie des sciences morales et politiques. Mais, il y a de certains esprits, qui ne se laissent pas du tout absorber.
Par exemple, le passage suivant a été écrit et imprimé :
— «La CLASSE ouvBiàai ne possède rien, il Faut la bendbr propbié-
TAIBI. »
570 scmncR sogialb.
— Rendre propriéLiire ; une classe de ?ingl-cinq milHons de prolétaires agricoles ; sans compter ceux de l'industrie ! Mais, jamais, au grand jamais, M. Michel Chevalier n'a été jusque-là! Et, savez-vous : quelle est la signature, qui se trouve au bas de ce passage? C'est... vous ne le devinerez jamais vous, public, qui n'existez pas; et, qui ne pouvez lire; c'est... Louis- Napoléon Bonaparte. Miséricorde du ciel I que dira l'Académie des sciences morales et politiques; si, jamais elle vient i le savoir ?
Au risque de faire tomber, en synoope» l' Académie des sciences morales et politiques tout entière, je suis obligé : de lui citer encore les passages suivants ; c'est toujours de la classe ouvrière qu'il est question.
— et Ellb n*a de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras on emploi utile pour coda. »
— Pour TOUS I Savez-voQS : que, ce povb toi» est effrayant; et, qu'il ne laisse pas même de place : à une ombre d'exception.
Je continue. Si l'Académie ne veut pas entendre, elle n'a qu*à se boucher les oreilles.
— « Elle est ( la cluse ouvrière, ne Toubli^f pas, Acadéfliief ), elle est comme un peuple d'ilotes au milieu d'un peuple de Sybarites. Il faut
lui donner une place dans la société et attacher ses intérêts à ceux dn