‹ Science socialeChapitre 36 sur 44 · RAISON TOUR TROUVER X.K CERTITUDE · texte numérisé non relu

RAISON TOUR TROUVER X.K CERTITUDE

« Placez dans le sentiment le principe de certitude, vous consacrez tous les genres de fanatisme et de superstition , tous les désordres et tous les crimes; car il n'en est point qui ne soit déterminé par un sentiment que produit quelque erreur de l'esprit. Ainsi , prétendre que le sentiment décide de la vérité, et par conséquent des devoirs, c'est offrir à celui qui liait, la vengeance pour règle de justice, et l'adultère pour morale à celui qui convoite la femme de son ami.

« Consultons notre expérience : parmi les vérités que nous connaissons, en est-il une seule que nous ayons découverte en nous ? Elevés dans les bois, loin de nos semblables, aurions-nous les mêmes idées ? Que sentions-nous avant qu'on nous eût donné la pensée avec la parole? Quel dogme avons-nous trouvé écrit au fond de nos cœurs ? Où était Dieu pour nous , avant qu'on nous l'eût

(1) Jamais, M. de la Mennais n'a varié à cet égard : soit comme ultramontain; soit comme radical. Pour lui , les majorités constituantes ont toujours appartenu à un système éphémère , devant se réduire un jour à ce qui est purement accidentel.

Remarquons : que, le sentiment est à l'individu ; ce que les majorités sont à la société. Tout le blâme , jeté sur le sentiment dirigeant l'individu, rejaillit sur les majorités, dirigeant les sociétés.

nommé? Soyons vrais. Le sentiment ne nous instruit pas plus des lois de notre conservation comme êtres moraux ou intelligents , que nos sensations ne nous apprennent les lois de notre conservation comme êtres physiques. 11 n'y a point de sentiment inné (1).

ce Voyez combien de croyances opposées les hommes adoptent d'une conviction également ferme! Le sentiment du vrai et du faux, du bien et du mal, aussi variable que leurs idées, dépend de l'éducation , des préjkgés , et de mille causes extérieures qui le modifient selon les lieux, les temps, les opinions reçues, les institutions.

« On a peine à concevoir la folie des déistes qui cherchent dans le cœur sa propre loi et la loi même de la raison , qui demandent aux passions ce qu'il faut croire, aux désirs ce qu'il faut aimer, qui veulent faire sortir la perfection de l'homme de la source même de sa corruption. Et que recommandent les moralistes, dans tous les pays et dans tous les temps, sinon de résister aux penchants de notre cœur, de nous défier de ses conseils si souvent funestes? Mais, dira-t-on , s'il nous porte au mal , il nous attire aussi vers le bien, et l'attrait du plaisir a son contre-poids dans la crainte des remords. Quand il serait toujours vrai, qu'en résultérait-il ? et quelle lumière tirer de là sur nos devoirs réels? Vous me montrez un être soumis à l'action de deux forces contraires, mais vous ne m'apprenez pas comment, entre ces deux forces, il reconnaîtra celle qui est la loi de la nature morale, la loi obligatoire à laquelle sa volonté doit obéir. Trouvez dans ce qu'il sent, dans les affections considérées seules, un motif de céder plutôt à la crainte qu'au désir : un motif de juger que le devoir, toujours indiqué selon vous par le sentimenl, puisse, dans aucun cas, être opposé au sentiment le plus impérieux. N'arrive-t-il jamais que

(1) Ici, sentiment est pris pour jugement.

Ce passage est d'autant plus admirable : qu'il est en opposition, avec ce qu'on appelle philosophie spiritualiste ou religieuse; ei, qu'il a été écrit à l'époque : où, M. de la Mennais se trouvait encore : sous l'empire de la révélation.

l'on commette le mal avec complaisance? Le bien ne coùte-t-il jamais d'effort? Dites-nous donc ce que c'est que la vertu , ce que c'est que le crime, ce que c'est que la vérité et l'erreur.

« Le sentiment doit-il être notre guide , la règle de nos actions ; il n'y a point de désordre qui ne soit justifié, parce qu'il n'y en a point qui n'ait sa cause dans une violente passion, dans un sen~ timent qui domine Vâme. »

La Mennais , Essai sur l'indifférence , t. II , p. 288, 289, 294, 300, 305, 307.

