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GEORGE CHASTELAIN OFFRANT SON LIVRE A CHARLES, DUC DE BOURGOGNE

Mmialure de V [nslrijction d'un jeune Prince par G. Chaslelain. Ms du xv‘ siècle, exécuté par les peiiili'es de la cour de Botirg'ogne , n" 33 S. A. F. de la Bibliothèque de l'Arsenal.

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mal et les ramène, par l’ordonnance du 3i août 1498, aux limites du droit commun. L’Université essaye de résister et, comme aux jours de sa puissance, veut recourir à ses foudres traditionnelles. Le recteur ordonne la cessation générale des leçons dans les écoles et des prônes dans les églises. Mais c’ est avec un visage irrité que le roi, absent de sa capitale, reçoit les députés de sa Jille aînée, sans leur accorder une réponse; puis, entouré de sa maison militaire, armé de toutes pièces, la lance au poing, il traverse à cheval le quartier de l’Université et ne daigne pas s’arrêter pour entendre la harangue du recteur, qui était venu, au-devant de lui, accompagné de ses suppôts et suivi de tous ses écoliers. L’Université céda et obéit. Ce fut la dernière fois qu’elle tenta de maintenir, par un coup de force, ses prérogatives féodales.

C’en est fait de l’Univer'sité comme centre de domination intellectuelle. L’imprimerie est découverte et répand dans toutes mains les instruments d’étude et de savoir. La Réforme a proclamé la liberté d’examen. On court de préférence aux écoles libres qui s’établissent, par toute l’Europe, avec les nouvelles doctrines religieuses. Paris n’est déjà plus la source exclusive de la science; Rome restera pourtant le seul foyer de la lumière religieuse. L’Université perd son unité et sa force, quand elle renonce à s’appuyer exclusivement sur l’Église et sur la Royauté.

Après ce rapide exposé des vicissitudes que l’Université a subies jusqu’au seizième siècle, il convient de passer en revue divers établissements pédagogiques, qui, relevant d’elle ou échappant à son ressort, constituaient l’ensemble du système d’éducation scolaire au moyen âge.

Lors de Tarrivée d’Abailard à Paris en 1 107, il y trouva deux maîtres en renom, qui enseignaient dans la maison de l’évêque, située à côté de la cathédrale. C'est non loin de cette maison et aux portes mêmes du cloître Notre-Dame, où demeuraient le chanoine Fulbert et sa pupille Héloïse, qu’Abailard ouvrit d’abord son école. Quelques années plus tard, Guillaume de Champeaux quittait son archidiaconat de la cathédrale et se retirait au prieuré de Saint-Victor, sur la rive gauche de la Seine, hors des murs de la ville, pour y fonder une nouvelle école publique. Abailard, de son côté, chassé de l’école qu’il occupait, dans la Cité, près de la maison épiscopale, se réfugia sur la montiigne Sainte-Geneviève, où le suivirent ses

disciples. Cependant les écoles de la cathédrale , continuant cà s'accroître et ne pouvant plus se développer dans l’enceinte de la Cité, se divisèrent

Fig 22. — Bas-relief du maître-autel de Saint-Julien le Pauvre, à Paris (travail du xii« siècle). Deux écoliers sont à genoux, de chaque côté du crucifix.

en deux parts. L’une, composée des ariiens , passa le Petit-Pont et vint s’établir à côté de l’église Saint-Julien le Pauvre (fig. 22), succursale de la basilique métropolitaine. Quant aux théologiens , ils conservèrent leur

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ancienne résidence autour de Notre-Dame. Ainsi commençaient à se grouper les éléments qui devaient, au siècle suivant, constituer TUniversité. Bientôt les Nations tirent construire quatre grandes salles ou écoles, à peu de distance de Saint-Julien le Pauvre, dans la rue du Fouarre ou Feiirre, ainsi nommée de ce que les écoliers, pour assister au.x: lectures ou leçons, n’avaient pas d’autre siège que de la paille (ou fouarre)^ sur laquelle ils s’étendaient autour de la chaire (chaise), où le

Fig. 23. — Intérieur d’école, d’après une estampe du xvi' siècle. Biblioth. nat. de Paris. Cab. des Estampes.

