‹ Science socialeChapitre 35 sur 44 · B DESPOTISME DE SECOND ORDRE; CIVILISATIONS · texte numérisé non relu

B DESPOTISME DE SECOND ORDRE; CIVILISATIONS

« Du moment que deux despotisme.? de second ordre , deux civilisations sont en contact nécessaire; ces deux despotismes tendent nécessairement vers l'unité; et, les civilisations ne sont bientôt : que, des nationalités.»

Anonyme.

— « Si nous croyons à Paris que nous sommes en tout et pour tout, à jamais et à toujours, le peuple modèle ; à Londres , l'on n'est pas moins exclusif en faveur des Anglais. A Londres, le duc de Wellington s'appelle le vainqueur de Napoléon, ce qui est littéralement vrai , et ce qui est pourtant parfaitement ridicule , quoique lord Wellington soit un homme peu ordinaire. J'ai trouvé des Anglais qui secouaient la tête avec dépit quand on leur disait que leur ciel était brumeux; avec un peu de malice on aurait pu les pousser à soutenir qu'ils n'avaient rien à envier au ciel italien, et que le climat même de Manchester, où le spectacle du soleil est devenu une rareté , avait bien ses charmes , malgré les médisants , même pour ceux qui avaient respiré l'air de Naples. A Madrid, chez ce peuple héroïque qui semble se réveiller de — longue léthargie, on n'a pas perdu l'habitude de croire à la suprématie de la nation espagnole , et l'on rêve que l'on est encore aux beaux jours de Charles-Quint, sur les domaines de qui le soleil ne s'était jamais couché. Permis aux nobles Castillans! Mais je suis persuadé encore que don Pedro et don Miguel, ces deux interminables prétendants, ont chacun un journal officiel qui leur dit tous les matins que l'univers haletant a les yeux fixés sur leurs armées déguenillées , et que les destinées du monde se décident à Santarem et à Sétubal. A

Constantinople , dans la capitale d'un empire qui ne subsiste que parce que les puissances européennes sont incertaines encore sur le partage de ses dépouilles, on nous qualifie, nous Européens, de chiens de chrétiens. A Rome, le peuple s'appelle encore le peuple romain ; et ce risible calembourg fait croire à la populace transtévérine que la gloire militaire est encore le lot du pays, et qu'incessamment les ttottiains reprendront le rôle d'arbitres du monde, relevant magnanimement les humbles et écrasant, d'un pôle à l'autre, l'audace et l'ambition (parcere subjectis, etc.). A Vienne, ou est persuadé, au contraire, que Rome n'est pas dans Rome , qu'elle est de droit et de fait dans la capitale des archiducs; que l'empereur est héritier en droite ligne d'Auguste et de Trajau. La devise d'un ancien prince de la maison d'Autriche (//. E. I. O. U. Austriœ est imperare orbi universo) atteste que cette prétention est presque aussi ancienne que la maison de Hapsbourg. Pendant ce temps, en Prusse, la jeune noblesse , fi ère d'avoir étudié aux grandes universités d'Iéna et de Berlin , et de porter l'épée dans l'armée qui fut celle du grand Frédéric, affecte un dédain profond poulies Autrichiens. Exaltés par les accroissements rapides de leur pays, accroissements qui, d'ailleurs, ne sont pas encore arrivés à leur terme, les Prussiens regardent leur sablonneuse patrie comme le berceau d'une civilisation nouvelle. Il semble que l'eau de la Sprée ait des propriétés merveilleuses, et que quiconque n'eu a pas goûté n'ait que quatre sens au lieu de cinq. A Saiut-Pétersbourg et à Moscou, on ne doute plus que l'épée de l'empereur, jetée dans la balance des destinées du monde, ne doive la faire pencher à l'instant. Peut-être avons-nous fait, dans l'Europe occidentale, tout ce qu'il fallait pour confirmer les Russes dans cette haute opinion de l'autorité de leur czar. En Russie on prend au sérieux les flatteries du dix-huitième siècle, et, au centre de l'aristocratie , l'on s'imagine, sur la foi du plus grand ennemi du despotisme, que la lumière vient aujourd'hui du Nord. «Ainsi, en Europe, toutes les nations s'arrogent le premier rang. Je ne vois pas pourquoi les Américains seraient plus modestes qu'on ne l'est de l'autre côté de l'Atlantique. Les merveilles qu'ils ont réalisées depuis cinquante ans leur donnent le

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droit d'être fiers. Ils sont donc persuadés, eux aussi, qu'ils sont le premier peuple du monde, et ils s'en vantent hautement. »

M. Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord, lettre ixe.

