MORT DU GLOBE
Écoutons maintenant un homme d'État , un ministre , M. le comte Cavour.
— «Un pressentiment vague, indéfini, s'étend sur PEurope; Patiente de choses GRANDES rr kouvvllbs maintient les esprits dans une inceriitode et dans une anxiété indéfinissables. Dans ce mouTement intérieur, dsns ce feu latent, revivent, s*agitent et s'efforcent de percer tous les germes qui ont été semés dans Pespace des siècles. Ces appréhensions et ces es* pérances se sont emparées du monde moral, elles se propagent avec la force et la rapidité de la foudre, et avec des alternatives étourdissantes. »
a Le conflit actuel contient en principe une lutte terrible dont Pissai* est entre les mains dti la Providence. Jamais li xomdb hb s^est trouvi DANS UMB CONDITION parbille; jamais, sous d'unanimes aspirations de paix^ n*a couvé guerre plus fatale. Si elle éclate, le monde sera renouvelé. L'Europe et l'Asie sont au seuil d'une agitation sans égale. Le despotî>me, la liberté^ la conquête, l'indépendance, la barbarie^ la civilisation, tovt BST BN QifBSTiON, loutes les chances sout suspendues sur la tète de Pbuma* nité. La tempête sera terrible, les résultats sont incertains. Lbtbhps dis NATIONALITÉS BST-iL BNFiN VENU ? et de la luttc qui sc prépare, les grand* principes de la civilisation sortiront-ils vainqueurs ou vaincus ? »
— Voyons s'ils sortiront, vainqueurs ou vaincus. Quel est le seul principe de la civilisation?
— Le DROIT.
— Quelle est la seule force de ce principe ?
— La communauté d'idées sur le droit.
— Et, quelle est la seule base de cette force, en présence de Pincompressibilité de Pexamen?
— La connaissance rationnellement incontestable : de la réalité du droit; et, de son inévitable sanction.
Donc :
Bientôt, cette connaissance existera ;
Ou, bientôt Phumanité doit périr.
C'est aussi clair , qu'un théorème de géométrie, pour quiconque n'est point intellectuellement aveugle.
Mais , présentez ce théorème à la société actuelle; et, vous serez fort heureux : si, vous en êtes quitte pour le cabanon.
Aussi , vouloir par le seul raisonnement, avant que PaDarchie l'y ait forcée sous peine de mort sociale, convaincre la société actuelle : que , très-prochainement , les nationalités doivent être anéanties sous peine de mort humanitaire ; est uDe utopie, élevée : à la dernière puissance possible.
Concevez-vous, maintenant : pourquoi, la science sociale,
quoique rendue rationneUement incontestable» \is-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les pr^ugés.
ÉCONOHIE POLITIQUE (1).
La science sociale, rendue rationnellement incontestable^ visà-vis de tous et de chacun, établit :
Que, jusqu'à la naissance de la presse, les nationalités, alors essentiellement religieuses, n'ont, entre elles, aucune communication. Rome, chrétienne et catholique, ne communiquait : ni, avec les révélations étrangères ; ni, avec les schismatiques ; et, elle exterminait les hérétiques. Alors, les royaumes catholiques n'étaient jpoint des nationalités ; mais , des provinces : de la république chrétienne.
C'est, seulement, lorsque l'incompressibilité de l'examen eut séparé le temporel du spirituel; que, commencèrent les nationalités AUTONOMES. Ccs nationalités religieuses n'étaient pas autonomes; elles étaient censées recevoir la règle : de Dieu même.
Dès, que les autonomies vinrent à s'établir, elles s'aperçurent : qu'elles avaient des intérêts différents ; et, elles donnèrent à la connaissance, illusoire ou réelle, de ces intérêts différents, \e nom : H Économie politique; connaissance, qu'elles s'empressèrent, d'autant plus, de décorer du nom de science; que, pas deux personnes n'étaient d'accord, sur la réalité : de ccîlte prétendue science.
