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» ’i" ElémenU <ie pAynçue. J’attache un très-haut prixàli partie de celte science qu’on appelle phytique des corpi pondérables, non pas précisément sous le rapport purement expérimental, qui intéresse exclusivement la majorité des auditeurs, mais sous celui des dilTérences qui existent entre les résultats des vérités mathématiques et ceux des expériences, différences qui doivent servir à calculer les corrections à faire aux premiers pour les rapprocher des seconds. Au reste, n’ayant encore rédigé que cette première partie du cours, sauf révision et correction, je me dispenserai d’entrer dans les détails. Si le temps et la santé me le permettent, je compléterai ce travail par la physique des corps impondérables, qui seule fournirait matière à un traité trés-élendu, mais que je ferai en sorte de resserrer sans nuire à l’instmction.
» 3* Traité de météorologie. nous bornerons ici adonner un court extrait des titres des chapitres : Chap. I. Des températures. Chap. II. Sur les variations périodiques dn baromètre et du thermomètre. Chap. ]]]. Des volcans. Chap. IV. Sur la phosphorescence, la composition, la salure des eaux de la mer. Chap. V. Des causes continues de perturbation de l’atmosphère. Chap. VI. De l’électricite atmosphérique. Chap. VII. Du serein. Chap. VIll. Des vapeurs vésiculaires. Chap. IX. De la pluie et des plaies de couleur. Chap. X. Des trombes de terre et de mer. Chap. \1. Chutes de substances météoriques. Chap. XII. Des étoiles filantes. Chap. XIII. Des parhélies, des parasélènes et des halos ou couronnes. Chap. XIV. Des arcs-en-ciel solaires ou lunaires. Chap. XV. Du mirage dans les climats chauds et froids, etc. Chap. XVI. De l’aurore boréale. Chap. XVll. De la lumière zodiacale, des étoiles changeantes, de la voie lactée, des nébuleuses, des étoiles doubles ou multiples. Cet ouvrage fut rédigé en 1831 ; il servit à suspendre mes in-
qDi'êlades occasionnées par la suppression inattendue des facultés des sciences et des lettres de l'Université de Gand, par l'incertitude où nous étions alors sur la question de l'indemnité, du traitement d’attente ou de la pension qu’on nous accorderait, sur sa quotité et enfin sur l’avenir qu’on nous préparait. Je dois pourtant convenir qu’au moins jusqu’ici, mou sort, tout chanceux qu’il est resté, n’a pas été aussi fâcheux que je le craignais. Dans V Annuaire du Bureau des longitudes pour 1834, M. Arago, membre de l’Académie royale des sciences de Paris et du Bureau des longitudes de France, a traité une partie de ces questions avec cette supériorité qu’on devait attendre de sa position, de ses connaissances supérieures et variées, et du talent très-rare de répandre la plus vive lumière sur des sujets qui paraissent tous de la portée ordinaire. Cet ouvrage, achevé dans son ensemble, admet fréquemment de nouveaux détails empruntés aux journaux scientifiques et même politiques.
1) 4* Recueil de théorèmes et de problèmes. ouvrage est détaché des réciproques, auxquelles il faisait suite dans l’édition de Paris, annoncée plus haut. Les réciproques se retrouvent, comme nous l’avons dit en son lieu, dans les éléments de géométrie publiés à Gand, où elles se rapportent aux propositions de cette géométrie, tandis que d’abord elles étaient relatives à celles de la Géométrie de Legendre. Je crois être le premier qui les aie introduites dans l’enseignement. Ce traité renferme 344 figures et une table des matières fort étendue.
» 5* Analyse algébrique, ou troisième section de l’algèbre. Gel ouvrage est une nouvelle édition de celui que nous avons annoncé sous le n° 8, dans la liste de ceux qui ont été imprimés à Paris : il devient ici une troisième section de l’algèbre, parce que celle de Bruxelles a été divisée en deux sections; il est précédé d’une table de matières fort
élenduè. C’est celui de mes ouvrages qui a eu le plus d’accueil.
» Qo Géométrie analytique, ou application de V algèbre àla géométrie, avec 213 ligures. Cet ouvrage est une troisième édition de celui que nous avons mentionné sous le n» 7, dans la liste de ceux imprimés à Paris. Ce manuscrit renferme, par forme d'introduction, des constructions géométriques et quelques problèmes. La première édition de cette application a suivi la première publication de celle de M. Biot, membre de l’Institut, auquel nous avons adressé dans le temps plusieurs corrections et quelques notes dont il a tiré parti. (Voir sa correspondance.)
» 7“ Calcul différentiel et aux différences finies. Dans cet ouvrage, j’ai cherché à lutter contre la seconde édition du premier volume du grand traité de Lacroix, dans lequel j’avais remarqué quelques imperfections, et, je dois le dire, des inexactitudes qu’il fallait faire disparaître et des lacunes qu’il fallait remplir. D'ailleurs, mon plan différait de celui de ce géomètre, auquel je dois de la reconnaissance pour l’indication de plusieurs sources à consulter. Je crois qu’on trouvera dans ma nouvelle rédaction plusieurs applications importantes qu’on suivra avec intérêt et qui manquent dans l’ouvrage, d’ailleurs très-estimable, de ce savant, dont les trois volumes remplacent aujourd’hui l’ouvrage d’Euler sur le même fond. Cependant, je dois déclarer ici que, dans la première édition du premier volume de l’ouvrage de M. Lacroix, la première partie, qui était de l’analyse pure, avait été empruntée aux leçons de M. Fonrier, à l'Ecole polytechnique, sans que justice fût rendue à ce dernier géomètre. J’ai été sommé dans le temps de m'expliquer à ce sujet, ce que j’ai fait avec toute la réserve convenable en pareil cas.
