‹ Science socialeChapitre 32 sur 44 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

Loi de Moïse citée par Montesquieu, liv. XV, chap. xvir.

— « Si c'est l'esclave d'autrui qu'il a tué , croyant que ce fût le sien, il dédommagera et indemnisera le maître de cet esclave Si c'est son

esclave qu'il a tué, la loi le déclare exempt de toute peine, après qu'il se sera purifié.

« Si un esclave, dans un moment de colère, tue son maître, les parents du mort feront souffrir à cet esclave tous les traitements qu'ils jugeront a propos, pourvu qu'ils ne lui laissent point la vie ; à ce prix ils seront innocents du meurtre commis. Quant à l'esclave qui, dans la colère, aura tué toute autre personne libre, ses maîtres le livreront aux parents du mort, et ceux-ci seront obligés de le faire mourir, mais de tel genre de mort qu'il leur plaira .

« Si un esclave tue une personne libre en se défendant contre elle, il sera sujet aux mêmes lois que les parricides. ••

Platon, Lois, liv. IX.

— «« Le nombre des hommes libres dans l'antiquité était de beaucoup inférieur à celui des esclaves. Athènes avait 40,000 esclaves et 20,000 citoyens. A Rome, qui comptait dans la fin de la république environ 1,200,000 habitants, il y avait à peine 2,000 propriétaires, C« qui seul démontre l'immense quantité d'esclaves. Un seul individu en avait quelquefois plusieurs milliers a son service.

On en vit une fois exécuter 400 d'une seule maison, en vertu de la loi épouvantable qui ordonnait à Rome que, lorsqu'un citoyen romain était tué cliez lui, tous les esclaves qui habitaient sous le même toit fussent misa mort. »

Comte de Maistre, Du Pape, t. II, p. 121.

— « Les esclaves trouvent le toit et la bouillie sur la terre du maître; les vilains et les vassaux reçoivent, presque à titre.de redevance, la rente aumônière du château, ou bien peuvent réclamer, comme un droit, le secours du couvent ; les cultivateurs et les pasteurs se réchauffent aux rayons pâlisde la bienfaissance amicale dn village; les vieillards de la corporation ont quelques bribes à toucher sur la masse commune , mais l'ouvrier des ateliers l'ouvrier de nos villes, qui marche libre et seul, qul ne\Iépend que de la loi, qui rougirait d'emprisonner sa conscience dans les chaînes d'un don de charité, qui n'a plus de couvent ni de caisse de corporation; qui cent fois, dans le cours de sa carrière industrielle , a vu changer au-dessus de lui son patron, autour de lui ses camarades ; qui habite un monde variable et fait partie d'une association éphémère née à cinq heures du matin, morte à huit heures du soir; l'ouvrier des ateliers et de nos villes où trouve-t-il à dormir et à manger lorsque l'âge l'envahit, ou bien que jeune encore, une blessure au travail lui a rompu bras et reins? »

Pierre Leroux, Revue indépend., mai 1842.

— « Ici (Etats du Sud de l'Union américaine), où l'ouvrier des villes et le cultivateur des champs, au lieu d'être comme au nord, les souverains du pays, ne sont que des esclaves, il y a plus d'abondance , plus de confort matériel , pour les classes laborieuses, qu'il n'y en a chez nous. Aussi la population noire pullule-t-elle rr.us ici , que ne le fait chez nous la population des campagnes. Notre paysan fait autant d'enfants que le noir de la Caroline ou de la Virginie; mais chez nous la morl, que la misère amène par la main est active à repousser les bras qui voudraient faire concurrence à ceux de leurs pères, et à fermer pour toujours les bouches qui demandent du pain que leurs parents ne peuvent leur donner. »

M. Chevalier , Lettres sur l'Amérique du Nord, lettre XXVIIIe.

— « On dit qu'en France l'intérêt de l'argent est de quatre ou même de trois ; oui sans doute pour le trésor, lorsqu'il n'a pas besoin d'emprunter, ou pour quelques négociants privilégiés dans les moments prospères. Les propriétaires fonciers payent presque partout 6 pour cent au moins, en donnant première hypothèque. Les petits propriétaires et les petits industriels payent 8, 9 et 12 pour cent. A mesure que l'on descend l'échelle sociale, le taux de l'intérêt s'accroît pour l'ouvrier des villes. Dans ses achats en détails pour les besoins de son ménage, il est de 50 et même de 100 pour cent par an. Pour le paysan, dans ses relations avec le maréchal, le cabaretier, le marchand du village , il est quelquefois de 100 pour cent par mois.

