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SOCIÉTÉ, KST UN PRINCIPE DE TROUBLE ET DE DISSOLUTION

SCIENCE SOCIALE. 1 9i

Le vote universel ;

L'organisation du travail ;

L'abolition du salaire ;

Et, pour quelques-uns, l'abolition de la concurrence .

Avant de dire quelques mots, sur chacune de ces différentes panacées, qu'il nous soit permis d'énoncer ici, quelques réflexions communes à toutes ; et, à bien d'autres encore.

Une fois, que le protestantisme a pu détruire toutes les bases sociales ; et, que le besoin de bases nouvelles vient à se faire sentir; c'est l'époque où le sophisme, toujours essentiellement basé sur le vague du moment qu'il ne peut plus s'appuyer sur une révélation, vient à briller nécessairement. La vérité est au fond d'un puits, dit la sagesse; et, c'est avec calme et prudence qu'il faut aller la chercher, si on peut espérer de l'engager à en sortir. Or, en dehors de la vérité supposée, ou de la vérité démontrée, il ne peut y avoir : qu'anarchie ; et, le calme et la prudence ne sont jamais au sein de l'anarchie; quoiqu'ils puissent en résulter : lorsque le malheur force les peuples à réfléchir. Mais, auparaAant, les rhéteurs doivent : s'emparer des tréteaux ; accaparer la vogue populaire, la vogue des ignorants ; et, l'idée la plus absurde, est, à coup sûr, la mieux accueillie par l'ignorance (1).

(1) Lorsqu'un phénomène peut s'expliquer de deux manières, c'est, presque toujours, dit M. Arago, la moins naturelle qui est la vraie. Aussi, l'ignorance choisit toujours : la manière lapins naturelle.

Lorsqu'une idée, et surtout uu remède social, est parvenu à exciter la vogue populaire ; il est bien difficile : que, son auteur, ou son protecteur le plus éloquent, ne finisse point, quelle qu'ait été son opinion à l'origine, par croire, c'est le mot : que, le remède prôné ne soit réellement bon. Allez ensuite lui démontrer, de la manière la plus incontestable, la plus rationnelle : que, ce moyen est absurde, anarchique par essence. C'est, comme si vous alliez dire, à un anthropomorphe- vrai chrétien . que, l'anthropomorphisme , la création , la révélation , la tiïnité, etc., etc., sont complètement opposés à la raison. Il vous dira : avec tout le calme possible ; et, en croyant bien raisonner : que, votre raisonnement n'est rien; que, son sentiment, qui, moralement n'est absolument rien en dehors du vrai raisonnement, est cependant tout; que, le peuple a seul le sentiment du vrai ; et, il présuppose : que, le peuple aura son sentiment, etc., etc. Si, ensuite, vous avez le malheur de lui opposer, à lui qui se vante d'être philosophe : qu'il raisonne comme un homme de foi, comme un chrétien ; essayez de lire au fond de son cœur; et, vous verrez : qu'il voudrait vous arracher la langue.

D'où vient cette rage profonde, dont, actuellement, vous trouverez à peine un homme exempt, sur un million? De la vanité, toujours inhérente à l'ignorance pédantesque ; et, cette rage ne devient patente : qu'au moment où il n'y a plus d'idées communes. Quand on a tous la même erreur, tous se croient également

savants-, et, alors, la haine n'est commune : que, contre celui qui veut établir la vérité.

Un homme a passé dix années, quelquefois toute sa vie, à considérer comme vérité une utopie quelconque. La vogue de coterie, que l'on prend toujours pour la vogue populaire et ne vaut pas davantage, lui dit : qu'il n'erre point. Puis, vous venez avec des preuves, claires comme le jour, renverser tout l'édifice de ses connaissances. Vous voulez qu'il se reconnaisse ignorant : non-seulement à ses propres yeux, ce qui est peu de chose ; mais, aux yeux des autres, ce qui est tout ; et. presque jamais vous ne lui donnez une connaissance réelle, pour remplacer son erreur; et puis, vous voulez qu'il vous accueille ! Cela est impossible : sinon à un homme supérieur ; et , rarement les hommes supérieurs , se coiffent d'utopies.

