VALEUR HISTORIQUE DE L EXPRESSION IMPÔT
« Les impôts indirects sur les divers objets de consommation (en Angleterre) entrent dans cette somme (le revenu général) pour la part énorme de 38,236,000 £, et l'impôt direct sur les terres, y compris les domaines de la couronne, seulement pour 1,532,000 £; c'est-à-dire que leur unique charge est de concourir au montant général ( 52 millions) des taxes dans la misérable proportion de 1 pour 33. »
Revue indépendante, mars 1842.
— «Avec la loi économique actuelle, le revenu net (l'ensemble des propriétaires, en Fiance un million d'individus) a droit à tout , est maître de tout. Il ne laisse au peuple que ce qu'il veut bien lui laisser ; tout le reste est à lui, parce que tout est à lui.
« Il y a cinquante ans déjà que cette loi économique nui donne tout au revenu net et rien à l'humanité a été formulée par Malthus, dans un livre de bronze, en ces termes :
« Un homme qui naît dans un monde déjà oc- « cupé, si sa famille n'a pas le moyeu de le nour- « rir, ou si les riches n'ont pas besoin de son « travail , cet homme , dis-je, n'a pas le moindre « droit à réclamer une portion quelconque de nour- « riture, et il est réellement de trop sur la terre. Au « grand banquet de la nature il n'y a point de « couvert mis pour lui. La nature lui commande de « s'en aller , et elle ne tardera pas à mettre elle- « même cet ordre à exécution. »
Pierre Leroux, Ploutocratie.
Sous le despotisme, l'expression impôt ne signifie jamais :
« Revenu de la richesse sociale, dans lequel se « trouve nécessairement compris, un prélèvement sur « les propriétés individuelles, prélèvement nécessaire « pour équilibrer les injustices inhérentes à l'hérédité « de la propriété dans les familles ; hérédité qui ne « peut cependant se trouver abolie, parce qu'elle est « elle-même nécessaire à l'existence de la société. »
Sous le despotisme , l'expression impôt signifie :
« Part prélevée sur la richesse et le travail de cha- « cun, dans le but de maintenir l'ordre. »
Cette phrase est équivoque. Sa valeur réelle se découvre seulement lorsque le protestantisme vient à se trouver généralement établi. ] Et alors , cette phrase jusque-là équivoque, signifie incontestablement :
« Part prélevée sur la faculté de travailler, dans le « but de maintenir : le monopole des développements « de l'intelligence , le despotisme , l'exploitation des « masses : par les propriétaires. »
— Nous avons dit : que, sous le despotisme il y avait quelquefois un impôt placé, en apparence, sur la propriété. Nous allons prouver : que, ce prétendu impôt est toujours, sous le despotisme, placé en réalité, sur la faculté de travailler.
En effet :
Quelles que soient les différentes dénominations , sous lesquelles il ait plu à la législation actuelle de classer les impôts ; il n'y a que l'impôt foncier, qui ne soit pas évidemment placé : sur la faculté de travail-
1er. C'est donc , exclusivement, cette espèce d'impôt qui va nous occuper.!
Croit-on : que, si l'impôt foncier se trouvait subitement aboli, le travailleur consommateur s'en trouverait soulagé? Nullement : car, les baux monteraient d'autant que l'impôt aurait baissé.
Pour, que le travailleur puisse se trouver soulagé, il ne s'agit pas seulement : d'anéantir toute espèce d'impôt, indirectement placé sur la faculté de travailler ; il faut encore : que, le sol , sans nuire à personne , soit entré à la propriété collective (1). Avant cette entrée, toute amélioration sociale, relative aux intérêts matériels, conduit d'autant plus tôt à l'anarchie, qu'elle approchera plus : de ce qui doit être, sous l'ordre réellement rationnel. Et, l'abolition de tout impôt sur le travail, par l'entrée du sol à la propriété collective, conduirait également à l'anarchie; si, cette abolition n'était précédée : de l'anéantissement de l'ignorance sociale , sur la réalité du droit.
Nous savons : que, des théories aussi absolues, inflexibles comme le raisonnement même, sont l'antipode du siècle actuel. Cela doit être, à une époque où chacun, dit avec une naïveté charmante : qu'il faut bien se garder de suivre un raisonnement dans toutes ses conséquences; parce qu'il n'en est aucun , qui ainsi suivi, ne conduise à l'absurde. Si , la société profitait de cet axiome général, pour en conclure : « que , jusqu'à préce sent, tout raisonnement a été mauvais ou absurde ; » ou
(!) Voyez les prolégomènes de la Science sociale.
bien encore : « que, le raisonnement ne pouvant être « bon à rien, le meilleur est de se plonger : soit dans « l'abîme de la foi ; soit dans le néant de l'automa- « tisme; » nous comprendrions ces conclusions, dont la première, cependant, est seule bonne. Mais non : toutes les deux sont repoussées. On se dit : le raisonnement ne peut conduire qu'à l'absurde. Eh bien! raisonnons. Que faire contre une pareille folie ? Rien. Attendre, que, l'absurde du siècle ait produit toutes ses conséquences. Cet absurde, est une des nécessités : de la transition à l'ordre réel.