‹ Sciences mathématiques et physiques au commencement du XIXe siècleChapitre 12 sur 41 · JEAN -GUILLAUME GARNIER · texte numérisé non relu

JEAN -GUILLAUME GARNIER

(')•■• ® Après mon cours d’élude au collège de Reims iChampagae), jusqu’à la philosophie inclusivement, je devais être jeté au séminaire pour remplir les vues de mes parents, qui SC préparaient ainsi un asile dans leur vieillesse : mon assentiment était regardé comme un acte non de conviction, mais de soumission ; tel était alors, par rapport au.x enfants, le despotisme paternel quant au choi.v d’un état et d’une épouse. On fut donc surpris de rencontrer chez moi une opposition qui n’oITrait prise ni aux caresses, ni aux menaces, il fallut composer, c'est-à-dire me laisser l’option entre le droit, la médecine et les sciences. Je lis quelques pas dans les deux premières carrières, puis je me jetai dans la troisième. Pendant les deux années de mes études mathématiques, qui me conduisirent de la numération à la mécanique de l’abbé Bossut, en passant par les traités élémentaires de

(') Li iircnitre partie île celle notice te Irourail au nombre de< manuscrila de I. Carnicr: Je l'ai Interne daoi VJnnuaire de l'Académie royale pour 1A4I.

JeaB-finillanme Garnier était né i Reims, le IS septembre t766, et il mourut i Iniielles, le 80 décembre 1840.

culculs diiïéreiiliel el intégral de M"‘ Agnesi ('), je rendais d'une main les leçons que je prenais de l’autre, el je dus m’applaudir d’autant plus de cette manœuvre, qu’elle m’était beaucoup plus profitable qu’à mes élèves. Je conseille donc aux jeunes gens d’en faire usage, et d’opposer ainsi l’amourpropre à la paresse. Ce cours fut clos par un exercice public très-solennel, à la suite duquel je reçus le grand prix de mathématiques et un prix de dessin d’architecture. Tel fut le terme de mes études à l’Académie de Reims. Je me rendis alors à Paris, chez un oncle qui me tint lieu de père. Après quelques cours de chimie, de botanique, de physique et de mathématiques, sous les professeurs les plus distingués de ce temps, ma carrière fut déterminée par mon appel à l’Kcole militaire de Colmar (Haute-Alsace), en qualité de professeur de mathématiques et de fortifications; j’y restai uii an el trois mois, comme l’atteste un certificat du 30 juin 1789, date de la chute de cet établissement, qui, composé en grande partie d’élèves étrangers à la France ('), dut s'écrouler sous les premières commotions de la révolution française. Là, je me liai avec le géomètre Arbogasl (’), qui venait d’étre couronné à l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, et qui alors jetait les fondements de son caJml des dérivations. Cet homme, l’un de nos premiers géomètres, et en même temps chimiste, botaniste, physicien et littérateur dans plusieurs langues, imprima à mes études une bonne direction, me donna l’éveil sur les ouvrages des

(') Cet ouvrage eu la iraiinction faite |»ar Antbelm^f sou» le» yeut de Bouul, de» itistituiioru analitieke de Maria Gaetaoi Agnesi, morte à Milan, le 9 janvier 1700. Voyez le Pictiontmirt det actericea malhématiqttetf par une sociélr d'ancien» élèves de TÊcole |K)lyiechnit|ue.

(*) Les élèves qui alimenlaienl celte école appartenaient aux premières raaiillr« de TAnglelerre, du Danemark, de la Suède, de la Russie, de TAIIemagne et de la Suisse. On y comptait qiielqiies Français protestants : Técole était protettanle.

(’) Voyez le IVouveau />ic<tonnaire dtt actencfi maihématiquei»

premiers géomètres de France, de Turin, d’Italie, d’Allemagne et d’Angleterre, et, dans nos promenades, en faisait le texte habituel de nos conversations. Je lui voue une reconnaissance qui est, j’ose le dire, d’autant plus méritoire qu’elle est plus rare aujourd'hui, où les services et même les bienfaits sont soigneusement oubliés. Après ce début dans la carrière de l’enseignement, je revins à Paris, cherchant à renouer le fil de mes études que la première secousse révolutionnaire venait de rompre brusquement.

V Alors commençait à gronder en France ce torrent révolutionnaire qui devait ébranler l’Europe. Les idées de réforme, jetées antérieurement dans la circulation, fermentaient dans la masse : chez les uns elles étaient implicites, chez le plus grand nombre elles n’étaient encore que nébuleuses ou entrevues. Mais toujours est-il vrai qu’il y avait tendance générale vers un autre ordre de choses et, de la part de la minorité privilégiée, une résistance qui ne faisait que la rendre plus énergique. Tels étaient alors les avant-coureurs d’une explosion dont on ne pouvait encore assigner ni l’époque, ni la durée, ni le terme. Jeune encore, doué d’une imagination ardente et exaltée par les écrits du temps, je souriais à ce brillant avenir, qui annonçait des voies plus larges ouvertes à toutes les capacités. Mais des perturbations terribles et imprévues apportèrent avec elles leur correctif. Cette période d’angoisses et de dangers personnels, qu’on ne brave que pendant un certain temps, inc faisait désirer la tin d’une crise qui ne s’alimentait que de destructions. Enlin ceux qui avaient semé les vents ne recueillirent que les tempêtes : ils ne laissèrent que le souvenir de leurs noms et de leurs services à la fois odieux et salutaires. Lorsque la révolution eut accompli ce premier travail, qui est une de ses conditions, et que des projets d’ordre et de réorganisation vinrent occuper les esprits, je me sentis soulagé et je pus me livrer à des

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éludes régulières el :t des travaux qui exigeaient cette tranquillité dont je n’avais pu Jouir antérieurement. Dans cet état de calme, troublé de temps à autre par des commotions (|ui tenaient encore à celle crise de transition, et enfin complélement rassuré par un ordre de choses qui faisait renaitre l’espoir d’un avenir régulier, prospère et glorieux, j’étais loin de m’attendre qu’à une époque éloignée, j’aurais encore à souffrir d’une révolution qui viendrait remettre en question des droits que je croyais imprescriptibles et troubler une existence <)ui me paraissait garantie. I^e eboe qui, en France, renversa la branche ainée des Bourbons el porta sur le trône la branche cadette ou des d’Orléans, eut son contrecoup en Belgique : la fusion de ce pays avec la Hollande, arrêtée à Vienne, après la chute de Napoléon, fut dissoute pour abriter les limites les plus vulnérables de la France. Mon but n’étant pas de faire l’Iiistoirc de ces commotions, mais seulement la mienne, je me bornerai à dire que je dus à celle dernière révolution la perle d’une place que j’avais remplie à la satisfaction de tous.

» Je reviens maintenant à mon second .séjour à Paris, pour en suivre toutes les phases, jtisqu’au moment de mon appel dans le royaume des Pays-Bas.