Arrivons à nos panacées révolutionnaires ; puis, examinons-les très-rapidement : ayant, nous le répétons, à les rencontrer très-souvent sur notre route.

Ne nous occupons pas ici du vote universel, relativement à la déclaration de la réalité ou de l'illusion, du bien et du mal ; du droit et du devoir ; de l'immatérialité de l'âme ; de la sanction des actions : du lien religieux ; choses qui, néanmoins, lui appartiennent essentiellement : du moment que ces différents points ne sont nullement déterminés d'une manière incontestable : ni par la science ; ni par la révélation. De pareilles solutions sont trop évidemment au-dessus des décisions des majorités. Bornons-nous, dès lors, ii. d3

à un seul point relatif au matériel : l'organisation de la propriété.

Quelle sera, sur ce point, le résultat inévitable du vote universel, au sein d'une population ignorante et souffrante? Immanquablement le communisme. C'est, l'idée la plus simple, la plus raisonnable en apparence, et, sans contredit la plus absurde. Ce n'est pas ici que nous voulons établir une discussion à cet égard; des résultais, actuellement présentés au simple bon sens, sans discussion aucune, nous suffisent.

L'organisation du travail est une expression pompeuse qui a maintenant beaucoup de partisans. Et, cependant, auprès de l'organisation du travail, le vote universel est un système de raison transcendante. Peut-il exister, dans tous les mondes possibles, un seul être raisonnant qui ait jamais pu se faire un existant d'illusion : sur le ridicule de l'expression organisation du travail, lorsqu'elle ne signifie point organisation sociale? Est-ce que penser n'est pas travailler? Y a-t-il un moyen de séparer la pensée du travail? Est-ce que le travail n'est point la société tout entière? Est-ce le travail des prolétaires que vous voulez organiser? Alors dites clairement et sans hypocrisie : Les prolétaires sont des citoyens passifs ; car, dès que vous voulez une séparation, il faut la sortir du vas;ue ; dites : Ce sont les esclaves politiques ; nous allons les établir en corporations; etc.

Ou bien, dites encore :

Nous allons établir un maximum, un minimum, et mille autres absurdités plus palpables les unes que

les autres. Mais, objecteront les machines à utopie, les travailleurs souffrent : il faut organiser le travail. . Eli ! malheureux insensés ! Tout le monde travaille plus ou moins utilement, plus ou moins nuisiblement; et, ce n'est pas seulement le travail des pauvres qu'il faudrait organiser, quand même la souffrance aurait seule des droits à l'organisation. En temps d'anarchie, les riches sont plus malheureux que les pauvres; ceux-ci, ne peuvent que gagner; et, les riches ne peuvent que perdre. C'est donc la société tout entière, spirituelle et temporelle, qu'il faut organiser. Est-ce là ce que vous entendez par organisation du travail? Alors, parlez donc clairement, pour que chacun vous comprenne ; et, ne vous faites point siffler par le bon sens, comme ne vous comprenant point vous-mêmes.

Si, nous ne craignions de nous servir d'une expression de gamin, nous dirions : qu'en fait de panacée sociale, l'époque va de plus fort en plus fort; et, que c'est comme chez Nicolet. En effet, l'organisation du travail est une conception platonicienne, auprès de l'abolition du salaire. Quand on pense : que, c'est du sein des académies que sortent de pareilles expressions ; on ne peut assez s'étonner : que, le titre d'académicien ne soit pas un premier droit à la camisole de force . Nous mettons au défi toutes les académies du monde : de trouver une idée propre à rendre l'abolition du salaire, plus ridicule qu'elle ne l'est par elle-même. Après avoir essayé de résoudre ce problème, peut-être finira-t-on par renvoyer cotte

absurdité au communisme, duquel il aurait fallu ne jamais la séparer.

Et, que dirons-nous donc de l'abolition de la concurrence? S'il est possible, c'est pire encore que l'abolition du salaire. Il est donc bien difficile de se dire : qu'entre la concurrence au critérium de la force et le despotisme il n'y a rien ; comme entre la concurrence au critérium de la raison, et la liberté sociale, il n'y a également rien? On voit, Messieurs: que, tous commencez à vous fatiguer de l'anarchie, qui, cependant, n'a point encore passé dans les faits. Alors, si vous êtes incapables de découvrir les règles de la liberté ; faites-vous saint-simoniens ou Chinois ; et vous serez débarrassés de la concurrence.