Vieux Maîtres en bois.

maître était assis sur une estrade. Indépendamment de ces grandes écoles (fig. 23) représentant une espèce d’école générale, quiconque était pourvu de la licence louait une salle et appelait le public à ses leçons. C’est ainsi que de proche en proche le quartier de l’Université, qui fut depuis appelé quartier latin , se peupla de maîtres et d’écoles. On ne tarda pas à sentir la nécessité de consacrer des hôtels ou. demeures particulières, à recueillir, à héberger la jeunesse indigente, avide d’apprendre, et surtout au début de ses classes. De là l’origine des collèges de Paris. Sous ce nom de collèges, on vit se fonder, dès les premiers temps de l’Université, divers établis-

sements, où de jeunes religieux se livraient à l’étude, envoyés et entretenus par les ordres monastiques auxquels ils appartenaient. La charité privée créa bientôt des collèges du même genre destinés aux laïques, véritables maisons de refuge où les écoliers trouvaient gratuitement, suivant la belle expression d’un bienfaiteur de collège, le pain du corps et celui de l’âme. Ce double caractère de libéralité et de dévotion est fortement empreint dans la constitution primitive de ces établissements, fondés et dotés par des personnes pieuses, dans l’intention de favoriser l’enseignement des pauvres. Tels furent, au treizième siècle, les collèges des Bons-Enfants Saint-Honoré(i2o8) et des Bons-Enfants Saint-Victor (1248), les collèges de Sainte-Catherine du Val des Ecoliers (122g) et de Prémontré (1252), le collège du Trésorier (126g) et, le plus ancien de tous, le collège des Dix-Huit, qui date de la première moitié du douzième siècle.

Rien de plus triste, cependant, rien de plus piteux, rien aussi de plus digne d’intérêt que ces collèges du moyen âge, dans lesquels, sous la conduite d’un régent ou principal, quelques maîtres, aussi pauvres que leurs élèves, se dévouaient à l’instruction d’une douzaine d’écoliers, qui partageaient avec eux leur vie soirffrante et famélique : ayant à peine quelques deniers par semaine pour subsister, ils se voyaient contraints de joindre à ces misérables ressources un métier manuel ou bien un office servile, sinon de recourir à l’assistance publique. Au quatorzième siècle, comme nous l’apprend le Dit des Crieries de Paris, les écoliers du collège des Bons-Enfants de la rue Saint-Honoré allaient errant dans les rues et tendant la main aux passants :

Les Bons Enfants orref ( entendi-çz) crier :

Du pain !...

Quelques collèges furent mieux partagés que cette misérable maison. Dotés de revenus fixes par leurs fondateurs, encouragés et enrichis par le clergé et par les grands, ils prospérèrent et virent se prolonger leur existence jusqu’à l’époque de la Révolution.

Celui qui resta longtemps le plus célèbre de tous, la Sorbonne, dut son nom et son origine aux largesses du savant Robert de Sorbon, qui, après avoir subi dans sa jeunesse toutes les épreuves de la misère, devint

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chanoine et chapelain de Louis IX. Par lettres patentes de i253, la reine Blanche, contribuant à cette fondation, donnait pour l’usage du futur collège une maison et des étables y contiguës, situées rue Coupe- Gueule, devant les ruines du palais des Thermes ou des Césars. Ce collège était destiné spécialement à recevoir un certain nombre de pauvres jeunes gens, qui, après avoir pris leurs degrés ès arts, se consacraient à l’étude de la théologie. Nul n’ignore que la maison de Sorbonne, reconstruite, agrandie et enrichie par le cardinal de Richelieu, qui lui légua une partie de ses biens, devait être plus tard le siège de la Faculté de théologie.

A l’instar de la fondation de Robert de Sorbon , un grand nombre de collèges, institués par des personnages considérables, soit du monde, soit de l’Église, s’élevèrent, comme à l’envi, pour l’éducation de la jeunesse (on n’en compte pas moins de soixante, de irSy à i36o), sur tous les points du quartier de l’Université, lequel se déployait en amphithéâtre depuis le sommet de la montagne Sainte-Geneviève jusqu’à la Seine, et qui s’étendait, le long des rives du fleuve encore désertes, depuis le pont de la Tournelle jusqu’à l’emplacement actuel du pont des Saints-Pères.