— « Le plus grand malheur, pour l'homme politique, c'est d'obéir à une puissance étrangère. Aucune humiliation, aucun tourment de cœur ne peut être comparé à celui-là. La nation sujette, à moins qu'elle ne soit protégée par quelque loi extraordinaire, ne croit point obéir au souverain, mais à la nation de ce souverain. Or, nulle nation ne veut obéir à une autre, par la raison toute simple qu'aucune nation ne sait commander à une autre. Observez les peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux ; vous les verrez perdre absolument cette sagesse, et ne ressembler plus à eux-mêmes lorsqu'il' s'agira d'en gouverner d'autres. La rage de la domination étant innée chez l'homme, la rage de la faire sentir rrest peut-être pas moins naturelle : l'étranger qui vient commander chez une nation sujette, au nom d'une souveraineté lointaine, au lieu de s'informer des idées nationales , pour s'y conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour les contrarier; il se croit plus maître à mesure qu'il appuie plus rudement la main. 11 prend la morgue pour la dignité, et semble croire cette dignité mieux attestée par l'indignation qu'il excite que par les bénédictions qu'il pourrait obtenir. »

Comte de Maistre, Du pape, t. 1, p. 304.

— Lorsque, plusieurs groupes de second ordre, se sont ainsi formés; ils existent à leur tour séparés : par les obstacles, les plus difficiles à franchir.

Avant , qu'il n'y ait entre eux des communications faciles; ou, même après que des communications, déjà établies, cesseraient d'exister ; chacun d'eux se trouve : dans l'ignorance des connaissances, qui se développent chez les autres ; et, souvent même, à peine l'existence des autres est-elle soupçonnée.

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Dès lors, par la vanité inhérente à l'ignorance, les habitants de chaque groupe s'imaginent : qu'ils composent, à eux seuls, l'humanité tout entière; ou, tout au moins, l'humanité pourvue de connaissances. Et le reste, s'il en existe, ne se compose, à leurs yeux : que, d'êtres restés presque à l'état de brutes.

De là, la dénomination de civilisation; ou, de toute autre analogue; au moyen de laquelle, chaque groupe de second ordre, caractérise son propre état social : comme, étant le plus élevé, auquel l'humanité soit parvenue ; et, souvent même : comme, l'état le plus élevé, auquel les membres, qui le composent, croient : que, l'humanité soit susceptible d'atteindre.

Dans le but, d'être plus clair et plus précis ; nous personnifierons le terme civilisation, pour lui faire signifier : les groupes mêmes qui se targuent , d'être seuls civilisés; et? .nous pourrons ainsi, employer cette expression : au pluriel.

Du reste ; c'est , de la même ignorance et de la même vanité, que sont sorties, les dénominations : de barbares, d'étrangers, d'ennemis, synonymement et réciproquement données : aux parties restées, en dehors de chaque civilisation.

Pour les Chinois, nous sommes des barbares ; pour les Turcs, nous sommes des chiens; pour les nomades, nous sommes : des étrangers, des ennemis.

Jetons maintenant les yeux et successivement, sur l'Egypte, la Grèce, Rome païenne, Home chrétienne. Chacune d'elles s'est crue : l'humanité entière. Et, cependant, combien d'autres civilisations ont existé con-

temporairement! L'Inde, la Perse, la Phénicie, Pergame, Cartilage, la Chine, Constantinople , Cusco, Tombouctou, à leur tour se sont dites ; et, plusieurs se disent encore : la civilisation, le monde.