» M.Firmin Didot, célébré fondeur, graveur de caractères et imprimeur, d’ailleurs littérateur recommandable, auquel je donnais des leçons de mathématiques, me mit en rapport avec M. De Prony, alors ingénieur des ponts et chaussées, (|ui refaisait l'architecture hydraulique de Bélidor, travail qui, depuis, a été repris avec plus de succès el sur un autre plan, par .M. Navier. Ce géomètre m’invita à étudier cet ouvrage el à lui faire part de mes observations, qui furent rédigées en notes cl qui seront mentionnées dans la liste qu’on trouvera plus loin. Au l*''' septembre 1791, M. De Prony, nommé directeur général du cadastre de la France,

me présenta an nainislre des finances Claviére, et me fit agréer comme chef de la division géométrique. Je remplis ces fonctions, autour desquelles on groupa depuis d’autres attributions, jusqu’au l'' messidor an V de la république ('), c’est-à-dire pendant 5 ans et JO mois. Lorsque son organisation fut complétée, le bureau central du cadastre se composait de soixante employés, divisés en deux sections, l’une de géomètres et de calculateurs, l’autre de géographes et de dessinateurs : j’étais chef de la première section. Une nomenclature abrégée de ses travaux a été insérée en tète des Tables de logarithmes de Collet, par M. Firmin Didot, d’après une note que je lui ai fournie. Cet exposé se retrouve avec plus de détails dans le chapitre XIV de mon Analyse algébriqve; on y lit, n® 1J9, ce passage : « C’est par ces procédés et d’autres qui leur sont analogues, qu’ont été calculées, dans les bureaux de l’ancien cadastre, les grandes tables de sinus et tangentes naturels, avec vingt-deux décimales exactes, ainsi que les logarithmes des nombres. » bans le rapport fait à l’Institut, MM. Lagrange, Laplacc et l)e Lambre disent des mêmes tables : « quelles sont le monument de calcul le plus vaste et le plus imposant qu’on (lit jamais exécuté ou même conçu. Un des grands avantages des méthodes mises en œuvre, était de pouvoir employer à la fois on nombre indéfini de calculateurs, desquels on ne pouvait attendre d’autres connaissances que celles de l’addition et de la soustraction. » Enfin j’ai composé un mémoire trés-élendu et très-impartial des travaux des géomètres, qui offrait, d’ailleurs, l’inventaire exact des

(') L'anné« et la iH>uvelle ère républicaine commencèrent au 22 septembre 1 702, époque de l*insllltiiion de la rè|iiibliqiie el de rèqitinoxe d'aulomne ; elle se com« powit de* douae mois : vendémiaire, brumaire et frimaire j nivôse, pluviôse et veotôse; germinal, floréal el prairial; messidor, thermidor et fructidor, et de Cinq jours complémentaires, ou de six jours tous les quatre ans. C*est à la même époque que se rapporte le nouveau système des imidset mesures, qui a survécu.

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l•('chel•cllcs propres ii ihacim des eollaboraleiirs, el dont eonimiinication a élé donnée aux parties intéressées. Ce travail a été remis à M.le directeurI)eProny,(pii en a fait la part du lion. On arrêtait, d’ailleurs, les bases des travau.v à e.xéciiter sur le terrain, lorscpie le personnel, y compris le directeur, fut remplacé par une autre composition (').

(') l.f a pour ohjrt trélalilir el tie mainlenir la rt^parlilion de la con*

iriltiilion roncit'n*, |iropoiiiuniieUcmciU à IViendiie, à la «iitalUé el au retenu al»olu un lelatir de chaque iiropriéit^ Le mode i|ui pariil d'altoid offrir le moiitt d'inouiivi^nieuU fui celui do calculer les impùl<i ancieiu de lüiil }*et>re que stippiu-lail chaque dé|>arlemen(, e( de ré|«ar(ir la nouvelle ronlrihitiion foncière au niaïc la Ime de ceü anciens iinpùls. Ce mode fut adopté par r.\t»semhlée consliliianle, le iiovoiiihiT I7U0, (*t devint la loi de TÉlal le U' décembre de la même aiiiM'c. Le 28 aortl 17UI . une seconde loi fut rendue sur celte matière, et ce fut dans cetle lui que l'on jela dermitivcinent les premiers fondements du cadastrer. Le 2ô sepU'nihre t7ül,ou pretciivil, par une seconde loi,<le diriger le imulr d’cYéctilion des plans de» commune» vers la confeclion d'nii cadastre générai qui aurait potir hase les grands lri.ingles de la carte de rAcadémie de» sciences. Enfin un décret de l.i Couvculion du 21 mars 17Hô ordonna rorganisalioii ihi cadastre générai et du hureau de direction. Eu vertu de ces loi», le cadastre fut établi ; mais il fut presque aiissitfd arrêté dans sa marche par le» irouhics politiques. Ce|»eii* daiil, lorsque la train|uillité cominen^'a a reiiallre, ou sVn occupa de nouveau ; la léparlitiuii entre les départements, le» arrondisseineiiis et le» communes, établie sans hases fixe», suivant les intrigues du chaque déparleineiil, el laissée, pour les communes surtout, à la merci d'un répartiteur, chargé de faire la matrice des rêies, c'esl-à-dire d'inscrire chaque propriétaire et de Jéterminer le reveuii loiicier d'après lequel >a taxe devait être réglée, offrit le» plus grands abus cl le» plu» grande» irrigiilarilès, et jiisi|ti'rii 1802, de vives réclamation» s'élevèrent sur tous les point» de la France. On e»s.iya alors de mesurer el d'évaluer |>ar masses de culture dix-luiil ceiK» communes; un (enta ensuite de généraliser celte opération, mais on n'obtint encore aucun rc>iillat satisfaisant, el pensant que l'ohslacle, né de ce que le cadastre par masse de niUiire ne faisait pas connaître 1rs cuiileiiances de» pioprièté» pai liciilière», on adopta le cadastre parcc/faire au romniencemeiit de 1808 ; mai» ou eut lu tort de vouloir appliquer ce dernier mode :i la péréquation générale, el de iriiiotiler ainsi du plus petit au plus granil. Il rti résulta de» irrégularité» cho<|iiaules dan» la répartillon de l'impôt, des réclama* lion» réitérées, el on arriva, aprè» de long» essais, à recunnatlre que la manière de procéder sur des h.i»e» équitable» était de se borner à la seule répaiiiltoii individuelle, de ne plus se fixer d'aprè» le» revenus réels, absolus, mais simpleinciil d'après de» revenu» relalir»que le» propriétaires détermineraient eux même» coiiime rla»»ilicaleiir». Ce dernier mode fut donc définitivement ari'élé et régularisé par la loi de» linaiire» clu .>1 .iiiillei 1821. Une ordonuaoce royale du

» Pendant les années III, IV, V, VI, Vil et VllI de la république, j’ai été nommé, par les différents ministres qui se sont succédé, examinateur des aspirants à l'Ëcole polytechnique: la première de ces nominations fut faite ou plutôt fut proposée au Comité de salut public, qui m’envoya à Auxerre, eo me chargeant de m’adjoindre à mon retour aux examinateurs de Paris. Nous composions alors la première promotion de l’école qui devait avoir pour chefs et sous-chefs des élèves préparés par les Monge, les Bcrlholet, les Guyton de Morveaox, DeProny et autres. Ces fonctions, alors purement gratuites, sont certiliées par des commissions qui me furent expédiées par les différents ministres de l’intérieur, par des lettres de remerciment ou de félicitation ( ‘ ), et, d’ailleurs, elles furent attestées par un certificat du baron Bouchu, maréchal de camp d’artillerie et gouverneur de l’École polytechnique, sous la date du 20 janvier 1817 : la même pièce relate en outre que j’ai rempli à celle école les fonctions de professeur adjoint à l’illustre Lagrange, du 20 avril 1798

