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ORGANISATRICE, L'INSTRUCTION SE DEVELOPPE

«Nous en sommes profondément convaincu, tous les maux de notre époque s'apaiseront quand une direction générale aura été imprimée à toute la connaissance humaine. Mais si une direction générale ne lui est pas donnée, ou si des directions générales divergentes lui sont laissées (à cause du besoin nécessaire à l'esprit humain, d'en avoir une bien ou mai fondée), si la négation et l'affirmation sur toutes choses demeurent en présence, et si eu même temps, et par une conséquence nécessaire, la connaissance humaine reste brisée en mille fragments, comment voulez-vous qu'il n'y ait pas anarchie et douleur? »

M. Pierre Leroux, Discours aux politiques.

— « Vous demandez l'instruction pour les enfants du peuple. Mais il a été démontré que l'instruction sans morale est plus nuisible qu'utile au peuple; et voilà même la statistique qui vous prouve que cette chétive instruction qui se borne à apprendre à lire au peuple, loin de tarir les délits et les crimes, semble au contraire les multiplier. Ce n'est donc pas seulement d'instruction que le peuple a besoin, mais d'éducation. Or, sur quoi pouvezvous fonder une éducation, une morale, sinon sur un système de croyance (l) embrassant le passé, le présent et l'avenir de l'humanité, les rapports

(1) C'est, probablement, science]: que, l'auteur a voulu dire.

des hommes entre eux, et les rapports de l'humanité et de chaque homme avec Dieu ?

« Vous demandez l'instruction , vous voulez propager les lumières; mais en propageant les lumières, vous n'aurez fait qu'accroître les besoins légitimes du peuple, et enflammer de plus en plus cette passion d'égalité qui est à la fois la vertu et le supplice de notre âge. Donc, après avoir donné l'instruction, il faudra songer à autre chose, c'està-dire à des institutions tendant vers un nouveau classement social. Poussez ces conséquences, et vous êtes amené à concevoir la nécessité d'une organisation toute nouvelle dans la société. Or, sur quel fondement cette société nouvelle peut-elle reposer, sinon encore sur des croyances liées, enchaînées, universelles (1) ? «

M. Pierre Leroux, Discours aux politiques.

— Les masses ont été , constamment , maintenues dans l'ignorance; et, toujours nous avons vu : relativement à l'intellectuel, la soumission aux croyances imposées ; relativement au matériel, l'aliénation du sol ainsi que sa transmission par hérédité dans les familles; être présentées aux peuples, sous l'autorité de préjugés quelconques : comme, bases essentielles, nécessaires, de toute civilisation. Et, les mille ressorts, du despotisme, ont toujours été employés : pour rendre, cette double base de l'esclavage des masses, aussi indestructible : que, la société même.

Si, quelquefois, le danger arrache aux despotes quelques protestations, sur leur désir d'instruire les masses; toujours, ils savent en éluder l'exécution. Encore, tout au plus s'agit-il alors : de diminuer l'ignorance, par crainte ou par intérêt. Quant, à l'idée de la

(1) Des croyances, en présence de l'incompressibilité de l'examen, ne peuvent être universelles; et des connaissances qui sont liées, enchaînées, universelles, sont : la science.

détruire par devoir ; jamais, il ne lui est permis de se produire. Aujourd'hui même, qu'il est question, plus que jamais, de généraliser l'instruction ; il reste néanmoins incontestable : que, Y-ignorance vulgaire , vu le progrès de l'instruction relative au matériel, à la production, à l'industrie, dont les minorités se réservent le monopole, demeure la même proportionnellement, si même peut être la différence n'augmente pas au contraire; tandis, que pour ce qui concerne Yinstruction' négative ou désorganisatrice, celle-ci, par propagation sociale et d'instruction primaire consistant à apprendre à lire, tend à se mettre en équilibre : avec celle des despotes

Ces propositions, vont paraître exagérées .-voyons si, elles le sont effectivement. Beaucoup de personnes auront peine à croire : qu'au milieu du dix-neuvième siècle : l'instruction secondaire soit plus monopolisée; qu'elle ne l'était au milieu du dix-huitième siècle. Telle est, cependant, la vérité. Et, pour nous disculper d'une proposition malsonnante , nous allons nous appuyer sur une autorité : que, le bourgeoisisme ne récusera point : celle d'un de nos meilleurs économistes, nommé par le gouvernement bourgeois, pour professer au collège royal de France.

— « Un fait, trop peu connu, dit-il, et dont les détails m'ont été communiqués par des personnes très-dignes de foi, c'est que depuis la révolution de 1789 et la suppression des ordres religieux, nous avons étrangement rétrogradé en fait d'instruction secondaire. Il est possible que nous ayons gagné en qualité, mais il est certain que, relativement à la quantité, nous avons beaucoup perdu. Avant 1789, le nombre des élèves fréquentant les collèges était triple ou quadruple de ce qu'il est aujour-

d'hui. Alors il y avait un plus grand nombre de bourses dans une seule province, la Franclie-Comté, par exemple ; il y en avait plus qu'il n'y en a aujourd'hui dans la France entière (1). A la même époque, le nombre des élèves des écoles primaires était beaucoup moindre que de nos jours dans la même proportion peut-être, surtout clans les campagnes. Il semble donc que nous tendions depuis cinquante ans à nous rapprocher du régime des Etats-Unis. Sans vouloir calomnier notre siècle, et sans me rendre suspect de partialité en laveur de l'ancien régime, il me sera permis dédire qu'aujourd'hui il est plus difficile, qu'il y a cinquante ans, à jeune homme capable, mais pauvre, de surgir intellectuellement dans les villes au moins. Alors toute la jeunesse était entre les mains du clergé, ne fût-ce que par la confession, le catéchisme, les confréries, l'influence domestique des prêtres et la fréquence des pratiques religieuses, qui mêlaient sans cesse le pasteur au troupeau. Tout enfant qui annonçait d'heureuses dispositions était aisément distingué par le clergé, et obtenait non moins aisément admission gratuite dans un des nombreux collèges dirigés par les ordres religieux. Ainsi, les créations les plus libérales ont été immolées au nom de la liberté, dans la guerre d'extermination que nos pères déclarèrent au passé. »

(M. Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord, note 6 du tom. II.)

(1) On peut évaluer à un million de. francs la somme totale des bour ses actuelles. Il y en avait en Franche-Comté pour 1,100,000 francs.

(Note de M. Chevalier.)

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