Ce que nous venons de dire : que, l'économie politique est la connaissance des intérêts relatifs à chaque nation, est assez généralement adopté par ceux qui se mettent le moins en opposition avec le sens commun. Néanmoins , cette déiinilion est formellement contredite par J. B. Say, généralement reconnu,
(t) Voyez notre Économhc polUique, source des récoL^t c/c, kïudk v.
654 SCIBMCE SOCIALE.
aussi i et surtout en France ; comme , le prince : de l'économie politique.
— « L^ECONOMiB POLiTiQUB, (llt-ii, regarde les inlérèls de qael({ue naliou que ce soit, ou de la société en général. »
— Et , comme tant qu'il y a des nationalités , la sociélé générale n'existe pas ; et, que lorsqu'il n'y a plus de nation a- UTÉs^ !a sociélé générale est exclusivement basée sur le droit ; BASE, que l'économie politique répudie; il s'ensuit : que, d'après son prince lui-même , l'économie politique ne peut avoir d'existence : qu'à Charenton.
J. B. Say exclut même, de l'économie politique , la connaissance des intérêts particuliers à chaque nation. Selon lui , ces connaissances appartiennent à Y économie publique ; éœnomie, dont jamais , au grand jamais , il n'a dit un seul mot ; si ce n'est : la ph|:ase suivante :
— a L'économie publique, dit-il, embrasse les observations et les principes qui ont rapport Aox intérêts d*une nation considérée en partict-
LiËR^ et comme pouvant ÊTRE OPPOSÉS AUX INTÉRÊTS dVnB AUTRE NA- TION. »
— Et comme, je le répète, J. B. Say n'a jamais dit un autre mot de Yéconomie publique^ il s'ensuit :
Que , J. B. Say n'appartient point à l'économie fcblioce ; puisqu'il n'en a jamais rien dit; et, qu'il n'appartient point à l'économie politique; puisque, cette prétendue science n'a jamais existé ; et, ne peut exister.
Vous voyez : que , les deux économies admettent les nationalités; et, comme aussi longtemps qu'il y a des nationalités, la force est le seul critérium possible des intérêts; il s'ensuit : que, la science des é«;onomistes est exclusivement : Vart d'éire le plus fort, PER FAS ET NEFAS. Cc qui, de nouveau, renvoie, à Charenton, toute autre existence ^possible d'économie : soit, pi)litique ; soit, publique.
Ces galimatias , ces embrouillaminis ont troublé la tête de Turgot, au point qu'ils lui ont fait dire :
•— (( Quiconque u'oublie pas qu'il y a des ËUls politiques séparés le> uns des autres et constitués dÎTerscnnent, ne traitera jamais bien aucaoe question d'économie politique^ ))
— El, comme depuis que le monde existe ; et, jusqu'à ce que les nationalités puissent être anéanties ; il y a toujours eu, et il y aura toujours : des États politiques séparés les uns des au-très; et, constitués diversement; il faut en conclure : que, la sentence de Turgot signifie :
— « Quiconque n'ocBUB pas d'examiner une question dans gb qu'ellb EST, pour ne se souvenir que de l'examiner dams ce qu'elle n'est pas, ne Irai tera> jamais bien cetle question. »
— Ce qui démontre, de nouveau : que, l'économie politique ne peut avoir d'existence : qu'à Charenton.
Une revue me reproche d'affirmer : que, jusqu'à présent, l'économie politique n'a été qu'une mystification. Il aurait mieux valu prouver : qu'à cet égard, mes preuves étaient mauvaises. Nier, n'est pas prouver.
L'économie politique, comme scienxe, est tellement une mystification : que, de l'aveu de son prince, J. B. Say, elle ne sait même pas : ce qu'elle est.
— « En économie politique, dit J.-B. Say^ il ne s'agit pas d'apprendre CE QUI DEVAIT ÊTRE, mais CE QUI EST. »
— Et, cela réduit l'économie politique à n'être : qu'une statistique.