S oclobre 1831 fiu rendue pour l>xécu(îon de celle loi, et enfin le règlement général du même mois, annexé à ladite ordonnance, compléta tout ce qui concer* Mil cette opération, dont Texécution fut ramenée à des formes plus simples et Ndnites i celles strictement nécessaires. Nous nous bornerons 8 ces généralités sur le cadastre. De li Je reviendrai à mon rôle à la commission de commerce et d*approvislonoeroeni. Créée {>our mettre en action le système de maximum^ ranteriié de cette commission s'étendait sur toute la république; elle était com> posée de trois membres, choisis par la Convention, jouissant de toute l'autorité des Binisties et ayant voix au conseil. Cette commission, composée de Brunet, Goujon et Raissoo et du secrétaire général Tissot, aujourd'hui professeur au Collège de France, et bean-frère de l'infortuné Goujon, était cha^ée de faire exécuter les tarifs, de surveiller la conduite des communes è cet égard, de faire jneetaanment continner le recensement des subsistances et des denrées dans toute la France, d'en ordonner le versement d'un département dans l'autre, de Oxer les réqtiisi> lions pour les armées, conformément au décret qui instituait la gouveruement rérolutionnaire. Le cadastre faisait partie de cette commission, établie dans le local acinel de la banque ; 8 mes fonctions de ioui-dirtetewr du eadattrtf on accola celle de ehtf dé la iituation ét de ta dietrilmtion des tramports.

{') Letoitrvieax, Deneieclt, François de Neufchiteau, Monge, Guyton de Norveaux, etc.

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au 8 janvier 1802. Mais le traileinenl de professeur tiliilairc doiilje jouissais (6,000 fr.), tna qualité de membre du Conseil ordinaire d’instruction, composé des seuls professeurs de cette école, cl enfin ma substitution au professeur Fourier, qui faisait partie de l'expédition de l’Flgyple, tout inc mettait sur la ligne non des professeurs adjoints, mais des professeurs ordinaires : c’est, d’ailleurs, le titre qui m’est tlonné dans plusieurs lettres du gouvernement et qui a été reconnu par le premier consul (' ).

» Je reviens à ma mission à Auxerre ; c’est là que je découvris M. F ourier, professeur de mathématiques à une école militaire qui n’en avait plus que le nom. Pendant les examens de ses élèves et dans nos autres entrevues, ce jeune homme révélait des connaissances très-variées et Irés-étenducs dans les lettres et dans les sciences; scs vues, sa manière de les présenter, une élocution nette et brillante, une mémoire prodigieuse, dos motifs qui lui faisaient désirer d’échanger le séjour d’Auxerre contre celui de Paris, enfin l’organisation d’une école normale dont il pouvait être l’ornement,me décidèrent, à mon retour à Paris, à faire part de ma bonne fortune à ceux des membres du Comité de salut public, Carnot, Prieur, Robert Lindel,qui s’occupaient plus spécialement de l’organi.salion du personnel de l’instruction publique. Il fut appelé, justifia la haute opinion que j’avais donnée de lui, et bientôt après on lui confia la chaire d’ana-

(*) L* É(oU centrale dt* travaux publia Tut créée le 13 ventôse an 111, et ouverte le 10 frimAire suivant. Par un liécret du 15 fructidor de la même année, elle prit la dénomination d*£eole polytechnitfue. Parmi les décrets soumis à la Convention par Roliei t l.indet, membre du Comité de salut public, ô la suite de son discours prononcé à la A* saDS>culotlide an 11 (30 septembre 1704), ou en trouve un qui ordonne un projet d*éco/e normale f pour former de jeunes professeui's et répandre ainsi Pinsiruction et les lumières par toute la France. Ce fut en Tan 111 (1794) que la Convention ordonna la réouverture des s|>ectacles et des réunions savantes et qu’elle établit les écoles primaires, normale, de droit et de médecine.

lyse à l’Ëcole polylcchnique. Â celle époque, noire liaison dcvinl Irès-élroite ; le 2 germinal an VI, je reçus de lui le billet suivant; «Si le citoyen Garnier veut bien se rendre » dans la soirée ùl'Ëcole polytechnique, je lui ferai part d’un i> objet qui le concerne particulièrement et sur lequel îl est n nécessaire que je me concerte avec lui. Salut et fraternité, » Fourier. » Il s’agissait de me présenter comme son remplaçant au conseil de l'Ëcole polytechnique qui devait envoyer cette présentation au ministre. Dans une lettre du 29 germinal, veille de son départ pour l’Ëgyple, il me priait, entre autres choses, de faire ses adieux aux élèves de l’Ëcole polytechnique, lors de mon début, qui devait avoir lieu le lendemain ('). En l’an IX, d’après un programme arrêté entre le professeur Lacroix et moi, et le vœu’émis par le conseil de perfectionnement, dans sa première session, je publiai, in-4", la première partie de mon cours d’analyse algébrique et celles des calculs diiïérenticl et intégral, et en l’an X, je fis paraître le complément de ces trois cours, 'l'el était alors le texte de l’enseignement donné à chacune des deux divisions de l’école, par chacun dos deux professeurs d’analyse qui lui étaient attachés. Ce fut à mon retour d’Auxerre que je fondai, d’après l’invitation de plusieurs familles de celle ville, une école préparatoire à l’Ëcole polytechnique, qui lui a fourni plus de 200 élèves et qui, plus lard, remplit le même but par rapport à l’Ëcole militaire de Fontainebleau, rappelée â Saint-Cyr, et à celle de cavalerie hxéeà Saint-Germain. Pendant la durée de mes fonctions de professeur à l’Ëcole polytechnique, mon enseignement dans

(') La Théorie de ta chaleur , due à M. Fourivr, eii un ouvrage qui fail époque : enlevé aux vcieoces, au milieu de lea travaux, on altenilail de lui La Théorie des inéquationif dont il l'occupait depuis longtemps et dont il avait déjà publié quelques fragmcDls. On lui doit le discours préiiroioaire du grand ouvrage sur rrs|>édition d'Égjpte, qui le signale comme littérateur | il fut, d'ailleurs, l'un des deux secrétaires perpétuels de l'Académie royale des sciences de France.

ce pensionnai fui successivement confié ü MM. Dinel, Poisson, Binet et Bourdon, tous élèves distingués de l’école.

