MAINTIEN DES MASSES DANS L IGNORANCE
« La science est belle, sans doute, et vaut bien, à elle seule, les travaux de l'homme ; mais elle est mille fois plus belle quand elle devient une puissance et enfante la vertu. C'est là , Messieurs, ce que nous avons à faire : découvrir la vérité, la réaliser au dehors, dans les faits extérieurs , au profit de la société ; la faire tourner au dedans de nous, en croyances capables de nous inspirer le désintéressement et l'énergie morale qui sont la force et la dignité de l'homme dans ce monde ; voilà noire triple tâche, voila ou notre travail doit aboutir. ••
M. Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. I, p. 31 (1).
— « Ce qui constitue la science, c'est la suppression de toute anomalie, l'ordre substitué à l'arbitraire, la réalité à ['apparence, la raison aux sens et à l'imagination, les phénomènes particuliers rappelés et élevés à leurs lois générales. »
M. Cousin, Introduction a l'histoire de la philosophie, p. 235 (2).
— « Ce n'est pas aux lecteurs de cet ouvrage que je croirai jamais devoir prouver que les idées gouvernent et bouleversent le monde... Ils savent surtout que la grande crise politique et morale des sociétés actuelles tient, en dernière analyse, à l'a-
(1) Et, selon M. Guizot, la science consiste à connaître : que, la morale est indépendante des idées religieuses.
Cette science est le poison de l'humanité.
(2) Substituer la réalité ù Yapparence , c'est démontrer : la réalité , l'immatérialité de la sensibilité , au lieu de l'attribuer aux phénomènes cérébraux.
narchie intellectuelle (1). Notre mal le plus grave consiste, en effet, dans cette profonde divergence qui existe maintenant entre tous les esprits relativement à toutes les maximes fondamentales dont la fixité est la première condition d'un véritable ordre social. Tant que les intelligences individuelles n'auront pas adhéré par un assentiment unanime à un certain nombre d'idées générales capables de former une doctrine sociale commune , on ne peut se dissimuler que l'état des nations re&tera, de toute nécessité, essentiellement révolutionnaire, malgré tous les palliatifs politiques qui pourront être adoptés, et ne comportera réellement que des institutions provisoires. Il est également certain que, si cette réunion des esprits dans une même communion de principes peut une fois être obtenue , les institutions convenables en découleront nécessairement , sans donner lieu à aucune secousse grave, le plus grand désordre étant déjà dissipé par ce seul fait. C'est donc la que doit se porter principalement l'attention de tous ceux qui sentent l'importance d'un état de choses vraiment normal. »
M. Auguste Comte, Philosophie positive, i, T, p. 50 (2).
— <■ Qui croit aujourd'hui que les choses puissent rester ce qu'elles sont? Qui ne vit dans l'attente de grands événements, certains en eux-mêmes, incertains seulement quant à l'époque où ils se reproduiront? Qui ne sent partout le sol trembler? Quel est le peuple au sein duquel il ne s'opère un sourd travail dont s'épouvantent les pouvoirs frappés d'impuissance pour en arrêter le progrès? D'heure en heure la vie se retire d'eux , et on les voit, dans leur défaillance, étendre les bras et s'ap-
(1) Et l'anarchie intellectuelle provient : de ce que M. Auguste Comte et les siens ont détrôné la foi, sans avoir pu introniser la science.
(2) Ce, c'est donc là, de M. Auguste Comte, est très-indéterminé; nous allons préciser.
Démontrez l'immatérialité de la sensibilité, ce qui vous donnera le critérium pour distinguer la sensibilité réelle de la sensibilité illusoire. Dès ce moment : l'anthropomorphisme et le panthéisme sont renversés; le règne de la raison s'établit ; la doctrine sociale commune existe ; des institutions définitives en découlent; l'humanité devient une; et, toute possibilité de révolution, présente ou future, se trouve anéantie.
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puyer les uns sur les autres pour se tenir debout quelques instants de plus. Regardez les royautés pâles, les aristocraties éperdues : qui les effraye? Elles ont entendu le bruit qui précède la tempête, qui court devant elle pour annoncer qu'elle vient. Elles ont aperçu à l'horizon un point noir comme une tache de deuil. Assises à la table de leurs festins, dans l'enivrement d'une joie insensée, tout à coup une ombre a passé devant elles , et sur le mur s'est avancée une main qui traçait des mots sinistres. Qu'est-ce donc qui se prépare? Le monde tressaille , des fantômes traversent les cieux , une lueur obscure enveloppe toutes choses. Est-ce une aube? est-ce un crépuscule? C'est un crépuscule pour vous tous, fils de la vieille société qui descend dans la région des morts. Pour toi , peuple, c'est l'aube du jour que te réservait le Père céleste dans les décrets de sa justice, tardive à nos yeux, mais certaine. »
La Mennais, Discussions critiques, p. 280 (1).
