SOUVERAINETÉ. — AUTORITÉ
La science sociale , rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que, la souveraineté, l'autorité, soit illusoire, soit réelle, comprend essentiellement : la règle des actions , lant sociales qu'individuelles; et, la sanction de celte règle;
Que, la souveraineléj-l'autorité est le sine qud non : d'existence sociale ; d'existence humanitaire : puisque , l'absence de règle, tant pour les actions individuelles que pour les actions sociales ; et, l'absence de toute sanction de cette règle; équivalent : à l'anarchie; à l'agonie sociale; à l'agonie humanitaire;
Que , toute souveraineté , toute autorité , repose essentiellement : soit , sur la croyance; soit^ sur la force brutal£ : quand, la souveraineté ne peut plus reposer sur la croyance ;
(1) Voyez nos deux volumes intitul^'^s : De la sotwerainett^.
SCIENCE SOGIALK. 617
saHj sur 1a science, rendue rationnellement incontestable, visà-vis de tous et de chacun : quand , la souTeraineté ne peut plus reposer : ni, sur la croyance; ni^ sur la force brutale;
Que, la règle des actions , tant sociales qu'individuelles , est toujours essentiellement relative : à l'espèce de souveraineté ;
Que, la sanction de la règle est toujours essentiellement relative : à l'espèce de souveraineté ;
Que, l'acceptation sociale de la souveraineté, sine qvâ non de puissance souveraine, est toujours relative : à la force, masquée de sophisme , pour la première espèce de souveraineté ; àja force brutale, pour la seconde espèce; à la démonstration, rendue rationnellement incontestable , vis-à-vis de tous et de chacun, de la réalité de la science^ pour la troisième : quand, la nécessité sociale oblige : à chercher, à trouver, et à accepter cette démonstration ; sous peine : de mort humanitaire.
La société actuelle, au contraire , proclame : non pas explicitement ; mais implicitement :
Qu'elle n'a pas l'ombre d'une idée claire, sur la valeur des expressions : souveraineté; autorité.
En effet , pas deux individus ne sont , à cet égard , en communauté d'idées. Les uns , attribuent la souveraineté à Dieu ; en donnant : à la valeur du mol Dieu; à la valeur de ce que Dieu ordonne; à la valeur de la manière dont Dieu sanctionne; autant de valeurs différentes : non-seulement qu'ils sont d'individus; mais autant que ces mêmes individus ont, successif* vement, de passions différentes. Les autres attribuent la souveraineté à la force ; en donnant : à la valeur du mot force ; à la valauriie ce que la force ordonne; à la valeur de la manière dont la force sanctionne ; autant de valeurs difiérentes : nonseulement qu'ils sont d'individus; mais, autant que ces mêmes individus ont successivement de passions différentes. II n'est qu'une seule chose sur laquelle tous st»t d'accord ; c'est : que, la souveraineté de la science , rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ; donnant la règle des actions tant individuelles que sociales ; et la preuve de la réalité de leur inévitable sanction ; est une folie infiniment supérieure : à tout ce que Bedlam et Charenton , ont jamais pu renfermer. Un certain nombre se sont néanmoins réunis pour affirmer :
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que, la fiouTeraineté, Fautarité étaii la iiesta de la sociëlé ; que, des règles d'aciions et des sanctions étaient indignes d'homoieB libres; que, l'abolition de rautorité; que, Tanarchie eofio; était le beau idéal de bonheur humanitaire ; que « tout . sans qu'on 7 touche , irait au mieux , nécbssairkmknt ; et , que le maximum possible de uberté, était : l'AnTOiiATisinB.
Et, ces Messieurs, prouvent leur dire : très-k^iquement. La souveraineté, basée sur la croyance, est, disent-ils, devoiae impossible :,en présence de l'incompressibilité de l'exameD ; la souveraineté de la force brutale^ conduit l'humanité à la mort; et; la souveraineté de la science est impossible. Donc, l'abseiioe de souveraineté ; l'absence d'autorité ; l'absenoe de toute règle ; l'absence de toute sanction ; I'anabchib^ basée sur l'AUioiiA- Tisif£^ peut seule constituer : la liberté; TtGAUiÉ; la «▲• TERNrrÉ. C'est dair ; comme, les idées de la société actnélie.
Et, voilà : ce^ que la prétendue science actuelle, inculque à la jeunesse : et, par l'éducation ; et» par l'instruciion.
Vouloir faire raisonner, contre son éducation, l'immense majorité des hommes ; avant^ que le besoin ne les porte au raisonnement; c'est, vouloir : que, sans appui, un grave vienne \ se soutenir, au milieu d'une atmosphère centripète.