Si, nous, personnellement, avons plus de souvenir de l'Egypte, de la Grèce, de Rome païenne; c'est, qu'elles-mêmes ont été : les mères de notre propre civilisation. Pour ceux, au contraire, qui appartiennent à toute autre civilisation ; que les noms . d'Egypte, de Grèce, ou de Rome, viennent à frapper leurs oreilles ; et , les peuples qu'ils représentent, seront placés par eux, sous la générique : de barbares.

L'état de choses que nous venons de décrire, dure : jusqu'à ce que l'action réciproque : du développement de l'intelligence par les besoins; et, de l'accroissement des besoins par les développements de l'intelligence ; réagisse : sur de nouveaux développements d'intelligence, faisant naître de nouveaux besoins, détruise peu à peu : les obstacles qui séparent les différentes civilisations, il est évident : que, par l'action réciproque et progressive que nous venons de signaler : le nombre des civilisations diminue successivement; et, qu'elles doivent finir par se trouver : réduites à une seule; c'est-à-dire : que, l'humanité se trouve alors: amenée, ou ramenée à l'unité.

Les moyens particuliers, de cette action réciproque ; moyens inhérents : aux développements de l'intelligence; aux développements de l'humanité; ont élé, jusqu'ici : la guerre, l'industrie, le commerce, l'agri-

culture, la navigation, les sciences, la poudre à canon, l'artillerie, la boussole, la vapeur, les télégraphes, les chemins de fer; et, principalement : la presse.

De nos jours, il existe encore plusieurs civilisations ; mais, déjà en nombre bien moindre ; et, composées chacune, de celles qui se sont réunies: à mesure, que les divers obstacles, soit physiques, soit moraux, qui les séparaient, ont été aplanis.

Dès lors, avant d'embrasser l'ensemble des civilisations , ou l'humanité, tout entière ; pour étudier le despotisme, sous un point de vue général ; nous devons étudier les civilisations : d'abord ; dans ce qu'elles ont de général; puis, comme toutes sont relatives à un despotisme de second ordre, nous devrons étudier celui qui nous est propre, dans ce qu'il a de général, pour les connaître tous, quant à nos généralités; ensuite, nous devrons les étudier tous, ainsi que toutes les civilisations ; lorsque nous saurons : que, notre propre despotisme de second ordre ; et notre propre civilisation; renferment, quant au despotisme, toutes les généralités possibles. Nous savons, du reste : que, pour notre civilisation, caractérisée du nom d'européenne, le dernier despotisme de second ordre a été : celui de Rome chrétienne.

Cette étude préalable des civilisations, abstractivement considérées, dans chaque despotisme qui les dirige nécessairement; est, d'autant plus importante : que, c'est par la chute des despotismes de second ordre; que, la force de monopole, relative aux développements de l'intelligence et constituant le despo-

tisme en général ; commence à s'anéantir : au milieu de l'humanité.

La force d'un despotisme de second ordre, comme de tout despotisme, consiste essentiellement, et nous ne pouvons trop le répéter : dans, le monopole des développements de l'intelligence.

De plus, et nous l'avons vu dans ce même chapitre; le despotisme doit être : héréditaire.

Cependant, et en dépit de toutes les précautions de monopole de propriété, la transmission des connaissances ne saurait nullement être assurée, par la seule hérédité : l'hérédité absolue des connaissances, étant impossible.

il y a donc, ici, une contradiction : entre une hérédité nécessaire; et, une hérédité impossible. Cette contradiction, au moins apparente, se trouvant appuyée, au moins en apparence aussi : et par le raisonnement; et, par l'expérience ; il devient indispensable : de la faire disparaître.

A cet effet, analysons la machine despotique : telle, que le raisonnement nous la montre ; et, telle que l'histoire nous la confirme.

Quels éléments y trouvons-nous ?

D'abord, un chef, maître apparent de la circonscription. Abstractivement, c'est le trône. Et, le trône, nous l'avons vu, doit se transmettre héréditairement. Les exceptions, confirment cette proposition, au lieu de l'infirmer.