— « Oui, je crois le sentir, nous touchons à une rénovation des siècles. Les systèmes religieux croulent de toutes parts; les philosophes qui avaient méprisé les doctrines mystérieuses les interrogent avec une curiosité inquiète. N'entendez-vous pas une voix sourde qui court par tout l'univers, et qui réveille toutes les puissances de l'âme?... Ah! la terre, cette fois-ci , ne sera pas vaincue par un barbare affamé de carnage ; elle ne se tiendra pas en silence devant un dominateur superbe : elle sera conquise par l'attrait tout pacifique de la vérité... » Ballanche, Préface générale, p. 18 (2).
— «Plus quejamais, Messieurs, nous devons nous occuper de ces hautes spéculations, car il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin , vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les esprits. Il n'y a plus de religion sur la terre : le genre hu-
(1) Pour voir les symptômes , il faut n'être point aveugle ; pour les sentir, il faut n'être point paralysé. La vieille société est aveugle, décrépite, et, vivante encore, elle tombe en putréfaction. Elle sera précipitée dans l'abime : sans l'avoir : ni vu , ni prévu.
(2) L'attrait pacifique de la vérité? Oui : quand l'anarchie l'aura décorée de toutes ses horreurs.
main ne peut demeurer dans cet état. Des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. Il n'y a peut-être pas un homme, je parle de la classe instruite , qui n'attende , dans ce moment , quelque chose d'extraordinaire. Or, ditesmoi, Messieurs, croyez-vous que cet accord de tous les hommes puisse être méprisé ? »
Comte de Maistue, Soirées de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 280 (1).
— « La philosophie est le culte des idées, et des idées seules; elle est la dernière victoire de la pensée sur toute forme et tout élément étrangers; elle est le plus haut degré de la liberté et de l'intelligence... Il implique contradiction que l'analyse et la dialectique aient précédé les symboles et les mystères. La forme rationnelle est nécessairement la dernière de toutes.
« Cette forme est aussi la plus claire. Sans doute les idées sont obscures aux sens , à l'imagination , à l'âme : les sens ne voient que les objets extérieurs auxquels ils se prennent; l'imagination a besoin de représentation, l'âme de sentiments. Mais si toute lumière apparente est là (dans les sentiments), il n'y a même la d'évidence qu'à condition que dans l'intérieur de la pensée, il y ait une autre évidence qui garantisse la première. Seulement, dans ce cas, l'évidence est faible, elle n'arrive pas à la conscience d'elle-même; tandis que l'évidence philosophique, qui uait de la réflexion, est et se sait comme la dernière évidence, comme l'unique autorité. La philosophie est donc la lumière de toutes les lumières, l'autorité de toutes les autorités. Eu effet, ceux qui veulent imposer à la philosophie et à la pensée une autorité supérieure ne songent pas que de deux choses l'une : ou la pensée ne comprend pas cette autorité, et alors celte autorité est pour elle comme si elle n'existait pas ; ou elle la comprend , elle s'en fait une idée , et l'accepte à ce titre, et alors c'est elle-même qu'elle prend pour mesure, pour règle, pour autorité dernière La
(1) Allez donc parler de religion, à des gens qui s'imaginent : que, la religion n'est pas plus nécessaire à l'existence de l'ordre, qu'une cinquième roue à un carrosse. Laissez-les courir à l'abîme. En voulant les retenir, vousTy seriez également précipité. Qu'elle passe, la justice de Dieul
philosophie est l'intelligence absolue, l'explication absolue de toutes choses. »
M. Cousin, Introduction a l'histoire de la p/iisophie, p. 25 (1).
— « Le progrès de la société consiste surtout à changer l'homme lui-même, à le rendre capable de liberté, c'est-à-dire capable de se gouverner luimême selon la raison. Si la liberté a péri à l'entrée de la carrière sociale, c'est que l'homme n'a pas été capable d'y avancer en la gardant ; qu'il la reprenne et l'exerce de plus en plus, c'est le but, c'est la perfection de la société. Mais ce n'était nullement l'état primitif, la condition de la vie barbare. La liberté dans celle-ci n'était autre chose que I'emfloi de la force , c'est-à-dire la ruine, ou plutôt l'absence de la société. »
M. Guizot, Histoire de la civilisation en France, p. 179 (2).
(1) Et savez-vous ce que dit la philosophie, la lumière de toutes les lumières, l'autorité de toutes les autorités, l'intelligence ahsolue, l'explication absolue de toutes choses? Le voici, selon l'auteur : La force est le critérium de la justice; et, la moralité des actions est caractérisée : par le succès.
