‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 64 sur 70 · REU6I0N · texte numérisé non relu

REU6I0N

La science sociale, rendue rationnellement inconteslable , vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, avant de parler de religion^ il faut attacher, à ce mot : un sens clair ; précis ; et, ne renfermant rien d'absurde ;

Que, le mot religion exprime : le lien des actions (f une vie à une autre vie; c'est-à-dire : que, le mot religion exprime : la sanction inévitable; la sanction reugieuse.

— « Le dogme fondamental de toules les religions , dit litlebr&nche, cVst qu'il existe un Dieu gui ricomj^ense et funit, »

— Ainsi, la base religieuse n'est autre : que , le lien des lions d'une vie à une autre ; et, la véritable signification , du mot Dieu, n'est autre : que, sanction rsugibijsb.

— « Sans le bandeau de la religion jeté sur les yeux du peuple, la société, dit M. Prondhon, se fût mille fois dissoute. •

— Ainsi, sans religion : pas de société ; l'humanité meurt ; c'est, M. Proudhon qui Taffîrme.

— « La vertu et les scrupules, dit Rousseau, ne font iei-bas que det dupes. Otei la justick étbhiiellb et la prolongation de mon être après cette yie, je ne vois plus dans la viarn qu'une polis à qui Ton donne un beau nom. «

— La même science sociale, confirme et établit :

Que^ le lien religieux est nécessaire, absolument nécessaire : à l'existence de l'ordre social, vie humanitaire.

La même science sociale établit en outre :

Que , pendant la première période humanitaire, relative è l'ignorance sociale sur la réalité du droit ; relative à la souveraineté de droit divin ; le lien religieux était nécessairement

(1) Voyez : notre ouvrage intitulé : VÉconomiê politique, source des révolutions, etc., t. I, 6tudb ii ; et t. If, êtudr m, ainsi que les Appendices à ces études.

SGISNGB SOCIALE. 667

hypothétique; que, Thypothèse de ce lien, quant à sa r&ilité, éXaii basée sur une foi^ socialement imposée : par une forcei s'emparant de l'éducation et de l'instruction ; force, basée sur la possibilité de comprimer l'examen ; possibilité sanctionnée : par uneinquisition; inquisition, par conséquent, absolumentnécessaire, alors : à l'existence de l'ordre sociaK \ie humanitaire;

Que, pendant la seconde période humanitaire , toujours relative à l'ignorance sociale sur la réalité du droit; relative à la souveraineté du peuple ; le lien religieux hypothétique, le seul possible alors, perd nécessairement toute puissance ; par Timpossibililé : de conserver, socialement, le monopole de l'éducation et de l'instruction ; par l'impossibilité : de comprimer, plus longtemps, l'examen; par l'impossibilité : de conserver 1 inqm'sition en vigueur. La société, alors, progresse au sein de l'anarchie ; jusqu'à ce qu'elle meure, par l'excès des maux qui en résultent; ou, parvienne làrendrela réalité du lien religieux, rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ; lien, qui, jusqu'alors et nécessairement, avait été : exclusivement hypothétique ;

Que, pendant la troisième période humanitaire; relative, à la connaissance sociale sur la réalité du droit ; relative , à la souveraineté rationnelle ; la réalité du lien religieux se trouve, socialement, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun; que, par conséquent, l'ordre social, vie humanitaire, devient indestructible : parce qu'il brave l'incompressibilité de l'examen ; parce que la raison , base de ce lien , succède à la force, pour s'emparer de l'éducation et de l'instruction ; sans nécessité d'autre sanction sociale : que, la raison de chacun ; identique^ alors : à la raison de tous.

La société actuelle proclame, au contraire :

Qu'elle ne sait pas , ce que peut signifier le mot religion ; ou, que si elle croit le savoir, elle le sait si mal ; que, ce qu'elle en «f firme, en est précisément : la négation.

Kn effet , au mot Religion ^ le dictionnaire dit : culte qu*(m REND A LA mviNiTÉ ; et, vis-à-vis de la raison : si , l'existence (le la divinité était réelle; l'existence, de la réaUlé du lien religieux, serait absolument impossible.

De plus, la société actuelle croit si peu : que le Men religieux

est exclusivement la base de Tordre social , vie hiimanitaire ; qu'elle l'a exclu du domaine social, par la séparation du spirituel et du temporel; ou mème^ par l'assujettissement : du spilituel au temporel.