» Le traité de même titre, annoncé sous len* 5, devait être
classique, tandis que l’ouvrage manuscrit est académique ; il contient 144 fîgures; la rédaction en est très-soignée et les calculs ont été revus : il a fait le taxe de l’un de mes cours à l’université.
» 8“ Des transversales et des pôles et polaires, avec 25 planches contenant 250 figures. Cet ouvrage est purement géométrique dans quelques parties, et dans d’autres, il est une extension curieuse de l’application : il suppose encore le calcul différentiel. Cette géométrie a été cultivée dans ces derniers temps par des hommes distingués et attaquée par d’autres. Ses premiers germes se reportent à une antiquité très-reculée.
» 9’ Statique des corps solides, avec une table raisonnée des matières et ‘11 planches offrant 197 figures. J’y ai consigné l’histoire de la science, empruntée à l’illustre Lagrange, l’homme de nos jours le plus érudit sur cette matière. On y trouve les théorèmes les plus importants de M. Poinsot sur les couples, et quelques recherches qui m’ont été communiquées dans le temps par M. l’abbé Bossut.
» 1 0* /a dynamique ou du mouvement des corps solides, avec 98 figures, une table raisonnée des matières et une introduction, partie historique, partie expositive, du plan adopté. L’époque actuelle est remarquable par l'association de l’équilibre et du mouvement des corps solides et liquides avec la physique et la mécanique industrielles, qui leur devront des perfectionnements et qui, réciproquement, leur fourniront des sujets importants de recherches. La dynamique, considérée en elle-même, est une science faite; mais le calcul intégral ne répond pas toujours à ses besoins. Elle offre en général des sujets de méditations et d’études plus composés et plus difficiles que ceux de la statique restreinte à la considération des forces de pression et indépendante de l’élément du temps. On retrouve ici les travaux des Huy-
gens, Newton, Maciaurin, Descartes, Wallis, Roberval, Bernoulli (Jean, Jacques et Daniel), Maupertuis, Dalembert, Laplace, Lagrange, Carnot, Poisson, Poinsot, etc.
» Au milieu de la perturbation générale que cause toute révolution, notre régence, dont la sollicitude pour les intérêts de ses administrés ne s'est jamais relâchée, a conçu et réalisé le projet de la réorganisation des écoles primaires et du collège, et la création d’une école industrielle sur un patron plus étendu et mieux approprié aux besoins que celui de l’école antérieure. Le il octobre 1833, je reçus de M. le bourgmestre une lettre ainsi conçue : « Le gouvernement ayant adopté la proposition do la régence pour la réorganisation de l’École industrielle établie en cette ville (Gand), je vous prie de vouloir bien concourir par vos lumières à la rédaction du plan et du règlement de la nouvelle école. La commission, chargée de ce travail, et dont j’ai pris la liberté de vous nommer membre, se réunira demain, à 4 heures de relevée, à l’hôtel de la régence. » Désigné par cette assemblée pour faire partie de celle des commissions chargée de rédiger le programme des matières de l’enseignement, j’ai dû puiser mes données dans les ouvrages publiés jusqu’ici sur ce texte, et plus particulièrement dans le projet de l’École centrale des arts et manufactures, établie à Paris, sous la direction de M. Lavallée, en modifiant ce plan d’après nos besoins et nos ressources. Cette école est composée de quatre professeurs chargés de la mécanique industrielle, de la physique, de la chimie et du dessin linéaire, et dont deux professent dans les deux langues. La régence, la commission et le public ont lieu de se féliciter de cette création naissante, dont les résultats dépassent déjà toutes les espérances.
» Je supprime ici l’énumération de quelques travaux qui n’ont été faits que pour mon instruction particulière, et qui
tiennent à mon organisation d’après laquelle je ne puis m’approprier les choses que par voie de rédaction....