Concevez-vous^ maintenant ; pourquoi, la .science aodale, quoique rendue rationnellement incontestable , via-4-vîs de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, oompiétement inutile 1 C'est, que pour bien voir, il faut une vue non ottaractée ; et, que pour raisonner juste^ il faut avoir un œrrera, non paralysé ; par les préjugés*
— o Lonqn^aae doctrine d*ordre, de fm ti d'anien te préieate, dit Batliat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité , blu; .Ttomni la
FLACB PRISE. »
— Et, pour ceux, chez lesquels la place se trouve prise :
— « Leurs yeux^ dît M. Guizot, ont pour ainsi dire la faculté de s^ooTrir on de se fermer, selon leurs dë'ir.4. Ce qui est clair leur parait obscur; ce qui est novrt détient mcsaTAiii ou même faux. Rs vivent plongés dantlears propres ténibrei; et qnand la lomière essaye de pénétrer, elle leur est h la fois ncsuftoiiTABLi et notfnvtM. »
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— Ces deux passages sont admirables. Il n'y a pas de démoDStratioD d'erreur qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie, seule, peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Hais, il est du devoir^ de celui qui les possède , de les présenter au public. Je remplis ce devoir ; le reste : ne me regarde pas.
SPIRrrUEL ET TEBIPOREL.
La science sociale^ rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que, le spirituel, c'est la religira ; c'est-à-dire : la règle et la sanction des actions tant individuelles que sociales ; règle et sanction, devant dériver désormais : non plus, de croyances ^ diverses selon les temps, les lieux, les circonstances; mais, de la SQENCE, "une et étemelle par essence ;
Que^ le temporel n'est que le corps de la société ; dont, le spirituel est l'ftme ;
Que, vouloir séparer : le spirituel du temporel ; c'est, vouloir séparer : l'âme du corps;
Que y vouloir que la société , puisse , séparée du spirituel , marcher réellement; et , avoir d'autres mouvements, que ceux d'une décomposition putride ; c'est, vouloir : qu'un cadavre, ne soit pas un cadavre.
La société actuelle, au contraire, proclame :
Que, l'ordre, vie sociale^ exige : que , le spirituel soit séparé du temporel ;
Que ; la règle ; et , la sanction des actions , tant individuelles que sociales, n'appartiennent point à la science, à la raison rendue incontestable, vis-à-vis de tous et de cluipun ; mais, à la raison des majorités ; c'est-à-*dire : à la force brutale.
C'est, proclamer : que, la communauté de religion ; c'est-àdire : la communauté de règle et de sanction, n'est point nécessaire à l'existence de Tordre, vie sociale ; c'eat dire^ en d'autres termes: que, l'i'NiTé n'est point l'essence de l'ordrci vie sociale.
Cependant, la Mennais avait dit :
— a L^unité est Tesseace de Tordre car Tobjet de l'ordre, est d'uuir; et la société même, dans sa notioa la plus générale, n'est que la réiinioa d'êtres semblables. Où il n'y a pas d'unité, il y a séparation, opposilion, combat, désordre et malheur.
ft Pour qu'il y ait unité sociale, il faut que chaqae partie loit ordonnée par rapport au tout ; chaque individu par rapport à la famille ; chaque famille par rapport à la société particulière dont elle est membre ; chaque société particulière par rapport à la grande société du genre humain ; et le genre humain lui-même par rapport h la société générale des intelligences dont DiBU est le suprême monarque, »
— 11 est évident : que» la lin de cette phrase signifie :
— n ... & la société des intelligences, toutes également sujettes : de l'î*
TBENELLB JUSTICE, DE l'ÉTEEKBLLE RAISON. >»
— Mais, tant que la science n'a point démontré : la réalité
de l'éternelle justice ; la réalité de l'éternelle raison ; la réalité de la règle des actions et la réalité de l'inévitable sanction de la règle ; la vanité dit :
-*- « Il est impossible : à la science, à la raison, de formuler la règle et d*en démontrer la réalité, ainsi que sou inévitable sanction ; alors, séparons le spirituel du temporel ; livrons la règle et la sanction au temporel, à la force brutale. Nous prouverons ainsi : que, le spirituel, Vuniié, n'est point nécessaire. »
— C'est alors, qu'un professeur de philosophie, l'écho de
ses confrères, ne cxaint point de blasphémer contre l'unité ; en disant :
— « La chimère de l'unité a coûté assez de sang ; chaque doctrine l'a poursuivie à son tour, mais enfin aujourd'hui elle est vaincue. »
— C'est, la conséquence de cette autre maxime, expression
de la société actuelle, et formulée par le même professeur :
— « La société est deTenue essentiellement etirrévocablement tAÎQus. «
— Et, cependant, M. Enfantin avait dit :
— «c Le pouToir spirituel ( non pas plus particulièrement celui des papes et des prêtres de Memphis que de tout autre) est au pouvoir temporel ce que rintelligence est au corps, d
— . El, M. Guîzot, pour prouver l'absolue nécessité de la communauté d'idées sur la religion, le dfoit, la vie future, avait dît:
— « II est clair que si les hofnmes n'ont pas des idées qui s'étendent au delà de leur propre existence; si leur moyen intellectuel est borné à Kux-MÂMBS ; 8*ils sont livrés au vent de leurs passions, de leurs YOLONTÊa; s'*ils n*ont pas entab eux un certain nombre de notions et de sentiments COMMUNS autour desquels ils se rallient, il est clair^ dis-je^ quUl n'y aura point entre eux de société possible ; que chaque individu sera , dans l'association où il entrera , un principe de trouble et de dissolution. 9
— 11 est impossible de mieux parler' ; en faveur de la nécessité absolue de l'unité religieuse ; unité exclusive du pouvoir spirituel.