— Nous ayons à rechercher , maintenant : quelle est la base sur laquelle, tout despotisme, peut exclusivement s'appuyer.

La base unique de tout despotisme, est : un sentiment religieux (1); une foi religieuse.

Distinguons., l'expression générique foi; de l'expression spécifique : foi religieuse.

Toute croyance reçue exclusivement : par sentiment, par préjugé; par éducation, et même par instruction non réelle ; toute croyance, n'étant point la conclusion d'un raisonnement incontestable; que cette croyance ait rapport : à l'existence ou à la négation de Dieu, considéré comme sanclion ; à l'immatérialité ou à la matérialité du sentiment de l'existence ; à la réalité de relation entre les actions de cette vie et le bienêtre ou le mal-être dans une autre vie ; ou encore : à la négation de ces mêmes relations, vu la matérialité de l'âme ; est une croyance devant se placer : sous l'expression générique foi.

(1) Sentiment, est ici synonyme : de foi , de préjugé , d'opinion non confirmée par le raisonnement réel.

Mais, l'ensemble générique des croyances que nous venons d'exposer, doit se partager : en deux ensembles spécifiques, réellement distincts.

En effet :

Les unes mettent les actions de cette vie, en rapport avec une autre vie; les autres nient ce rapport. Les premières, dès lors, comme liant les actions de cette vie à une autre, pourront se ranger sous une foi spécifique, que nous appellerons : religieuse; les secondes, comme niant ce lien, vu la matérialité du sentiment de l'existence, devront se ranger -sous une foi spécifique, que nous appellerons : matérialiste.

Remarquons maintenant :

1° Que, toute foi religieuse, par la contestabilité rationnelle de toute révélation, conduit celui qui raisonne : à se soumettre, sous peine d'anarchie, à un seul, déclaré interprète infaillible de la révélation, considérée comme règle de la société et des individus ; et, à proscrire, sous peine de mort, pour éviter l'anarchie, quiconque mettrait en doute l'infaillibilité de la décision. C'est dire : que, toute foi religieuse conduit au monopole et à la compression des développement s de l'intelligence ; c'est dire, en un mot : que, toute foi religieuse : conduit au despotisme.

2° Que, toute foi matérialiste : par la croyance qu'il ne peut exister de règle d'action rationnellement obligatoire, en dehors de celle que chacun peut se faire ou trouver en lui, quelque ignorant qu'il puisse être; et, par la croyance que toute règle d'action ne peut avoir de sanction en dehors de cette vie ; conduit, né-

cessairement, celui qui raisonne, pendant une époque où le raisonnement ne peut plus être comprimé; à l'égoïsme matériel. C'est dire : que, toute foi matérialiste conduit, nécessairement, à l'anarchie.

3° Que, le scepticisme n'est point la négation de toute croyance, de toute foi, ainsi que trop souvent il a été dit. Mais, que le scepticisme est l'état de balancement entre ces deux espèces de foi. En effet, le sceptique le plus absolu est celui-là même : qui croit autant à l'une qu'à l'autre ; puisque, relativement à la matérialité ou à l'immatérialité de l'âme, bases des deux espèces de foi, l'une ou l'autre base est nécessairement vraie.

De cette dernière remarque, il résulte : que, le sceptique peut seulement croire : qu'il ne croit pas. Et, il ne le sait même jamais ; car, le savoir ne peut dériver du croire. Le sceptique ne peut être sage, qu'en disant: j'ignore.

De ce qui précède, il résulte encore : que, le sceptique tend vers le despotisme ou vers l'anarchie, selon que par les circonstances qui l'entourent ou l'ont entouré; il est, plus ou moins attiré, vers l'une ou l'autre foi. C'est, ainsi que Pascal, homme de foi religieuse, était sceptique, autant qu'il est possible de l'être ; c'est, ainsi que la plupart des professeurs de l'Université actuelle, hommes de foi matérialiste, sont aussi sceptiques : que, Pascal.