Ailleurs, le maître se repenti et dit :
— « Depuis que les rapports de l'individu avec le corps social cl du corps social avec \ts individus et leurs intérêts réciproques ont été clairement établis, l'économie politique , qui semblait n'avoir pour objet que les biens matériels^ s'est trouvée embrasser le système social tout entier. 9
— Voilà, deux définitions contradictoires du même maître; ce, qui prouve de nouveau : que, l'économie politique n'a d'existence possible : qu'à Charenton.
— « Ce n'est point à I'economie politique, dit M. Michel Chevalier^ qu'il est réservé de poser les questions sociales. »
— Voilà , le successeur de J. B. Say, en contradiction avec son prédécesseur, dans la même chaire. C'est, toujours donner^ à réconomie politique^ la maison de Cuarentox : comme seule résidence possible.
— « L'économie politique moderne, dit autfi M. Michel Chevalier, doit adopter pour sa devise cette pensée de Bacon : Que celui qni repousse des RBÙDES NOUVEAUX s*APP&éTE A DES CALAMITÉS NOUVELLES. Je 06 négligerai aucun cfTorli croyes-le bien, pour m'y montrer Adèle. »
— Voilà, le professeur, en contradiction avec lui-même ; et» de nouveau : Î'économie poutiqce envoyée à Chareso'ox. ëoyez persuadés : que, le professeur sait, aussi bien que moi , qu'elle a besoin de la doucbe.
— « La science de Téconomie politique, dit M* Villeneuve-Bargemont, suivant la logique du langage et de la pensée, a pour objet roiGANisATiOM ET LE GOUVERNEMENT DE LA SOCIÉTÉ, G^est SOUS cc rapport quo oous avoa> pu dire qu^clle touche à toutes les sciences et même qu'sLLB les heh-
PEKHE toutes. »
— L'économie de l'humanité, sans aucun doute, renferme toutes les sciences. Mais^ l'économie humanitaire peut seulement exister : quand^ la science est devenue nécessaire. Auparavant, réconomie de chaque société (l'économie de la société
générale étant alors impossible], consiste : à écraser la science réelle, alors, purement négative; pour faire triompher la fausse science, alors science positive. Devant, le soleil de la science : les nationalités ; et, les fausses sciences qui s'y rapportent; s'évanouissent.
Voyons : la morale de la science économique!
— « La morale, dit J. B. Say, considère les actions sous un autre point de vue que l'économie politique. »
— C'est dire : que, l'économie politique est. la science des Yoleurs. Que voulez-vous dire à cela : quand, c'est le prince des économistes : qui vous l'afflrme?
Faut*il alors s'étonner : si, un publicisle» U. Granier de Cassagnac, a dit :
sciENce socrALE. bo?
— à n est vrai que la science dite économique nVsl jusqu'à présent, daus sa partie positive, qu^an grand tas de faits sans lien, et dans sa partie théorique qu'an grand fouillis d^idéologiesplusou moins creuses. N'ayant rien étudié sérieusement, elle ne sait rien positivement : ce qui paraît lui avoir été un motif de s'appeler scibrce. »
— Et, cela s'appelle une science? Pitié!
— a L'économie politique , au point où elle est parvenue, ressemble, (lit M. Proudhon, k l'ontologie. Discourant des efiels et des causes, elle ne soit rien, n'explique rien , ne conclut rien. Ce que l'on a décoré du nom de lois économiques se réduit à quelques géiiérnliU'S triviales, auxquelles on a cru donner un air de profondeur en les revêtant d*un !:tylu précieux et argot. Quant aux solutions que les économistes ont essayées des problèmes sociaux, tout ce que l'on en peut dire est que si leurs élurubrations sortent parfois du niais , c'est pour tomber aussitôt dans Tabsurde. Depuis vingt-cinq ans l'écnnomic politique, comme un épais brouillard^ pèse sur la France , arrêtant l'essor des esprits et comprimant la liberté, p
— « En parcourant, dit Rossi (peut-être le plus savant des économistes), en parcourant, dit-il, les écrits des bommeséminents dans la scionre, ou aura peine à en trouver deux qui s^accordent sur la nature de ses limites. »
— Et, vous osez appeler cela une science? C'est donc, pour persifler vos contemporains !