Ensuite, un ensemrle d'individus , maître réel de la circonscription, composé : de ceux qui, par suite du

monopole, possèdent les connaissances acquises; de ceux, qui ont établi ou reçu la règle, et se sont réservé le droit de l'interpréter. Abstractivement, nous dirons : que, cet ensemble d'individus est I'Actel. Cet autel est obligé, relativement aux individus qui le composent, de se hiérarchiser électiyement.

De plus, puisque la plus grande aptitude au développement des connaissances ne peut être rendue nécessairement héréditaire ; l'Autel, pour conserver sa prédominance, doit choisir et recruter sans cesse dans les masses, les sujets qui conviennent le mieux à son but : la conservation de la foi par Je monopole des développements de l'intelligence, condition alors nécessaire de l'existence de l'ordre. Ce choix , est encore une transmission élective.

Certes, rien ne paraît plus clair. La plupart de nos lecteurs diront même : que, l'amour du paradoxe doit être porté au dernier degré, pour vouloir contredire des propositions aussi évidentes. Eh bien! malgré cette apparente évidence, ces propositions sont complètement fausses.

Nous avons dit : que, l'élection, socialement considérée j pour être réelle, pour n'être point illusoire, comme l'est, en effet, le choix, la liberté de l'individu dominé par les passions, doit être : indépendante de l'hérédité, de l'arbitraire. Dans le cas contraire, l'élection : n'est que du despotisme masqué ; n'est que la soumission à quelque préjugé social; à quelque passion sociale.

Voyons : si, l'élection, ci-dessus rapportée et évi-

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dente en apparence; est, une élection réelle, dans le sens que nous venons de reconnaître à la valeur de cette expression; ou, si au contraire, elle n'est qu'un masque de despotisme, d'autant plus dangereux : qu'il a les traits de la liberté.

Lorsque, l'Autel choisit au sein des masses, les individus qu'il croit, ou que ses passions lui font croire, être les mieux organisés, quant aux facilités : de développer leur intelligence ; et , de les faire servir de champions pour la défense de la foi ; n'est-ce point à l'hérédité de la propriété, dominant alors la société (ï); et, aux passions de ceux qui possèdent la propriété; que sont dus : ces développements ; et, les préjugés qui y sont attachés? Cette élection, dans le sens que nous avons attaché à ce mot, n'est donc que fictive. Il est en effet évident : qu'une foule d'individus, qui n'ont pas eu le bonheur d'être choisis, sont autant ou plus capables : que, ne le sont les préférés. Dès ce moment, l'élection , socialement considérée comme n'étant réelle : qu'autant qu'elle est exclusivement relative à la justice, au raisonnement; se découvre être : complètement illusoire. Pour, que l'élection soit réelle, dans le sens de ne dépendre ni de l'hérédité, ni de l'arbitraire, il faut : que, l'intelligence de tous les individus , sans exception aucune , soit développée avec un égal soin. Alors, l'élection réelle est possible;

(1) Est-il nécessaire de dire ici : que, ce n'est point l'hérédité de la propriété que nous attaq'uons; mais, la domination de cette hérédité sur l'intelligence? Certes, il le faut : non qu'un homme instruit pûts'y tromper ; mais heaucoup feindraient de croire : que, nous énonçons des propositions, qui sont loin de notre pensée.

et, elle ne doit pas prétendre : à établir la règle ; à décider ce qui est bien ou ce qui est mal ; mais, elle doit se borner, exclusivement, à choisir le personnel : devant exécuter la règle ; et, devant décider conformément à la règle : sur ce qui est relatif, local, variable, accidentel.