» Dans cet intervalle, je crus un moment à ma réintégration. Le lieutenant général Desprez, appelé au commandement de l’armée belge, à son retour d’Afrique, où il était major général de l’armée, sous le général en chef de Bourmont, apprenant que j’étais dans le pays et démissionné, désira m’entendre sur cette affaire. Arrivé à Gand avec le roi Léopold, il me fit appeler, dans l'impossibilité où il était de se rendre chez moi. Nous eûmes ensemble une longue entrevue dans laquelle il me rappela qu’il avait été l’un de — mes élèves à l’Ëcole polytechnique et me promit, après m’avoir entendu, scs bons offices auprès du roi et du ministre de l’intérieur Rogier. Cet excellent homme sur lequel je pouvais compter, est mort au milieu de ses démarches, des suites d’un anévrisme et du chagrin que lui causa la perte de son épouse. Je regrette en lui un ami sûr et dévoué qui bientôt aurait pu reprendre et terminer heureusement sa négociation (‘). »
Ce qui précède doit avoir été écrit dans le cours de 1836. Cependant la loi sur le haut enseignement avait été votée à la Chambre des Représentants, le ^5 août 1835; elle conservait les Universités de Gand et de Liège, et elle établissait le siège des examens à Bruxelles. Le sénat l’avait adoptée le 20 septembre et le roi l'avait sanctionnée le 30 du même mois. Le nouveau corps professoral avait été nommé et Garnier n’en faisait pas partie ; cet oubli porta la désolation dans l'àme de ce vieux savant ; il savait que, malgré la confiance que le ministre m’avait témoignée dans plusieurs nominations, il m’avait été impossible d’obtenir sa réintégra-
(') Elirait de> manuscriti que Garnier a légués il l'Académie royale de Belgique.
lion comme professeur. 11 ne me cacha point le chagrin profond qu’il en éprouvait. Il m’écrivait de Gand, le 5 janvier 1836: « Je suis abattu, dégoûté, et n’ai plus de confiance qu’en vous. Je ne puis rien m’expliquer de ce qui se passe depuis quelque temps. En relation avec plusieurs membres de la chambre, auriez-vous la bonté de chercher à exciter leur commisération sur mon compte? Si je n’avais à stipuler pour ma femme et pour M"* Virginie, que je regarde comme ma Glle, j’abandonnerais mon sort au hasard. Qu'il me tarde que celle question soit décidée. » Ces paroles sont affligeantes dans la bouche d’un homme qui comptait un demi-siècle de services rendus à l’enseignement et qui voyait la 6n de sa carrière brusquement coupée par un précipice. Malheureusement les secousses politiques n’oITrent que trop souvent des retours semblables ; et c’est toujours avec douleur qu’on les rencontre. Je dois me hâter d’ajouter cependant qu’enfin, au mois de mars 1837, la pension de Garnier fut réglée à 2527 francs et l’arriéré complètement soldé. Dans la position où se trouvait notre confrère, celte pension répondait à ses désirs; il ne songea plus désormais qu’à finir tranquillement ses jours au milieu de ses livres et de ses travaux habituels. Vers le milieu de 1836, il était venu s’établir à Bruxelles, où déjà l’avait précédé son compatriote et son ami, le savant traducteur de Juvénal , de Perse et d’Horace, M. Raoul, qui se trouvait enveloppé, comme lui, dans la disgrâce commune qui frappait à la fois les professeurs des facultés des sciences et des lettres de l’Université de Gand.
Les nombreux rapports que j’ai eus avec M. Garnier me permettent peut-être déjuger mieux que tout autre des services réels qu’il a rendus à l’enseignement, services qui sont en général trop méconnus. Lorsqu’on 1816, M. Garnier vint occuper la chaire de mathématiques de l’Université de
Gand, je me trouvais également chargé de l’enseignement lies mathématiques dans le collège de cette ville, qui avait élc organisé au commencement de <815 ('). Ma position devait me mettre naturellement en relation avec lui ; peu à peu sa conversation, toujours instructive et spirituelle, toujours abondante en anecdotes piquantes, se rattachant aux hommes les plus éminents de cette époque, avec qui il avait eu de fréquents rapports, donna une direction plus spéciale à mes goûts, qui m’auraient porté de préférence vers les lettres. Je résolus de compléter mes études scientifiques et je suivis les cours de mathématiques supérieures de M. Garnier. Il fut en même temps convenu entre nous que, pour le soulager dans ses travaux, je donnerais quelquesnns des autres cours dont il était surchargé. Je me trouvais ainsi de fait son élève et son collègue. Je le voyais à l’université pendant une partie de la journée; et, le soir, nous nous retrouvions chez M. Raoul, dont le jardin était devenu le rendez-vous habituel des jeunes gens les plus studieux, de quelques professeurs et d’autres personnes de mérite. Ceux qui ont fait partie de ces petites réunions doivent se rappeler le charme qui y régnait, l’instruction solide qu’on pouvait y puiser, et, ce qui était surtout inappréciable, on était toujours sûr d’y rencontrer des encouragements et une indulgence bienveillante. J’ose dire que ces réunions ont contribué bien plus à former les nombreux professeurs qui sont sortis de l’Université de Gand que les leçons régulières des facultés. Ces leçons sans doute sont nécessaires, indispensables même, mais elles ne portent de fruits qu’autant qu’elles sont fécondées par la chaleur que le professeur sait communiquer à ses élèves.
Dans son enseignement, M. Garnier n’avait rien qui le
( ) Lm profeuciirs furent nommés par arrêté du SS février 18tS, signé par le diKd'Drsel, alors commissaire général de l'inléricnr.
