HIERARCHIE SOCIALE. DESPOTISME DE SECOND ORDRE
« Hiérarchie, au propre, signifie : gouvernement sacré. Sacré, signifie ici : dérivant de la justice; d'une justice illusoire ou réelle, mais toujours incontestée. Hiérarchie , au figuré, signifie : échelle de subordination. Cetle subordination se rapporte également : à une justice, illusoire ou réelle, et toujours incontestée. En dehors de toute hiérarchie, prise au propre ou prise au ligure, rien n'est possible que l'anarchie : soit dans les idées ; soit dans les faits ; soit dans les idées et dans les faits. »
Colins, Mss.
— Dès l'origine des temps historiques, nous trouvons l'humanité divisée en fractions, séparées par des obstacles plus ou moins difficiles à franchir. Physiquement, ce sont des mers, des fleuves, des déserts, des montagnes, des forêts, de simples distances même ; moralement, ce sont des conventions sociales directement opposées : comme, par exemple, il y en a : entre les peuples nomades et les peuples fixés ; entre des religions qui nécessairement s'anathématisent ; ou, tout autre moyen que le despotisme emploie nécessairement, pour entraver les communications.
A mesure , que dans chaque fraction , le nombre d'individus devient plus considérable ; le despotisme
nécessairement, s'y établit hiérarchiquement : nonseulement sous le rapport des individus; mais encore sous le rapport des groupes d'individus. Nous l'avons vu en étudiant : les diverses transformations sociales ; et, l'établissement des castes.
Dès, que quelques-uns des obstacles, qui séparent les fractions humanitaires, viennent à disparaître; celles qui, par cette disparition, viennent à se trouver en contact, doivent : ou s'ordonner hiérarchiquement entre elles de prime abord ; ou, si de prime abord, elles se fondent en une seule, revenir ensuite à se diviser: pour voir la hiérarchie s'établir entre leurs divisions.
En effet : si, la coordination hiérarchique ne s'établit point dès l'abord ; la guerre , inhérente aux fractions en contact et non hiérarchiquement ordonnées, doit faire dominer les plus forts sur les plus faibles : jusqu'à ce que toutes, soient réduites à une seule.
Dans ce cas : indépendamment des obstacles physiques, qui auront pu être plus ou moins aplanis ; mais, n'auront point complètement disparu ; les obstacles moraux résultant : des différences de mœurs et de langages; des haines préalablement existantes entre ces diverses fractions violemment rassemblées ; et, des antipathies que le despotisme doit lui-même exciter, pour sa conservation; s'opposeront invinciblement : à la permanence d'une union, que chacune d'elles tendra sans cesse à rompre. Et, ces obstacles empêcheront ainsi : la consolidation du pouvoir qui les domine.
Celui-ci sent alors le besoin : de diviser, de nouveau, cet ensemble fractionnaire de l'humanité, en sous-fractions territoriales, indépendantes les unes des autres; mais, toutes soumises : à sa propre domination.
Une lui reste plus, alors, pour conserver tranquillement sa domination : qu'à maintenir les ensembles partiels, dans les limites respectives de leur organisation particulière ; comme dans l'ordre qu'il a hiérarchiquement établi.
Dès ce moment, les obstacles mêmes qui tendaient à renverser son pouvoir, quand la fraction était une ; contribuent à l'affermir : dès qu'elle est sous-fraetionnée.
Les fractions humanitaires, selon les circonstances et les temps, portent les appellations : de peuplades ; de tribus; de hordes; de nations; de royaumes; d'empires. Nous donnons le nom spécifique : de despotisme de premier ordre, au pouvoir qui gouverne chacune d'elles, considérée séparément ; et, le nom générique : de despotisme de second ordre, au pouvoir qui vient à dominer un groupe de fractions; dont, l'ensemble isolé est, lui-même; fractionnaire de l'humanité.