A genoux! devant la philosophie.
(2) Et le dernier progrès de la raison , selon M. Guizot , consiste : à rendre la morale, indépendante des idées religieuses.
Empirisme.
« La société, telle qu'elle est aujourd'hui, n'existera pas. A mesure que l'instruction descend dans les classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l'ordre social depuis le commencement du inonde , plaie qui est la cause de tous les malaises et de toutes les agitations populaires. La trop grande inégalité des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu'elle a été cachée, d'un côté par l'ignorance, de l'autre par l'organisation factice de la cité; mais aussitôt que cette inégalité est généralement aperçue, le coup mortel est porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques ; essayez de persuader au pauvre , quand il saura lire, au pauvre à qui la parole est portée chaque jour par la presse, de ville en ville, de village en village; essayez de persuader à ce pauvre, possédant les mêmes lumières et la même intelligence que vous, qu'il doit se soumettre à toutes les privations, taudis que tel homme, son voisin, a, sans travail, mille fois le superflu de la vie ; vos efforts seront inutiles. Ne demandez point à la foule des vertus au delà de la nature.
« Le développement matériel de la société accroîtra le développement des esprits. Lorsque la vapeur sera perfectionnée ; lorsque, unie aux télégraphes et aux chemins de fer, elle aura fait disparaître les distances, ce ne seront pas seulement les marchandises qui voyageront d'un bout du globe à l'autre, avec la rapidité de l'éclair, mais encore les idées. Quand les barrières fiscales et commerciales auront été abolies entre les divers Etats, comme elles le sont déjà entre les provinces
d'un même État ; quand le sa/aire, qui n'est que l'esclavage prolongé , se sera émancipé à l'aide de l'égalité établie entre le producteur et le consommateur ; quand les divers pays, prenant les mœurs les uns des autres, abandonneront les préjuges nationaux, les vieilles idées de suprématie ou de conquête, tendront à l'unité des peuples; par quel moyen ferez-vous rétrograder la société vers des principes épuisés? Bonaparte lui-même ne l'a pu. L'égalité et la liberté, auxquelles il opposa la barre inflexible de son génie , ont repris leur cours et emportent ses œuvres; le monde de force qu'il créa s'évanouit; sa race même a disparu avec son fils. La lumière qu'il lit n'était qu'un météore
« Un avenir sera, un avenir puissant, libre dans toute la plénitude de la liberté évangélique. »
Chateaubriand , Essai sur la littérature anglaise, t. II, p. 391.
l'ignorance des masses, ou la possibilité de leur
FAIRE ACCEPTER COMME Wtti , CE QUI N'EST Qu7t*/p0-
thétique, est NÉCESSAIRE a l'existence de l'ordre,
AUSSI LONGTEMPS QUE LES HYPOTHESES BASES DE LA SOCIÉTÉ NE PEUVENT ETRE DÉMONTRÉES AUX MASSES, DE MANIÈRE A CE QU'ELLES LES CONÇOIVENT COMME INCONTESTABLES, ET COMME LEUR ÉTANT UTILES; ET DU MOMENT QUE PAR UN DÉVELOPPEMENT SOCIAL QUEL- CONQUE, LES MASSES NE VEULENT PLUS ACCEPTER L'HY- POTHÉTIQUE COMME ÉTANT LE VRAI, ET QU'lL EST DE- VENU IMPOSSIBLE DE LE LEUR FAIRE ACCEPTER COMME TEL SANS DÉMONSTRATION, IL FAUT QUE LES HYPO- THESES , BASES SOCIALES , PUISSENT ETRE DÉMONTRÉES COMME VRAIES OU COMME UTILES : SINON LA SOCIÉTÉ DOIT DISPARAÎTRE PAR SUITE DES MAUX CAUSÉS PAR UNE ANARCHIE DEVENUE AUTREMENT INDESTRUCTIBLE.