Ce que nous venons de dire, du choix de l'Autel au sein des masses , s'applique également : à l'organisation de la hiérarchie au sein de l'Autel. Quand, l'élection se fait par en bas; comme, dans le cas de la primitive Église ; l'élection est directement anarchique : en ce qu'elle rapporte aux majorités, les décisions de l'interprétation de la règle ; et, par conséquent, la décision de ce qui est bien ou mal. Alors, le dogme change comme les majorités; et, c'est pour cela : que, l'intervention du Saint-Esprit avait été nécessaire : Deus ex machina. L'élection, dans ce même cas est despotique : en ce que, l'instruction des ayants droit à voter, des privilégiés, des clercs, dépend : du monopole de la propriété. Lorsque l'élection a lieu par en haut, ainsi qu'il en est pour l'établissement de la hiérarchie par le pape, l'élection est despotique : et, par l'arbitraire de celui qui choisit ; et, par le privilège qui a été la source de l'instruction , de ceux qui peuvent être choisis.

Ainsi, pour toute l'époque d'empirisme, l'élection, dans le sens de justice que nous lui avons donné, est : complètement illusoire.

Remarquons, maintenant :

Que, sous l'état de despotisme, de préjugé, de pas-

sion ; comme, sous l'état de liberté, d'incontestabilité, de raison ; les trônes n'ont jamais eu, et ne peuvent jamais avoir : que, la direction des forces physiques ; c'est-à-dire : que, V exécution ou le gouvernement de ce que la règle d'action, émanant de l'Autel représentant le règne, a préalablement ordonné; que les trônes, enfin, sont uniquement : non point l'autorité, non point même la représentation morale de l'autorité; mais, exclusivement pouvoirs, représentants physiques de l'autorité, exécuteurs des décisions de l'intelligence ; pour tout dire en un mot : bras séculier. Le trône : doit être impassible; doit être machine.;

Remarquons encore :

Que, l'autorité réelle; celle qui sert exclusivement de base au pouvoir; est essentiellement : la force morale qui donne, fait accepter, et fait conserver, comme incontestée : la règle d'action, régissant la société.

Remarquons, enfin :

Que, pour l'époque où une règle d'action, pouvant être rationnellement contestée, doit servir à l'existence de l'ordre; la force morale, donnant et faisant accepter la règle, dérive exclusivement d'une intelligence relative, mais supérieure; et, alors, la conservation de la règle doit se baser exclusivement : sur l'éducation. Pour l'époque, au contraire, où la règle d'action doit être rationnellement incontestable ; parce que toute règle, rationnellement contestée, est devenue incapable de servir de base à l'existence de l'ordre ; la force morale, donnant et faisant accepter la règle, dé-

rive de l'intelligence absolue; et, alors, la conserva tion de la règle , doit se baser exclusivement : sur l'instruction , socialement donnée à chacun avec un éçral soin; instruction servant de base : à l'éducation.

Ces prémisses acceptées, nous conclurons :

1° Que, sous l'état de despotisme, comme sous Tétai de liberté, le Régine réside essentiellement : non dans le trône ; c'est-à-dire : dans ceux qui exécutent., ce qui, par besoin d'ordre, est commandé par l'état des connaissances; mais, dans I'Autel; c'est-à-dire: dans ceux qui, possédant les connaissances, commandent, ce qui est nécessaire à l'existence de l'ordre.

2° Que, sous l'état de despotisme; comme, sous l'état de liberté ; le trône possède la puissance ou le pouvoir de gouverner ; mais, exclusivement, de gouverner.

3° Que, sous l'état de despotisme : Y Autel ^ sur lequel repose essentiellement le pouvoir, fait souvent, comme directeur de la foi, agir le trône à son insu, comme s'il agissait de son propre mouvement ; et, lui fait faire : tout ce qui, dans l'intérêt du monopole, lui paraît nécessaire à l'existence de l'ordre. Et, toujours dans l'intérêt de l'ordre, l'Autel, lorsque les circonstances l'exigent, fait retomber sur le trône, les coups destinés au despotisme ; c'est-à-dire : à lui-même. Les trônes^, alors, sont essentiellement responsables : de toute espèce d'atteintes, portées au maintien de l'ordre.

