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II. I

RECHERCHES DE LA CAUSE DU FAIT CONTEMPORAIN RE- LATIF : d'une part, a l'augmentation de l'ignorance DES MASSES, PROPORTIONNELLEMENT A LEUR ETAT DE STAGNATION VIS-A-VIS : DE L'AUGMENTATION DES CON- NAISSANCES DES DESPOTES, POUR CE QUI CONCERNE LES CONNAISSANCES SUR LA NATURE ; D'UNE AUTRE, A L' AUG- MENTATION DE L'INSTRUCTION DES MASSES, TENDANT A SE METTRE EN ÉQUILIBRE AVEC LES CONNAISSANCES DES DESPOTES, POUR CE QUI CONCERNE : LA NEGATION, LA DESTRUCTION DES BASES SOCIALES.

« Que l'on y songe! La cohésion, l'augmentation inquiétante de cette race de voleurs et de meurtriers est une sorte de 2»'otes/ation vivante contre l'absence des mesures préventives d'une législation prévoyante, de larges institutions préservatrices destinées à surveiller et moraliser, des l'enfance, cette foule de malheureux abandonnés ou pervertis par d'effroyables exemples. Encore une fois ces êtres déshérités que Dieu n'a faits ni plus mauvais, ni meilleurs que ses autres créatures, ne se vicient, ne se gangrènent ainsi incurablement, que dans la fange de misère, d'ignorance et d'abrutissement où ils se trouvent en naissant. »

M. E. Sue, Mystères de Paris, t. IX, p. 373.

— Dans la situation sociale de l'époque, les despotes voudraient faire avancer les masses vers les connaissances matérielles, afin d'en retirer un plus grand bénéfice d'exploitalion ; et, en même temps, les faire

rétrograder vers l'ignorance, pour tout ce qui concerne les connaissances sociales. Il y a, chez eux: une tendance à instruire les massés, relativement ; et une répulsion à les "voir s'instruire, absolument.

Recherchons les causes de ces tendances empiriques .

Lorsque le protestantisme, au moyen de la presse, commence à s'établir au milieu des despotes; la barrière sociale héréditaire, existant entre les maîtres et les esclaves , d'une manière pour ainsi dire absolue, au moyen de l'inaliénabilité des fiefs ; se détruit peu à peu. C'est, qu'à cette époque, et' toujours par suite du protestantisme, toutes les propriétés tendent à devenir : également aliénables.

Alors, plusieurs individus, despotes par un développement d'intelligence dérivant de la propriété, deviennent, par la liberté d'aliéner et par l'esclavage qui les soumet à leurs passions ou à celles des autres, eux-mêmes esclaves sous le rapport de la propriété. Dès lors, il n'y a plus, entre les maîtres et les escla ves, qu'une barrière : relative à des propriétés, pouvant s'aliéner ou se perdre. Et, le protestantisme, au moyen des despotes devenus esclaves, sous le rapport de la propriété, se propage au milieu des masses, auparavant exemptes de contagion, comme exclusivement composées d'esclaves : et, sous le rapport de l'intelligence; et, sous le rapport de la propriété.

C'est, à cette époque : que, les despotes par développement d'intelligence, esclaves par privation de propriété, peuvent, au moyen de sophismes que l'i-

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gnorance fait prendre pour des raisonnements réels 7 porter les masses, au milieu desquelles ils se trouvent, à bouleverser : tout système social relatif aux propriétés. Leur but est de profiter : et, de l'anarchie que leur influence aura produite ; et, de leur supériorité intellectuelle, au milieu de ceux qui l'auront établie ; pour sortir de l'esclavage social, où les place : leur dénûment de propriété.

Pour bien comprendre le progrès anarchique, résultant de l'incompressibilité de l'examen; progrès duquel, par excès de mal social, doit naître le besoin de l'ordre incontestablement rationnel ; il est essentiel de ne jamais perdre de vue, les distinctions que nous venons d'établir : de deux espèces de despotes; et, de deux espèces d'esclaves. C'est, pour ne laisser rien d'obscur à cet égard, que nous croyons devoir revenir : sur ces distinctions.

Le despotisme, avons-nous dit, est le monopole des développements de l'intelligence ; et, le monopole ne peut dériver : que, d'un monopole de propriété.

L'ordre par ce monopole, par l'injustice, est nécessaire pendant toute la durée de l'ignorance primitive; et, c'est pour la stabilité de l'ordre, que la possession stable des deux monopoles par les mêmes individus, a été primitivement établie.

C'est donc la réunion des deux monopoles, qui constitue le despote complet; c'est-à-dire : l'homme libre de l'époque d'empirisme. Du moment, que les monopoles ne sont plus réunis : le despote n'est plus libre, que sous le rapport du monopole qu'il conserve ;

il de\ient esciâve, sous le rapport du monopole qu'il a perdu.

Il en est de même pour les esclaves. Ceux-ci le sont : d;une part, en ce que le développement de leur intelligence a été comprimé ; d'une autre, en ce que l'ordre a exigé : qu'ils fussent privés de propriété; pour, que le loisir ne leur permît po;o- de développer leur intelligence.