« Ce qu'on croit vrai, il faut le dire hautement, et le dire hardiment. Je voudrais, m'en coû(àt-il grand'chose , découvrir une vérité faite pour choquer tout le genre humain, je la lui dirais à brûlepourpoint. »
Comte de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 20(1).
(1) Voilà de Maistre, répudiant toute inquisition. Et, voilà comment, lorsqu'on n'est basé que sur des opinions, on dit tantôt blanc, et tantôt noir, sur la même question.
— « Partout la religion paraît avec les sociétés naissantes, et partout, à mesure que les sociétés se développent, de la religion sort la philosophie.
« Partout vous voyez la religion essayer de prolonger l'enfance de la philosophie, et de la retenir en tutelle; et partout aussi vous voyez la philosophie se mettre en révolte contre la religion et déchirer le sein qui l'a nourrie
« Toujours la religion enfante la philosophie, mais elle ne l'enfante que dans la douleur; toujours la philosophie succède à la religion, mais elle lui succède dans une crise, plus ou moins longue, plus ou moins violente, de laquelle les lois éternelles du développement de la pensée ont voulu que la philosophie sortît constamment victorieuse (1).
« Les mystères sont les passages de la religion à la philosophie. Bientôt ce passage est franchi ; les initiations, que l'on peut bien supposer avoir été rares, discrètes, soumises à des conditions sévères, ne suffisent plus, et à la place de quelques initiés s'élève une race d'hommes nouveaux qui s'appellent philosophes. »
M. Cousin , Histoire de la philosophie au dixhuitième siècle, t. \, p. 42 à 45 (2).
— « L'âge d'or, qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous. »
Saint-Simon (3).
— « Le moment semble venu, moment admirable, dont nos enfants recueilleront les fruits, et que nos pères ne prévoyaient pas, où la science et la religion, sœurs éternelles, se donneront la main; où ces nobles sœurs, au lieu d'engager une lutte déshonorante et funeste, concluront une alliance sublime. •>
Herscheli,, cité par X Encyclopédie nouvelle. article Age (4).
(1) Et la philosophie, vous le savez, proclame : que, la force est le critérium de la justice ; et, que la moralité des actions se juge par le succès.
(2) Des cierges I aux philosophes. Ils les ont bien mérité.
(3) Au moins, il n'est pas derrière nous. Voilà, ce qui peut être affirmé, sans crainte de se tromper.
(4) Cela sera; et, avant peu; ou la société périra. Il ne faut pas être sorcier, pour le prédire.
— Le titre de la présente subdivision pourrait, peutêtre, se passer de développement; tellement, il nous semble d'une évidence : que, le bon sens ne peut récuser. Néanmoins, comme il paraît impliquer : la soumission de l'humanité à une injustice absolue, pendant une longue suite de siècles ; et, par conséquent la négation de la justice ou de l'ordre moral; nous croyons devoir insister sur ces considérations, avant d'exposer : ce que le despotisme a dû employer, empiriquement, pour la conservation de l'humanité.
Nous avons déjà démontré, en nous plaçant en dehors de tout anthropomorphisme :
1° Que, la ferme croyance : en la réalité du lien religieux; et, en son inévitable sanction; était nécessaire à l'existence sociale ;
2° Que, dans l'état d'ignorance primitive, état longtemps nécessaire, dès qu'on se place en dehors de toute révélation ; il était impossible de démontrer : la réalité du lien religieux ;
3° Que, par conséquent, les masses devaient être tenues dans l'ignorance : sur l'existence du doute relatif à la réalité du lien religieux; doute, qui alors existe nécessairement , pour ceux qui ont le loisir d'examiner.
Les personnes qui ne se placeraient point, avec nous, dans ces prémisses ; sont priées de vouloir bien nous abandonner : ce n'est point pour elles que nous écrivons.
Ceux qui consentiront à nous suivre, dans la voie que nous leur présentons, vont nous dire :
« C'est une chose atroce : que, de voir l'humanité « nécessairement condamnée : à vivre , pendant une « longue suite de siècles, sous le règne de l'arbitraire, « de l'injustice; où, les tyrans sont presque aussi mal- « heureux que les esclaves. Il y a là, de quoi faire nier a l'existence de tout ordre moral ; et , de plonger : « non pas dans le scepticisme ; mais, dans une com- « plète affirmation de matérialisme. »
Ici, nous pourrions répondre :
D'abord, si le matérialisme existe, il n'y a ni juste, ni injuste. Nous ajouterons même : que, ceux qui font cette objection sont de vrais égoïstes ; car, ils ne parlent que d'eux ; et, ne trouvent pas injuste : qu'il y ait des chevaux de fiacre , battus du matin jusqu'au soir ; et, des chevaux d'amateurs, soignés comme des héritiers présomptifs. Et, probablement ils croient : que, les chevaux souffrent comme eux. Ensuite, si le matérialisme existe, ils ne peuvent, en réalité, ni affirmer, ni nier, ni raisonner. Mais , cette question sera traitée, plus en détail, au commencement du second livre.