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distinguât; ses démonstrations étaient loin d’avoir la netteté et la précision qu’il portait à un si haut point dans la conversation. Ses cours étaient généralement dilTus, et l’habitude qu’il avait prise de ne paraître au tableau qu’avec des feuilles écrites qu’il suivait textuellement, était peu propre à réveiller l’attention de ses auditeurs. Il arrivait de là que les élèves, qui ne jugeaient leur professeur qu’autant qu’ils le voyaient aux leçons, s’étaient formé une idée peu favorable de son enseignement; tandis qu’on aurait pu dire que cet enseignement ne commençait réellement que quand il était hors de la chaire et qu’il avait perdu de vue le tableau. En conversant, il revenait alors sur l’objet de la leçon, faisait pour ainsi dire l’historique de chaque théorie, indiquait les transformations successives qu’il y avait vu apporter par les savants nombreux qu’il avait connus, indiquait les bonnes sources où il convenait de puiser, et touchait à chaque instant ces cordes sensibles qui vibrent avec tant de force dans l’àme do jeune homme dont on a su frapper l’imagination.
La perte de plusieurs places, dans lesquelles il avait été supplanté par des savants plus jeunes que lui, l’avait rendu ombrageux et méfiant. Il avait contracté de là avec ses élèves une certaine réserve qui fut mal interprétée et qui lui causa même des chagrins. Je me trouvais placé à côté de lui dans une position trop délicate pour pouvoir échapper entièrement aux influences dont je viens de parler. C’est i la suite d’un nuage qui s’était élevé entre nous que je lui dédiai, pour sceller notre réconciliation, la dissertation inaugurale que je fis imprimer en 1819, à l’occasion de ma promotion au grade de docteur en sciences. Je demandai en même temps à passer à Bruxelles, où l’on m’offrait une chaire de mathématiques à l’Athénée royal. Nous reprimes alors nos anciennes relations , et nous commençâmes , peu de
temps après, la pablication de la Correspondance mat/iématique et physique, journal qui avait pour objet de mettre les six universités du royaume dans des rapports scientifiques plus directs et d’exciter l’émulation des jeunes gens, en leur offrant les moyens de faire connaître leurs travaux. Cependant, au bout de deux ans, notre association fut rompue; il devenait trop difficile de nous entendre à dix lieues de distance; je restai seul chargé de la rédaction, et M. Garnier continua à me faire parvenir ses communications.
Notre confrère n’était pas seulement un savant instruit, c'était un homme d’une tournure d’esprit très-remarquable et très-originale ; il portait dans ses jugements sur la littérature qu'il avait cultivée avec soin, beaucoup de tact et des vues judicieuses presque toujours pittoresquement exprimées. Il employait avec gaieté les termes scientifiques, auxquels il savait donner une physionomie nouvelle (') ; il ne manquait pas surtout d’une certaine causticité qui l’a engagé même dans quelques polémiques. On se souvient encore de celle qu’il eut à soutenir contre un médecin ; « Monsieur, disait-il, en commençant sa réponse, qui mit tous les rieurs de son côté, vous me traitez bien mal, quoique je ne sois pas de vos malades ; » et le reste de son écrit répondait à ce début. Il lui eût été bien difficile de parler des choses, même les plus sérieuses, sans jeter en passant un trait un peu caustique, quelque tour original, ou tout au moins quelque expression crûment pittoresque. Dans la pénible position d’esprit où il se trouvait, en attendant que le gouvernement eût prononcé sur son sort, il m’écrivait, en terminant la
O VoulaU‘il parler d*un homme sans consistance, cVlail iin c6ne sur la pointe, ou bien un fou i cheval sur une sphère. Mes journées sont exaclemcnt superposables, o*écrivall-il, en parlant de sa vie monotone. Une autre fois, en me nentrani un iniriftant qui fiaitait une |>ersonne dont il croyait avoir besoin ; « Vous le voyez, disait-il, il remploie comme une échelle pourrie quM jettera sous la re* mise après s'en être servi. •
lettre affligeante dont j’ai donné plus haut un extrait : « Je vous demande mille pardons pour les mille inutilités que je vous ai débitées. Mais enfin c’est une question dans laquelle je ne rentrerai pas plus que dans le ventre de ma mère. »
La physionomie fortement caractérisée de M. Garnier, ses yeux vifs, enfoncés sous des sourcils très-marqués, son sourire un peu satirique, ses réponses promptes et presque toujours spirituelles, devaient le faire remarquer dans la société, où il aurait pu facilement briller au premier rang, s’il avait aspiré à y paraître. Sa taille petite et courbée et ses formes grêles contrastaient singulièrement avec le tour décidé et incisif qu’il donnait à son langage. Il avait une habitude qui aurait pu paraître choquante chez tout autre, mais qui, chez lui, ne faisait qu’ajouter an pittoresque de sa conversation : c’était d’ètre assez prodigue de certains mots expressifs qu’on entend peu dans la bonne société, où M. Garnier avait toujours vécu comme le prouvaient suffisamment ses autres habitudes. Ces mots, rapidement prononcés, formaient une espèce de ponctuation parlée; ils arrivaient^ on peut dire si naturellement, qu’on finissait par n’y plus faire attention.