Si donc, par un développement social quelconque, des esclaves peuvent parvenir à acquérir des propriétés, soit par hasard, soit par vol ou autrement; sans, que leur intelligence soit développée à hauteur des connaissances acquises ; ils seront : despotes, sous le rapport de la propriété; et, esclaves, sous le rapport de l'intelligence.

Si, alors, les despotes par l'intelligence ne dominent les despotes par propriété, dans le but d'exploiter les masses au profit commun ; il arrive , nous le répétons : que, les despotes par développement d'intelli gence, esclaves par privation de propriété, peuvent établir des sophismes anarchiques, qui seront acceptés : par les esclaves , sous le rapport de l'intel ligence ; despotes, sous le rapport de la propriété.

C'est, pour que les esclaves, par défaut d'intelligence et de propriété , puissent résister aux sophismes des esclaves par seul défaut de propriété ; que, les despotes, par l'intelligence et la propriété, veulent instruire les masses. Mais, l'instruction qu'ils voudraient répandre, devrait être exclusivement relative : à la résistance à ces sophismes.

En effet :

Si, les despotes instruisaient les masses, absolument; en leur donnant l'instruction négative, seule existante alors ; celles-ci auraient bientôt reconnu : l'irrationalité de la base donnée au monopole des développements de l'intelligence : l'aliénation du sol; et, sa transmission par hérédité. Le despotisme deviendrait dès lors impossible. Et, comme avant qu'une règle d'action, rationnellement incontestable, ne soit trouvée et socialement acceptée, il n'y a d'ordre possible que parle despotisme; il s'ensuit : que, l'instruction négative absolue des masses, conduirait nécessairement à l'anarchie : puisque les conditions d'ordre, que nous venons d'indiquer, n'ont point encore d'existence réelle.

Telles sont les causes qui portent, empiriquement, les despotes : à une tendance, vers l'instruction relative des masses ; et, à une répulsion contre leur instruction absolue.

Mais, dans le remède, que les despotes veulent opposer à l'anarchie qu'ils craignent, il y a une tendance anarchique, qu'ils ne reconnaissent point ; et, sans le savoir, ils contribuent, eux-mêmes, à propager l'anarchie à un point : que, les malheurs qu'elle occasionnera aux despotes, les forceront à demander, eux-mêmes, l'abolition du despotisme.

Pour que les esclaves, par défaut d'intelligence et de propriété, puissent résister aux sophismes des esclaves, par seul défaut de propriété; les despotes, par intelligence et propriété, sont obligés de développer,

quelque peu que ce soit, l'intelligence des esclaves subissant les monopoles : d'instruction et de propriété.

Mais, tout développement d'intelligence est un accroissement de besoin ; et, tout accroissement de besoin est un excitant pour attenter à la propriété, lorsque l'organisation de celle-ci n'est point incontestablement établie : pour le plus grand bien de tous et de chacun : ce qui ne peut être sous le despotisme.

Dès lors : de nouveaux sophismes deviennent possibles, d'un côté; et, d'un autre, de nouveaux développements d'intelligence, deviennent nécessaires..

Voilà donc, les -despotes par intelligence et propriété, forcés d'élargir les limites accordées au développement des esclaves par infériorité d'intelligence et de propriété, dans le but de se rassurer de nouveau : contre de nouvelles attaques à la propriété. C'est-à-dire : qu'un cercle vicieux de tendance à développer l'intelligence des masses, dans certaines limites ; et, de nécessité d'étendre continuellement ces limites, pour atteindre le but qu'on se propose ; élargit ces mêmes limites, jusqu'au point : où, la totalité des esclaves s'aperçoit : que, les bases données au despotisme, la soumission à des croyances non démontrées, d'une part; et, d'une autre, l'aliénation du sol, ainsi que sa transmission par hérédité; sont essentiellement établies : au détriment des esclaves. Et, comme alors personne ne veut demeurer esclave ; et, que tous ignorent encore, en quoi consiste la liberté de tous et de chacun ; l'anarchie devient universelle ; et, les despotes

deviennent eux-mêmes intéressés : à l'anéantissement du despotisme; à l'établissement de la liberté.

C'est, seulement alors : que, la société commence à raisonner réellement. Auparavant, elle n'est qu'une immense Petite-Maison; qu'un rassemblement d'innombrables loges ; où, chacun se donnant exclusivement raison, sur la foi de son sentiment, déclare atteint de folie : quiconque ne pense pas comme luimême. A une époque : où, la vérité sociale n'est point encore découverte; où, toute utopie politique a déjà eu une existence réelle dans les idées ; où, chacune d'elles a encore des partisans; si quelqu'un, la vérité n'étant point encore socialement nécessaire, était assez imprudent pour exposer : ce qui, incontestablement, se trouve être la vérité devant la raison; il serait universellement condamné, comme atteint de folie : devant le préjugé ; devant le sentiment.