» Un jeune débutant qui devait signaler sa carrière par un grand nombre de travaux du premier ordre, me fut présenté par mon ami, M. Le Brun, directeur des éludes de l’École polytechnique (‘), avec invitation de l’accueillir gratuitement dans mon pensionnat, où il devait reconnailre ce bienfait par des répétitions et d’autres services. J’acceptai la proposition : le jeune élève reçut chez moi tous les éléments de l’existence et les livres nécessaires tant à son instruction qu’à ses travaux; c’était M. Poisson dont la réputation est devenue européenne. Il fixa bientôt l’atlenlion et l’intérêt du célèbreLagrange,dontil suivait le cours de perfectionnement dans la salle de la bibliothèque de l’école. Mais plus lard, M. de Laplace, qui faisait imprimer sa Mécanique céteste, lui confia, sur mon refus, la révision des épreuves de cet ouvrage: telle fut l’origine de ma disgrâce et de la fortune de M. Poisson. M. Fourier ayant été appelé à la préfecture de Grenoble, département de l’Isère, M. de Laplace, devenu pour un moment ministre de l'intérieur, lors de l’érection du consulat, appela M. Poisson à la survivance de Fourier, qui ne put me garantir de cette injustice dont je fus instruit par M. Poisson lui-méme, qui était encore mon hôte et mon obligé et qui trouvait très-simple qu’on le récompensât à mes dépens. J’étais, d’ailleurs, en relation avec le célèbre Lagrange (*), qui ne dissimulait pas ses préventions contre son collègue M. de Laplace.

(■) L'un des sous-insliluleurs de l'incien duc d'OrUsns, aujourd’hui Philippe I", roi des Français.

(•) En Tenu de cel adage de TacUe, le ipsum dntrtre, lurpfaaiinum eti, ce qui rerleni i dire qu'il faut vitrt dans (ou(e sa pliniludi, Je citerai quelqacs tracani de ce grand homme, dans iesqiiels il a voulu api>eler mon inlervenlloo. J'ai revu les calculs et les épreuves, t* de la Ré$otulion des équaliona numériques; î* de la ThioHi det /onctions analytiques ; V des leçons sur le eakul

» A quelque temps de là, je reçus du premier consul une nomination de professeur de mathématiques transcendantes au Lycée de Rouen : cette promotion, sous la date du 21 fructidor an XI de la république, est signée de Bonaparte, contresignée de Huges, B. Maret, secrétaire d’Ëtat, de Chaptal, ministre de l’intérieur, et de Fourcroy, chargé de la directioD et de la surveillance de l’instruction publique. De cette manière, le consul réparait en partie l’injustice commise à mon égard ; mais, par des réclamations au sujet de ma destitution, je refusai l’indemnité et, dès lors, je me consacrai sans partage aux soins de mon pensionnat que le premier consul vit avec intérêt et où il fit placer les jeunes Corses qui se destinaient à l’école. Dans cette retraite, n'ayant plus à lutter que contre les tracasseries de l’Université impériale, qui conspirait méthodiquement contre l'instruction publique, au profit de la faction jésuitique, je pus m’occuper sans relâche de sciences et de littérature. Pour offrir à mes élèves toutes les ressources propres à faciliter leur marche à l’école, je

tiss fonctionM ! 4" de la Mécanique anatÿliçtte. C*eslce que proiiveai el la corrwpoodaace de ce graod huaiine, que je conserve avec un soin religieui, et la note en tête du second volume du dernier de ces ouvrages. M. Lagrange m*accor> dail quelque amitié el quelque confiance : j*avais la liberté d*en(rer dans son cabinet à toute heure du Jour; il m'bonoraii de qoelqoes visites ; il s'étalt chargé de répéter à mon neveu les matières d*admission à rtcole itolylechnique; il se faisait lire par lui quelques tragédies de Corneille et d*aulres morceaux de littérature; il lui donna d*au(res preuves non équivoques d'affection. Sur ses derniers jours, ee grand homme, que Napoléon ap|telail ta haute pyramide det eciencet mathématiques, avouait que nos sciences n'éuienl que de faibles lueurs dans Tahlme ténébreux de l'ignorance où nous sommes plongés. Cela est beau i dire par celui qui avait parcouru presque tout le cercle det connaissances humaines et reculé si loin les bornes de l'analyse oialbématlqiie. Il ne faut donc plu* t'élooner de la modestie réelle des vrais savants. Les grandes âmes s'élèvent Jus> qu'aux confins de rinielllgence |>o$sibte, parce qu'elles ont une vue plus vaste que les autres; elles en mesurent le terme; mais les courtes vues u'apcrccvaot pas ces barrières, se croient sans limites dans t'espace et deviennent fièret de leer préiendoc immeotilé. Voyes l« Précis Afsfortqut sur la vie et la mort de Joeeph- Louis Lagrange, par MH. Yirey et Polet, docteurs en médecine.

rédigeai la géomélric descriptive des deux années ('), dont je lis entrer la partie élémentaire dans les cours préparatoires, qui se composaient des matières de l’examen et d’une partie de l’enseignement de l’intérieur : le dessin, l’escrime et bientôt l’exercice de l'inl'anterie complétèrent la préparation aux trois écoles militaires. Des savants avaient la bonté de venir chaque année faire des examens très-étendus et trèsapprofondis qui étaient des simulacres des examens d’admission.

» Je placerai ici la liste des ouvrages que j’ai publiés à Paris, laquelle sera continuée en son lieu par ceux que j’ai fait imprimer en Belgique et par les ouvrages manuscrits dont je m’occupe depuis mon établissement à Versailles. Comme je n’ai pu conserver les premières éditions de plusieurs de ces ouvrages, je crois devoir consigner ici quelques renseignements qui serviront non-seulement à remonter à très-peu près à l’époque de leur publication, mais encore aux motifs qui m’ont détcrn)iné à l(;s entreprendre et aux sources où j’ai puisé. Antérieurement à la révolution, les sciences mathématiques n’étaient cultivées que dans les écoles militaires, de marine et des ponts et chaussées et dans un petit nombre d’autres établissements préparatoires, parmi lesquels on comptait l’Académie de Ucims, où j’ai étudié : ou y suivait les traités de Bezout et de Bossut. Une fois admis aux écoles spéciales, l’instruction devenait confidentielle et particulièrement à celle de Mezières. Les Mémoires de l'Acudâmie royale des sciences de Paris ne trouvaient de lecteurs que dans celles de Berlin, de Saint-Pétersbourg, etc. Le champ des applications n’était encore ouvert qu’à l’astronomie et à la géographie, mathématique ; la chimie et la physique louchaient à une ère nouvelle. Tel était l’état des choses lors-

(') Aton Monge n'avait pas encore publié sa tieometne descriptive oi son 4naiÿte appliquée.

que les premiers mouvemenis de la révolution suspendirent pendant quelque temps la culture des sciences, qui fut bientôt ranimée par les discussions de l’assemblée constituante qui, en décrétant Tuniformité du système métrique, donna naissance aux plus belles opérations géodésiques faites jusqu'à cette époque et à des recherches de physique les plus délicates. Ces services et d’autres plaidèrent si éloquemment la cause des sciences que la Convention nationale pensa à réorganiser l’enseignement et proposa d’abord, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la formation de l'École centrale des travaux publics, qui donna, sur toute l’étendue du territoire français, un grand élan vers la culture des mathématiques. Nous avons dit ailleurs que l’élite de nos savants avait préparé des chefs et des sous-chefs de brigade pour cette école, ce qui établit un commencement de circulation des sciences. D’un autre côté, parmi les membres des académies appelés aux chaires de l’Ëcole normale, les uns se chargèrent de refaire en quelque sorte le réseau des sciences, d'autres en développèrent les points principaux, dont ils assignèrent l'origine et les conséquences; d’autres enfin se chargèrent de l'historique. Ces leçons et les discussions auxquelles elles fournirent matière furent recueillies et consignées dans le Journal de l’Ecole normale, qui donna une impulsion prodigieuse aux esprits. Telles furent les sources où quelques géomètres puisèrent une partie des matériaux des ouvrages qu’ils publièrent et qui établirent la transition des anciens traités aux nouveaux ; telle fut encore l’époque à laquelle on doit rapporter les premières éditions des ouvrages que nous allons citer :

» 1® Éclaircissements sur le tome I de l'architecture hydraulique de Prony, grand in-4®. La date est celle de la publication de l'ouvrage auquel ils se rapportent.