— a Désormais, quoi qu'on fasse, dit le professeur chéri de la société actuelle ; désormais^ quoi qu*on fasse, l'ËtAt ne peut plus s'appuyer sur une religion; ce sont au contraire les religions qui demandent à }('*ap— puycr sur TÉlHt, pour obtenir de lui un budget, le matériel du culte et une protection hécessaiee. »

— C'est clair; et, carrément exposé.

Quant, à la division de la durée humanitaire, en trois périodes relatives aux différentes souverainetés; la société actuelle proclame : que, ce sont là des inventions de pédants; que , la souveraineté de droit divin, n'a jamais été absolument nécessaire à l'existence de l'ordre ; que, la souveraineté du peuple , est : le beau idéal ; le nec plus ultra des connaissances pos^ sibles; et, que la souveraineté de la raison, la souveraineté de la science» ne peut, absolument, avoir de valeur : que, comme attrape-niais.

La société actuelle ; c'est-à-dire : l'économie politique , son interprète favorite, va plus loin encore; elle affirme, par la bouche de M. Bastiat , l'un de ses prophètes : que , moins on est sot; et , moins Ton a la faiblesse de croire à la réalité du lien religieux.

— « Nous sentons tous dans le cœur, dit Bastiat , une puissance irrésistible qui nous pousse vers la religion ; et en même temps nous sentons dans notre intelligence une force non moins irrésistible qui nous en éloigne, et d'autant plus, c^est un point de fait, que l'intelligence est plus cultivée; en sorte qu'un grand docteur a pu dire : Litterati minus rredunt (1). il

— C'est, encore clair ; et, carrément exposé. Jl y a bien eu, cependant, quelques protestations à cet ^ard. Par exemple, M. Pierre Leroux a dit :

(1) On croit d^autant moins, qu'on est plus instruit.

— a A Rome, le scepticisme enyahil toat; sous Auguste. . ., et Jésus uaquit sous Tibère. . . on a toujours vu, à ces époques d*incréduUté^ les tincieunes religions protégées par les politiques et entourées par eux d^uo respect hypocrite, ce qui est un grand signe. Les Ëlats sentant ces colounés leur manquer, 8*épouvantent , et cherchent à les solidifier afin de s*f lenir. C'est qu'en effet le scepticisme systématique n^est pas supportable pour un peuple. Qu^arrive-t-il donc? Les plus éclairés parmi les dominateurs finissent par comprendre que la masse des hommes ne peut plus être sceptique (1) comme eux ; ils soient d'ailleurs clairement que leur propre intérêt et leur sûreté exigent que le besoin religieux ait satisfaction (2) ; et c^cst alors qu'on proclame à la fois que la religion n'est faite que POUR LE peuple, et qu'elle est pourtant indispensable et nécessaire. Les sceptiques prennent un masque, et se font comédiens de religion pour le peuple comme ils sont comédiens d'irréligion entre eux. De là une réaction hypocrite contre l'esprit philosophique et novateur. Ces moments de la vie d'une nation, où ce qu'on appelle la haute classe est pourrie d'incrédulité et se fait ostensiblement déyote par politique et par intérêt; où elle ridiculise , dédaigne et persécute l'esprit religieux rénoYateur , en même temps qu^elle voudrait redoubler sur les yeux du peuple le voile des anciennes superstitions; ces époques sont les plus tristes et les plus'dou* loureuses de la destinée des nations. »

— Ce tableau, de la société actuelle, est admirable de vérité. Visitez les salons ; osez y dire : — a que, le lien religieux est ce nécessaire à Texistence sociale ; et, que du moment : que le a lien religieux ne peut plus se baser sur une croyance; il est a nécessaire, sous peine de mort sociale, qu'il puisse se baser a sur la soence; » — tous, s'arrêteront; tous, vous regarderont ; et tous vous prendront, tout au moins : pour, un échappé de Charenton.

Aussi :

Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie l'y ait forcée sous peine de mort sociale ; convaincre , la société actuelle : que , le lien religieux est absolument nécessaire à l'exislence de l'ordre , vie humanitaire ; et que , désormais, ce lien doit être exclusivement basé sur la science ; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

(1) Remarquez : que le mot sceptique est le terme poli ; pour exprimer rigoorancc, 8ur la réalité du droit.