Deux de ces collèges méritent, entre tous', une mention spéciale. C’est d’abord le collège de Navarre, qui eut pour fondatrice, en i3o4, la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel. Ce collège, assez spacieux pour contenir soixante-dix écoliers, dont vingt grammairiens, trente artiens et vingt théologiens, ne tarda pas à devenir entre tous les collèges de Paris le modèle de ces sortes d’établissements. La haute renommée qu’il eut bientôt acquise ne déclina pas durant quatre siècles. L’Université avait déposé le trésor de ses archives dans la chapelle du collège, laquelle était dédiée à saint Louis, aïeul de la royale fondatrice. Les fils des plus nobles familles et souvent même les enfants de France reçurent dans cette docte retraite les éléments de l’instruction classique, et d’ailleurs, aux termes de l’acte de fondation, le roi était le premier boursier du collège de Navarre, qui peut être considéré comme une des institutions les plus aristocratiques de ce temps-là et, sans doute aussi, comme une de celles où la règle pédagogique offrait le moins de rigidité.

Le collège de Montaigu, établi en i3i8 dans la rue des Sept-Voies, sur la montagne Sainte-Geneviève, n’eut pas moins de célébrité que le col-

lége de Navarre, mais il se présente sous un tout autre aspect, dans l’histoire de nos vieilles écoles. Bien qu’il eût été fondé d’abord par deux membres de la richQ famille parisienne de Montaigu, dans de telles conditions de libéralité et de bien-être, qu’une rente de lo livres (somme importante, équivalant à 3 ou 400 francs de notre monnaie) devait être assurée à chaque élève pour son entretien ; la mauvaise administration des chefs ou régents fit descendre le revenu total de la maison à onze sous de rente annuelle (peut-être 1 1 sols d’or, qui représenteraient un peu plus d’un millier de francs). A cette époque (iqSS) le collège passe entre les mains de Jean Standonck, une des personnalités les plus originales de l’ancienne pédagogie. Fils d’un tailleur de Malines, venu à Paris avec Tardent désir de s’instruire, reçu par charité à Tabbaye de Sainte-Geneviève dont il payait l’hospitalité en remplissant des fonctions subalternes, Jean Standonck, doué d’un caractère énergique et d’une persévérance peu commune, sortit de la domesticité et devint élève, puis maître, et maître en réputation. Choisi par ses condisciples pour diriger « Montaigu », il réussit à rétablir Tordre et l’économie dans la maison, à y fonder douze bourses nouvelles et à subvenir à toutes les dépenses, sans faire aucune dette. Il ne réalisa toutefois ces bienfaits qu’en imposant à ses écoliers le régime le plus austère et en leur léguant la vie de labeurs et de privations qu’il avait lui-même traversée. Tâches ardues, jeûnes fréquents, maigre pitance, discipline rigoureuse, telle était la condition, devenue proverbiale, des écoliers de Montaigu, condition spirituellement résumée d’ailleure dans leur devise latine : Mous aciitus, ingenium acutum, dentes acuti (mont aigu, esprit aigu, dents aiguës). Vêtus d’une cape de gros drap, fermée par devant et surmontée d’une cagoule ou capuchon qui se fermait par derrière, on les nommait les pauvres capettes de Montaigu, et tous les jours on les voyait, conformément à leurs statuts, prendre part à des distributions de pain que faisaient aux indigents les Chartreux de la rue d’ Enfer. Erasme et Rabelais, qui tous deux, à quelques années d’intervalle, connurent par expérience personnelle les rigueurs de la règle de Montaigu, ont immortalisé, chacun à sa façon, les tristes souvenirs qu’ils avaient emportés de ce collège : le premier, dans un de ses ingénieux Colloques, en maudissant le traitenaent inhumain, le gîte insalubre, la nourriture malsaine et insuffisante, qui avaient gravement

compromis sa santé pendant son séjour à Montaigu ; le second, en mettant dans la bouche de ses burlesques héros pantagruéliques plus d’une épigramme mordante à l’adresse de ce fameux collège de pouillerie.

Indépendamment des universités et des collèges, il y avait encore, au moyen âge, en France, comme dans toute la chrétienté, plusieurs espèces d’écoles, les unes élémentaires, ouvertes aux deux sexes et appelées ordi-

Fig. 24. — Le maître d'école, tiré de la Danse macabre, édition de Guyot Marchant (14Q0I.