Du reste, comme l'époque, d'anarchie, n'est point l'objet actuel de notre étude; revenons au despotisme; et, disons :

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« La base de tout despotisme est une foi religieuse. »

Cependant : pour nous conformer au langage usité et éviter un pléonasme apparent ; nous nous servirons de l'expression foi, pour désigner la foi religieuse ; nous réservant de faire usage de l'expression foi matérialiste j quand il sera nécessaire de démontrer : que, ceux qui croient à l'immatérialité de l'âme, et à la liaison des actions de cette vie avec une autre vie ; comme ceux qui n'y croient point; sont également: des gens de foi ; des gens se laissant dominer par le sentiment, par le préjugé ; des gens à fausse instruction ; ou, tout au moins ; à instruction incomplète ; pour aussi longtemps : que , les uns et les autres ne peuvent ramener leurs croyances , à l'incontestabilité.

Nous répétons :

Le base de tout despotisme est la foi.

En effet :

C'est, uniquement la foi et ses conséquences nécessaires , qui empêchent les esclaves d'examiner : les sources de l'autorité. Par conséquent, dès que la foi vient à manquer, le despotisme de l'Autel, c'est-à-dire : le monopole du développement de l'intelligence, s'écroule avec elle. Et, si alors une nouvelle foi est devenue impossible, comme dominatrice de la société; par l'impossibilité de comprimer l'examen, ainsi qu'il en est depuis la naissance de la presse ; il n'y a plus de

possible, pour la société, qu'un état de scepticisme tendant vers le matérialisme, base essentielle de l'état d'anarchie ; ou, qu'un état de certitude, dérivant de lmcontestabilité du raisonnement démontrant : la réalité du lien religieux, base exclusive de l'état de liberté.

COMMENT LA LOI, ET L INFAILLIBILITE DE L INTERPRETE DE LA RÉVÉLATION, BASES ESSENTIELLES DE TOUT DES- POTISME, VIENNENT A SE TROUVER EBRANLEES; ET, COMMENT jNOTRE DESPOTISME DE SECOND ORDRE EST TOMBÉ.

« Tous les grands hommes ont été intolérants, et il faut l'être. Si l'on rencontre sur son chemin un prince débonnaire, il faut lui prêcher la tolérance, afin qu'il donne dans le piège, et que le parti écrasé ail le temps de se relever par la tolérance qu'on lui accorde, et d'écraser son adversaire à son tour. Ainsi le sermon de Voltaire qui rabâche sur la tolérance est un sermon fait aux sols et aux: gens dupes, ou à des gens qui n'ont aucun intérêt à la chose (1). »

Corrcsp. (/pGrimm, lei juin 1772, lre partie, t. II, p. 242,243.

— « L'infaillibiiilé dans l'ordre spirituel et la souveraineté dans l'ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes. >>

Comte de Maistre, Du pape, t. I, p. 2.

— "La forme monarchique une fois établie, l'infaillibilité n'est plus qu'une conséquence nécessaire de la suprématie, ou plutôt c'est la même chose sous deux noms différents Quand même on demeurerait d'accord qu'aucune promesse divine n'ait été faite au pape, il ne serait pas moins infaillible, ou censé l'être, comme dernier tribunal ; car tout jugement dont on ne peut appeler est et doit être tenu pour juste dans toute association humaine, sous toutes les formes de gouvernement imaginables ; et tout véritable homme d'Etat m'entendra bien lorsque je dirai qu'il ne s'agit pas

(i) Grimm est du très-petit nombre des philosophes du dix-huitième siècle; qui, quelquefois, aient parlé comme ils pensaient.

seulement de savoir si le souverain pontife est, mais s'il doit être infaillible (1). ..

Id., ib'ul., p. 8.

— « La suppression de l'autorité du pape a jeté dans le monde des germes infinis de discorde; car n'y ayant plus d'autorité souveraine pour terminer les disputes qui s'élevaient de toutes parts, on a vu les protestants se diviser entre eux, et de leurs propres mains déchirer leurs entrailles (2). »

Puffendorf, de Monarck. Pont. Max.

— « En vertu de l'inévitable force des choses, toute assemblée qui n'a point de frein est effrénée. Il peut y avoir du plus ou du moins, ce sera plus tôt, ce sera plus tard ; mais la loi est infaillible. »

Comte de Maistre, Du pape, t. I, p. 119.