« Le taux moyen de l'argent dans l'ensemble des transactions de toute nature et de tout ordre qui s'opèrent en France est au moins de 15 ou 20 pour cent, de 25 peut-être. »

Michel Chevalier, Id., ilricl.

— « Huit millions de Français ne mangent pas de pain, n'ont que des châtaignes ou autres pauvretés ; vingt-cinq millions de Français n'ont pas de. vin. Et pourtant on est obligé, par surabondance, de jeter aux égoûts des récoltes entières. Voilà le vol sublime de l'industrie vers la perfectibilité; et cependant chaque année voit éclore une douzaine de philosophies nouvelles sur la richesse des nations : que de richesses dans les livres ! que de misères dans les chaumières ! »

Fourikr, Nouveau monde industriel, p. 36.

— «Voici comment s'exprimaient en 1829 les commissaires chargés par le parlement de lui présenter un rapport sur l'état de ce malheureux pays (l'Irlande) :

« Les chaumières où résident les habitants de ces districts sont les plus misérables réduits qu'êtres humains aient jamais habités. Nous en avons visité plusieurs milliers qui se composent en général d'une seule chambre dans laquelle douze, quatorze ou seize personnes croupissent ensemble, et où souvent trois ou quatre familles sont confondues pêle-mêle. Le plus grand nombre de ces cloaques est sans cheminées ni fenêtres, et l'entrée de quelques-uns est si basse qu'on est obligé

Soi SCIENCE SOCIALE.

de se plier en deux pour y pénétrer. La porte n'est autre chose qu'un bloc de pierre, et dans presque tous ces réduils il est impossible de trouver un meuble ou un fragment de meuble. Les misérables qui les habitent gisent sur le pavé où sont étendues quelques poignées d'une paille fétide, ou seulement du sable pris sur les bords de la mer. Ces infortunés ne sont couverts que de lambeaux surchargés de vermine. »

— « Cependant cette nation mérite-t-elle ses malheurs ?

— « Voici encore l'opinion des commissaires à cet égard (1).

— « Nous manquerions à notre devoir si nous ne vous signalions les sentiments d'honneur et de fierté populaire qui nous ont frappés dans le cours de nos travaux. D'où vient l'argent que vous nous offrez et qu'en devons-nous faire? nous demandaient ces braves gens. Et c'est toujours avec une extrême difliculté que nous parvenions à obtenir d'un individu qu'il fût le premier à recevoir nos secours, quoique son corps décharné, ses yeux hagards, et les haillons dont il était couvert accusassent le dernier degré de la misère humaine. >•

— «Et en note:

— « On peut résumer ainsi, dit M. Culloch, les principales prescriptions du code pénal qui naguère régissait l'Irlande :

— « En vertu de divers actes successivement passés sous les règnes de George Ier et George II, tout père de famille professant le culte catholique ne pouvait être tuteur ou gardien de ses enfants, quel que fût leur âge. Aucun protestant ne pouvait épouser une papiste ayant une propriété en Irlande. Les catholiques ne pouvaient acheter des terres, ni les occuper comme fermier pour un terme au delà de trente et un ans ; et si ces fermages produisaient un bénéfice plus élevé que le tiers du prix de la location, le bail était résilié par ce fait seul, et transféré au délateur protestant qui avait découvert et dénoncé ce surplus de bénéfice.