(2) Ce n'est pas, besoin religieux ; mais, ifÉCKbi»iT& religieui>e , qu'il fallait dire

670 SCIBNCE SOCIALE.

Conoevez-Yous, maintenant : pourquoi^ la sdenoe^ sociale , quoique rendue rationnellement incontestable , yis-à-ris de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile) C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un oenreau, non paralysé : par les pr^ugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre,' de paix et d'union se préseate, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la yérité, ellb TftOcnrE la

PLAGB P1I8E. »

— Et, pour ceux, chez lesquels la place se trouve prise :

— « Leurs yeux, dit M. Guixot, ont pour ainsi dire la fiiculté de 5*oa- Trir et de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair leur paraît ohscor, ce qui est pbouvé devient incbitaik ou même faux. Ils TÎTeoC plongés dans leurs propres ténèbres, et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois iksuppoitablb et doutbusb. »

— Ces deux passages sont admirables. 11 n*y a pas une démonstration d'erreur, qui n*en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie , seule , peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis ce devoir. Le reste : ne me regarde pas.

En présence des regrets que peuvent causer : et l'entëlement de l'ignorance ; et, les difficultés de lui abaisser les cataractes intellectuelles; voici, néanmoins, des paroles consolantes :

— a Le tort commun de toute térité nouvelle qui surgit est d'effrajer au lieu de séduire^ de blesser au lieu de conyaincre. C*est qu'elle s^élaoce avec d'autant plus de force qu'elle a été plus longtemps comprimée ; c*est qu'ayant des obstacles à vaincre, il faut qu'elle lulte et qu'elle renven»e, jusqu'à ce que^ comprise et adoptée par la généralité, elle ueviehne la base d*um houvbl obdek social. »

(Louis-Napoléon Bokapartb.)

SGISKGB SOCIALE. 671

MOIULB (1).

La science sodale, rendue rationnellement incontestable visà- vis de tous et de chaain^ établit :

Que, la morale est la conformité avec la justice ;

Que, la justice est la conformité avec la raison;

Que, par conséquent, la morale n'est et ne peut être : que, la conformité avec la raison.

La même science sociale établit en outre :

Que, commettre une action qui vous est nuisible ; comme est celle de se dévouer, de se sacrifler; sans autre raison : que, la passion, le caprice ou le pr^ugé ; est, vis-à-vis de la raison^ présupposée devoir dominer : un acte de folie; par conséquent une iigustice ; une immoralité.

La même science sociale établit enfin :

Qu'il n'est qu'une seule raison, qui puisse justifier le sacrifice, le dévouement : la RÉAinÉDU lieit religieux ; et, qu'en dehors de cette réalité, le dévouement, le sacrifice , loin d'appartenir à la justice, à la morale^ à la raison ; ne peuvent être : que, des actes d'injustice, d'immoralité et de folie.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Qu'elle ne sait pas ce que c'est que la morale ; et, que le je ne sais quoi^ nommé morale^ n'est basé sur rien de rationnel. . — Calomnie, va-t-on s'écrier.

— Calomnie I Non. Médisance t Oui. Prouvons :

La société actuelle, matérialiste par essence : puisqu'elle est" régie par la souveraineté du peuple ; et, qu'elle subordonne le spirituel au temporel ; la société actuelle, dis-je, a pour représentant : l'économie politique.

L'économie politique a pour intei^rèlei son prophète : J. B. Say.

Écoutons J. B. Say :

<— « La seule étude importante, dit-ii, qui ne paraisse pas pouvoir être l'objet d*un enseignement public, c^est Y étude de la morale, m

(1) Voyez notre Économie politique, etc., t. î, âtodk u et ses Appendices.

672 SCIENCE SOCULB.

— 11 est évident : que, si la société savait ce que c'est que la morale; cette coDDaissance pourrait être l'objet : d'un ensetgnement public.

Si; en outre^ ce je ne sais quoi, nommé morale, avait une base rationnelle; la connaissance de cette base pourrait être l'objet : d'un enseignement public.

A propos^ de morale; ou, du je ne sais quoi, ainsi nommé ; la société actuelle a même accepté : la maxime de CicéroD :

— « Faites le bien sans biison. »

— Ce qui implique : que, le bien, ou leje ne sais quoi nommé moralcy ne peut en rien, s'appuyer : sur la raison.