— « Tout nous ramène aux grandes vérités établies. Il ne peut y avoir de société humaine (3) sans gouvernement, ni de gouvernement sans souveraineté, ni de souveraineté sans infaillibilité, même dans les souverainetés temporelles (où elle n'est pas), sous teine de voir l'association se dissoudre. >.

Id., ièid., p. 195.

— « On a bientôt dit : Il faut des lois fondamentales, il faut une constitution. Mais, qui les établira ces lois fondamentales, et qui les fera

(i) Le comte de Maistre a parfaitement raison, il n'y a pas de souveraineté sans infaillibilité ; et, pas d'ordre social possible en deliors d'une souveraineté. L'infaillibilité du pape est de nécessité absolue, aussi longtemps qu'elle est possible. Mais, il n'est aucun véritable homme d'État qui ne reconnaisse : que, l'infaillibilité résultant du droit divin; ainsi, que l'infaillibilité résultant du droit des majorités ; constituant les deux seules souverainetés possibles, jusqu'à présent; sont devenues inacceptables par l'humanité; et que, par conséquent, l'infaillibilité dérivant du raisonnement, tant pour le spirituel que pour le temporel, est devenue : une nécessite sociale.

(2) Toutes les leçons du suppléant de M. Guizot, dans la chaire d'histoire, tendent : au rétablissement de l'autorité papale , sur les nations protestantes. Et l'on sait : que M. Guizot est calviniste (1844).

(3) Cette seule expression, société humaine, énonce que le comte de Maistre était aussi sceptique que Pascal. Mille passages de ses œuvres le prouvent. Mais comme Pascal , il avait préféré se précipiter dans le gouffre du despotisme, à se précipiter dans le gouffre de l'anarchie. Il n'en était pas moins sans aucune espèce de conviction.

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exécuter ? Le corps ou l'individu qui en aurait la force, serait souverain, puisqu'il serait plus fort que le souverain; de sorte que par l'acte même de l'établissement, il le détrônerait. Si la loi constitutionnelle est une concession du souverain, la question recommence. Qui empêchera un de ses successeurs de la violer ? Il faut que le droit de résistance soit attribué à un corps ou à un individu ; autrement il ne peut être exercé que par la révolte, remède terrible, pire que tous les maux. » Id., ibid., p. 212.

— « Lorsqu'on a décidé (je l'accorde par supposition) qu'on a droit de résister à la puissance souveraine (1) et de la faire rentrer dans ses limites, on n'a rien fait encore, puisqu'il reste à savoir : quand on peut exercer ce droit ; et, quels hommes ont celui de l'exercer.

« Les plus ardents fauteurs du droit de résistance conviennent (et qui pourrait en douter?) qu'il ne saurait être justifié que par la tyrannie. Mais qu'estce que la tyrannie? Un seul acte, s'il est atroce, peut-il porter ce nom? S'il en faut plus d'un, combien en faut-il et de quel genre ? Quel pouvoir dans l'Etat a droit de décider que le cas de résistance, est arrive? Si ce tribunal préexiste, il était doue déjà portion de la souveraineté, et en agissant sur l'autre portion, il l'anéantit; s'il ne préexiste pas, par quel tribunal ce tribunal sera-t-il établi? Peut-on d'ailleurs exercer un droit même juste, même incontestable, sans mettre dans la balance les inconvénients qui peuvent en résulter ? L'histoire n'a qu'un cri pour nous apprendre que les révolutions commencées par les hommes les plus sages, sont toujours terminées par les fous ; que les auteurs en sont toujours les victimes, et ■ les efforts des peuples pour créer ou accroître leur liberté finissent presque toujours par leur don'h'.r des fers. On ne voit qu'abîmes de tous côt>

(1) La puissance souveraine, du moment qu'elle n'est point la seuleforce, ne peut être : que, la proclamalrice du droit. Si, le droit proclamé n'est point le droit réel, la souveraineté est illusoire. S'il est réel , il serait absurde de dire : que, Von peut acoir droit de résister ait droit.