Si, encore, on avait dit :

11 y a concurrence par le vice, nous n'en voulons pas;

11 y a concurrence simulée, en attachant les pattes aux uns, en leur jetant une aiguillette morale; en laissant aux autres les pattes sans entraves, et affirmant qu'ils sont égaux parce qu'ils ont chacuu quatre pattes : nous ne voulons pas encore de celle-là ;

Mais, il en est une : où, chacun est doué de tous les moyens que la société peut procurer aux concurrents; et, la société se charge, en outre, de tous ceux qui sont trop faibles pour arriver ou tombent en route; nous voulons de celle-là. Un pareil langage n'eût-il pas été plus clair? 11 est vrai, qu'il eût fallu ajouter : Mais nous ne savons comment organiser la société pour que vote universel; travail., salaire et con-

currence, ne soient plus des sources d'absurdités. Or, il est bien cruel, pour des ignorants qui ont la vanité de savoir, de se trouver obligés de dire : Nous ne savons pas !

Nous le répétons : tous les remèdes révolutionnaires portent atteinte aux propriétés individuelles, soit directement, soit indirectement. Ils irritent ainsi contre leurs auteurs : et, la masse inerte dite de juste-milieu; et, les réformateurs eux-mêmes. Tous, alors, se groupent autour du pouvoir existant : de crainte de le voir tomber sous les coups de ses adversaires.

Les révolutionnaires sont ainsi, par le fait et contre leurs intentions, utiles au pouvoir existant. Et l'appui qu'ils lui prêtent, s'étend au pouvoir despotique en général, abstraction faite des individus qui l'exercent .

Les réformateurs, au contraire, sont ennemis du despotisme. Ils ont pour but de le renverser, afin de le remplacer par la liberté , qui est le règne du raisonnement. Quant aux despotes, les réformateurs ne voudraient que les éclairer; et, les garantir, avec le reste de la société , des révolutions : que l'état social actuel paraît rendre inévitables.

Il semblerait, qu'avec de pareilles vues, les réformateurs devaient bientôt se trouver : en majorité.

11 n'en a rien été, cependant; et, cela devait être.

Les réformateurs, ceux au moins qui méritent ce nom, en ce qu'ils s'étaient mis à hauteur des connaissances acquises , comme Saint-Simon, Fourier et M. A. Comte, avaient bien reconnu : qu'il était aussi impossible de séparer le spirituel du temporel, qu'il

le serait de vouloir séparer l'âme du corps, en leur conservant l'activité morale. Mais, ils avaient reconnu également : que, les hypothèses n'ont plus de force pour servir de hases sociales ; et, que l'état de la science, loin d'affirmer la réalité du spirituel, la laissait dans le doute; ou, plutôt, la niait complètement. Alors, au lieu de s'efforcer de faire faire un pas à la science ; au lieu de reconnaître : qu'en dehors de la spiritualité, acceptée par la foi ou démontrée par la science, il ne peut y avoir qu'anarchie ; ils ont entrepris une solution impossible, en voulant baser la société, sur la seule matérialité. En effet : les saints-simoniens parlent de l'immatérialité de l'âme en panthéistes ; les fouriéristes en hérétiques ; et, M. Auguste Comte la nie en philosophe. De là, les fautes des réformateurs ; de là, et contre leur intention, les atteintes, que leurs systèmes, fussent-ils même bons, porteraient aux propriétés individuelles ; et, la répulsion empirique qu'ils ont éprouvée : partout où ils se sont présentés, en dehors des coteries.

Supposons, maintenant : que, les réformateurs eussent fait faire à la science le pas gigantesque, en dehors duquel il n'y a plus d'ordre possible ; qu'ils eussent tranché le nœud gordien, en tranchant la série continue des êtres^, base exclusive du matérialisme, et base actuellement scientifique ; supposons même : que, de la démonstration du spiritualisme, ils en eussent fait découler : et, la réalité des bases sociales nécessaires ; et, la seule organisation de la richesse conforme à la vérité ; il ne faudrait pas en conclure : que,

la réforme eût été acceptée : mais , au contraire.