Si, encore, on n'avait à reprocher, à l'économin politique, que d'être une sotte ; on le lui pardonnerait; comme, on a pardonné : à l'astrologie; à l'alchimie; et, à tant d'<julres sottises, qui ont régné sur leur siècle. Mais, ce qui est inliniment moins pardonnable ; c'est, que l'économie politique : en cherchant à justifier l'esclavage des masses ; en affirmant, que cet esclavage est inhérent à l'humanité; est essentiellement anarchique ; m présence, de l'incompressibilité de l'examen.
C'est, pour ces raisons ; et, pour mille autres encore : que, la science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que, l'économie politique est la source des révolutions et des utopies prétendues socialistes; qu'en conséquence, elle doit être extirpée, comme parasite, du doniaine de la science; et cela : sous peine de mort humanitaire.
658 SCIENCE SOCULE.
La société actuelle, au contraire» prétend :
Que f l'économie politique est la science sociale réelle; el, peut-élre, n'y a-t-il pas, en France, un individu, par million^ qui n'en soit persuadé.
A la vérité, il est d'honorables exceptions, à cette ignorance quasi-universelle.
La première est M. Cousin; ancien pair de France; ancieD ministre ; ancien grand*mattre de l'Université ; et , sans aucun doute : le premier des professeurs de philosophie , au sein de l'ignorance primitive :
— « Parmi nous, dît-il, M. Say, en propageant les principes île Smitli, en a porté les défauls à un tel excès, qu'il a suscité cette réaction eiagérée et extravagante qu'on appelle le socialisme. C'est M. Say et son ÉCOLB qui peuvent réclamer rhonneor d'avoir produit M. Loais Blanc et ses partisans. »
— La seconde exception est celle de l'empereur à Sainte- Hélène-
— « Un jour , dit Las-Cases dans le Mémorial^ le conseiller d'État Gassendi, se trouvant prendre part à la discussion du moment, s'y appuya DE LA DOGTiiRB US BCOROHisTss ; l'empereur, qui i'aimail beaucoop, à titre d'ancien camarade de rartiUerie, l'arrêtant, lui dit : Mais, mon cher, qui vous a rendu si savant? où avez-vous pris de tels principes? Gassendi , qui parlait rarement , après s'être défendu de son mieax , se trouvant dans ses derniers retranchements, répondit qu'après tout c'était de lui, Napoléon, qu'il avait pris celte opinion. — Comment! s'écria rBXPBREUR avec chaleur, que dites-vous là? Est-ce bien possible? Comment ! de moi, qui ai toujours pensé que s'il kustait ukb mokaicbu m
QSANIT y IL SQVFIRAIT DES IDKALITKS DES BGOlfOKlSTBS POCR LA lÉBQUB 0 POUDRE. »
— Certes, c'est aussi clair^ aussi précis que possible. Et, ici, l'empereur ne se borne pas à dire : que l'économie politique est une mystification ; il affirme : que, l'économie politique est la peste sociale. Mais, que peuvent les opinions, d'un individu par million, contre la majorité du complément de cette fraction? Absolument rien, Foua le momskt.
Aussi :
SCIENCB SOCULE. 659
Vouloir I parle seul raisonDemeot ; et, avant que ranarchie l*y ait forcée, sous peine de mort sociale, convaincre la société actuelle : que, l'économie politique est la source des révolutions et des utopies prétendues socialistes; qu'en conséquence, elle doit être extirpée, comme parasite, du domaine de la sci^M^e; et cela : sous peine de mort humanitaire; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.