(2) Après avoir étudié cette discussion , il est impossible , pour tout homme raisonnable : de ne pas reconnaître : qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen, il n'y a plus d'ordre possible : que, par l'exposition du droit réel, incontestablement démontré

« Mais, dira-t-on, voulez-vous doue démuseler le tigre, et vous réduire à l'obéissance passive ? Eh bien, voici ce que fera le roi :

.< Il prendra vos enfants pour conduire ses chariots et s'en fera des gens de cheval, et les fera conduire devant son char ; il en fera des officiers et des soldats ; il prendra les uns pour labourer ses champs et recueillir ses blés, et les autres pour lui fabriquer des armes. Il fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères à son usage ; il prendra pour lui et les siens ce qu'il y a de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos vergers, et se fera payer la dîme de vos blés et de vos raisins pour avoir de quoi récompenser ses ennuques et ses domestiques. Il prendra vos serviteurs, vos servantes, vos jeunes gens les plus robustes et vos bêtes de somme pour les faire travailler à son profit ; il prendra aussi la dîme de vos troupeaux, et vous serez ses esclaves.» (I Reg., VIII, 11, 17.)

« Je n'ai jamais dit que le pouvoir absolu n'entraîne de grands inconvénients sous quelque forme qu'il existe au monde (1). Je le reconnais au contraire expressément, et je ne pense nullement à les atténuer ; je dis seulement qu'on se trouve entre deux abîmes (2). »

Ici., ibid., p. 217.

« L'intérêt du genre humain demande un

frein qui retienne les souverains , et qui mette à couvert la vie des peuples ; le frein de la religion aurait pu être, par une convention universelle (3), dans les mains des papes. Ces premiers pontifes, en ne se mêlant des querelles temporelles que poulies apaiser, en avertissant les rois et les peuples de leurs devoirs, en reprenant leurs crimes, en réservant les excommunications pour les grands at-

(1) Le pouvoir absolu de la raison, seul pouvoir absolu possible eu présence de l'incompressibilité de l'examen, n'est sujet à aucune espèce d'inconvénients. . . n , .

(2) Voilà, le scepticisme de de Maistre qui se montre a nu. 11 s est jeté dans Vabime du despotisme, pour éviter l'abîme de 1 anarchie L'impossibilité où il se trouvait, d'indiquer un remède; et, la vanne de dissimuler son ignorance : l'ont porté a cet acte de désespoir

(3) Une religion conventionnelle ! Et c'est Voltaire qui dit des choses semblables ! Stupete génies!

tentats, auraient toujours été regardés comme des images de Dieu sur la terre. Mais les hommes sont réduits à n'avoir pour leur défense que les lois et les mœurs de leur pays, lois souvent méprisées, mœurs souvent corrompues (1).»

Voltaire, Essai, etc., t. II, ch. lx.

■ — « En Espagne, en Portugal comme ailleurs, on laisse tranquille tout homme qui se tient tranquille; quant à Y imprudent qui dogmatise, qui trouble l'ordre public, il ne peut se plaindre que de lui-même. Vous ne trouverez pas une seule nation, je ne dis pas chrétienne, je ne dis pas catholique, mais seulement policée qui n'ait prononcé des peines capitales contre les atteintes graves portées à sa religion. Qu'importe le nom du tribunal qui doit punir les coupables ! Partout ils sont ruNis, et

PARTOUT IIS DOIVENT l'ÈTRE (2). »

Comte de Maistre, Lettre 11e sur l'Inquisition.

— « Alors s'élève l'esprit d'examen. Etonnés de leur docile attachement à des formules qu'ils ne comprennent point, entourés d'un peuple qui partage leur ignorance et leur crédulité, quelques hommes se demandent si l'on doit croire sans motif, et trouvant au fond de leur conscience une invincible répugnance à une foi aveugle, commencent à regarder de près à la vérité du dogme qui règne sans se donner la peine de justifier ses droits.

« Ce n'est point là un acte d'hostilité, mais de bon sens. Ceux en qui s'est développé cet esprit de

(1) Voltaire est aussi sceptique que de Maistre. Mais, lui se jette r tantôt dans le despotisme ; tantôt dans l'anarchie; selon que sa vanité le porte vers l'un ou l'autre.