nai renient écoles ou écoles françaises , puisqu’on y enseignait seu-

lement à lire et à écrire, avec quelques éléments de la langue vulgaire et le chant ecclésiastique; les autres, destinées aux garçons et portant le nom de. grandes écoles ou écoles latines 2^). Les unes et les autres, annexées généralement aux églises , avaient le plus souvent, dans chaque diocèse, un intendant commun placé sous la haute autorité de l’évêque. Cet intendant, qui prenait le titre de recteur ou grand-maître des écoles, réclamait de

chaque écolier une taxe fixe, qui se payait en deux termes, et, de plus, une somme supplémentaire, dont il était fait deux parts. Tune affectée à l’entretien du matériel, que devait surveiller le ma\tve.-prévôt , et l’autre à l’achat des verges remises entre les mains du maître-por/fer ou fouetteur (fig. 25). Ces écoles n’admettaient que des élèves libres laissés sous la direction de leurs parents. Elles avaient à distribuer, la plupart sous le patronage de quelques donateurs particuliers, sinon sous les auspices du chapitre paroissial , un certain nombre de bourses ou àe. gratuités , offertes à la jeunesse indigente, en échange d’un service utile ou d’une sorte de corvée à laquelle se soumettaient les bénéficiaires. Ainsi, par exemple, dans les écoles de Troyes, les primitifs, surnommés de la sorte à cause de l’assiduité matinale à laquelle ils étaient astreints, se trouvaient dispensés de la rétribution commune, à la condition de nettoyer et de balayer deux fois par semaine les salles d’études.

Un compte de l’argenterie de la reine Marie d’Anjou, femme de Charles VII, pour l’année iqSq-iqSS, compte dans lequel se trouvent mentionnés des livres d’école à l’usage de Charles, duc de Berry, second fils du roi , âgé de huit ans, nous fait connaître quels étalent les ouvrages destinés aux classes élémentaires, avant l’invention de l’imprimerie. Ces livres, qui avaient déjà servi pour l’éducation du dauphin, depuis LouisXI, sont : i“ un ABC; 2" un psautier sous le titre de Sept pseaulmes (de la Pénitence), qu’on faisait apprendre par cœur aux enfants; 3“ un Donat , traité des huit parties du discours par Ælius Donatus, grammairien du quatrième siècle; 4“ un Accidens, autre traité de grammaire sur les cas et les conjugaisons des verbes; 5“ un Caton, recueil de distiques moraux en latin, avec traduction française, distiques attribués à Valérius Caton, poète et grammairien, cité élogieusement par Suétone; 6“ enfin un Doctrinal, grammaire latine extraite du grand ouvrage de Priscien, grammairien du cinquième siècle, et mise en vers léonins (dont la dernière syllabe rime avec celle du milieu), pour venir en aide à la mémoire, par Alexandre de Ville-Dieu, qui, en 1 209, régentait avec distinction dans les écoles de Paris.

Ces ouvrages, bien que destinés à des études primaires, avaient pour objet principal d’initier les élèves à la connaissance de la langue latine, car cette langue, presque usuelle durant tout le moyen âge, était à la fois

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la langue de l’Église, la langue des belles-lettres et la langue de la science; elle servait aussi d’idiome commun chez toutes les nations chrétiennes. On s’explique donc pourquoi la langue latine était non-seulement professée, mais encore employée, à l’exclusion des dialectes vulgaires, dans les universités, les collèges et les grandes écoles. Ce n’est que plus tard, quand l’esprit moderne eut répandu dans les relations sociales une multitude d’idées nouvelles, de sentiments nouveaux, rebelles à une traduction littérale en latin, que la lutte s’engagea entre la langue des anciens et les langues

Fig. 25. — Le maître d'école, d'après la marque du libraire Soquaiid, à Paris (lâaS).

vivantes : lutte curieuse et prolongée, aux intéressantes péripéties, qui devait, après d’héroïques efforts en faveur de la belle langue immortalisée par les chefs-d’œuvre de l’antiquité classique, se terminer par la condamnation définitive du latin au rôle de langue morte. Il faut voir quel appareil de prohibitions et de châtiments déployait l’Université de Paris, au quinzième siècle, même au commencement du dix-septième, pour repousser du sein des écoles l’invasion du finançais, que l’enfanty apportait naturellement sous les premières influences de l’éducation maternelle. Un règlement de 1434 admet, il est vrai, deux sortes de latin , le latin congru, que devait parler exclusivement tout écolier parvenu à l’étude du Doctrinal ou syntaxe latine, et le latin incongru, que pouvaient parler entre eux les

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élèves des classes élémentaires; quant au français, même pour les conver-^ sations particulières et hors de l’école, il était généralement interdit.