Depuis plus d'un an, il assistait très-régulièrement aux séances de l’Académie; il me faisait parvenir ce qu’il désirait qu’on y lût en son nom. Cependant il s’intéressait vivement à nos travaux, surtout à ceux qui appartenaient à la météorologie. Il avait publié, à Bruxelles, en 1837, un traité sur cette science. En 1840, il en parut une seconde édition à Paris avec des additions considérables. Son intention avait été d’abord de dédier cet ouvrage au roi. « On verra sans doute, écrivait-il, dans cette démarche qui remonte à la première année du règne de Léopold, une accession bien prononcée à l'ordre actuel des choses. » Puis il ajoutait aussitôt dans la note manuscrite que j'ai trouvée à ce sujet, des mots
de reconnaissance à l’égard du roi Guillaume^ de M. Repelaer van Driel, qui l’avait appelé en Belgique, etsurtoul de M. Faick, pour qui il professait l’estime la plus entière, estime qui ne peut être bien comprise que par ceux qui ont eo des relations avec ce ministre éclairé.
Garnier tenait singulièrement à ne pas mériter le reproche d’ingratitude. En professant, comme il le disait, une accession entière à l’ordre actuel des choses, il n’obéissait qu’à ses convictions; il n’était mû par aucune vue intéressée, car cette espèce de profession de foi sur ses opinions politiques, il ne l’avait communiquée à personne. Il savait qu’on le soupçonnait d’étre directement opposé au nouveau gouvernement, que ses intérêts en souffraient; mais il était trop fier, par ce motif même, pour avouer des sentiments dont on aurait pu croire qu’il voulait tirer avantage, comme cela n’arrive que trop fréquemment dans les grandes commotions politiques. Malheureusement il y a peu d’hommes d’État d' un esprit assez élevé pour soupçonner et apprécier de pareils sentiments !
Cependant, depuis 1837, l'existence de Garnier avait repris un nouveau calme. Il avait entièrement renoncé à l’espoir de reprendre ses anciennes fonctions ; il se louait, du reste, de la manière dont on avait fixé le montant de sa pension. Avec tout l’ordre qu’il apportait habituellement dans ses affaires, il avait réglé scs dépenses d’après ses revenus, et sa manière de vivre était aussi simple que tranquille. On s’apercevait néanmoins que l’état de sa santé s’affaiblissait; il sortait peu, et, sans maladie grave, il avait de fréquentes indispositions, symptômes d’une constitution délabrée qui devait céder à la première attaque un peu rude. Le coup auquel il succomba fut porté dans le cours de l’automne de 1841 ; il fut d'autant plus douloureux qu’il prenait sa source dans ses affections les plus chères. Garnier s’était marié en
1792 ; il avait ou le bonheur de conserver son épouse, et il avait toujours trouvé auprès d’elle les soins les plus empressés, l’alTection la plus vive. Une dcmois(dle, qu’il considérait comme sa fille, formait toute sa famille ; il n’avait pas eu d’enfants de son mariage, d’ailleurs si heureux. Le calme ilont ils jouissaient ensemble fut troublé de la manière la plus fatale : une chute funesteenfutia cause. Vers le milieu du mois d’octobre, M" Garnier, en tombant, eut le malheur de se casser la cuisse. Son mari en fut si vivement affecté que dès lors sa santé s’altéra de la manière la plus rapide. Au commencement de décembre 1841, il fut pris, pendant la nuit, d’une hémorragie interne très-intense. Je m’empressai d’aller le voir; je le trouvai très-faible; il ignorait le danger de son état. Il parlait avec tranquillité, avec gaieté même de sa position ; mais s’affligeait de celle de son épouse, pour qui l’art n’avait pu rien faire jusqu’alors. C’était un spectacle bien triste, en effet, et bien touchant en même temps, de voir ces deux vieillards retenus au lit par les maladies les plus dangereu.ses, ignorant la gravité de leurs maux respectifs et chacun ne s’occupant que du sort de l’autre. Le calme, la gaieté même de notre confrère ne l’abandonnèrent pasjusqu’au dernier instant. « Asseyez-vous là, à côté de moi, me disait-il d’une voix fort affaiblie l’avantveille de sa mort; distillez goutte à goutte ce que vous avez à me dire, si vous voulez que je vous suive. » Le lendemain, quand je revins le voir, on me dit qu’il avait ordonné de me remettre des papiers: c’était notre correspondance depuis vingt-quatre ans que nous nous connaissions. Il avait la conscience de sa fin prochaine, et avait conservé toute sa présence d’esprit; il voulut me parler encore, et commença plusieurs phrases qu’il n’eut pas la force d’achever. Malgré la crainte que j’avais de le fatiguer, je restai assez longtemps auprès de lui, écoutant altenlivcment, cherchant même à
deviner ses pensées. Sa physionomie si mobile témoignait visiblement que son esprit suivait encore une série d’idées ; ses lèvres étaient en mouvement pour les exprimer, mais j’entendais à peine de loin en loin un mot dont je ne pouvais saisir le sens. Il était sans souffrance, et s’éteignait insensiblement; il expira, presque sans qu’on s’en aperçût, dans la nuit du 19 au 20 décembre, vers quatre heures du malin. On voulut d’abord cacher sa mort à sa veuve; celte annonce pouvait, en effet, porterie coup mortel à une femme infirme, âgée de quatre-vingt-sept ans.
Les funérailles eurent lieu dans la matinée du 23 décembre. Les restes de Garnier furent suivis jusqu’au cimetière d’Ixelles par une députation de l’Académie, par des membres du corps enseignant et un grand nombre de ses anciens élèves (*).