C'est donc seulement : à l'époque où l'anarchie devient universelle ; à l'époque où d'innombrables bouleversements de propriétés, toujours arrosés du sang des populations, calment la frénésie sociale, sentimentalement excitée par le protestantisme; que, le raisonnement suivant peut être considéré : comme, ne devant point faire condamner moralement à la douche ; le malheureux, assez hardi pour le prononcer. Donnons ce raisonnement.

« L'ordre social repose : essentiellement; exclusivement ; sur une règle d'action.

« Une règle d'action ne peut servir de base à l'ordre social; si, elle-même ne se trouve appuyée : sur

une autorité, sanctionnant fatalement -, justement , illusoirement ou réellement, toute atteinte à cette même règle.

« Une autorité, sanction nécessaire de règle d'action, ne peut, même existant réellement., servir de base à la règle, de manière à rendre l'ordre social possible; à moins d'être reconnue : comme étant incontestable ; c'est-à-dire : que, l'étant ou ne Tétant point, réellement; "elle doit, néanmoins, être socialement incontestée .

« Une autorité, sanction nécessaire de règle d'action, ne peut être socialement incontestable et incontestée : que, sentimentalement ou rationnellement.

« L'autorité, sanction nécessaire de règle d'action, rationnellement incontestable et socialement incontestée, peut seulement exister pratiquement : lorsque l'excès de malheur social, dérivant du despotisme, devenu source d'anarchie, a rendu l'autorité sanction de la règle d'action sentimentalement incontestable, incontestablement incapable de servir plus longtemps de base à l'ordre social ; et, que le besoin d'ordre a forcé la société : non-seulement à rechercher théoriquement la règle d'action rationnellement incontestable ; mais encore, à faire reconnaître par chaque individu, cette même règle d'action, comme rationnellement incontestable, pour qu'elle puisse être : socialement, pratiquement, INCONTESTÉE.

« Or, ces conditions sociales d'incontestabilité, constituant l'essence de l'état social de raisonnement ou de liberté réelle ; n'ont, jusqu'à présent, jamais eu d'existence réelle.

« Jusqu'à présent, il n'y a donc jamais eu possibilité ; et, il n'y a pas encore possibilité ; de voir l'ordre social exister : si, ce n'est par une règle d'action, reposant sur une autorité sentimentalement incontestable, et, socialement incontestée.

« Une autorité, sanction nécessaire de règle d'action, n'est sentimentalement incontestable : que, lorsqu'elle se trouve appuyée sur une révélation ; et, n'est socialement incontestée : que, pour aussi longtemps que les interprètes de cette révélation, restent maîtres : de l'éducation et de l'instruction.

« Les interprètes de révélation cessent de rester maîtres de l'éducation et de l'instruction ; et, par conséquent, toute autorité, sanction nécessaire de règle d'action, cesse d'être sentimentalement incontestable et socialement incontestée : dès, que le libre examen s'établit; des, que V examen devient incompressible.

« Le libre examen, l'incompressibilité de l'examen, existe actuellement; et, ne peut être détruit : que, par l'anéantissement de la presse, anéantissement devenu impossible.

« L'ordre social est donc devenu absolument impossible : pour autant que la règle d'action, basée sur une autorité rationnellement incontestable et socialement incontestée, n'a point d'existence réelle.

« Maintenant :

« Le libre examen étend ses limites, en raison même des développements de l'instruction ; et, l'anarchie doit se propager : en raison directe des progrès de l'incompressibilité de l'examen.

« Avant, que la règle d'action, basée sur une autorité rationnellement incontestable et socialement incontestée, ait une existence théorique et pratique réelle ;

l'iNARCHIE DOIT DONC S'ÉTENDRE : EN RAISON MÊME DES DÉ- VELOPPEMENTS DE L'INSTRUCTION, »

Et, je le répète : jusqu'à ce que l'anarchie ait développé l'instruction réelle ; l'auteur, du raisonnement précédent, est inévitablement : condamné a la douche.

Cette nécessité d'instruction réelle, d'instruction base incontestable de morale, est tellement nécessaire, sous peine d'une anarchie continuellement croissante ; qu'elle est reconnue et déclarée, de la manière la plus hardie : par les plus chauds partisans du gouvernement représentatif. Voici les propres paroles de M. Emile de Girardin, dans son ouvrage intitulé De F instruction publique.

— « Aussi, dit-il, la loi du 28 juin 1835 n'a-t-elle pus, à notre avis, conçu l'avenir qu'elle pouvait enfanter ; elle n'a pas prévu qu'après une révolution, un gouvernement nouveau, une dynastie nouvelle n'avaient jamais qu'une existence probable de QUINZE ANNÉES, lorsque l'instruction du peuple sagement dirigée ne servait pas de lien aux générations qui se renouvellent. »

(Édition de 1838, p. 53.)

— C'est vrai. Mais, quelle est l'instruction sagement dirigée à donner au peuple ; et, comment dis» tingue-t-on l'instruction sagement dirigée, de l'instruction follement dirigée ?

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