« A la mort d'un papiste, toutes ses propriétés

(1) Que l'on veuille bien remarquer: que, ce rapport des commissaires du parlement n'est pas une diatribe ; mais, une pièce officielle présentée au public : parles maîtres eux-mêmes qui tiennent les Irlandais en état d'esclavage.

devaient être partagées entre ses enfants, et, à défaut d'enfants entre ses collatéraux [pour comprendre l'esprit de cette mesure, il faut se rappeler que le droit d'aînesse et le système des substitutions sont en pleine vigueur en Angleterre (1). La résidence des villes de Galway et Limerick était interdite aux catholiques ; ils ne pouvaient jouir d'aucune rente viagère. Tout catholique se livrant publiquement ou secrètement à l'enseignement était poursuivi et condamné au dernier supplice. Les récompenses suivantes étaient offertee à quiconque découvrirait un ministre catholique enseignanl, savoir : pour un archevêque, un évêque, un vicaire général, 50 livres sterling ; pour un prêtre régulier ou séculier, 20 livres sterling; pour un maître d'école ordinaire, 10 livres sterling. Les protestants étaient autorisés à attaquer en chancellerie toute personne suspecte d'être intervenue par contrelettre, fidéf-concrmis ou autrement clans une vente location ou prêt hypothécaire fait dans l'intérêt direct ou indirect d'un papiste. Les actions de ce genre ne pouvaient être jugées que par des protestants. Les papistes ne pouvaient occuper plus de deux apprentis, ni être jurés. lia devaient se faire remplacer clans le service des milices par des protestants, et leur payer pour cela le double du prix ordinaire. Ils ne pouvaient exercer aucune fonction de constable. Les avocats et les avoués qui prenaient des femmes papistes étaient soumis à toutes les pénalités et incapacités prononcées contre ces dernières. Tout mariage entre protestant et papiste était déclaré nul ; il eu était de même pour les mariages célébrés par des prêtres catholiques qui, pour ce fait seul, étaient condamnés à la peine de mort.

« Mais, dira-t-on, l'acte d'émancipation des catholiques ou le bill de réforme ont donné satisfaction

à l'irlaude Erreur. La situation de l'Irlande

est devenue peut-être plus insupportable depuis la

(1) C'est, le même motif qui a forcé l'assemblée nationale, d'ôter aux pores le droit de disposer de leurs biens. L'assemblée craignait : que, cette puissance, laissée à l'autorité paternelle, ne servit : à favoriser les tendances au maintien du système féodal. C'est ainsi que, dans l'époque d'ignorance, la justice est toujours sacrifiée: aux circonstances.

réforme. L'admission de quelques catholiques au sein de la représentation nationale... ont pansé quelques plaies, elles n'en ont guéri aucune. La so: ciélé civile est toujonrs en Irlande dans la même infériorité relative, et les souffrances matérielles y sonl devenues plus grandes. Le protestautisme, l'aristocratie, la grande propriété n'ont point cessé de pressurer cette population de parias, et le paupérisme s'est accru dans une proportion qui épouvante les plus hardis.

« Sans doute l'acte d'émancipation a relevé les catholiques de l'incapacité parlementaire dont ils étaient frappés ; mais ce qu'on ignore, c'est qu'en ouvrant la porte de la chambre des communes à trente ou quarante individus, il a fermé celle des collèges électoraux à 176,000 électeurs des comtés. En effet, le nombre de ces électeurs, qui, antérieurement à l'émancipation, était de 216,000, fut réduit à 40,000 par le bill qui éleva le cens électoral de 40 schelliugs à 10 livres sterling de revenu.

« Ainsi l'Angleterre eut grand soin de reprendre à l'électorat ce qu'elle accordait à l'éligibilité: de plus les catholiques irlandais appelés à la représentation nationale ne sont admis à siéger qu'après avoir juré de maintenir l'ordre de succession à la couronne d'Angleterre, tel qu'il est établi par les lois en vigueur ; de défendre de tout leur pouvoir le système actuel de la propriété, c'est-à-dire le droit de primogéniture et les substitutions; de ne jamais attaquer rétablissement ecclésiastique, c'est-à-dire les dîmes et les privilèges de l'Eglise anglicane; enfin de ne jamais se servir des droits qui leur sont conférés par l'acte d'émancipation pour troubler ou affaiblir la religion protestante ou le gouvernement protestant dans le royaume-uni.

