‹ Science socialeChapitre 27 sur 44 · ELEMENTS DE L'EQUATION LOGIQUE DE L ENSEMBLE DESPOTIQUE · texte numérisé non relu

ELEMENTS DE L'EQUATION LOGIQUE DE L ENSEMBLE DESPOTIQUE

« Notre intelligence doit courber son orgueil devant les nécessités sociales. Lorsqu'elle s'entête à nier les faits parce qu'elle ne les comprend pas, les faits s'imposent brutalement à elle. »

Michet, Chevalier, Lcitres sur V Amérique du Nord, lettre xxxnie.

— « La première chose, pour sortir, s'il est possible, de notre ignorance est de la reconnaître. »

Pierre Leroux, Aux politiques. Revue indépendante, juillet 1842.

— Dans la position de l'équation logique d'une question, il s'agit, au moyen d'éléments détermines ; et, de certains rapports donnés entre ces éléments : de trouver le complément des rapports connus. Si alors, un, ou plusieurs des éléments relatifs à l'ensemble, se trouvent : soit oubliés, soit négligés, soit inconnus ; ou, même ne soient point parfaitement déterminés;' l'erreur devient inévitable ; et, dans ce cas : mieux on raisonnera; et plus tôt on arrivera à l'absurde. Si ensuite l'absurde reconnu; l'orçueil s'entête : à méconnaître son ignorance ; les faits s'imposent : brutalement.

Nous allons établir : que, dans la position de l'équation logique du despotisme, deux éléments sur quatre, ont été généralement négligés ; et, que les

deux éléments, sur lesquels il a été raisonné; ont été laissés : dans l'indétermination.

Le despotisme, sauf des considérations vagues, dont on ne s'est jamais rendu de compte précis, a généralement été regardé : comme un rapport de maître à esclave; de force à faiblesse.

Si, cependant, on s'arrête à ces seules données; il est facile d'observer : qu'il ne peut y avoir, alors, entre le maître et l'esclave, entre le fort et le faible : que, des rapports nécessaires de cause à effet; et, alors , quelles conséquences morales peuvent être tirées de leur état respectif? Aucunes absolument.

Dans la question du despotisme, deux éléments se trouvent donc insuffisants : pour, que des conséquences morales puissent être tirées ; et, d'autant plus : que, pour autant que ces éléments force et faiblesse restent isolés ; ils sont indéterminés; relatifs, comme la force physique à laquelle ils se rapportent.

Mais, si entre maître et esclave, nous faisons intervenir : la liberté;, ou la puissance du raisonnement, comme appartenant à l'un aussi bien qu'à l'autre; toutes les difficultés, que nous avons vues surgir de la théorie d'Aristote , relativement à la détermination des expressions maître et esclave; s'évanouissent complètement : pourvu, cependant, que les êtres chez lesquels le choisir, le penser , le raisonner , le sentir, expressions équivalentes, appartenant à une même nature selon Descartes, etc., etc., jusques et y compris M. Cousin; soient : parfaitement déterminées.

Nous trouvons alors : dans le maître, liberté active

ou raisonnement en action; dans l'esclave, liberté passive ou raisonnement en état d'inertie ; et, le despotisme, nom que nous donnerons à l'action du maître sur l'esclave, prendra, socialement : un sens moral, qui pourra se reconnaître comme réel, en disant :

« Qu'il n'est : que", le raisonnement employé par « plusieurs : pour soumettre les autres; et, les em- « pêcher de raisonner au point de reconnaître : que, « leur soumission est irrationnelle. »

Voilà donc un troisième élément, le raisonnement ou la liberté, lequel, doit nécessairement être admis : dans l'équation logique de l'ensemble despotique. Ce n'est cependant point le dernier; nous allons en trouver un autre.

Le raisonnement, constituant force supérieure dans le despotisme, a nécessairement un objet. C'est, le quatrième élément; il faut le découvrir.

Le raisonnement est le rapport : au sentiment de l'existence, à la sensibilité, sujet, réel ou illusoire : de toute modification, de tout objet, de toute chose, pouvant modifier ce sentiment : que , la modification, l'objet ou la chose, soit corporelle, ou incorporelle. Ce rapport, de l'objet au sujet, est une appropriation : soit illusoire, soit réelle ; et, ce quatrième élément, comme susceptible d'appropriation, prend le nom : de pn prié lé (1).