(') M. Gjfttier a iniéré, (Ijqs le lome I des Mémoirtt dt V Àeadiuïie de Bel^ gi^j un écrit mr le$ machinetf lu à la séance du 7 mai 1819. Noe BulUtim reofermeDt, en outre, de nombreuses recherches t|u'il nous a communiquées sur différentes branches des sciences.
JACQUES-GUILLAUME CRAHAY (l).
J.-G. Crahay appartenait à l'Académie royale depuis le 8 mai 1835; il en fut toujours l'un des membres les plus actifs et les plus dévoués ; il ne vivait, pour ainsi dire, qu'au milieu de ses travaux académiques et des occupations nombreuses que lui imposaient ses fonctions de professeur de physique à l'Université de Louvain.
Son père, Henri-Guillaume Crahay, l'avait formé à cette vie austère : après avoir exercé le notariat, il avait transporté dans la magistrature la sévérité de mœurs qui forme l'un des premiers mérites de cette profession. Son extrême exactitude, sa probité rigide l'avaient conduit, sous le consulat, à la place de président du tribunal de première instance de l'arrondissement de Maestricht. Il est tout naturel qu'il cherchât à procurera son fils les avantages dont il jouissait lui-mème et qui avaient contribué à son bonheur.
A l'âge de dix-huit ans, le jeune Crahay entra donc dans l'étude d'un notaire, avec la perspective de passer par les mêmes phases que son père. Malheureusement, avec toute la soumission possible, avec toute la probité de son père, le
(■) i VsF<lrich(, le X arril 1789, mort k Louvain, le SI octobre 1855.
Gis n’en avait pas exactement tous les goûts. Lejeune homme prêtait plus volontiers l’oreille aux encouragements d’un vieux professeur, du respectable Minkelers, dont les conseils allaient mieux à ses inclinations.
Il continua néanmoins, pendant dix ans, à lutter contre son propre penchant; et ce ne fut qu’après cette lutte prolongée qu’il céda aux conseils de M. iMinkelers, et qu’il essaya de le remplacer. Il fut nommé professeur de physique et de chimie à l’Athénée de Maeslrichl, le 19 février 1817. Le roi Guillaume venait de monter sur le trône et un nouvel ordre de choses se préparait pour la Belgique.
Crahay avait commencé le notariat à dix-huit ans; il devint professeur à vingt-huit. II était plein d’ardeur et désireux d’enseigner des sciences qui faisaient le bonheur de sa vie. Il était heureux surtout de succéder à un professeur estimé de tous scs concitoyens et dont il avait toujours été distingué d’une manière spéciale ('). Il conserva jusqu’en 1824 celui qui avait été son maitre et son ami, et il put lui prouver du moins que son choix ne s’était pas mal placé en s’arrêtant sur lui.
Dés l’année 1822, la Société linnéenne de Paris l’avait admis an nombre de ses correspondants, et dès cette année aussi, la Société des amis des sciences, des lettres et des arts de Maestricht avait commencé la publication de son Annuaire, qui obtint un succès mérité. On trouve dans cet utile et modeste recueil différents articles d’un grand intérêt, qu’on doit à la plume de notre savant confrère : il convient de citer particulièrement les articles sur les poids et mesures,
(■) C'etl 1 M. Hiokelers que l'oniloil, (cIod (oiKei le« probabillKi, les premikrei «p^ricDCM qui «ni élé failes pour prépirer l’éclairage par le moyen de la houille. Oo peut roir, i cet égard, le diacoura proDoncé, le tO mai 1854, par M. De Ram, l'on de Doa eonfrèrea, et ayant pour Üln : Coruidérationi $ur l’hiitoindt l'Univmiti de lomain.
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sur ia silualion géognosliquc de la province du Limbourgcl les exccllenis tableaux météorologiques relatifs à la ville de Maestriclit.
Ce qui prouve surtout l’esprit organisateur et patient de Crahay, ce sont scs travaux sur l’étal météorologique de l’atmosphère dans la contrée qu’il habitait. Aux recherches de M. Minkelers, il en substitua d’autres plus précises et mieux appropriées aux besoins d(> la science; il eut le courage de les continuer seul, excepté auxjours où d’autres besoins scientiliques le forçaient de s’éloigner, et alors il abandonnait l’ouvrage commencé à des mainsqui pouvaient dignement l’aider dans ses investigations. Le premier travail que je reçus de lui renfermait les résultats de ses observations météorologiques faites à Maeslrichl depuis 1818 Jusqu’en 1826, c’està-dire jusqu’à l’époque où était parvenue alors la Correspondance mathématique cl physique (l. 111, p. 31, année 1827).
Les observations se faisaient quatre fois par jour; les instruments étaient comparés avec soin par l’auteur, qui avait tous les talents nécessaires pour les tenir en bon étal (') : ces observations ne comprenaient d’abord que les pressions atmosphériques et les températures. A partir de 1824, on enregistra aussi les quantités d’eau. En comparant .ses résultats à ceux qui avaient été obtenus précédemment en Belgique, par M. Minkelers lui-méme, on se persuade sans peine qu’un progrès immense s’était réalisé dans les observations et dans l’art d’en déduire des conclusions. Crahay avait toutes les connaissances nécessaires pour élever l’art de l’observateur aussi haut qu’il pouvait aller, en explorant les particularités qui appartiennent à un même pays.