« En échange de ces engagements le bill consacre l'admissibilité des catholiques à quelques rares emplois civils et militaires; mais il leur interdit formellement les fonctions de gardiens, de juges, de régent du royaume, de lord chancelier de la Grande-Bretagne ou d'Irlande, de lord lieutenant de l'Irlande, et de commissaire aux assemblées générales des églises d'Ecosse. 11 les exclut de tout emploi dans les établissements ecclésiastiques d'Angleterre, d'Irlande ou d'Ecosse, cours

ecclésiastiques, cathédrales, fondations religieuses, universités, etc. Enfin aucun catholique romain appartenant aux ordres religieux n'est apte à faire partie de la représentation nationale, et tout prêtre de cette Eglise qui prend le titre d'archevêque, devêque ou de chanoine dans un diocièse irlandais est passible d'une amende de cent livres sterling. »

Décadence de l'Angleterre, par M. Sarrans, pag. 78 et 86, etc.

— « Le pauvre est coupable de naître, coupable de vivre, coupable surtout de transmettre sa misérable vie ; conséquemment, venir à son secours, ce serait encourager, récompenser le crime. Gardezvous-en par - dessus tout, vous qui avez à cœur les intérêts de l'humanité, l'ordre, la justice, la vertu. Etouffez en vous-même la sympathie funeste, la vicieuse commisération qui vous porterait à vous rendre complice d'un délit que vous devez détester et punir ; soyez sans pitié pour le père, la mère et les enfants assez pervers, assez impies pour réclamer ce qu'ils appellent insolemment le droit de vivre.

« Ce langage t'étonne, Eghetesch : tu hésites à le croire possible. Eh bien : tu vas l'entendre de la bouche même des coryphées de l'école à laquelle j'attache ma gloire la plus brillante et la plus solide.

<• Reconnaître aux pauvres un droit a l'au- « mène, c'est les autoriser a exiger l'aumône par « la force, c'est anéantir le droit de propriété. » (Duchâtel.)

« L'homme qui s'est marié sans avoir l'espé- « rance de nourrir sa famille, doit être livre a « lui-même. Son action est immorale, la misère « en est la peine naturelle et juste. Livrons donc « cet homme coupable a la peine prononcée par la nature. »(Malthus.)

La MtNNAis, .imschaspands et Darvands.

Astouiad (qui ne pense que le mal) à Eghetesch (génie de la corruption du cœur), p. 256.

— La caste peuple se compose :

D'abord, des esclaves domestiques : attachés aujo personnes;

Ensuite, des esclaves domestiques : attachés au sol, à la grèbe;

Enfin, des esclaves politiques : attachés à la propriété mobilière; à Vindustrie, au commerce.

Les esclaves domestiques , ayant toujours un maître déterminé, sont assurés de gagner, par leur travail^ leur subsisiance matérielle. Ils la reçoivent même en cas d'incapacité de travail : car, l'égoïsme du maître leur donne des soins et nourrit leur famille (1).

Il n'en est pas de même pour les esclaves politiques, attachés à la propriété mobilière en général; et, à aucun individu en particulier.

Ces esclaves n'ont ainsi aucun maître, qui prenne à eux un intérêt déterminé quelconque ; et, leur existence devient subordonnée à un travail, de plus en plus difficile à obtenir, à mesure : que, leur plus grand nombre augmente la concurrence ; et, que la privation d'outil particulier, causée : par l'envahissement de l'outil général le sol ; et, par l'impôt toujours alors rejeté sur la faculté de travailler ; se joint à une concurrence, seulement réelle en ce qu'elle a pour objet : de faire baisser le prix du travail.