(l) Il est sans doute inutile d'énoncer: qu'ici, l'expression propriété se rapporte exclusivement à Fintellecluel; et, qu'elle n'a rien de commun avec l'expression propriété, exclusivement rapportée à la matière, et signifiant : attraction, répulsion, etc, etc.

Le quatrième élément despotique est ainsi : tout ce qui peut être l'objet de l'action du maître sur l'esclave.

Tels sont les éléments de l'ensemble despotique ; et, qui plus est, de l'état de liberté : ce qui doit être, puisque cet état n'est que l'absence du despotisme. Il ne peut même y en avoir d'autre. Car : activité arbitraire ou despotique; passivité non raisonnée ou esclavage; liberté ou raisonnement; et propriété ou objet; renferment tout ce qui, moralement, se trouve possible.

Remarquons : que, la propriété peut être :

1° Intellectuelle : celle de l'homme sur l'homme ;

2° Corporelle : celle de l'homme sur un champ, sur un meuble ;

3° Indéterminée : celle de l'homme sur un chien, une huître, une éponge, un champignon ;

1° Incorporelle : celle de l'homme sur la lumière, sur l'électricité, la chaleur, la pensée, les découvertes, etc.

Récapitulons nos éléments : /

1° Maître : être intelligent, agissant sur d'autres à leur détriment;

2° Esclave : être intelligent subissant l'action par laquelle il est lésé (1);

3° Liberté ou raisonnement : élément, en dehors

(1) La société bourgeoise aurait bien voulu restreindre l'esclavage à l'esclavage domestique. Alors elle aurait été une société libre. Des sophismes peuvent duper quelque temps en présence de l'incompressibilité de l'examen ; mais, bientôt, ils finissent par n'avoir plus de valeur. Tout homme lésé est esclave, pour ce dont il est lésé.

duquel il ne peut y avoir : ni rationalité, ni irratio lité, ni maître, ni esclave, ni état de liberté ;

4° Propriété.: ce par quoi l'être intelligent peut être modifié.

Avec ces éléments toujours présents à l'esprit, la question théorique de despotisme, pour savoir quand il existe, n'offre plus de difficulté. Quant à la question pratique, relative à l'absence du despotisme, ce n'est pas ici le lieu d'en parler.

observation prealable a la discussion du despotisme considéré dans son ensemble : il y a ensemble partiel; et ensemble général.

« Parmi toutes les acquisitions qui, depuis la fin du siècle dernier, ont grandi le domaine des sciences d'observations, nulle n'a ouvert un champ plus vaste que la conception de Volta sur le développement de l'électricité par contact Ce fait physique, matériel, a un analogue évident dans le monde moral. Lorsque vous rapprochez deux hommes qui jusque-là avaient vécu éloignés l'un de l'autre , pour peu que ces hommes aient quelque qualité éminente, leur frottement produit incontestablement quelque étincelle. Si, au lieu de deux hommes, les deux pôles de votre pile sont deux peuples , le résultat s'élargit dans la proportion d'un peuple à un homme. »

M. Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord, lettre irc.

— Avant de passer à la discussion du despotisme, considéré dans son ensemble^ observons : que, dans l'origine de l'humanité, les sociétés se séparent d'une manière plus ou moins absolue, pour un certain nombre de siècles. Alors, pour aussi longtemps qu'elles sont séparées, chaque ensemble partiel forme , pour ainsi dire, une humanité particulière. C'est seulement, lorsque des communications inévitables viennent à s'é-

tablir : que, les ensembles partiels disparaissent, pour ne laisser en évidence : que, l'ensemble général. Nous examinerons séparément : les ensembles partiels ; et, l'ensemble général.

Ensembles partiels.

«Quelque grande vérité, quelque dogme fécond cherche à naître ; les peuples en ont le pressentiment, ils l'entrevoient vaguement au fond de l'avenir obscur; et en même temps il semble qu'au lieu de se porter avec amour vers le bien futur, dont le germe mystérieux se gonfle chaque jour d'une sève plus abondante, au lieu d'échauffer de leur haleine la plante céleste afin d'en hâter l'épanouissement, ils soient partout livrés à l'esprit de destruction , purs instruments de ruines , manœuvres de la mort , occupés sans relâche à creuser la fosse où doit s'engloutir tout ce qui est. »

La Mennajs , Amschaspands et Darvands , p. 57.

Page 1