Le latin, cependant, enfermé, pour ainsi dire, dans le domaine de l’Université, retrouva tout son crédit, tout son éclat, lorsqu’à l’époque de la Renaissance les chefs-d’œuvre littéraires du monde romain furent de nouveau recherchés, étudiés, commentés avec une ardente émulation par les érudits, multipliés dans une foule d’éditions savantes, accueillis avec enthousiasme par l’Europe lettrée. On vit alors des hommes de mérite et même de génie, tels qu’Erasme, Mélanchthon et Mathurin Cordier, composer des Colloques, des Dialogues destinés à rendre la langue du siècle d’Auguste plus familière à la jeunesse du temps de François I" et de Charles-Quint. Mais ces tentatives plus ou moins ingénieuses devaient, après un succès momentané, avorter complètement, et l’on peut signaler ce fait singulier et significatif, que, des ouvrages pédagogiques produits et publiés à cette époque, le seul qui ait survécu était écrit en français : c’est la Civilité puérile et honnête, qui parut d’abord à Poitiers en iSSq, avec ce titre mieux approprié au sujet du livre : Miroir de la jeunesse pour la former aux bonnes mœurs et civilité de vie.

Mais , si les livres d’étude en usage dans les anciennes écoles sont aujourd’hui abandonnés et oubliés depuis longtemps, il n’en est pas de même des différents genres de récréation auxquels l’enfance et la jeunesse avaient recours autrefois , pour se distraire et se reposer des fatigues d’un enseignement souvent abstrait et toujours austère. Il suffit, en effet, de consulter le Gargantua de Rabelais et les Dialogues familiers de Mathurin Cordier, pour dresser une nomenclature des jeux, qui n’ont pas changé depuis, sauf quelques variantes de noms, et qui se conservent traditionnellement chez les écoliers, par exemple : la boule, les barres, le cheval fondu, le palais, la clicquette (morceaux de bois ou tessons de pot qu’on fait résonner, en les frappant l’un contre l’autre), les quilles, la balle et le ballon, la toupie, le sabot, la fossette (qui se jouait jadis avec des noix ou des noisettes), le pair ou non, les jonchets, les cartes, les dames, la paume, la croix ou pile, le court-bâton (le bâtonnet), etc.

C’étaient là les jeux paisibles des enfants et des écoliers; mais ces distractions innocentes ne pouvaient donner satisfaction aux goûts violents

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tumultueux de la jeunesse des écoles. La mauvaise réputation des anciens écoliers de Paris est encore proverbiale. En tous temps, des hommes supé-

rieurs, des écrivains illustres, de graves magistrats, de grands citoyens, et même quelques saints personnages, préludèrent aux travaux, aux études, aux vertus de l’âge mûr par une période plus ou moins longue de folies et

de débordements. En tous temps aussi, la ville de Paris offrit les plus dangereuses ressources à la dissipation et au vice. Qu’on se représente donc, aux douzième et treizième siècles, dans un temps où la police ne faisait que de naître et quand les mœurs publiques se ressentaient encore de la barbarie des époques de décadence, qu’on se représente cette population d’étudiants, parquée sur le territoire qui lui semblait inféodé, composée de jeunes gens dans la force de l’âge et d’hommes faits, appartenant à diverses nationalités et livrés à toute la fougue de leurs passions (car nul ne pouvait obtenir la licence ès arts avant vingt et un ans, et en théologie, avant trente-cinq ans, dont huit au moins consacrés à l’étude), et l’on comprendra combien ce turbulent voisinage était nuisible, périlleux et même redoutable pour les familles honnêtes et paisibles de Paris.

La ville entière fut troublée plus d’une fois, la sûreté publique compromise, par les habitudes agressives et désordonnées des écoliers. Tous les jours, à tout instant, des querelles, des rixes, des séditions, nées des causes les plus futiles et les moins avouables, éclataient dans cette bruyante république universitaire. Les qualifications injurieuses que les écoliers se donnaient l’un à l’autre témoignent, d’ailleurs, des antipathies qui régnaient parmi eux et de la grossièreté de leurs rapports mutuels. Ils ne se ménageaient guère dans leurs appréciations réciproques : ils accusaient les Anglais d’être buveurs et couards, les Français orgueilleux et efféminés, les Allemands colères, goinfres et malpropres, les Normands charlatans et glorieux, les Bourguignons brutes et stupides, les Flamands hommes de sang, incendiaires et routiers (vagabonds), etc.