4° Que, sous l'état de liberté, au contraire ; l'ensemble de ceux qui possèdent les connaissances, donnant une rèçle d'action rationnellement incontestable et socialement reconnue par chacun ; I'Autel enfin,

fait agir le trône à son escient. Et, alors, il lui fait exécuter , comme de son propre mouvement , et avec le consentement et la protection de chacun, ce qui est nécessaire à l'existence de l'ordre, dans l'intérêt de tous. Dès ce moment, toute responsabilité sociale du trône disparaît ; il n'y a plus que des responsabilités individuelles. Et, cela existe nécessairement : puisque, socialement, l'ordre est alors devenu indestructible.

De ces conclusions incontestables, il devient évident : que, sous l'état de despotisme, le trône et Y Autel ne sont unis qu'accidentellement, illusoirement; mais, que sous l'état de liberté, le trône et Y Autel sont unis : essentiellement ; réellement.

Résumons cette courte analyse du pouvoir despotique , qui nous a conduit à l'analyse du pouvoir en général .

Nous avons, pour le despotisme :

Trône héréditaire, représentant le gouvernement;

Autel pseudo-électif y représentant le règne; autorité illusoire; mais, alors ^ considérée comme réelle.

Ces distinctions établies, la contradiction que nous avons signalée : entre une hérédité nécessaire et une hérédité impossible , disparaît complètement. Sous le despotisme, le pouvoir dérivant d'une autorité illusoire, mais considérée comme réelle, est toujours héréditairement transmis , même sous la forme d'une élection apparente. Quant à la transmission par élection réelle; elle est exclusivement relative : au pouvoir dérivant de l'autorité réelle.

FOI RELIGIEUSE, SENTIMENT RELIGIEUX, RASE DE TOUTE ESPÈCE DE DESPOTISME.

« Qui blâmera les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison ? Ils déclarent, en l'exposant au monde, que c'est une sottise , slultiliam , et puis vous vous plaignez de ce qu'ils ne prouvent pas! S'ils la prouvaient, ils ne tiendraient point parole. C'est en manquant de preuves qu'ils ne manquent pas de sens. »

Pascal, manuscrit autographe déposé à la Bibliothèque royale, cité par M. Cousin dans son rapport à l'Académie française.

— « Celui qui a la foi a la science (1), et celui qui a la science et la foi (2) atteint par cela seul

à la tranquillité suprême Celui qui a déposé

le fardeau de l'action dans le sein de la dévotion , et qui a tranché tout doute avec la scietice, celuilà n'est plus retenu dans le lien des œuvres

Fusses-tu chargé de péchés, tu pourras'passer l'abîme dans la barque de la sagesse. Sache, Arjoudna, que comme le feu naturel réduit le bois en cendres , ainsi le feu de la vraie sagesse consume

toutes les actions Je suis le même pour tous

les êtres : nul n'est digne de mon amour ni de ma haine; mais ceux qui me servent sont en moi, comme je suis en eux. Le plus criminel, s'ir. me

SERT SANS PARTAGE , CSt purifié Cl Sanctifié. »

Buacavad-Geta (philosophie indienne), cité par M. Cousin , Histoire de la philosophie au dix-huitième siècle, t. I, p. 205.

(1) Telle est la maxime exclusivement conservatrice de tout despotisme : la science, c'est la connaissance de la révélation ; et, toute science, non conforme à la révélation, est hérésie.

(2) Le charbonnier n'a que la foi; le prêtre est censé avoir la science et la foi.

— « Les hommes ayant toujours eu le sentiment de leur égalité native, dès qu'un liomme essayait de se poser lui-même comme pouvoir, il fallait, pour fonder son droit, qu'il recourût à une institution positive de Dieu, de laquelle dérivait le devoir de l'obéissance. »

La Mennais, Discussions critiques , p. 65.

— « Une religion de pur sentiment serait une religion sans langage, sans voix, songe fugitif qui échapperait éternellement à l'intelligence.

« Le sentiment, passif de sa nature, ne nie rien, n'affirme rien , parce qu'affirmer ou nier ce n'est pas sentir, c'est juger. Ainsi, quiconque dit : je sens, prononce un jugement dont la vérité repose sur la même base que la vérité de nos autres jugements.

•< Il faut donc nécessairement remonter a la

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