Nous avons traité ce point dans notre lettre prolégoménale (1). Revenons dès lors aux réformateurs relatifs à l'état de la science ; réformateurs qui ne peuvent, actuellement, avoir pour but : que, l'organisation de la richesse matérielle.

Dans l'ignorance de ses véritables intérêts, le personnel composant le pouvoir existant, confond la cause du despotisme avec la sienne propre. Chacun de ceux qui gouvernent s'aperçoit seulement : que, les réformateurs tendent au renversement du despotisme; et, tous, s'imaginent*: que, le despotisme ne peut crouler : sans qu'eux-mêmes ne soient entraînés et écrasés, sous les décombres. ,

Que fait alors le pouvoir, pour s'opposer aux réformateurs ?

Il s'attache à les faire confondre avec les révolutionnaires, sous le nom commun d'utopistes. Et, ce moyen est d'autant plus facile et plus certain : que, ceux-ci énoncent : que, le remède social doit dériver d'un remaniement de la propriété ; sans qu'ils puissent désigner : en quoi doit consister ce remaniement de la propriété.

Or, quiconque prétend toucher à la propriété, sans expliquer clairement : que, c'est seulement à l'organisation de la propriété, et non à la propriété, ni même aux propriétaires, qu'il faut s'attaquer; est bien vite, par ces seules causes, et par la classe des

(1) Voyez : Qu'est-ce que la science sociale? t. II, p. 434.

juste-milieux, si bien nommés conservateurs bornes^ déclaré révolutionnaire.

Supposons, maintenant : que, la classe réformatrice, contre laquelle l'opinion a été ainsi soulevée, vienne à reconnaître : .

Que, la condition de propriété, cause efficiente de l'esclavage des masses, est le maintien de l'aliénation du sol à des individus : après que cette aliénation a cessé, le sol libre manquant, d'être à la fois utile et juste;

Que, la possession individuelle de la propriété mobilière, est seule inhérente à l'existence et au bien-être de la société; et, qu'ainsi la propriété foncière peut entrer à la propriété collective, sans ébranler aucunement les fondements de la société ;

Que, cependant : attaquer, chez les individus, la légitimité de la propriété foncière ; et, les dépouiller de cette propriété, sans compensation préalable ; serait causer une perturbation, d'autant plus grave, que, depuis plus longtemps cette propriété est confondue, sans distinction aucune, avec la propriété mobilière dans la transmission par hérédité.

Supposons même encore : que, les réformateurs parviennent à découvrir :

Comment, avec les éléments sociaux tels qu'ils existent aujourd'hui, il est possible : de faire entrer la propriété territoriale à la propriété collective, sans léser ceux qui la possèdent aujourd'hui; sans nuire à la production ; en l'augmentant même, ainsi que la consommation ; le tout, en généralisant les connaissances ac-

quises;et, en rendant, pour l'avenir, toute perturbation sociale impossible : quant à l'organisation de la richesse, et de ses produits.

Eh bien ! cette découverte demeurerait complètement inutile : tant que le pouvoir existant, s'obstinant à faire confondre les réformateurs avec les révolutionnaires, placerait ainsi la société : entre la crainte d'une anarchie toujours imminente ; et, celle d'un nouveau despotisme, plus intolérable que celui qui existe.

En effet, la terreur de l'avenir, que le pouvoir crée ainsi, renferme chaque individu, dans un cercle d'égoïsme qui forme un obstacle insurmontable : à la diffusion des idées, quelque propres qu'elles puissent être à la formation d'une conviction commune ; et, une conviction commune est, cependant, le seul moyen d'arriver, sans secousses, sans injustices, à la réorganisation radicale : devenue nécessaire à l'existence de l'ordre.

Est-il permis d'espérer : qu'un personnel despotique existant, renonce, volontairement, à employer la terreur de l'avenir? moyen qui, cependant, doit finir par le conduire à sa perte ?

Cette espérance serait vaine : avant que le passé lui ait montré : une longue série de ses prédécesseurs, tous broyés, dans l'exercice du despotisme.

En effet : pour que cette renonciation volontaire pût avoir lieu, il faudrait que, le personnel despotique existant pût penser à l'avenir. Or, continuellement accablé, sous la crainte d'une anarchie continuellement imminente, toutes ses facultés sont concentrées :

dans le but de se conserver au jour le jour. Et, que lui importe la génération prochaine ! n'est-il point matérialiste ?

Nous voyons, en effet, tout pouvoir despotique, quel que soit le personnel qui le constitue, ne penser qu'au présent ; et, imbu d'un préjugé profond c ontre toute innovation radicale, tendre continuellement : à rétrograder, vers des bases d'ordre actuellement décrépites ; et repousser, aveuglément, l'examen de toute démonstration réorganisatrice, comme s'il savait inc ontestablement : que, l'humanité est condamnée à vivre, éternellement : soit sous le despotisme; soit clans l'anarchie.

Bien plus : accusant de tendance dangereuse, la diffusion, déjà trop grande selon lui, des connaissances; nous voyons tout pouvoir despotique vouloir : concentrer davantage ce qu'il appelle la haute instruction ; et, resserrer ainsi le monopole des développements de l'intelligence, en bornant les masses à ce qu'il décore du nom d'instruction élémentaire.

Ce pouvoir ne réfléchit point : que des éléments assemblés sans coordination, quelque bons qu'ils puissent être, ne peuvent constituer une science utile; pas plus qu'un amas de pierres brutes, ou même parfaitement taillées, ne constitue un palais.

Au contraire ; nous avons vu au précédent chapitre : que, plus un pouvoir despotique répand les éléments d'une instruction, non dérivant d'une règle d'action rationnellement incontestable ; plus ce pouvoir accélère l'arrivée d'une époque d'anarchie : qui, inévitablement, doit amener sa destruction.

Ce n'est donc qu'après une longue suite de personnels gouvernementaux, tous conduits sur le char du despotisme dans les abîmes de l'anarchie : que, la terreur de l'avenir peut en faire exister un, assez intelligent pour reconnaître :

Que, le remède social doit être cherché : non point par expérience, par révolution, par à posteriori > par sentiment; mais, par théorie, par réédification complète, par à priori y par raisonnement. Et, c'est seulement alors : que, la terreur de l'avenir qui, jusquelà, sert d'appui au despotisme; commence à devenir utile : à la liberté sociale.

Histoire.

« Ils disent : Le peuple ne souffre pas ;

« Puis : Le peuple souffre par sa faute ;

« Puis encore : Le peuple souffre par la nécessité des choses ; il souffrira toujours ; son mal est sans remède.

«< Ce sont là les trois exceptions qu'on oppose à ceux qui demandent, au nom de la charité, de l'équité, le soulagement des misères humaines. On les nie d'abord, pour se dispenser des devoirs qu'elles imposent. Mais ces misères sont trop générales , trop poignantes , trop profondes , elles crient trop haut , et la plainte est trop douloureuse pour qu'on puisse iongtemps affecter de ne pas l'entendre , ou avouer à la face du ciel qu'on l'entend sans en être ému. Alors on s'en prend au malheureux de sou propre malheur, on accuse le pauvre de sa pauvreté même , on creuse sa triste vie pour souiller ses pleurs dans leur source.

«,Et après ce vain travail, quand l'immuable vérité vient détruire ce nouveau rempart élevé par l'égoïsme entre la souffrance et la pitié, quand on ne peut plus ni se refuser à l'aveu du mal, ni l'imputer à ses victimes , on en fait une loi providentielle, on le rattache à Dieu, comme à sa cause directe, on le déclare voulu de lui, on en rapporte la racine dans le sanctuaire de ses décrets impénétrables.

« Ne le crois pas, ô peuple! ne crois pas qu'eu naissant tu aies été maudit par l'auteur de la race humaine. La voix qui murmure ce blasphème à ton oreille est la voix de l'esprit tentateur, de l'ange

noir, qui ne voit pas Dieu, qui ne le verra jamais. »

M. de la Mennus, Discussions critiques, p. 291 (1).

(1) Toute souffrance est expiation ; ou, l'ordre moral n'existe pas.

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