M. Proudhon n'a été que l'interprète, de la société actuelle, quand il a dit :

— « L'homme qui n'a de vertu privée, de fidélité aux engagements. . . que par crainte de Dieu (1) • • . . loin d'être un saint, est tout simplement un scélérat. »

— A cet égard, Platon, Locke, Voltaire, Rousseau, Chateaubriand, la Mennais, Lamartine, etc., se font honneur : d'être SCÉLÉRATS ; et, j'avoue : qu'avec ces messieurs, et avec M. Proudlion lui-même, je me fais honneur de mériter le titre de «celéral.

Je dis, avec M. Proudhon lui-même : parce que cet émineot moraliste n'hésite nullement pour s'écrier :

— « Dévouevvnt ! Je nie le dévouement : c'est du mysticisme. »

— Il est évident qu'aux yeux de M. Proudhon, le mysticisme est delà folie; donc, le dévouement; ou, ]e faire le bien, sans raison, est de la folie. Voilà, M. Proudhon aussi scélérat : que, Platon, Locke, Voltaire, etc., et moi-même.

H. Gnizot est bien aussi un peu scélérat, selon M. Proudhon :

(1) Dieu, signifie ici : sanctio.^ HELitiiKiiiK.

SC1£NCK SOCIALE. 673

-— c Que tout, dit-il, ce qui n'est pas lîgalembht défendu se trouve tout à coup MOBALnaiiT permis; que les citoyens ne se croient plus aucun devoir, ne reconnaissent plus aucun frein, partout où ils ne verront pas Téchafaud, l'amende ou la prison, la société sera bientôt dissoute. Il lui faut d^autres liens que ceux de la crainte, d'autre crainte que celle du sang...

« Aussi n'a-t^on jamais vu la société subsister sans aufre frein que ce qui est écrit dans les codes. »

— Ce que M. Guizot vient de dire, Platon le professait, il y a plus de deux mille ans :

— c Nui n'est bon, disait Platon, que parce qu'il n'ose être méchant. Faites le plus homme de bien un demi-dieu , qu'il soit à l'abri du châtiment. Us crimes énormes ne lui coûtent plus rien. Mdlre de contenter ses passions, s'abstiendra-t-il, par un ridicule entêtement roua la jub- TiCK, de commettre meurtre , brigandage? En un mot, verra-t-onde la différence entre Je plus scélérat et lui ? »

— Les matérialistes, de la société actuelle^ afBrment : quils ont ce ridicule entêiement. En le disant, ils raisonnent bien. Ceux qui raisonnent mal, sont ceux qui les croient

Locke pensait comme Platon.

— a Le brigandage, la violence et le meurtre ne sont , dii-il, que des jeux pour des gens mis eu liberté de commettre ces crimes sans être censurés ni punis. »

— «Le méchant^ dit Rousseau, tire avantage de la probité du juste et de sa propre injustice. Il est bien aise que tout le monde soit juste, excepté LUI. »

— 11 est évident : que le premier soin du fripon est de prêcher la probité; et de dire, au besoin : Faites le bten^ satis raison.

— « La morale, dit M. Proudlion, n'a de sanction qu'elle- mAmi; elle dérogerait h sa dignité^ elle serait ivhokale si olle tirait d'autres sa cause et sa fin. 9

— C'est toujours le commentaire de Cicéron. Gela signifie : que» la morale, basée sur la raison, est immorale ; ce qui im-

674 SGIIMGI SOCIALE.

pUque : que» ce qui est raisonnable est immoral. Vous oonceroz alors : que^ la seule morale qui ne soit pas immorale, est celle des fripons, sachant se mettre à l'abri du bourreau. C'est, cette morale de l'immoralité, que H. Guizot, sans le savoir, j'ea suis certain, a inculquée à la jeunesse, en lui disant, dans la chaire qui lui était confiée :

— « Pour ceux d^entre tous qui ont fait dei études philosophiques on peu étendues , il est, je crois, évident aujourd'hui que i.i mobàlb ut u-

DÉPKRDÀKTB UKS 1DBB8 RV<I61BU8I8. 9

— - Ce qui est précisément le contraire, de ce que la science sociale établit : quHl n'est qu'une seule raison^ qui puisse jus^ Hfier le dévouement, le sacrifice : la réalfié du lien reu-

OIEUX*

Relativement, aux trois périodes humanitaires; il est évident : que , la morale pour la première période est basée sur une hypothèse, ayant pour sanction : une inquisition ; que, pour la seconde période, la morale, n'a aucune base possible; que, pour la troisième, la morale : est basée sur la science, inévitablement sanctionnée, par le lien religieux; et, pratiquée socialement, d'une manière indestructible : pour tout le reste» de la durée humanitaire, sur le globe.