Cependant, aux termes des canons de l’Église, la personne d’un clerc (tout écolier acquérait ce titre avec la licence) était inviolable; se porter à des voies de fait envers un écolier, c’était commettre un crime qui entraînait l’excommunication et que le pape seul pouvait absoudre (fig. 26). On peut s’expliquer ainsi quelle audace et quelle arrogance devait inspirer aux écoliers une telle immunité, et l’on ne s’étonnera point que le pouvoir séculier, en dépit des précautions les plus attentives, se trouvât sans cesse embarrassé et empêché pour réprimer les excès de cette jeunesse effrénée, qui, marchant de jour et de nuit, par troupes armées, se permettait tous les désordres et ne reculait même devant aucun forfait.

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L’établissement des collèges apporta une amélioration sensible à ce déplorable état de choses. Avant cette heureuse innovation, les écoliers prenaient prétexte de la moindre circonstance religieuse et littéraire, pour multiplier les fêtes ou féeries et pour les célébrer à grand renfort de festins, de danses, de mascarades. Toutes ces réjouissances scolaires furent

Fig. 27. — Légende de saint Nicolas, d’après les Vitraux de Bourges des PP. Cahier et Martin, xm® siècle. — La partie inférieure se rapporte à l’histoire populaire de trois écoliers massacrés par un hôtelier avec l’aide de sa femme, et jetés dans un saloir : le saint les rappelle à la vie. Dans le haut du \itrail, le même saint apporte la nuit une somme suffisante pour doter trois pieuses filles, que leur père ruiné ne pouvait établir honorablement.

plus tard réduites à deux rafraîchissements (jours destinés à boire), l’un pour le commencement, l’autre pour la fin des déterminances (examens publics et thèses), époque où les candidats élisaient entre eux un capitaine, et à une fête patronale pour chacune des Nations, sans compter, il est vrai, les grandes fêtes célébrées collectivement en l’honneur de tel ou tel patron de la corporation universitaire.

L’Université, après s’être placée tout d’abord sous la sauvegarde de la

Sainte Vierge, patronne de l’Église et de la ville de Paris, et dont l’image se retrouve à toutes les époques sur les sceaux et autres emblèmes distinctifs des écoles, avait adopté comme patrons et protecteurs plusieurs saints à qui elle rendait spécialement hommage, savoir : saint Thomas Becket de Cantorbéry, saint Corne, saint Adrien et saint André; elle se borna ensuite à fêter sainte Catherine et saint Nicolas (fig. 27), patrons des clercs et de la Jeunesse en général.

Les Nations avaient aussi leurs patrons particuliers. Lorsque les guerres des Anglais eurent diminué en France la faveur qu’on accordait au culte du saint évêque de Cantorbéry, la nation de France invoqua de préférence saint Guillaume de Bourges, ancien élève de l’Université. Une Tribu de la Nation de Picardie honorait saint Firmin, premier évêque d’Amiens, tandis que l’autre Tribu fêtait saint Piat, évêque de Tournay. La Nation de Normandie avait pour patron saint Romain, archevêque, de Rouen. La Nation d’Angleterre, après avoir mis sur son scel l’image de saint Edmond, martyr, roi d’Est-Anglie , avec celles de sainte Catherine et de saint Martin, ne manqua pas, quand elle fut devenue la Nation d’Allemagne, de célébrer régulièrement la fête de saint Charlemagne, regardé comme le fondateur de la d'ergie dans toute la chrétienté.

On voit que les fêtes patronales étaient nombreuses dans l’Université de Paris, et les écoliers interrompaient volontiers leurs études pour prendre part à ces solennités, pendant la durée desquelles leurs bruyants ébats avaient pour principal théâtre le fameux Pré-aux-Clercs, leur véritable domaine, qui commençait au faubourg de Saint-Germain des Prés et descendait jusqu’à la Seine en se développant sur toute la longueur des rues actuelles de Saint-Dominique et de l’Université.

Entre toutes les solennités auxquelles les écoliers assistaient en corps, avec le plus d’exactitude, il faut rappeler la foire du Lendit, qu’ils regardaient comme instituée exprès pour eux et dont l’origine est antérieure même à celle de l’Université.

L’Église de Paris, ayant reçu de Constantinople en rrog quelques fragnaents de la vraie Croix, l’évêque céda au vœu de la population qui ne pouvait trouver place dans la cathédrale où les reliques avaient été déposées, et les transporta , en grande pompe, à la tête de son clergé, au milieu

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