(2) Le comte de Maistre a-t-il réfléchi, en écrivant ces lignes, qu'il justifie toutes les persécutions faites : par les Romains, sur les chrétiens primitifs; par les Anglais, sur les Irlandais; parlai-évolution française, contre les prêtres réfractaires ? Mais, ainsi que nous l'avons dit , de Maistre est sceptique; peu lui importe l'espèce de religion, pourvu que l'ordre existe. De ce point de vue, il a raison dans tout ce qu'il dit. Pendant l'époque d'empirisme, nul ordre social n'est possible en dehors d'une inquisition. Mais, de Maistre oublie : que, toute inquisition est désormais frappée d'impuissance. Il faut donc : ou une nouvelle garantie d'ordre; ou la société doit périr.

recherche y cèdent comme à un besoin raisonnable. Ils ne songent ni à détruire le dogme, ni à changer les idées du peuple ; ils ne songent qu'à trouver dans la doctrine consacrée , quelque chose de vrai qui légitime leur foi passée, réponde à leur bonne volonté présente, et fonde pour l'avenir leur attachement à ses maximes sur une conviction éclairée.

« Mille erreurs, mille absurdités palpables, des mensonges intéressés et d'odieuses pratiques , frappent les yeux des premiers qui examinent ; et comme ils sont d'une nature morale et raisonnable, ils cessent de croire ce qui est faux, ils cessent de respecter ce qui est méprisable. Dès lors une foi nouvelle s'élève dans leur esprit, sur les débris de l'ancienne. Cette foi n'a rien de positif (1), elle n'est que la négation de la foi reçue, la croyance que cette foi n'est pas fondée ; mais cette conviction est vive

«Aussi, dans l'émotion d'une découverte si imprévue, les premiers sceptiques ne peuvent retenir

le cri qui la signale au monde Sans prévoyance,

sans calcul, ce qu'ils ont trouvé ils l'annoncent; ils osent dire que le dogme régnant est faux, et remettant en circulation des mots qui n'avaient pas été employés depuis des siècles, ils en attestent le bon sens et la raison. Dès lors toute la société est ébranlée et une lutte terrible s'engage. »

Jouffroy, Comment les dogmes finissent, Globe du 24 mai 1815.

Recherchons comment la foi religieuse, base de tout despotisme possible, vient nécessairement à être ébranlée par les seuls développements de l'humanité : et, puisque pour notre civilisation, nous avons à considérer le despotisme de Rome chrétienne ; cherchons, également : comment est tombée cette autorité. Nous

(1) Une foi négative! Nous n'avions pas compté celle-là. 11 appartenait à celui qui devait occuper un jour la chaire de Laromiguicre, d'établir cette nouvelle foi, digne de son maître, M. Cousin.

verrons, par cette étude : que, le développement du pouvoir de second ordre, relatif à notre fraction humanitaire, n'a rien de spécial, tant pour son établissement que pour sa décadence ; et, qu'une chute semblable arrive, inévitablement : au milieu de toute fraction de l'humanité, parles effets nécessaires de la suite des temps.

Dès que, par les développements de l'intelligence, du raisonnement , la presse vient à naître au sein d'une civilisation ; l'autel s'en empare. Et, l'utilité que le despotisme en relire momentanément, ne lui permet pas de reconnaître : que, cette arme , imprégnée d'un venin monopolicide 9 sera bientôt tournée contre lui-même ; et, finira par l'anéantir.

Le premier effet de la presse, est de mettre en rapport , malgré le temps et les espaces, ceux qui mettent en doute les croyances imposées par l'autorité ; et qui, par conséquent, mettent en doute : la réalité de la base sur laquelle se trouve intronisée : l'autorité.

Avant la presse, les écrits de protestantisme sont peu nombreux, peu lus; et facilement détruits. A cette époque, d'ailleurs, il est facile d'en empêcher la production par la persécution des protestants. L'histoire, à cet égard, nous offre des exemples continuels. Et, pour ne citer ici que des noms illustres, nous dirons : que, Moïse, Socrate, Jésus, et Mahomet sont, essentiellement, des protestants persécutés : par les autels d'Egypte, de Grèce, de Rome, et d'Arabie.

