EPILOGUE
« 11 n'y a peut-être pas un homme véritablement religieux en Europe qui n'attende quelque chose d'extraordinaire; or, dites-moi, Messieurs, croyez-vous que cet accord de tous les hommes puisse être méprisé? N'est-ce rien que ce cri général qui annonce de grandes choses? Attendez que l'affinité naturelle de la religion et de la science les réunisse dans la tête d'un seul homme de génie. L'apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux et mettra fin au dix-huitième siècle qui dure toujours. Alors toute la science changera de face ; l'esprit, longtemps détrôné et oublié, reprendra sa place. »
Comte de Maistre.
— « Je vois tous les Etats de l'Europe courir à leur ruine. Monarchies, républiques, toutes ces nations si magnifiquement instituées, tous ces beaux: gouvernements si sagement pondérés, tombés en décrépitude , menacent d'une mort prochaine. »
J. J. Rousse au, Considérations sur le gouvernement de Pologne.
— « Il est impossible de ne pas reconnaître que la force a souillé le berceau de tous les pouvoirs du monde, quel/es qu'aient été letir nature et leur jorme.
« Eh bien! Messieurs, cette origine-là personne n'en veut; tous les pouvoirs, quels qu'ils soient, la
renient : il n'y en a aucun qui veuille être né au sein de la force
« Ce seul fait prouve, Messieurs, que l'idée de la force n'est pas le fondement de la légitimité politique, qu'elle repose sur une tout autre base. Que font, en effet, tous les systèmes, par ce désaveu formel de la force? Ils proclament eux-mêmes qu'il y a une autre légitimité, vrai fondement de toutes les autres, la légitimité de la raison, de la justice, du droit. »
Guizot, Histoire de la civilisation en Europe, p, 73.
— « Nous, les apôtres de la fraternité des peuples, nous n'avons pas encore fait pénétrer dans les relations de classe à classe le principe de la fraternité des hommes. Nous bourgeois, fils d'affranchis, nous croyons que les prolétaires, fils d'esclaves, sont d'une autre nature que nous. Nous avons encore au fond du cœur un reste de vieux levain païen. Nous ne professons plus avec Arislote qu'il y a deux natures distinctes, la nature libre et la nature esclave; mais nous faisons tout comme si nous étions nourris de celle doctrine. »
Michel Chevalier, conseiller d'Etat, professeur d'économie politique au Collège royal de France, Lettre xxix sur V Amérique du Nord.
— « Aujourd'hui il est universellement reconnu que la bourgeoisie domine en France. L'aristocratie est repoussée du pouvoir ou se tient écartée. Les artisans et les petits cultivateurs commencent à peine à lever la tête. Les prolétaires ne comptent point. »
M. Chevalier, lettre xxxn.
— « 11 y a un abîme entre le bourgeois d'une part, le paysan et l'ouvrier de l'autre. Le bourgeois ne sent rien de commun entre lui et le prolétaire. Il est convenu de regarder ce dernier comme une machine qu'on loue , dont on se sert, et que l'on paye tout juste pendant le temps qu'on en a besoin ; de même, aux yeux d'un grand nombre de prolétaires, le bourgeois est un ennemi dont
on n'accepte la supériorité que parce qu'il est le plus fort. »
M. Chevalier, note ô7 du tome II des Lettres sur l' Amérique du Nord.
— La conclusion du présent livre a été : « Primitivement, et pour aussi longtemps : que, la « vérité n'est point devenue nécessaire à l'existence « sociale, époque d'ignorance dans laquelle nous nous « trouvons encore; la base exclusive de l'ordre, le « seul moyen de maintenir l'existence de l'humanité, « est : le despotisme ; l'arbitraire ; la force brutale ; « l'oppression de l'examen, l'oppression du raisonne- « ment ; ou bien encore en prenant les effets néces- « saires pour les causes inévitables, nous dirons : « qu'alors, le seul moyen de maintenir l'existence de « l'humanité, est : le monopole des développements de « l'intelligence ; d'où dérive nécessairement : I'ex-
« PLOITATION DES MASSES. »
Nous savons ce que la prétendue philosophie, relative à l'époque d'ignorance primitive, peut opposer à notre première conclusion. Nous allons établir ses objections dans toute leur force. Puis, nous les combattrons.