Mais allez le dire à la société actuelle : elle vous mettra dans un cabanon. Aussi :

Vouloir, par le seul raisonnement ; et, avant que l'anarchie ne l'y ait forcée sous peine de mort sociale; convaincre la société actuelle : que, l'existence de l'ordre, vie sociale, n'a de base possible : que le lien religieux ; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

GoDoeTez-Yous maintenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile! C'est , que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— 0 Lorsqu'une doctriae d'ordre, de paix et d'union se préienle, dit

8GIBNCB SOGIALB. 678

Bastiat^ elle a beau avoir pour ello la elarU •! la vérité, itii Tioon la

PLACB PII8B. »

-« Et» pour oeux, chei loHpieUi te phee esi pri$ê,

— « Leurs yeux, dit 11. Quiiot, oot pour ainsi cHre la faculté de 8*on« ▼rir et de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est elair leur paraît réellement obscur; ce qui est p«ou?t davieal wcnTAni ou mtee vavi. lia vivent plongés dans leurs propres ténèbres , et qu^nl U lumièii eesAjO de pénétrer, elle leur est à U fois miwrQBUBui et oqutbuib, »

— Ces deux passages sont admirables. 11 n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applioations* Je Tai d^à dit mille fois : Tanarchie seule peut abaisser les cataractes de rignorance sociale. Jusque-là» toutes les démonstra** lions possibles sont inutiles. Hais» il est du devoir» de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis ce devoir* Le reste : ne me regarde pas.

En présence des regrets que peuvent causer : et, i'enttte* ment de Tignorance ; et» les difficultés de lui abaisser les cataractes intellectuelles i voici^ ntounoins des paroles oonso^ lantes:

— « Le sort commun do touto vérité iiouveUi qui aurgit est d^ofirsf er

au lieu de séduire, de blesser au lieu de conniucre. C*est qu*eUe s'éUuce avec d'autant plus de force qu'elle a été plus longtemps comprimée ; c'est qu'ayant de$ obstacles i yaiiicre, il faut qu'elle lutte et qu'elle renverse, jusqu'à ce que , comprise et adoptée par la généralité , elle dbyibhiie la

BASE o'UN HOUYEL ORDEI SOCIAL. 1»

(LoniB-NAPoutoK BoHArAHR.)

ORGANISATION SOCULE.

La science sociale rendue rationnellement incontestable, visà-vis de tous et de chacun, établit :

Que, l'organisation sociale est complexe ; Que» les éléments de l'organisation sociale sont :

V* L'état des oonoaissanoes sur le droit;

2^» L'organisation de la propriété.

Que> ces deux éléments doivent être harmoniques ; c'est-àdire : que, l'organisation de la propriété doit toujours être subordonnée à l'état des connaissances sur le droit ; et cela : sous peine, d'une anarchie continuellement croissante; sous peine d'un ordre plus ou moins éphémère; sous peine enfin d'une agonie sociale» plus ou moins longue; et, conduisant définitivement : à la mort.

Qu'il n'y a : que deux espèces d'états de connaissance, sur le droit:

1^ L'ignorance sociale sur la réatité : et, du droit ; et, de son étemelle sanction ;

'SiP La connaissance sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun : delà réalité du droit; de la réalité de sa formule; et, de la réalité de son éternelle sanction.

Qu'il n'y a : que, deux espèces d'organisation de propriété;

i^ L'aliénation du sol et des capitaux acquis par les générations passées : soit, à un seul ; soit, à plusieurs.

2* L'entrée à la propriété collective, du sol et des capitaux acquis par les gén^ations passées.

La même science sociale établit en outre .

Que, pour la première période sociale, relative à la souveraineté de droit divin ; le sol, et les capitaux acquis par les générations passées'; sont, nécessairement aliénés : soit, à un seul ; soit, à plusieurs; et cela : sous peine d'une agonie sociale, conduisant, plus ou moins vite : à la mort.