(*) Les observalions se raisaicnl à 0 heures «lu malin, h midi, à 3 heares et i 0 heures du soir. Ces heures paraissaient, en c/Tel, les plus convenables : ce sont aussi celles (jui ont été adoptées à TObservaioire de Bruxelles.
En 1825, Crahay ne se borna plus à donner les varialions du baromètre, du thermomètre et les quantités d’eau tombée, il Ct connaître aussi les nombres de jours de pluie, de grêle, de neige, de gelée, de tonnerre, de brouillard, etc., ainsi que le nombre des vents dominants. En 1829, il adopta quelques heures de plus pour scs observations, et fit connaître l’état de ses instruments météorologiques pour 1831 et 1832, à 8 et 9 heures du matin, ainsi qu’à midi, à 3, 6 et 9 heures du soir.
L'on trouve dans la Correspondance mathématique des observations de Crahay relatives à la rotation d'une lentille sur un plan incliné, et des articles sur plusieurs autres questions de physique qui avaient attiré son attention. Ensuite, il publia ses recherches dans les Bulletins de l' Académie, et, en dernier lieu, dans les Mémoires àc la même société savante.
La montagne de Saint-Pierre, près de Maestricht, occupa également son attention: il fit des études sérieuses sursa construction etsur Icsdébrisfossilesqu’elle renferme, etpius tard, quand la question revint à l’Académie, il nous prouva que ces études n’étaient point encore perdues pour lui.
liC goût des recherches le porta plus loin : il voulut visiter par lui-méme ct à pied les bords de la Meuse, comme il convient de le faire quand on est véritablement poussé par l’amour de la science, et il reconnut les principales localités des provinces de Namur ct de Luxembourg. En 1826, il recommença scs visites, ct, cnl829,il fit un nouveau voyage dans l'Eifel. Dans toutes ces excursions, son principal but était de s’instruire lui-méme.
Cependant la révolution belge avait éclaté :elleavaitdissous les liens qui rattachaient nos provinces aux Provinces-Unies. Le territoire de Maestricht se trouvait, en quelque sorte, sur la frontière des deux Etats qui s’étaient séparés avec
violoncu. La province de Limboiirg restait aux Hollandais, mais un grand nombre de ses habitants passèrent dans les rangs belges. Crabay fut de ce nombre; les passions politiques n’entrèrent cependant pour rien dans son expatriation; il n’ètait occupé que des intérêts de la science. Vers la fin de 1H34, au moment où rUnivcrsilé catholique de Louvain allait s’organiser sur les débris de l'ancienne université de l’Klat, Crabay, nommé professeur |iar les évêques, transféra son domicile, d’aborti à Malines, et l’année d’après, à Louvain ('). Uien ne parut dérangé dans scs paisibles occupations : il reprit ses instruments et les observa, comme auparavant, avec la même constance.
C’est à I.ouvain cpi’il s’occupa de discuter les observations (|u’il avait recueillies à Maestriclit : elles embrassaient une |)ériode do seize années, de 1818 à 1883 inclusivement. L'écrit intéressant (pii renferme les résultats de cette discussion se trouve dans le tome X des Hlnnotres de l'Académie, cl ce n'est certes pas un des documents les moins importants dus aux travaux de cette compagnie. « Depuis ranm';e1818, dit l’auteur, les observations météorologiques ont formé un sujet imiiorlant de mes occupations. Je m’étais pourvu de bons instruments (|ue je vérifiais souvent; j’ai été à même de pouvoir les placer dans des expositions favorables au but proposé. Atlaclié à l’instruction publique depuis la même éjioque, j’ai pu faire un emploi régulier de mon temps, de .sorte que les interruptions dans les observations ont été rares; le plus souvent, durant mes absences, à la fin du mois d’août cl au commencement de .septembre, j’ai été remplacé par des personnes sur l’exacliliidc de.squclles je pouvais compter; à ces cas près, j’observai
(') Il rm I>j(*nl6l suivi à rUnivorsiti^ raiholi<|ue par le tlocleur .Mariens, son collègue à Maesirichl |>our le cours de chimie, et «]ui entra presque en même temps que lui à l'Académie.