Voilà, pour le matérialisme. Voyons , maintenant, pour le spiritualisme : hypothétiquement considéré comme réel.
Certes, dans le système anthropomorphique ; dans le système d'une création, d'un péché originel relatif : à un premier homme, et à la culpabilité d'âmes qui viennent d'être créées, et qui rationnellement ne peuvent être coupables ; nul doute qu'une pareille succession de siècles, dans l'abrutissement et sous l'injustice ; ne soit une négation de l'ordre moral , une
négation de Dieu. Mais', en est-il de même dans le système rationnel ?
— Nullement.
— Quelle est la conséquence nécessaire de l'immatérialité de l'âme ?
— 1° La nécessité d'être unie à ime organisation, pour qu'elle puisse : et se trouver modifiée ; et se manifester ;
2° Son immortalité ; ou, plutôt son éternité.
— ■ Quelle est la conséquence nécessaire, de l'union de l'âme , à une organisation ayant des tendances, qui ne sont pas toujours celles du raisonnement ?
— La liberté des actions.
— Quelle est la conséquence nécessaire , de la liberté des actions ?
— La faculté de faire le bien et le mal.
— Quelle est la conséquence nécessaire : de la faculté de faire le bien et le mal ; du moment que l'on est dans le système rationnel ?
— Que le bien soit récompensé et le mal puni.
— Quelle serait la conséquence nécessaire : si, le bien et le mal se trouvaient évidemment récompensés ou punis, pendant la vie de chaque individu ?
— La perte, ou, tout au moins, une immense diminution de la liberté.
— Que doit-il exister pour que la liberté soit aussi intacte que possible ?
— Que les punitions et les récompenses, dérivant de la sanction, n'aient lieu : que, dans des vies postérieures ; en un mot : que, la mort existe.
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— Quelles sont les conséquences rationnelles de ces nécessités ?
— Qu'il y ait des mondes où les tendances organiques soient, de plus en plus, conformes aux tendances rationnelles ; et, là sont ceux qui doivent être plus récompensés que punis ; et, là aussi, il y a moins lieu de mériter et de démériter ;
Qu'il y ait des mondes où les tendances organiques soient, de plus en plus, opposées aux tendances rationnelles ; et, là sont ceux qui doivent être plus punis que récompensés ; et, là aussi, il y a plus lieu de mériter et de démériter.
Dès lors, où serait l'irrationnalité, quand même il y aurait des mondes éternellement soumis à l'injustice; puisqu'ils pourraient n'être habités, que par ceux qui n'y passeraient : que, pour y être purifiés ? Il n'en est rien pour le nôtre, cependant; puisque nous voyons arriver l'époque : où, le règne de la justice devra exister, sous peine : d'y voir l'humanité s'évanouir.
Et, cette progression même vers le mal, pour arriver au bien social, est rationnelle. A mesure : que, le mal social augmente ; que les fautes s'expient ; que l'intelligence se développe ; la vérité devient nécessaire ; elle est cherchée, trouvée, acceptée ; la société s'y trouve soumise; et, déplus en plus, les tendances organiques deviennent subordonnées : aux tendances rationnelles. Alors, les occasions de faillir diminuent ; et, celles de mériter se multiplient.
Dans ce développement, y a-t-il rien d'obscur ou d'illogique?
Si, tout y est clair et logique ; l'ordre moral est justifié.
Nous reprendrons cette thèse, à l'épilogue du présent livre. Nous croyons : qu'elle ne peut, trop souvent : être mise sous les yeux de nos lecteurs.
Voyons, maintenant, ce que l'empirisme doit faire : pour, que les masses puissent être maintenues , dans l'ignorance, jusqu'au terme de l'expiation.
Le maintien de l'ignorance est relatif :
Aux développements de l'intelligence;
Aux moyens nécessaires^: pour, que ces développements puissent exister.
Les développements de l'intelligence sont relatifs :
A l'éducation ;
A l'instruction.