Que, pour la troisième période, relative à la souveraineté rationnelle ; le sol et les capitaux acquis par les générations passées; moins, ce qui doit rester, de ces capitaux, entre les mains des individus, pour que la consommation et la production soient toujours au maximum possible des circonstances; appartiennent, à la propriété collective ; et, qu'alors, la durée de l'ordre est égale : à la durée du globe.

Que, pour la seconde période sociale, relative à la souveraineté du peuple; la société marche à la mort, par une anarchie

SCIENCE SOGIAt.E. 677

continuellement croissante : soit que le sol et lescapilauxacquis se trouvent aliénés ; soit, qu'ils appartiennent à la propriété collective.

La même science sociale établit encore :

Que, de même que l'organisation de la propriété, doit être subordonnée à l'état des connaissances sur le droit; de même l'ordre temporel doit toujours être subordonné : à l'ordre spirituel.

La société actuelle au contraire, prétend :

Que l'organisation sociale est exclusivement relative : à la souveraineté du peuple ; c'est-à-dire : à la force brutale ;

Qu'il n'y a pas deux sortes d'éléments à considérer pour organiser la société; puisque la seule souveraineté du peuple, arbitraire par essence, dirige l'organisation;

Qu'd n'y a d'autre état de connaissance, sur le droit; que, de savoir : que, le plus fort fait la loi : soit sous le masque d'une raison révélée ; soit, sans masque ;

Qu'il n'y a qu'une seule organisation de propriété ; celle, rdative à l'aliénation du sol : puisque la pensée de foire entrer le sol à la propriété collective, est une utopie ; si, ce n'est un crime ;

Que, vouloir subordonner l'organisation sociale aux différentes périodes humanitaires, est un crime de lèse-humanilé : au premier chef.

Et, que vouloir subordonner le temporel au spirituel, est un crime encore plus grand : s'il est possible.

11 y a, cependant, des exceptions : à cet état général de folie. Mais, toutes les théories présentées par ces exceptions sont basées sur l'hypothèse : que, l'organisation sociale, qui existe depuis l'origine du monde ; et, qui consiste à considérer la société, comme reposant nécessairement : soit, sur une foi, quand c'est possible ; soit sur la force brutale, quand la foi n'est plus possible. Et cette hypothèse est une immense erreur. Alors, nous ne citerons ces exceptions; et, les théories qu'elles acceptent ; que pour faire remarquer : en quoi, elles sont utopiques.

— • Il y a en trois ordres avant 1789, dit M. Michel Chevalier ; il j avait deux ordres, deux classes avant le 24 février 1848 : il ne doit pins y avoir qu'un ordre ou une classe, n

678 SGIENCB SOCfALB.

— C'est exprimer, parraitement, les trois périodes humanitaires ; avec l'erreur» de ne rapporter qu'à la France ; ce, qui doit être rapporté à l'humanité tout entière. Gomme nécessité sociale actuelle ; c'est admirable d'observation. Sous» la souveraineté de droit divin; il y a, nécessairement, trois ordres: eUrgé^ noblesse et peuple ; sous> la souveraineté du peuple; il n'y a, nécessairement, que deux dasses : BOuaGBOisiB et PROLÉTARIAT. Msis, il n'y a de possibilité, pour n'avoir qu'un ordre, qu'une classe : que» sous la souveraineté rationnelle ou scientifique ; et, M. Blichel Chevalier nie la possibilité d'existence de cette souveraineté.

D'ailleurs Texistence d'une seule classe, celle de l'humanité, est incompatible :

1^ Avec, l'existence d'un droit et d'une sanction de droit ; basés, sur une foi; ou, sur la force brutale. Et, M. Michel Chevalier ne reconnaît pas d'autre base possible: soit, au droit; soit, à la sanction du droit : qu'une foi ; ou , que la force brutale;

3f Avec, l'existence des nationalités. Et, M. Michel Chevalier ne croit point à la possibilité : d'anéantir les nationalités. Ce, en quoi, il est logique ; du moment qu'il déclare impossible : la démonstration rationnellement incontestable : et, de la réalité du droit ; et de la réaUté de la formule du droit ; et, de la réalité de son inévitable sanction ;

3^ Avec, l'aliénation du sol , et des capitaux provenant des générations passées. Et, M. Michel Chevalier, comme le reste des économistes, veut maintenir : cette aliénation.