Aussi, avant la presse, un même despotisme de se-

cond ordre dure très-longtemps. Et, alors, le protestantisme ne peut triompher : que, par les divisions insensées entre le trône et l'autel ; ainsi que l'histoire nous le montre : pour le triomphe de trois des protestants, que nous venons de nommer.

Malheureusement, tout protestantisme n'est point la vérité. Et, lorsque la possibilité : d'anéantir tout monopole, sans nuire aux intérêts privés ; et, de placer, en même temps, l'autorité sur une base incontestable, n'est point préalablement et incontestablement formulée, par un protestantisme; son triomphe, même lorsqu'il arrive, est inutile à l'humanité. Car, tout protestantisme vainqueur, et non rationnellement appuyé sur une base incontestable, devient nécessairement, despote à son tour; puisqu'alors, l'autorité ne pouvant elle-même être incontestable ; l'ordre social ne peut exister : que, par le despotisme.

Ainsi, et l'histoire est là pour le prouver, tout protestantisme vainqueur d'une foi religieuse, dès que lui-même n'est point appuyé sur l'incontestabilité, finit bientôt, pour assurer la stabilité de son pouvoir : par rétablir une orthodoxie, une croyance par sentiment, une inquisition ; et, par reconstituer ainsi : un despotisme, une autorité basée sur une foi, qui, sous peine de mort, ne peut être examinée.

Après la naissance de la presse, il n'en est plus de même, relativement à la longue durée d'un despotisme comme appuyé sur une même foi. Toutes les combinaisons de monopoles, qui avaient pu réussir jusqu'alors, se trouvent essentiellement changées : par l'in-

terposition universelle, au milieu de l'humanité, de ce nouvel élément social.

A cette époque, les premiers qui, socialement, commencent à porter atteinte à l'autel despotique, sont précisément : ceux qui, en qualité de premiers entre les despotes, auraient le plus d'intérêt, à respecter ce même autel.

En effet :

A peine, le protestantisme, vient-il, au moyen de la presse, à s'implanter au milieu des masses ; que, quelque despote de premier ordre, devenu protestant lui-même, oppose, dans une même civilisation, autel contre ai tel.

Le despotisme de second ordre, pour notre civilisation le pontife romain, résiste, plus ou moins longtemps, au premier roi qui proteste contre son autorité. Mais, aussitôt que l'un de ces despotes de premier ordre, parvient à diviser l'autorité ; tous l'imitent. Chacun , alors, s'empresse de s'en approprier un lambeau; et, l'ordre social se trouve : radicalement changé.

En effet : le trône, autorité toujours illusoire, qui, jusqu'alors n'existait : que, supporté par l'autel , autorité alors réputée réelle, s'efforce inutilement : de devenir base lui-même ; et, de se constituer en autorité, acceptée comme réelle.

Cette seule considération, prouve qu'à cette époque : l'anarchie doit rester constamment imminente, jusqu'à ce que le trône puisse, enfin, trouver un appui réel : sur un autel réellement incontestable.

Si donc, au milieu de la société, une réforme radicale est actuellement nécessaire : c'est, que déjtà un changement radical a été fait, par les rois, contre la seule autorité possible, pendant l'époque d'ignorance : l'autel despotique.

Et, comme les trônes, en dehors de l'appui d'un autel quelconque, sont absolument incapables de servir de base à une autorité, même seulement réelle en apparence ; et, que tout autel despotique est devenu irréconstituable ; les fausses bases actuelles de l'autorité, les trônes despotiques, doivent tomber devant la nécessité sociale : pour que l'autel du raisonnement, l'autel de la vérité, l'autel réel, puisse s'élever ; et, supporter seul : le trône de liberté.

Une fois , que les trônes despotiques se sont soustraits au joug de second ordre, exclusivement appuyé sur la foi; la foi commune s'écroule. Et l'opinion, expression générale du protestantisme , vacillante comme l'incertitude même, vient seule la remplacer.

Alors, pour l'ensemble de la civilisation, plus d'autel unique; par conséquent, plus de despotisme de second ordre. Et, nous allons le voir, plus d'ordre possible : jusqu'à ce que l'autel réel, le pouvoir spirituel réel, se soit élevé sur sa base nécessaire : I'incontesta-

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