O En l’an 11 (1794), Usage du compas de proportion.

suûn d'un Iraité de la division des champs, ouvrage de 280 pages, avec six planches.

» 3“ Noies sur l’algèbre et sur les calculs différentiel et intégral de Bezout- Ces dernières forment un volume in-8*; elles ont paru en l’an VIll.

» 4* En l’an IX, Première partie du cours d’analyse algébrique et celles des calculs différentiel et intégral, et en l’an X, complément de ces trois cours à l’Ecole polytechnique. Ouvrage in-4".

» 5* En l’an X (1801). Cours d'analyse algébrique, à l'usage des élèves de cette école, in -8" de 229 pages.

» 6“ Traité d’arithmétique à l’usage des élèves de tout âge, contenant l'arithmétique des Grecs ; deuxieme édition de 191 pages, publiée en 1808. Je n’ai pas la date delà publication de la première édition. •

<1 7® Trisection de l'angle, parL.-P.-V.-M. Azémar,swii'i> de recherches analytiques sur le même sujet, par J. -G. Garnier, ouvrage de 118 pages, avec trois planches, publié en

» 8* Réciproques de la géométrie, suivies d'un recueil de théorèmes et de problèmes, deuxième édition de 350 pages, avec 12 planches, publiées en 1810. Je n’ai pas la date de l’impression de la première édition.

» 9° Leçons de statique, en 258 pages, avec 12 planches, première édition, 1811. Antérieurement à la publication de cet ouvrage, nous nous étions occupés, M. Ampère et moi, de la recherche d’une démonstration élémentaire du parallélogramme des forces qu’on y trouvera consignée.

» 1 0« Leçons de calcul différentiel, ouvrage dé 47 4 pages, avec 4 planches ; 3' édition, 1811.

» 11* Leçons de calcul intégral, ouvrage de 643 pages, avec deux planches; 3® édition, 1812.

» 12® Géome/r/e analytique, ou application de l’algèbre d

hi géométrie, oavrage de 445 pages, avec 14 planches; Sédition, 1813. Je n’ai pas la date de la première édition.

» 13“ Analyge algébrique, faisant suite à la première édition de la première section de l’algèbre, ouvrage de 668 pages, 1814, seconde édition.

» Dans cet inventaire ne se trouvent pas portées les premières éditions de deu.x traités, l’un de géométrie et l’autre de la première section de l'algèbre, qui ont été réimprimées en Belgique et qui seront rappelées en leur lieu. Qu’il me soit permis d’observer que ces ouvrages et ceux du géomètre Lacroix ont fait la transition des anciens traités aux nouveaux, et que, mettant à part l’application de M. Biot, ce n’est que postérieurement qu’ont paru les notes et autres traités qui circulent aujourd’hui et dans lesquels on a omis de citer les travaux de ceux qui ont ouvert et défriché la carrière. Il est bien entendu que, parmi les ouvrages qui signalent cette rénovation, nous plaçons en première ligne, la Géométrie de lU. Legendre, qui fait époque comme celle d'Euclide.

» L’Empereur abusait de sa puissance et de la victoire qui s'était, pour ainsi dire, personnifiée en lui : séparé de la nation qu’il exploitait au gré de son ambition, quoique, sous un grand nombre de rapports, il la gouvernât avec unesu- |)ériorité incontestée, il concentrait toutes ses affections et ses intérêts sur l’armée et particulièrement sur sa garde, qni ne prenait plus la peine de dissimuler son dédain pour les citoyens et qui faisait un corps privilégié dans l’Etat. Au dehors, ses projets furent bientôt pressentis et enfin pénétrés par les rois et les peuples : sa ruine fut jurée et préparée par tous les moyens qui étaient en eux. La campagne de Russie éveilla, chez tous les hommes clairvoyants, de sinistres pressentiments, qui s’établirent dans la circulation et qui gagnèrent toutes les classes. Enfin, malgré de brillants

faits (l'nnnes, mais qui s'achetaient au prix de milliers de braves cl des olliciers les plus distingués, les masses ennemies parvinrent à refouler nos tristes débris sous les murs de la capitale, qui les accueillit comme des sauveurs. Celle catastrophe, remarquable par une imprévoyance impardonnable, fut signalée, entre autres événements, par la clôture de rCcole polytecbnique, dont une partie des élèves changea de carrière, et par la retraite de ceux qui étudiaient dans les écoles préparatoires, .\lors mon établissement fut réduit aux élèves de la seconde! division, dont l’instruction purement littéraire ne devenait spéciale (|u'â l'âge de seize ans. Lanc(‘ sans fortune dans un mouvement qui comprometUiil plus ou moins tontes les existences et qui n'oil’rail de rcs- .sources qu'à ceux qui n’en trouvaient alors que dans l'intrigue, je passai quelque temps dans des angoisses inexprimables, lorsque le gouvernement de la branche ainéc des Bourbons annonça la dissolution de l'Kcoie impériale militaire de. Sainl-Cyr, sa prochaine réorganisation et son placement dans les bâtiments de l’ancienne école, occupés précédemment par une |)arlic de la garde impériale et situés près de chez moi. J'avais des connaissances et meme des amis jouissant d'un grand crédit et parmi lesquels je me bornerai à citer le général du génie De Caux, chef de la division du génie de la guerre, qui comprenait les écoles militaires, et le général du génie De Ilichem, mon premier élève à Paris, qui venait d’ètre nommé commandant de la nouvelle école. Toutes les voies étaient préparées, en sorte que lorsque je présentai ma demande, la réponse ne me laissa aucun doute sur le succès. Enlin je fus nommé le 3 septembre 1814, et obligé de me transporter à Versailles, jiarce (|uc l'école fut maintenue ii Sainl-Cyr ('). Comme, les

(•) CVsl ail iliir <ie Bt'rri «iiic fm diio roUe r^KoliiUon ; son frère ainè, le iliic «l'Angoiilème, fut nommé |iroU‘Clcitr itc Técole.