— « Un fait Mt certain, dit encore M. Michel Gheralier : la coirfTniF- TiOK iOciAu TOVT nfTiiii UT BN QUESTION CHiE ROCS, n fAM novt SLU i'isT DANS LE MONDE. •

•—C'est, toujours, admirable d'observation. Mais, qu'est-ce que la constitution sociale? Sans aucun doute, c'est l'organisation sociale. Puis en quoi consiste l'organisation socialet Voilà à quoi il faudrait répondre, sans galimatias. C'est, ce que nous venons de faire ; et, ce que M. Michel Chevalier n'a jamais fait Nous avons dit : ce, que c'est que l'organisation sociale; et, en

SGIBNCB 80GIAL1S. 670

quoi consiste oelle relative à la nécessité sociale actuelle. Eh bien I M.Michel Chevalier nie la possibiUtéde cette organisation. Ce n'est pas le tout, d'affirmer : que, la constitution sociale TOUT EMTiÈBB ost OU doulo. Si , alors^ vous ne dites : en quoi consiste le doute; et, comment il est possible d'anéantir ce doute; votre déclaration est exclusivement : anarchique.

<— « Il y a anjonrd'hiii, Hit encore M. Michel Chevalier, dent iiatnreg ennemie» ; la hatuu nouiCBom et u hàtuib fbolétaim. v

— Toiyours admirable d'observation. Mais, comment est-il possible : que, ces deux natures ennemies, s'unissent en une seule nature de frères^ s'aimant autant désormais ; que, auparavant, ces deux natures se haïssaient T Voilà, encore, ce qu'il faut dire : sous peine de n'avoir fait qu'une déclaration anar-* chique.

— « U sufltit en France^ dit encore M^ Michel GbevaUer, de regarder

autour de soi pour reconnaître que si la bourgeoisie oisive représente en totalité l'élément d'ordre , ce n'est qu*i Taide et par Tintcrmédiaire de quntre cent mille baïonnettes^ non compris les baïonnettes bourgeoises..., ce qui démontre clairement que cette bourgeoisie ne conserve plus la prédominance qu'en opposant aui masses la force des mRsses elles-mêmes : position critique à faire frémir , et qu'iL Bar mpoasiBLi di f airi DURBi, car toutes les baïonnettes commencent à dbyenir iktelligbhtbb. »

— Eh bien I que voient-elles : ces baïonnettes intelligentes T qu'il faut renverser l'ordre social actuel? Voilà, n'est-il pas vrai, ce que vous en inférez. L'ordre social actuel ne peut durer > ditesvous. C'est toujours admirable d'observation. Mais, quand vous l'aurez renversé cet ordre social ; par quoi le remplacerez^ vous? vous, qui ne savez : en quoi, consiste Tordre social.

Je pourrais faire un volume de pareilles citations de M. Michel Chevalier. Et, qu'on ne dise pas qu'elles sont antérieures à sa nomination de professeur d'économie politique : cor , les citations relatives : à la nécessité de n'avoir plus qu'une seule classe ; et, à la mise en doute de la constitution sociale tout entière, sont de 1848. Et, à cet égard, j'ai choisi M. Michel Chevalier ; parce que, je le considère : comme, l'homme le moins

680 ^GIRNCB SOCIALE.

ignorant qu'il y ait en Europe : en faitt de constitution ; ou d'organisation sociale.

— « La société, dit M. Guisot, ofire Pîmage de ce chaos si bien défini par ces paroles : Chaque chose n'y est point i sa place, et il n'y a pas une place pour chaque chose. »

— C'est vrai ; mais, il aurait Mu dire pourquoi ; et, ce pourquoi appartient à l'organisation sociale. Dès, qu'il n'y a plus harmonie : entre l'état des connaissances sur le droit ; et, l'organisation de la propriété ; la société offre Vimage^ etc.

»-« De tous les abus, les plus odieux, selon moi, dit M. Blanqui, soni ceux de la pbopriétb. Si les lois ▲ctobllu règlent mal l'usage de la propriété, nous pouvons les refaire. Rbmanibz donc les lois qui règlent l'usage de la propriété. »

— Très-bien 1 mais comment ? est-ce au hasard? Les lois qui règlent l'usage de la propriété ; ou, plutôt l'organisation de la propriété appartient à l'organisation sociale ; et, l'organisalion de la propriété doit être subordonnée, à l'état des connaissances sur le droit. Voilà ce qu'il fallait dire ; et, en outre, le

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