DE MARGUERITE DE NAVARRE
Marguerite de Francej ou de Valois, ou d’AngouIême , veuve de Charles, duc d’Alençon, mort en i525 , épousa, par contrat en date du 24 janvier i52Ô, Henri II, roi de Navarre, prince de Béarn, duc de Nemours, comte de Foix et de Bigorre.
Voici la description très-compliquée des armes personnelles de ce prince après son mariage :
Coupé de six pièces, trois en chef et trois en pointe.
Au I du chef, de gueules aux chaînes d’or posées en orle, en croix et en sautoir, qui est Navarre.
Au 2, écartelé : aux i et 4, de France-, aux 2 et 3 , de gueules plein, qui est Albret.
Au 3, d’or à quatre (et non trois, comme sur la miniature) pals de gueules, qui est Aragon.
Au I de la pointe, d’or à deux vaches de gueules, accornées, accolées et clarinées d’azur, qui est Béarn.
Au 2, semé de France , à la bande componnée d’argent et de gueules, qui est Evreiix -, ces deux quartiers chargés en chef d’un écu : d’or à deux lions passant de gueules, armés et lampassés d’azur, qui e?,\. Bigorre.
Au 3, écartelé en sautoir ; au i et 4 , d’or à quatre (et non trois) pals de gueules, qui est Aragon-, flanqué au côté dextre : de gueules au château sommé de trois tours d’or [à' argent est une erreur), qui est Castille, et au côté senestre : d’argent au lion de gueules (et non de sablé], couronné et lampassé d’or, qui est Léon. ‘
ARMKS HT DEVISE E.MBI.ÉMATIQUE DE MARGUERITE DE .\AVARRE.
Miniature de Xlnitiatoire 'instructive en la religion cliivstienne. ins. exéeuté ati xvi<" sièele pour Margiu'i-ite de Navarre, et |K>uvant èli-e attribué à (ieoffiw Tory: u“ (K) T. E. de la Bibliothè(|ue rie rAfseiial.
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Bigorre! comme sous les rois de Navarre et d’Aragon. Les gens du Beauvoisis, allant en guerre, invoquaient : Biauvais la jolie! tandis que ceu.v de Louvain saluaient : Louvain au riche duc!
Les cris d’armes de certaines familles faisaient allusion aux pièces de leur blason : Flandre au lion! était le cri des comtes de Flandre ; au peigne d’or! celui des seigneurs de Cullant. Telle autre maison faisait de son cri de guerre une sorte d’exhortation aux vaillants ou de menace aux vaincus, sans caractère propre ou générique. Les comtes de Champagne criaient : Passavant les meillors! les chevaliers de Bar : Au feu! au feu! ceux de Prie: Cans d’oiseaux! Quelques cris d’armes, enfin, avaient pour but évident d’implorer l’intercession de Dieu, de la Vierge, des saints, pendant le combat. Les ducs de Bretagne disaient : Saint Yves! Saint Malo ! les ducs d’Anjou : Saint Adaurice ! les Montmorency ! Dieu ayde au premier baron clirestien! les Chastel-Montfort : Sainte Ajarie, aie! (aide !)
C’est à cette catégorie de cris de guerre qu’appartenait certainement celui des rois de France : Alontjoie Saint-Denis ! sur l’origine duquel il existe beaucoup de dissertations contradictoires, dont les auteurs ont pour la plupart fait fausse route en se jetant dans les plus étranges rêveries. Celui-ci prétend que Clovis, livrant bataille dans la vallée de Conflans, repoussa les ennemis jusqu’au pied d’une tour appelée Alontjoie, dont il voulut conserver le souvenir dans son cri d’armes. Celui-là prétend que le même Clovis, ayant invoqué saint Denis pendant la bataille de Tolbiac, l’appela, en bon français : mon Jupiter, mon Job! dont on ht ensuite, par corruption, le mot de Montjoye! etc. En réalité, Alontjoie Saint-Denis signihe simplement : «'Suivez la bannière de saint Denis! » car cette bannière, en temps de guerre, était arborée sur un char doré, comme sur une montjoie (hxxtlQ. ou colline), pour qu’on la vît de loin au milieu de l’armée pendant la bataille. Les rois de France portaient la bannière de Saint-Denis, en qualité avoués de l’abbaye de ce nom et de comtes du Vexin. Louis VI, le premier, alla prendre l’oriflamme, qui n’était autre que cette bannière, dans la basilique de Saint-Denis, sur l’autel des saints Martyrs, qu’on appelait la montjoie, et ses successeurs continuèrent à la venir demander aux religieux de cette abbaye royale, chaque fois qu’ils partaient pour quelque expédition, « attendu, dit Suger, que le bienheu-
reux saint Denis était le patron et le protecteur particulier du royaume ». Cette même formule de Mont joie se retrouvait, d’ailleurs, dans plusieurs autres cris d’armes : Mont joie Saint- Andrieux ! Montjoie Anjou! etc.