élèves de la première promotion, pris parmi les anciennes familles, étaient en petit nombre et d’ailleurs peu prépares, on ne put appeler que l’un des deux professeurs de mathématiques compris dans la première promotion, et je dus à mes protecteurs et à l’examinateur, M. Poisson, d’ètre mis sur-le-champ en activité, ce qui me valut le traitement intégral, quand mes collègues, qui n’avaient encore que l’expectative, étaient réduits à la demi-solde. Ma situation était encore difficile; car, d’une part, mon traitement de 3,000 fr. était passible d’une retenue d’un dixième; et de l’autre, j’avais des dettes exigibles et, pour les couvrir, des créances devenues très-éventuelles. Mais les débris de mon établissement, transférés à Versailles, me firent quelques ressources fort opportunes dans la situation actuelle. Arriva bientôt ce règne de cent jours, pendant lesquels je fus remplacé par l'un des professeurs de l’ancienne école et mis à la demisolde. A cette époque, vraiment anecdotique, un personnage qnc je me dispenserai de nommer et auquel je parlais de ma position aventureuse, me dit : Tranquillisez-vous; encore quelques moments de patience ; il (l’empereur) est vendu, il ne reste plus qu’à le livrer; propos qui me fut répété par d’autres personnes initiées dans les mystères de l’époque. J’avais assez soigneusement observé tout ce qui se passait pour trouver dans ce peu de mots l’expression d’une probabilité favorable. Cependant une lettre du ministre de la guerre, du lOjuin 1815, m’annonçait qu’il venait de prévenir le général Bellavène, rappelé au commandement de l'école, que je continuerais mes fonctions antérieures, en vertu d’un nouvel ordre de l’empereur, motivé sur le rétablissement de la division d’artillerie. J’ai dû attribuer cette disposition en ma faveur à l’intervention du grand maréchal du palais, Bertrand, dont le neveu était confié à mes soins et CD pension chez moi à Versailles. Alors on faisait des dispo-

silioDs puur la prochaine entrée eu campagne, qui déjà s'aunonçail sous des auspices défavorables. Bientôt la catastrophe de Waterloo vint clore celte échauffourée; et, en vertu du décret royal de Sainl-Ouen, je fus rappelé à mon poste que je remplis jusqu’en août 1817. Je dois observer que cette école de Saint-Cyr était alors et devait cire fort élémentaire, en sorte que le professeur devait se résigner aux premiers éléments, seule pâture qui convint au.\ élèves.

» J'entrerai ici dans quelques détails nécessaires pour lier l’époque qui va s’ouvrir à celle qui vient de s’écouler. En l’in 1810, je comptais au nombrede mes pensionnaires M. lebaron deGagern, de Nassau, en Allemagne, jeune homme très-recommandable par son instruction et son caractère. Pendant son séjour chez moi, nous eûmes ensemble des rapports fréquents qui déterminèrent un attachement réciproque : il retourna en Allemagne, près de son père, attaché à la maison de Nassau : l’un et l’autre se trouvèrent à Paris aux époques des deux invasions, l’un comme ministre plénipotentiaire, l’autre comme militaire au service de la maison d’Orange, dont le chef fut proclamé roi des Pays-Bas. Les premières ouvertures sur mon appel, comme professeur dans ce royaume, me furent faites à Paris cl la négociation fut continuée par lettres de M. Gagern fils des 18 janvier et 2 décembre 1816, 8 janvier, 4 février, 17 idem et 4 avril 1817. Dans celte dernière, il m’annonce que le ministre de l’instruction publique lui fait savoir que le roi des Pays-Bas a très-bien accueilli la proposition à mon egard, et que M. le baron de Geer, secrétaire au département de l’instruction publique, doit se rendre à Paris dans le courant du mois, pour affaires de service, et qu’il est chargé d’entrer en pourparler avec moi et de régler les conditions de ma nomination. En effet, M. de Geer eut l’extrême obligeance de se transporter à Versailles et de s’aboucher avec moi, au nom de

M. le ministre de l’inslrnction publique, Repelaer van Driel, sur la place en question. Dans cette conférence, où le négociateur aplanit toutes les difficultés et alla même au delà de mes vœux, il fut convenu qu’on m’enverrait ma nomination et un permis de libre transit, que je trouverais poste restante à Lille; que je me rendrais à Gand le l" septembre; qu’à mon arrivée, je toucherais pour frais de voyage une Indemnité de 1,000 florins (2,116 francs) et que mon traitement de 2,500 florins, équivalent à 5,291 francs, me serait compté à partir du I" septembre. Les rétributions des élèves, les droits d’e.xamen, les thèses et les honoraires de recteur, ont porté ce traitement au maximum de dix mille francs, et j’étais l’un des professeurs les moins rétribués.

» Je ne citerai que les traits principaux de l’organisation de nos universités, sur laquelle on pourra consulter le règlement imprimé à la Haye, en 1816, et qui recevait, d’après les insinuations des professeurs, un commencement de corrections et d’améliorations introduites avec une sage réserve. Ces établissements se divisaient en quatre facultés ; 1° celle de jurisprudence; 2® celle de médecine ; 3" celle de mathématiques et de physique; 4° celle de philosophie spéculative et lettres. Dans chaque faculté, il y avait deux grades : 1" celui de candidat; 2° celui de docteur. Le premier suffisait pour le passage de la faculté des lettres dans celle de droit et de la faculté des sciences dans celle de médecine : tous deux n’étaient exigibles qu’à l’égard de ceux des élèves qui se vouaient à l’enseignement. Cependant plusieurs élèves en droit et en médecine ont cumulé deux diplômes de docteur, l’un en sciences et l’autre dans leur faculté : plus tard, on a imposé les études académiques à d’autres carrières, ce qui a fait affluer un plus grand nombre d’élèves dans nos écoles académiques. Les professeurs ordinaires des universités étaient fonctionnaires d’Ëtat; à ce titre, ils étaient na-

luralisés : ils avaient seuls voix de délibération au sénat académique; seuls, ils pouvaient remplir les fonctions de recteur, de secrétaire, de doj’en des facultés, prétendre à I eméritat à l’âge de soixante-dix ans, et la veuve ou les enfants à une pension, droits dont étaient exclus les autres professeurs dits extraordinaires et les lecteurs.

» La faculté des sciences physiques et mathématiques était chargée : 1* des mathématiques élémentaires; 2“ des mathématiques transcendantes ; des mathématiques appliquées aux sciences hydrostatiques et hydrauliques; 4“ de la physique expérimentale ; 5° de la physique mathématique ; ()“ de l’astronomie physique; 7“ de l’astronomie mathématique, en y joignant l’instruction sur les observations astronomiques; 8° de la chimie tant générale qu’appliquée; 9” de la botanique et de la physiologie des plantes; 10° de l'histoire naturelle des animaux et des minéraux, à laquelle on associait l’anatomie comparée des animaux; 11° de l’économie rurale. Gomme seul professeur de mathématiques et d’astronomie, je fus chargé de l’enseignement des parties 1*, 2°, 3°, 6* et 7*, auxquelles je consacrais douze leçons par semaine, c’est-à-dire deux leçons par jour, qui, jointes aux examens, aux autres fonctions du professeur en dehors de l’enseignement, et à mes travaux particuliers, qui avaint toujours pour but l’instruction de mes élèves, remplissaient tout mon temps; à la vérité, nous pouvions estimer nos vacances, prises cumulativement, à un quart, au moins, de l’année (').