Ck)ncevez-vous, maintenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée ; et, que pour raisonner juste , il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
PHaOSOPHIE. }
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que la philosophie est l'expression du raisonnement : bon, ou mauvais ; illusoire^ ou réel;
Que, avant de rechercher : si, la philosophie, expression du raisonnement, est. bonne ou mauvaise ; il faut, sous peine de folie, savoir : si, la philosophie ; si le raisonnement est réel ; ou, s'il n'est seulement qu'apparent; que phénoménal. Et, comme le raisonnement n'est qu'illusion, apparence, phénomène : pour le cas où la liberté n'existe pas en réalité ; puis, comme la liberté n'existe, qu'illusoirement; si, l'âme n'est point démontrée : être réelle, immatérielle, étemelle; il s'ensuit encore : que, avant de rechercher : si la philosophie ; si, le raisonnement; existe en réalité; il fautsavoir : si, l'âme est réelle,
IMMATÉRIELLE, ÉTERXELLE.
La même science sociale établit en outre :
Qu'après avoir reconnu : que, les âmes sont réelles, étemelles, immatérielles ; il faut encore : reconnattre quelles sont les oonditioiis, qui peuvent faire distinguer la bonne plûlosophie de la mauvaise ; et, savoir, que ces conditions sont les suivantes :
1" Avoir des points de départ : toujours rationnellement in-^
coDtestables, vis-à-vis de tous el de chacun ; toujours identiques, pour tous et pour chacun. El, ces poiuls de dépari ne peuvent être : que, les âmes, rendues rationnellement incoDiestables vis-à-vis de tous et de chacun : comme réelles, étemelles^ immatérielles ; et, ces points de départ sont nécessairement^ toujours identiques : pour tous ; et^ pour chacun.
S*" Savoir : que, pour qu'un raisonnement complexe soit bon; il faut : non pas qu'il soit composé d'analogies, mais bien» d'identités ; qu'il soit une déduction , et non, une induction. Ët^ cela ne peut exister: avant, de pouvoir distinguer^ d'une manière rationnellement inconstable : le règne des identités, ou règne des analogies ; le règne des immatériaKtés, toutes dentiques ; du règne des matérialités, toutes nécessairement analogues, par essence. La connaissance de cette distinction constitue : la connaissance de la nature des êtres (1). ;•
Et, que c'est seulement après avoir rempli ces conditions^ qu'il est possible de dire :
Le raisonnement; la philosophie existent ; et, c'est seulement de telle^ et de telle manière qu'il est possible de distinguer : le bon raisonnement du mauvais ; la bonne philosophie de la mauvaise.
La même science sociale établit enfin :
Que, pour la première période humanitaire, la philosophie est essentiellement sceptique. Et» que comme la vulgarisation du scepticisme conduit la société à la mort^ il s'ensuit : que, pour cette période, la philosophie eût conduit l'humanité à la mort : si; la possibilité décomprimer l'examen n'eût permis, en t<mie équité, en toute justice^ de condamner : les philosophes à la mort;
Que, pour la seconde période humanitaire, n'y ayant plus de possibilité de condamner à mort les philosophes ; le scepticisme se vulgarise nécessairement ; et que, si, à cette époque, la philosophie réelle ne venait anéantir le scepticisme; la société, serait conduite à la mort : au sein de l'anarchie;
Que, pour la troisième période humanitaû-e, la philosophie,
(1) M. Cousin a bien raison quand il dit : que la philosophie réelle doit : distinguer les a/>i>ai-e;ice5 des r<^/i^^j; et exprimer les cahactébes
>'TH11IS&QI7ES DKS tf^TRES.
SCfBHGV f;ocrALR. 661
rendue rationnellement inoontesbie, vis-à-vis de tous et de chacun, anéantit le sœpticisme ; et rend l'ordre réel au sein de l'humanité^ aussi indestructible : que^ la vraie philosophie.
La société actuelle, au contraire, proclame :
Que, la philosophie est une sottise^ devant toujours être soumise : aux caprices de l'ignorance, aux décisions chaotiques, et toujours ininterprétables des masses : tant, que l'ignoranoe n*est point socialement anéantie.
Je viens de dire : que, telle est la proclamation de la société actuelle ; prouvons.