C'est, aussi, ce qu'avait reconnu le plus grand homme d'État du siècle» quand il disait à Sainte-Hélène : #
-— « Je chcrclic en vain h placer les limites entre les autorités civiles et religieuses ; l'existence de ces limites n'est qu^une chimère. »
— Alors, il faut : que^ socialement, le pouvoir spirituel domine le pouvoir temporel, la force ; oîi, que le pouvoir temporel , la force, domine la raison, domine le pouvoir spirituel.
Ce dernier choix est l'expression de la société actuelle.
Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie Y y ait forcée, sous peine de mort sociale ; convaincre la société actuelle : que, désormais, le pouvoir spirituel, la raison, la science , doivent dominer le pouvoir temporel , la force , la
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croyance; est une utopie, éleyée : à la dernière puissanoe possible.
Concevez-vous maintenant : pourquoi, la sdoice sociale , quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-iris de tous et de chacun ; doit être , pour l'actualité , complètement inutile? C'est» que pour bien voir, il faut ime vue non cataractée ; et, que pour raisonner Juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les pr^ugés.
— « Lortqu^une doctrine d*ordre, de paix et d*union se préiente , dit Bastiat, elle a beau aToir pour elle la clarté et la Térilé , illi tboutb la
FLACB PAISB. »
— Et, pour ceux chez lesquels la place se trouve prise.
— « Leurs yeux, dit M. Guisot, ont, pour ainsi dire, la faculté de s'ouvrir ou de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair leur panit réellement obscur ; ce qui est paouvÉ devient incsrtaih ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres ; et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insuppobtablb et doutxusb. »
— Ces deux passages sont admirables. Il n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applicaticms. Je l'ai d^à dit mille fois : l'anarchie, seule, peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-lè, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Hais, il est du devoir (Jp celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis ce devoir; le reste : ne me regarde pas.
TBAVAIL. — UinUSTBIE.
La science sooiale, rendue rattonneUemeat incontestable» vi8>à<>Yis de tous et de chacun, établit : Que, l'industrie est une espèce de travail ; Que, tout ce qui se dit de l'industrie, abstractîM faite du
SGIBMGB SOGIALB. 623
pUal, appartienl au tnamil; et, qae tout oe qui se dit de Tinl'industrie^ ai3stractiôn faite du travail, appartient au coplial.
Que/ le travail est esdate ; aussi longtemps : que, le capital domine le travail ;
Que, le capital donnûe le travail; aussi longtemps : que^ le sol) et les caitttaux acquis fàt les générations passées^ moins ce qui doit rester de ces capitaux^ entre les mains des individus, pour que la consommation et la production soient toujours au maximum possible des circonstances ; aussi longtemps, dis-je : que, le sol et ces capitaux ne peuvent entrer, utilement, à la propriété collective : par^ l'anéantissement de Tignorance sociale sur la réalité du droit.
La société actuelle^ au contraire, l'Académie des sciences morales et politiques en tète, proclame :
Que, le travail est libre ;
Que) rindustrie est libre ;
Que, l'entrée du sol, et des capitaux précités^ à la propriété collective, causerait la mort de la société ;
Et, ici,le prince des économistes, J. B. Say, est interprète de la société actuelle.
— c C'est, dit-il, grâce à l'appropriation du iol et des capitauùD que i' homme qui n't que ses bras trouve de l'occupation et se fait un retenu. »
— « Si les terres, dit-il encore, n'étaient pas des propriétés eiclusÎTes, aurions*Dous leurs produits à meilleur marclié? Non, certes, cor nom ne U$ outrions pas du tout, »
— Ainsi, décidé : l'entrée du sol et des capitaux précités, à la propriété collective, serait : la mort de l'humanité.
La société actuelle, toujours par la bouche du même inter* prête, proclame :
Que, le DBorr n'a, absolument^ aucun rapport avec To^ani* sation de la société.
•^ « Le point de droite dit-il, reste touiocrs, plus ou moins, dans le domaine de L'opimoN. Le point de fait est susceptible de certitude et de
(5^4 SCIBMCB SOCIALE.
preuves (i). Li nraiBÂ n'exbiicb pebsqub Aucmn rcflubhcb sub lb soit
DE l'hOMUE ; LB SECOND EST TOUT POUB LUI. » •
— Et; vous savez : que, le fait, indépendaDt du droit, c'est: