‹ Science socialeChapitre 26 sur 44 · DU DESPOTISME CONSIDÉRÉ DANS SON ENSEMBLE · texte numérisé non relu

DU DESPOTISME CONSIDÉRÉ DANS SON ENSEMBLE

« Plutavque témoigne que ceux qui gouvernaient dans Lacédémone ne reconnaissaient point d'xvtre justice que ce qui servait au bien et à l'agrandissement de l'État (Plutarq. , in Agesil., p. 616). C'était parmi eux la règle et la mesure du droit et de i/honnf.teté : si une chose était utile au public, elle passait de là pour légitime. Je crois que Plutarque dit la vérité, mais il ne devait pas mettre en jeu la seule ville de Sparte. Celle d'Athènes et celle de Thèbes n'avaient point de meilleurs principes ; ce sont, généralement parlant, les maximes de tous les Etats; la différence des uns aux autres n'est que du plus au moins ; les uns sauvent mieux les apparences que les autres. Quoi qu'il en soit, Agésilaiis était tout pénétré de cette méchante morale. Se voyant soupçonné d'avoir induit Phébidas à surprendre la citadelle de Thèbes en pleine paix, et par une fraude qui faisait crier toute la Grèce, il représenta qu'il fallait, avant toutes choses, examiner si cette action était profitable à la patrie, et que chacun devait faire de son propre mouvement ce qui tendait à

l'avantage de l'Etat Agésilaiis avait un

respect extraordinaire pour lés dieux

Voilà sa religion personnelle; mais dès qu'il se regardait comme roi, le bien et l'avantage de son royaume était sa divinité principale, à laquelle il sacrifiait la vertu et la justice , les lois divines et les lois humaines. Je ne sais si tous ceux qui citent cette sentence d'Euripide :

Nam ?i viohndiiin est jus, regnandi gralia Viûlanduru est : aliis rébus pietatem colas

(Cicer. Officior. lib. III, cap. 21.)

en comprennent toute l'énergie : on y voit l'esprit

scieiscf: sociale. 213

et de ceux qui acquièrent des royaumes, et de ceux qui gouvernent les États; ils vont quelquefois jusqu'à la superstition. Regardez la conduite particulière d'Agésilaûs : tout y est dans l'ordre, aliis rébus pietatcm colas : il ne sort de l'équité qu'en tant qu'il règne, regnandi gratia violandum est. En tant qu'homme il vous dira sincèrement comme un autre: amicus usque ad aras; mais en tant que souverain , s'il parle selon sa pensée, il vous dira : j'observerai le traité de paix pendant que le bien de mon royaume le demandera ; je me moquerai de mon serment dès que la maxime d'État le voudra. » •

Bayle, art. Agésilaiis.

— « Ce grand homme (Aristide), qui observait si exactement les règles de l'équité chez lui et envers ses compatriotes , ne faisait point scrupule de préférer l'utile à l'honnête quand il s'agissait d'une affaire politique. Aristide avait fait jurer une certaine chose aux Athéniens, et il avait luimême prêté le serment en leur nom. Dans la suite, il leur conseilla de faire ce qu'ils trouveraient à propos pour l'utilité publique, et de le laisser chargé lui seul du parjure, pendant qu'ils se prévaudraient des circonstances favorables que la fortune leur présenterait. »

Bayle, art. Aristide.

— « De là vient le droit de l'épée, car l'épéc donne un véritable droit. Autrement on verrait ht violence d'un côté, et la justice de l'autre.

« De là vient l'injustice de la fronde, qui élève sa prétendue justice contre la force. »

Pascal, Manuscrit autographe, p. 431.

— « Nous n'en finirions pas , si nous citions tous les nouveaux passages où Pascal se complaît à ramener son opinion favorite , que la force fait la justice et domine sur la raison. »

M. Cousin, Des pensées de Pascal; Rapport a l'Académie sur la nécessite d'une nouvelle édition de cet ouvrage.

— >< En dépit des lois de la morale, dans les relations de peuple à peuple, c'est le succès qui fait le droit. »

M. Michel Chevalier, Lettres sur V Amérique du Nord, lettre xxxiv.

— « Les Romains étaient d'une exigence inouïe et d'une intolérable hauteur envers les autres peuples Leur politique était d'un égoïsme

sans vergogne. Ils traitaient quiconque résistait à leur insatiable soif de conquête comme un esclave révolté contre la volonté des dieux. Cette foi punique dont ils imprimèrent le nom comme un stigmate d'infamie sur les ruines de leur rivale, fut souvent la seule foi qu'ils pratiquèrent. La postérité les a pourtant proclamés le plus grand peuple delà terre, tarce qu'ils réussirent. »

là., ibid.

Position de l'équation logique du despotisme.

« Il n'y a de droits imprescriptibles à la liberté que pour qui est en mesure d'en jouir avec profit pour la société, et pour lui-même. L'esclavage, si odieux qu'il puisse être, est cependant une forme d'ordre social ; il doit être conservé là où toute autre forme meilleure serait impossible; il doit disparaître là où Vinférieur est mûr pour une plus favorable condition.»

M. Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord, lettre xxixe.

— « La liberté est impossible, aussi longtemps que l'esclavage reste possible. »

Sens commun.

— Nous venons d'analyser, par l'empirisme et par riiistoire, les moyens sur lesquels le despotisme s'est appuyé jusqu'ici. L'identité des résultats prouve : que, les deux analyses sont exactes.

Maintenant, et ainsi que nous l'avons dit au précédent chapitre, nous devons compléter l'étude du despotisme, par un examen d'ensemble. Avant de commencer cet examen, précisons l'état de la question, que nous avons à discuter.

Page 1