L'Académie des sciences morales et politiques, sommée, par le gouvernement de 1848, de lancer ses foudres les plus puissantes, contre les tendances vers la société nouvelle, dans le but de conserver la société actuelle ; cette Académie, dis-je, a choisi ce qu'il y avait de mieux, dans son sein, pour remporter cette victoire. En conséquence, M. Cousin a été chargé : de défendre la philosophie de celte même société. Le rapport de Tex-grand mattre de l'Université, peut donc être considéré : comme la véritable exposition de cette même philosophie. Écoutons, dès lors, l'organe de la société actuelle.
— « Oui, on peut, on doit même, dit-il, enseigner au peuple la philosophie, et la philosophie n'est point une chimère, SI elle est, coiibie illk LE PRÉTERD, la sctetice des grandes vérités intellectueUes et morales. »
— Voilà, la philosophie, ou la science des grandes vérités intellectuelles et morales mise en doute.'Et socialement^ le doute
équivaut à la négation.
— « Mais , entendons-nous bien , m continue l'organe de la société actuelle.
— Et, en effet; c'est là, le principal. Alors, tâchons de nou entendre.
— « Il y a , continue M. Cousin, deux sortes de philosophie : l'une artificielle et savante, réservée à quelques-uns; l'autre NAinaiLLC et hi- MAiHi, et qni est à l'usage de tous. »
662 8CICNCB 80CIALB.
— Aibsi» la première piûloflophie est arbitraire; et, non humaine, par conséquent, monstrueuse ; celle-ci heureusement est réservée è un petit groupe d'hommes souvent dangereux, ainsi que va le dire M. Cousin ; l'autre philosophie est naturelle et humaine» à l'usage de tous; c'est-à-dire : que, cette dernière est l'expression de l'ignorance sociale; tant, que l'ignorance primitive n'est point : socialement anéantie.
— « L'homme, continue M. Goasin, qai jouit d^un assef grand loiiir, au lieu de 8*en tenir aux naïves et solides croyances que lui fournit la nature (i), et qu'il retrouve partout confirmées dans la langue dont il se sert et dans les discours de ses semblables^ peut leur appliquer une réflexion plus ou moins eiercée, une critique plus ou moins séTère, au risque de les mettre en péril (2), en les examinant de trop prés; car la Uhrt réflexion amène souvent le doute, et le doute est une épreuve où la /bt na^ turelle (3) peut succomber, comme aussi, grâce à Dieui elle en peut sortir triomphante et plus sûre d'elle-même (4). »
— «De là, continue l'organe de la société actuelle , les systèmes philosophiques, tantôt faux, tantôt vrais ^ la plupart du temps mêlés de (aux et de vrai, et qui attestent la liberté, la puissance et les bornes du génie de l'homme. »
— Cela signifie : que, les systèmes philosophiques attestent : et, l'ignorance de la société actuelle ; et, la vanité de cette société ; prétendant : que, cette ignorance est invincible ; puisque, elle-même n'a pu la vaincre.
— « . . . Évidemment, continue la société actuelle, la philosophie spéculative n'est pas faite pour le peuple. »
—Ainsi, la connaissance de la vérité, des grandes vérités intellectuelles et morales, est interdite : même aux philosophes; et, ce qu'ils bavardent, à cet égard, uniquement pour faire de la gymnastique cérébrale, n'est pas fait pour le peuple. Je
(1) C'est-à-dire : I'ignorancb ; tant, que celle-ci Q*est point évanouie.
(2) Les croyances de rignorance.
(3) Les croyances de Tignorance.
(4) Voilà, la société actuelle condamnant l'examen ; et préparant Tinquisition, lorsqu'elle est sûre : que, les croyances de Tignorance doivent prévaloir : sous peine d'anarchie. C'est, ce que fout d'ailleurs, et nécessairement : toutes les fausses philosophies triomphantejs ; et, devenues
RRMGIOlfS.
SCISNCB SOCIALE. 663
mete leSaint*Office au défi : de formuler une condamnalîon'plus formidable, contre la philosophie.