(') Je coniigoer4î ici une anecdote asiex piquante. La carrière militaire de« èlève«torli« de TÉcole |K>lflechnique, ou plutôt de TÉcole de Melx, avait eu an tel éclat «ur let champs de bataille, que pliisieuri gouvernements désiraient avoir le plan détaillé da régime et de rinstrticiion de Pécole mère et des écoles d*appli> cation. Cette demande me fut faite au nom de Tambassadeur russe, avec iovila* lion de ne pas réhruiler. Je ne vis aucun inconvénient à fournir ces documeois, parce que i'étais bien convaincu que nos écoles liendraieol toujours le premier

U La fusion de la Belgique et de la Hollande, dans le royauine des Pays-Bas, exigeait, entre autres mesures, un plan uniforme d'instruction dans les deux pays, et comme la Hollande avait déjà ses universités au nombre de trois, on en établit trois en Belgique, qui furent fixées à Liège, à Louvain et à Gand : mais alors il fallait créer des écoles moyennes, desathénées, des collèges et des écoles primaires. Ladifiiculté consistait à trouver dans le pays des professeurs de mathématiques en état de donner aux élèves quelques notions élémentaires de physique, chimie, etc. Le gouvernement avouait, quant à la Belgique, l’insuffisance des ressources, et, à cet égard, il invitait les professeurs des facultés des sciences à lui préparer des hommes capables de remplir ces chaires. Je lui formai une soixantaine de candidats et docteurs en sciences qui pouvaient fournir avec quelque distinction la carrière ouverte devant eux : j’en citerai quelquesuns, après avoir donné les renseignements nécessaires sur les grades conférés par la faculté des sciences ; f ° Comme grade préparatoire à l’étude de la médecine^ celui de candi-

rjog. fit Mir ce fonds qui m'élail bien connu, un travail qui embrassait toute U question; mais au moment de le remettre, J^appris que ramhassadcnr russe <‘iaii absent, et qu'un particulier, se rendant à Saint-Pélershourg, se cbargcrail de le remettre an ministre de la guerre. Je lui confiai mon travail et j'attendis son retour ; mais Je ne le revis plus. Lors de la première invasion, j'interrogeai sur cette affaire plusieurs officiers sii{tèrieurs et même 1e général en chef de l'armée russe, qui ne purent me donner aucun renseignement satisfaisant. Je fus alors tenté de me présenter cbei Vempereur jilexandre ; mais bientôt je renonçai i cette idée qui pouvait compromettre d'autres vues. Ce ne fut que près d'un au après mon installation è Gand, que, porté par h.isar4l chea uu fabricant de celte lille pour voir ses machines, j'appris qu'iin français de mon nom, qui avait été aussi professeur i l'École polytechnique, qui avait publié des ouvrages et présenté au gouvernement russe un travail sur les écoles, avait été nommé pi'Ofesseiir de mathématiques de Cronstadt, où il avait une brillante existence et une perspective plus brillante encore, J raison des projets qu'on devait bientôt exécuter. Il était présumable qu'on avait cru me nommer et que le porteur du mémoire l'avait exploité J son profil. Je i>oiivais compter cette aventure au prince d’Oraoge, beau-frùre de l'empereur; mais j'étais satisfait dt ma |K>sitioo.

<lnl dans les scienecs physiques et mathéinaliques exigeait un examen sur les malhémaliques (arithmétique, algèbre jusqu’au second degré inclusivement et la géométrie), la physi(|ue, la botanique et les éléntents de chimie générale: le candidat devait, en outre, produire la preuve qu’il avait fréquenté avec succès les leçons sur les littératures latine et greccpie et sur la logique; 2" pour le grade de candidat dans les scietices mathématiques et physiques, on exigeait un examen sur les mathématiques (les éléments de géoméiric descriptive, l’application de l’algèbre à la géométrie ou l’analyse appliquée et les |)rincipes des calculs différentiel et intégral), la physicpie expérimentale, l’astronomie descriptive, riiisloire naturelle, la botanique, et la preuve que l’élève avait suivi avec fruit les leçons de littérature latine et grecque et de logique; 3» pour le grade de docteur dans les sciences mathématiques et physiques, un examen sur les mathématiques, faisant suite à celui de candidat en sciences, sur la |)hysique mathématique, l’astronomie mathématique, la chimie appliquée et la géologie : la solution d’un problème mathématique et d’une (piestion physique : enfin le candidat devait fournir la preuve qu’il avait fréquenté avec succès les leçons de métaphysique et de l’histoire de la philosophie; 4" la promotion pour laquelle il était nécessaire de composer et de défendre un sprcinien inaugural, ou llièsr qui consistait en une dissertation étendue ri*lative à la scieticc sur laquelle on demandait un grade : celte thèse imprimée était défendue puhlii|uement par le candidat, et l’admission au doctoral, prononcée à la majorité des voix par tous les professeurs présents. Le docteur pouvait alors solliciter avec certitude de succès une chaire de mathématiques dans l’un des collèges ou athénées, et par suite une place de lecteur dans l'une des trois universités, qui était un acheminement à une chaire de professeur extraordinaire, et

enfin de professear ordinaire, qui était le terme commun (les ambitions. Parmi les jeunes débutants fournis parla faculté des sciences de TUniversité de Gand, nous nous bornerons à citer les suivants :

»M. Quetelet (Adolphe), professeur an collège de Gand et à l’athénée de Bruxelles, directeur de l’Observatoire de cette ville et secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences et lettres, membre de plusieurs autres académies et sociétés savantes et auteur d’un grand nombre de mémoires et d’ouvrages sur les mathématiques, la physique, etc. (M.

» M. Timmermans (Alexis), de Bruxelles, professeur au Collège de Gand et à l’Athénée de Tournay , officier du génie et membre de l’Académie royale des sciences et lettres de Bruxelles.

«M.VerhuIst (Pierre), deBruxelles, traducteur du Traité delà lumière de J.-F.-fF. Herschel fils, suivi de notes par M. Quetelet.

« M. Le Maire (Jean), de Gand, professeur au Collège de Gand et à l’Athénée de Tournay, professeur de mécanique industrielle à l’Université de Gand, et aujourd’hui professeur extraordinaire de mathématiques à l’Université de Liège.

»M. Lannoi (Édouard), de Tournay, professeur à l’Athénée de Bruges, puis à l’École militaire de Bréda en Hollande, aujourd’hui major du génie.

M M. Casterman (Louis), de Tournay, médecin et professeur de mathématiques et de physique à l’Athénée de cette ville. (*)

(*) 1. Quclelel ttait proreiseur de mathématiques i l'Athénée de Gand, depuis ISIS, c'est-l'dire un an avant l’établissement de l'Université; il pril en effet ses grades 1 l'Université en 1819, et fut autorisé, 1 cause de sa position exceptionnelle, i passer sans intervalle de temps les examens de candidat et ceux de docteur en sciences. Il enseignait donc é l'Université et y était éléve en même temps.

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» M. Leschevain (Adolphe), de Tournay, professeur de raathématiques spéciales à l’Alhénée de Tournay.

1) M. Mareska (Joseph), de Gand, médecin, professeur de maihémaliques spéciales à l'Athénée de Gand, et de chimie dans la faculté libre des sciences de l’Université et membre de la commission des examens en sciences.