Pour quiconque voudrait raisonner, après s'être défait de ses préjugés ; ce qui, du reste, selon Descartes, est plus difficile que de brûler volontairement sa propre maison ; i! ne serait pas nécessaire d'aller visiter les Amériques pour s'assurer: que, l'esclavage "des nègres est infiniment moins pénible; que, l'esclavage

(1) Il n'appartenait qu'au vertueux Caton, d'envoyer ses esclaves, devenus incapables de travailler, mourir de faim dans une ile du Tibre.

des prolétaires ; le simple bon sens donne cette solution. Il faut même ajouter: que, c'est aux États-Unis que les nègres sont menés le plus durement ; et, M. Michel Chevalier a observé lui-même : que, cela devait être, par cela seul : que ces esclaves sont au sein d'un pays : où, tous les hommes sont déclarés : devoir être libres. 11 ne faut donc point s'étonner : si, dans les derniers temps de l'esclavage domestique en France, la comparaison : que, les esclaves faisaient de leur sort avec la malheureuse situation des prolétaires, esclaves politiques prétendus libres ; leur ait fait préférer le servage : à une prétendue liberté. Aussi, en 1787, deux années, seulement, avant la révolution des bourgeois contre les nobles ; vingt-trois communes de serfs, appartenant à l'abbaye de Luxeuil, plaiâoient contre leurs maîtres : pour ne pas- être affranchis (•'). Les serfs, et avec raison, préféraient : l'esclavage domestique, à l'esclavage politique, décoré du nom de liberté civile.

Voilà des castes établies; et, nous voyons : que, leur établissement n'est point arbitraire : mais, qu'il est nécessaire, inhérent à toute humanité possible, existant nécessairement dans une ignorance primitive : dès, qu'on veut se maintenir dans les limites de la raison. Nous voyons de plus : que, l'établissement des castes, partageant nécessairement le monde en maîtres et en esclaves, reste indestructible : aussi longtemps que l'examen n'est point incompressible -,

(l) Traité des manuscrits, par M. Monteil chapitre de la féodalité et des hommes féodaux.

et, jusqu'à ce que l'existence de l'ordre, c'est-à-dire de la société, de l'humanité, devienne incompatible avec l'incompressibilité de l'examen ; pour aussi longtemps, enfin, que dure l'ignorance primitive. Essayons de déterminer, s'il y a possibilité de voir : les castes anéanties ; les maîtres et les esclaves anéantis.

L'anéantissement des castes dépend de leur réunion définitive et indestructible , en une seule et même caste : l'humanité, dominant le globe.

Comment cette réunion peut-elle jamais être possible?

A cet égard, voyons d'abord ce qui est : avant, que l'examen ne soit devenu incompressible : par la presse.

La première domination civile de la société est celle des nobles : par la suprématie du sol, ou de la propriété du sol.

Par suite des développements de population ; par suite de conquêtes ; par suite des développements de l'industrie : la domination du sol s'évanouit; le capital devient dominateur ; et, la société, qui, nécessairement, a absorbé toutes les autres dans un cercle donné ; devient bourgeoise.

Dès ce moment, les castes noble et bourgeoise sont réunies; et, les séparations ne sont que nominales.

Mais, la domination bourgeoise amène nécessairement l'anarchie. Et, comme Tordre, soit par la force, soit par le droit, est Y existence même de l'humanité; comme, l'examen est toujours compressible ; comme,

en présence de la compressibilité de l'examen, le despotisme est seul capable d'établir l'ordre ; la société bourgeoise se trouve anéantie ; un nouvel ordre nobiliaire s'établit sur ses ruines ; et, le nouveau despotisme devient d'autant plus effroyable : que, l'expérience lui a donné la preuve : que, la mort de quelques protestants, sacrifiés à la nécessité de l'ordre, est un acte de bonté ; un acte de justice réelle ; vis-à-vis des maux énormes, résultant de l'anarchie nécessairement amenée : par toute tolérance.

Mais, dès que la presse vient établir l'incompressibilité de l'examen ; il n'en est plus de même.

La domination du sol s'évanouit, cependant, devant la puissance du capital.

La domination du capital amène également l'anarchie.

L'anarchie, ramène également des systèmes nobiliaires.

liais, l'examen est incompressible ! Les rigueurs, du pouvoir nobiliaire, doivent augmenter : en raison même des difficultés, résultant de l'incompressibilité de l'examen. Et, ces rigueurs ramènent la domination bourgeoise, toujours nécessairement suivie de l'anarchie ; toujours nécessairement suivie d'un rétablissement de domination nobiliaire; toujours nécessairement suivie d'un rétablissement de domination bourgeoise, d'anarchie, etc.