Voilà, la philosophie des savants, mise au rebut (1) ; voyons, maintenant^ comment la société actuelle va défendre : la philosophie de rignorance.
(1) Voici, la preave : qa6,M. Cousin est persuadé: que, la philoso* phie réelle n*existe pas encore.
— « Il y avait du moins, dit-il, entre M. Hegel et moi, quelque chose o de commun, une foi commune dans la philosophie , une commune <( conviction qu'il y a ou qu'il peut t avoir pour Tesprit humain, une « sciBNCB vraiment digne de gb nom, qui n'atteint pas seulement «< rAFPARincB, mais la réalité des choses ; qui n'exprime pas seule- « ment les rêves mobiles de l'imagination humaine, mais le caractèrr
n IHTRIHSÈQUR DBS ÉTRB8. y»
Promenade philosophiqtte en Allemagne, Revue des
DEUX MONDES, OCtobrC 1857.
— Si, M. Cousin avait été convaincu : que, la philosophie réelle a déjà une existence réelle ; il n'aurait pas dit : qu'il y a ; ou qu'iL peut T AVOIR ; il aurait dit : elle bxistb.
J*ai exposé la philosophie réelle : j'ai exposé la scibncr vraiment digne db ce nom ; la science qui n'atteint pas seulement l'apparrncb, mais la réalité des choses; qui n'exprime pas seulemeut : les révbs aiOBiLEs de l'imagination humaine ; mais, les caractères ihtriiisèoues DBS Êtres.
Est-ce que M. Cousin accédera à la science, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ? Non. Parce que :
— R Leurs yeux, dit M. Guizot, ont pour ainsi dire la faculté de « s'ouvrir et de se fermer, selon leurs désirs. Ce qui est clair leur « parait obscur ; ce qui est prouvé devient incertain, ou même faux. « Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres; et , quand la lumière « essaye de pénétrer, elle leur est à la fois : insupportable et douteuse.»
— Voici, du reste, une sentence prononcée par M. Cousin, extraite du même article (octobre 1857), prouvant : que, pour M.Cousin, la philosophie réelle, n'a pas encore d'existence réelle.
— « La religion et la philosophie, dit-il, sont deux ordres de pensées • essentiellement distinctes, qui différent «fc/>?rh* le cùmmencement du « monde et qui différeront jusqu'à la fin des tkmps. »
— Je dis : que, cette sentence est un aveu implicite : que , la phUo^ Sophie réelle n'a pas encore d'existence réelle.
— En effet : dans cet article ; et, dans tous ses ouvrages , M. Cousin affirme : que, la religion est nécessaire à l'existence sociale.
Or, affirmer : que, la philosophie actuelle , ou le raisonnement actuel, est antagoniste delà religion ; proposition conduisant nécessaire-
B84 SCIRNCE SOCIALE.
— u Mais le peaple, continue la société actaelle, a sa philosophie, et pour ainsi dire une métaphysique ntUureUê qui sort des suggestions
spontanées de la conscience. »
— Ces suggestions spontanées de la conscience sont toujours^ en époque d'ignorance, soufflées : par des prêtres; ou, par des philosophes; et, comme la société actuelle ne veut plus de preuves dominants ; elle veut : que, ces suggestions soient soufflées : par des philosophes dominants. Alors, nous serions complètement : sous, le régime de la Chine.
— « Cette métaphysique-U (celle dçs suggestions soufflées par Téducalion], cette métaphysique-là, continue la société actuelle, est tout à la fois LE POINT DE DÉPART, LA RÈGLE ET LE JDGS dû Tautre métaphjsique. s
— J*ai dit : que, la philosophie de la société actuelle est une sottise : devant toujours être soumise : aux caprices de l'ignorance; aux décisions chaotiques et toujours ininterprétables des masses. D'après ce qui précède ; j'ai, peut-être, eu tort. J'aurais du dire : La philosophie de la société actuelle, est : I'art, d'a-