Les cris d’armes cessèrent d’être employés à la guerre, lorsque Charles VII, en établissant les compagnies d’ordonnance, dispensa les bannerets de conduire eux-mêmes leurs vassaux à l’armée. Ce fut alors qu’on inscrivit ces cris d’armes, comme nous l’avons dit, sur un listel placé au-dessus du cimier, tandis qu’au-dessous , sur un autre listel, se déroulait, tracée en lettres d’or ou d’argent, la devise patrimoniale du seigneur. Il y avait, du reste, cette différence entre les cris d’armes et les devises, que celles-ci n’étaient pas toujours héréditaires; on les voit quelquefois changer, à chaque génération, dans une même famille. Par exemple, la devise ordinaire de la maison de Sales en Savoie avait été originairement : Ni plus, ni moins , mais plusieurs gentilshommes de cette famille avaient pris d’autres devises. Celle de François de Sales, seigneur de Roisy, était : En bonne foy! celle de Jean de Sales : Adieu biens mondains! celle de Galois de Sales ; In paucis quies (le repos dans la médiocrité); celle de saint François de Sales : Nunquam excedet , signifiait, en sousentendant le mot charitas : que la charité ne s’éteigne jamais.
Souvent les devises sont parlantes comme les pièces du blason et reproduisent le nom de la famille, dans une espèce de jeux de mots : Achay, en Franche-Comté : Jamais la d’âcher; Vaudray ; j’ai valu, vaux et vaudraj'^ Grandson : A petite cloche grand son; Lauras, en Dauphiné : Un jour l’auras; Disemieux : Il est nul qui dise mieux.
Plusieurs devises font, en outre, allusion aux figures des armoiries. C’est ainsi que la famille de Simiane, qui porte d’or semé de Jleurs de lys et de tours d’a\ur , prend pour devise : Sustentant lilia turres (les lis soutiennent les tours). Il y aussi les devises qui évoquent un souvenir de guerre, rappellent un proverbe, ou même énoncent une idée indéfinie et mystérieuse; Antoine de Croy : Souvenance ; Jean de la Trémoille : Ne m’oublie^; Jean Schenk, en Allemagne : Plus tôt rompre que fléchir; Philippe de Bourgogne , après son mariage avec Isabelle de Portugal : Autre n’auray, par abréviation de cette devise amoureuse : Autre n’auray dame Isabeau, tant que vivra/. Les fières devises des Rohan et des
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Coucy sont assez connues : Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis. — Je ne suis roj', ne duc, ne comte aussi, je suis le sire de Coucy. Quelquefois, les devises étaient simplement figurées en emblèmes muets : la Rose blanche de la maison d’York, la Rose rouge de Lancastre (fig. 267), le Chardon de Bourbon, le Fusil de Bourgogne, etc., et, quelquefois, elles comprenaient des emblèmes et des légendes ; par exemple, en Italie, Gamillo Pallavicini, d’une ancienne famille milanaise, portait une fleur, dont une
Fig. 257. — Marie Tudor, reine d’Angleterre (i553-i558). Une double rose coupée au demi-cercle, et un faisceau de Mèches, le tout rayonnant et surmonté d'une couronne royale. La double rose rappelait les maisons d’York et de Lancastre, et les Mèches la maison d’Aragon.
tortue rongeait le pied, avec cette inscription italienne: Ogni belleTga ha fine (toute beauté est périssable) ; Paolo Sfortita avait fait peindre , à côté de son blason, une flèche sur Parc tendu, et dirigée contre le ciel, avec ces mots : Sic itur ad astra (ainsi on va jusqu’aux astres) (fig. 258 à 262).
Les devises en rébus plus ou moins compliqués devinrent de mode, surtout au seizième siècle. La maison de Médicis avait, dans sa devise, un diamant, trois plumes d’autruche, avec cette légende qui renferme une espèce de calembour latin : Super adamas in permis (au-dessus du diamant, dans les pennes), et cette étrange devise, pour devenir compréhensible, devait être traduite ainsi : Toujours invincible dans les peines.
Fig. 258. — Devise d'Henri VII, roi d’Angleterre {1485-1509). Un buisson d’aubépine en fleurs, entre les lettres H. R. {Henricîis rex).
Fig. 25g. — Devise du pape Léon X (i5i3-i52i). Un joug, avec la devise ; Suave, doux à porter.
Fig. 260. — Devise de Charles IX, roi de France (i56o- 1574). Deux colonnes entrelacées, emblème de la piété et de la justice. (Pietate et justitia.)
L’art des devises, car on en avait fait un art, comme du blason une
science, se permettait quelquefois des énigmes encore plus inintelligibles.
Fig. 261. — Devise d'Henri III, roi de France (1574- 158g). Trois couronnes, figurant celles de France et de Pologne et celle qu’il espérait d’obtenir, avec la légende : Manet ultima cœlo, la dernière est au ciel.
Fig. 262. — Devise de l’empereur Charles-Quint. Étant encore roi d’Espagne (i5i8), il adopta pour emblème un soleil levant au-dessus d’un zodiaque, et pour devise : Nondum in auge, pas encore au zénith.
qui pouvaient défier la sagacité des devin,eurs de rébus (fig. 278). Pierre de Morvilliers, premier président du Parlement de Paris, avait pour