RÉFORMATEURS
Relativement à la bienveillance des intentions; et,
abstraction faite des moyens que chacun croit les
eilleurs , pour arriver au but social ; tous les révolu-
tionnaires de dévouement, essentiellement dupes des révolutionnaires égoïstes, font partie de la classe des réformateurs, il en est de même, des membres probes de tous les partis, qu'ils aient nom : conservateurs , radicaux, juste-milieu , légitimistes , dynastiques ou républicains. Et, au contraire : les égoïstes des divers partis sont essentiellement révolutionnaires, sciemment ou à leur insu. Car, en présence de l'incompressibilité de l'examen, vouloir baser la société sur les seuls intérêts matériels ; c'est, être révolutionnaire : quelle que soit la couleur du drapeau, sous lequel on veuille se placer.
Les révolutionnaires et les réformateurs, dérivant également du protestantisme, sont ainsi : partout ; et nulle part. Et, jusqu'à ce que le seul drapeau, qui puisse réunir tous les hommes de bonne foi, soit arboré et reconnu ; c'est-à-dire : jusqu'à ce que, par excès de malheur, le remède social, conciliation des intérêts de tous, ait été cherché, trouvé, et présenté, d e-manière à former une conviction générale ; toutes ces classifications sont idéales, inutiles quant à la pratique ; mais, nécessaires : pour comprendre l'état actuel de la société.
Après le personnel exerçant le pouvoir, les révolutionnaires, les réformateurs, que reste-t-il de l'ensemble des despotes ?
Une masse inerte d'égoïstes , non besogneux, mais satisfaits; possédant plus ou moins de propriété; et, appartenant plus spécialement à la première classe. Ceux-ci refusent : de s'occuper d'organisation sociale;
et, se contentent d'affirmer : que, le pouvoir existant est toujours le meilleur : aussi longtemps qu'eux-mêmes ne souffrent point. Laissons, à cette classe, le nom de juste-milieu qu'elle s'est donnée ; ses membres se placent volontairement : entre des despotes supérieurs et des esclaves inférieurs. Ce sont les reptiles de l'humanité : leur essence est de ramper.
COMMENT LES DIFFERENTES CLASSES DE DESPOTES, UNE FOIS QUE L'EXAMEN EST DEVENU INCOMPRESSIBLE, FONT NAITRE NÉCESSAIREMENT ET SANS LE YOULOIR : LA TER- REUR DE L'AVENIR, DERNIER MOYEN DESPOTIQUE.
« Après tout, Messieurs, quels que soient les événements extérieurs , c'est Y homme lui-même qui fait le monde ; c'est en raison des idées, des sentiments , des dispositions morales et intellectuelles de l'homme, que le monde se règle et marche ; c'est de l'état intérieur de l'homme que dépend l'état visible de la société (1).
« Que faut-il pour que les hommes puissent fonder une société un peu durable, un peu régulière (2)? Il faut évidemment qu'ils aient un certain nombre d'idées assez étendues pour convenir à une société, pour s'appliquer à ses besoins, à ses rapports. Il faut de plus que ces idées soient ' communes à la plupart des membres de la so-
ciété (3) ; enfin qu'elles exercent quelque empire sur leur volonté et leurs actions.
(1) M. Guizot oublie : qu'avant l'incompressibilité de l'examen, les minorités, ayant le monopole du développement de l'intelligence, donnent à leur gré, aux masses, des idées, des sentiments, des dispositions morales; et, que les membres de la minorité restent unis : en se partageant les fruits du travail des masses. Alors, c'est de l'état intérieur de quelques hommes, que dépend l'état visible de la société. Cet élat ne dépend de l'intérieur de l'homme, en général ; qu'à l'époque : où, l'examen est devenu incompressible.
(2) Remarquez cet un peu. 11 est relatif, anarchique par essence. M. Guizot va prendre le soin de nous instruire à cet égard, et de nous faire comprendre : que, un peu signilie : rien du tout.
(3) Quand des idées ne sont communes qu'à la plupart des membres
« Il est clair que si les hommes n'ont pas des idées qui s'étendent au delà de leur propre existence, si leur horizon intellectuel est borné à euxmêmes (1), s'ils sont livrés au vent de leurs passions, de leurs volontés, s'ils n'ont entre eux un certain nombre de notions et de sentiments communs autour desquels ils se rallient; il est clair, dis je , qu'il n'y aura point entre eux de société possible ; que chaque individu sera, dans l'association où il entrera, un principe de trouble et de dissolution (2). »
M. Guizot, Histoire de la civilisation eii Europe, p. 84.
— Voyons, à l'œuvre , les diverses classes de despotes : telles que nous venons de les déterminer.
Les révolutionnaires répandent au milieu des masses , comme devant servir de remède aux maux de la société, des théories directement ou indirectement attentatoires : aux propriétés individuelles.
Justifions , rapidement, cette proposition qui en renferme un grand nombre, dont chacune se trouvera discutée ailleurs, avec plus de détails.
Les remèdes révolutionnaires sont :
d'une société; c'est, qu'elles sont basées sur des préjugés; et, qu'elles servent de base à une tyrannie. Et, en présence de l'incompressibilité de l'examen, ces idées communes à la plupart, cessent bientôt d'être communes : même, à deux individus.
(1) Il est évident : que, ce pompeux équipage de propositions signifie : que, si les bommes n'ont point de lien religieux commun, pour les unir ; la société est impossible. Eh bien ! non-seulement, la communauté du lien religieux est détruite; mais, le lien religieux lui-même se trouve anéanti: en tant que provenant d'une révélation, d'une foi; et, il n'existe pas encore : en tant que démontré par le raisonnement. Ne valait-il donc pas mieux dire : dans l'état actuel des connaissances, la société est devenue impossible ; et, l'un peu, que j'ai énoncé, doit signifier : rien du tottl?
(2) Voilà, l'état actuel parfaitement dépeint: chacun, dans la