» M. Morren (Charles-François), professeur de logique et de botanique dans la faculté libre de sciences de TUniversité de Gand^ membre de la commission des examens en sciences; auteur de plusieurs observations et mémoires adressés à l’Académie royale des sciences et lettres de Bruxelles et favorablement accueillis; déjà présenté comme membre de cette académie et faisant partie de plusieurs sociétés savantes.

« M. Manderlier(Éloy),de Tournay, professeur de mathématiques à l’Athénée de Namur, a fait de belles recherches sur la théorie des transversales.

» M. Duprez (François), de Gand, professeur à l’Athénée de Gand, de physique dans la faculté libre des sciences de l’Université, sous ma direction, et l’un des professeurs de l’école industrielle de la même ville.

» M. Goethaels (Auguste), de Bruges, avocat et professeur de mathématiques et de physique à l'athénée de cette ville.

» 11 en est beaucoup d’autres que nous ne pouvons citer et qui ont pris parti dans le génie, l’artillerie, dans la carrière du droit, de la médecine et de l’administration et dans les collèges.

» Plusieurs des ouvrages que nous avons publiés a Pari.< et dont la note a été donnée plus haut, entre autres la géométrie et l’algèbre, étaient épuisés ou peu appropriés aux besoins de notre enseignement académique; c’est ce qui nous a déterminé à publier les suivants :

«1° Éléments tle géométrie, contenant les trigonoméiriet

rectiligne et sphérique, les préliminaires ou éléments de géométrie descriptive et les réciproques ou inverses de la géométrie, volume de 484 pages, grand in-8* avec 23 planches et précédé d’un discours préliminaire de 32 pages. Ce traité, qui a paru à Gand en 1818, forme la deuxième édition de notre géométrie publiée à Paris et qui n’a pas été mentionnée dans la première liste: les réciproques ou inverses, consignées dans celte édition, se rapportent aux propositions de cet ouvrage, tandis que celles publiées antérieurement dans nos réciproques de la géométrie, se rapportaient à la géométrie de Legendre.

B 2* Dans la même année, j’ai publié, à Gand , la quatrième édition de l’Arithmétique, ouvrage in-8'’ de 316 pages, ('.et ouvrage, travaillé avec soin, a été suivi avec fruit par les élèves de notre ancienne université.

» 3° Algèbre en deux sections, formant ensemble 539 pages, précédé d’un discours préliminaire de 18 pages avec une table raisonnée de l’ouvrage et une planche, quatrième édition, imprimée à Bruxelles en 1820. Voyez l’annonce des ouvrages imprimés à Paris.

»4* Elementa arithmetieœ, algebrœ et geometriœ in usum pnelectionum academicarum, de 389 pages, avec 5 planches et une préface. Je dois m’expliquer sur la nécessité de cet ouvrage. Mon cours était presque le seul qui se fit en français; mais les examens et les thèses se passaient en labn: c'était une difticulté pour le candidat d’improviser dans cette langue les réponses aux questions ; il lui fallait donc un ouvrage dans lequel il pût retrouver le texte des leçons et où il apprit le latin conventionnel.

• Je dois ajouter que mes collègues, sauf quelques exceptions, réprouvaient cordialement la langue française. Cet assentiment aux interrogations en latin était, de ma part, non pas un acte de soumission, mais un moyen d'éviter une

scène publique dans laquelle on se serait prononcé contre les partisans de ce langage suranné, qui n’était qu’un nuage jeté sur quelques non-sens et sur des doctrines désavouées aujourd’hui. Je devais montrer que je pouvais au besoin recourir à cette langue réputée savante.

U J’avais rédigé, et fait imprimer en grande partie, un traité d’astronomie descriptive que d’autres occupations ne m’ont pas permis de terminer et de publier.

» J’ai composé des notes sur la physique de Fischer, qui complètent celles de M. Biot, et j’y ai joint des notions sur les météores, dont l'histoire doit entrer aujourd'hui dans tout traité de physique. Quoique j’aie eu soin de ne pas attacher mon nom à ces additions, cependant le professeur de physique de notre université, qui n’aimait ni les idées modernes, ni la façon française, et qui avait deviné ma coopération, changea d’auteur, et le libraire en fut pour ses frais. J’ajouterai occasionnellement que l'enseignement de la physique dans nos universités n’était, expérimentalement parlant, qu’une suite de tours de gobelets, et que théoriquement, elle était encore dans les langes de la vieille physique.

J) J’ai été l’un des fondateurs et des coopérateurs aux Annales Belgiqucs, qui comptent 14 volumes in-8’ et qui s’étendent de l’an 1818 à l’an 1824. Dans ce journal, où j’ai traité un grand nombre de questions de sciences dans l’acception la plus utile, j’ai provoqué et déterminé la coopération de nos jeunes élèves des collèges, athénées et universités, qui faisaient ainsi leurs premières armes et dont je pouvais ébruiter les premiers essais. En 1825, je fondai avec M. Quetelet, cité plus haut, la Correspondance mathématique et physique, dont je publiai avec lui les deux premiers volumes, qui comptaient un assez bon nombre de souscripteurs. Mais l’un des collaborateurs résidant à Gand et l’autre à Bruxelles, je laissai à M. Quetelet le soin de diriger

seul l’entreprise : la publication n’éprouva d’ailleurs aucun changement essentiel ni pour la forme ni pour le fond.

» Une fois installé à Versailles, pour mon service à l’Ëcole de Saint-Cyr, j’arrêtai, après y avoir longtemps songé^ les plans d’une série d’ouvrages dont l’ensemble devait former le traité le plus vaste sur les sciences mathématiques, traité déjà exécuté sur des dimensions moindres et sur un fonds moins exploité qu’il ne l’est aujourd’hui. Peut-être cette composition était-elle au-dessus de mes forces, cl plus probablement, l’exécution exigeait plus de temps que mon âge n’en laissait à ma disposition. Au reste, écartant toutes ces chances et toute idée d’impression et de publicité, je mis la main à l’œuvre et je m’occupai, en premier lieu, de refaire ceux de ces ouvrages que j’avais déjà traités sur uu plan plus resserré. J’étais loin de prévoir que le travail que je m’imposais, et qui exigeait d’immenses recherches, dût être suspendu pour d’autres compositions, dont quelques-unes ont été citées dans la liste des ouvrages publiés à Gand, et par d’autres non imprimés qui se trouvaient en dehors de ce cadre. Nous donnerons la liste détaillée de ces manuscrits :

» 1‘ Éléments d’arithmétique, d’algèbre et de géométrie, y compris la trigonométrie rectiligne et quelques notions sur la trigonométrie sphérique. Ici j’ai fait tout ce qui était requis pour arriver au mieux : j’ai consulté les ouvrages écrits sur le même plan, j’ai fait passer plusieurs fois cette rédaction par le creuset de l’enseignement, c’est-à-dire par l’épreuve d’intelligences encore pou exercées. A la vérité, ces manières de procéder sont moins goûtées que jamais, aujourd’hui où, à l’imitation de l'Angleterre, il ne faut plus offrir que des recettes en science. J’ai dédié cet ouvrage à M. Rousset, avocat à Paris, mon neveu et mon ami. Ainsi, la science m’aura au moins servi à acquitter une dette de cœur.

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