C'est, seulement : lorsqu'il est devenu incontestable pour chacun : que, les castes, d'une part; ou, l'humanité, d'une autre ; doivent disparaître : que, le moyen

de les faire disparaître est cherché. Alors, les castes disparaissent : ou l'humanité s'anéantit.

Les divisions que nous venons d'établir : en classes inhérentes à l'humanité, à la liberté, indépendantes de l'hérédité et de la propriété ; et, en castes exclusives au despotisme, subordonnées à L'hérédité, à la propriété ; se rapportent à toute circonscription particulière, simple, isolément considérée. Nous allons, maintenant, étudier le despotisme : sous le rapport d'ensemble général ou de circonscription complexe ; pour achever de le bien connaître.

Ce sera, seulement, après avoir fait cette étude : que, nous pourrons commencer à entrevoir : comment, les cercles vicieux sans nombre, dont nous allons énoncer les principaux ; et, dans le sein desquels l'humanité se trouve enclavée, pendant le nomlire de siècles que dure l'ignorance primitive ; viennent, cependant, à se trouver : anéantis.

Premier cercle vicieux.

La nécessité, vu l'ignorance primitive, d'inventer Dieu ; c'est-à-dire : la sanction religieuse.

La nécessité, de comprimer l'examen de Y invention ; pour ne point laisser anéantir, par le doute, la sanction nécessaire : à l'existence de l'ordre ; à l'existence de l'humanité.

La nécessité, d'établir le monopole des développements de l'intelligence ; pour, que l'examen puisse être comprimé.

La nécessité, d'exploiter les masses ; pour, que les

développements de l'intelligence puissent être monopolisés; et, que l'anarchie puisse être prévenue.

La nécessité, de conserver l'invention de Dieu; pour, prévenir l'anarchie; etc.

Deuxième cercle vicieux.

La nécessité, du monopole de la propriété ; pour, maintenir le monopole des développements de l'intelligence.

L'impossibilité , d'abolir le monopole de la propriété ; aussi longtemps : que, dure le monopole des développements de l'intelligence.

L'impossibilité , d'abolir le monopole des développements de l'intelligence ; aussi longtemps : que, dure le monopole de la propriété.

Troisième cercle vicieux.

L'impossibilité, pour les despotes, de ne point profiler, pour appuyer le despotisme, de la terreur de l'avenir, inhérente à la prévision : des maux, que doit eau. ser une anarchie imminente.

L'impossibilité, de rejeter sur le despotisme, la terreur de l'avenir relative à l'anarchie : aussi longtemps, que les despotes eux-mêmes ne reconnaîtront point et ne proclameront point, socialement : que, leur propre ignorance , donnant le despotisme comme encore nécessaire à l'existence de l'ordre, est, exclusivement : la cause de l'anarchie.

L'impossibilité pour les despotes etc.

Ensemble général.

» L'imprimerie a changé le sort de l'Europe ; elle changera la face du monde. Je la considère comme une nouvelle l'acuité ajoutée aux plus belles facultés de l'homme; par elle la liberté cesse d'être resserrée dans de petites agrégations républicaines ; elle se répand sur les royaumes, sur les empires. L'imprimerie est, pour l'immensité de l'espace , ce qu'était la voix de l'orateur sur la place publique d'Athènes ou de Rome; par elle la pensée de l'homme de génie se porte à la fois dans tous les lieux : elle frappe, pour ainsi dire, l'oreille de l'espèce humaine entière. Partout le désir secret de la liberté ({), qui jamais ne s'éteint entièrement dans le cœur de l'homme, la recueille, cette pensée, avec amour, et l'embrasse quelquefois avec fureur; elle se mêle, elle se confond dans tous les sentiments. Et que ne peut pas un tel mobile agissant à la fois sur des millions d'âmes! Les philosophes et les publicistes se sont trop hâtés de nous décourager en prononçant que la liberté ne peut appartenir qu'à des petits peuples (2). Ils n'oiît su lire l'avenir que dans le tassé, et lorsqu'une nouvelle cause de perfectibilité, jetée sur la terre, leur présageait des changements prodigieux parmi les hommes, ce n'est jamais que dans ce qui a

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