Dioi-méme, persuadé que c’était une condition indispensable pour obtenir des résultats comparables. »
Les résultats présentés par Crahay furent acceptés avec toute cooGance, car il possédait à un haut degré les qualités qui font le bon observateur, et il appuyait ses observations de tous les moyens que la science et la connaissance approfoudie de la mécanique pouvaient mettre à sa disposition. Ce n’est pas sans raison que notre savant collègue, le chanoine De Ram, a parlé du talent de notre confrère avec tout rentraincmenl que méritaient ses succès. Crahay se fût fait un nom dans tous les établissements scientifîques qui l’eussent accueilli; car son premier mobile était la connaissance du vrai, en dehors de toute opinion politique. La physique qu’il faisait à Louvain, il l’aurait faite de la même manière à Gand, à Liège ou à Bruxelles; il ne connaissait qu’une science et qu’un mode d’explication : aussi souscrivons-nous sans hésiter aux paroles de son recteur à l’université et son confrère à l’Académie ('). « Tout son enseignement et ses travaux scientifiques portaient le cachet de son caractère modeste, consciencieux cl franc. Chaque leçon était préparée et donnée avec une scrupuleuse exactitude, et se distinguait par la solidité, par la clarté et par la netteté d’exposition. Pour faciliter la tâche de ses auditeurs, il introduisit plusieurs modifications dans les instruments de physique ordinaires; il en inventa même d’autres, tels que l’appareil destiné à vérifier par expérience la théorie de la composition et la décomposition des forces, l’appareil général pour la théorie du levier, l’appareil destiné à vérifier les conditions d’équilibre dans le coin. Crahay avait, avant tout, pour principe d’étre utile à ses élèves et d’assurer leurs progrès. La renommée personnelle, que le professeur
(■) 1. Oc Bam. Diicoun prononcé après le service funèbre de H. J. -G. Crahaj,
— ittO —
acquiert par ses publications, lui paraissait devoir être considérée comme une affaire accessoire et purement secondaire. Son principe encore était de ne rien publier sans qu’il y eût une utilité réelle pour la science. »
Telles étaient, en effet, ses convictions scientifiques, et l’on en trouve la preuve dans les manuscrits qu’il a laissés après lui, manuscrits qu’il avait composés dans le recueillement de la solitude et dont il ne parlait jamais. En y jetant un coup d’œil, on reconnaîtra sans peine que le professeur attentif cherphait à ménager la force de ses élèves : il préparait d’avance la solution des cas difficiles qu’il voulait leur présenter, afin de ne pas les décourager en se plaçant trop loin de la route qu’ils avaient à suivre.
Nous avons dit que sa principale occupation, à Maestricht, consistait dans la rédaction de ses leçons et dans le soin qu’il mettait à réunir des observations météorologiques. Pendant le séjour temporaire qu’il fit à Malines en 183S, il ne voulut pas renoncer à scs travaux de météorologie; il les continua, mais il ne les fit pas entrer dans les résultats qu’il discuta plus tard. i
Il ne commença une série d’observations régulières qu’en 1836, quand il se trouva établi à Louvain, dans l’ancien bâtiment qu'avait occupé autrefois son professeur, M. Minkelers. Les résultats des deux premières années furent publiés dans les Bulletins de l'Académie, et la suite de ses \ observations météorologiques parut dans les Mémoires de la ! compagnie jusqu’en 1848. Les tableaux de 1849 ne con- j
tiennent plus que les indications des températures; et peut- |
être le consciencieux observateur éprouvait-il quelque regret de donner, dans son grand âge, des tableaux infé- | rieurs à ceux qui étaient communiqués par d’autres établissements du royaume. Il cessa alors la carrière d’observateur I météorologiste, mais il ne crut cependant pas sa mission I
ieroiinée : il lui restait encore à présenter le résumé de ses travaux, c’est ce qu’il fit dans le tome XXV des Mémoires de l’Académie, qui renferme la discussion complète des résultats obtenus pendant une période de treize années, de iSSô jusqu’en 1848. Cet examen est présenté avec un grand soin et prouve que l'auteur était parfaitement au courant du sujet dont il s’occupait : aussi les physiciens étrangers ont-ils eu recours à ses observations comme à celles d’un homme qui méritait toute leur confiance, nonseulement sous le rapport du savoir, mais encore pour l'exactitude qu’il mettait dans ses calculs.
Nous ne pouvons exprimer qu’un regret, c’est qu’il n’ait point sous-divisé ses observations en suivant l’ordre des temps : peut-être ses résultats étaient-ils assez nombreux pour permettre de les partager au moins en deux parties. Nous ne poussons pas les scrupules aussi loin que le savant secrétaire de l’Institut de France, M. Fourier ('), mais nous croyons qu’on peut se faire ainsi une idée plus exacte de la précision à laquelle on atteint.
Deux opuscules de Craliay, insérés dans les tomes dix et seize des Mémoires de l’Académie , déterminent les instants où la pression atmosphérique atteint moyennement, dans le cours de l’année, son maximum et son mtntflium, du moins pendant tes heures du jour. Dans le premier mémoire, on trouve les résultats des années 1831, 1832 et 1833, obtenus pour Maestricht; ils sont assez indécis. Crahay trouve qu’en été, l’instant du maximum arrive de meilleure heure et celui du minimum plus tard qu’en hiver; qu’ainsi,en été, l’espace compris entre l’instantdumaxtmum et celui du minimum est plus grand que celui compris entre
(') Vojtx ce que M. Fourier dil des morennes des rdiuUals, dans ses |>r<ambules aui AecAerekes stalfsKfusa a«r la ville de Parie, etc., 4* roi. 1831 i 18».
— Tài
les mémos inslants on hiver. Pemianl la première saison, la durée de l’oseillalion diurne est de 7",G7S4; pendant la seconde, elle n’est que de o",7227. Nous ferons observer, en passant, que c’est une assez mauvaise habitude de donner plusieurs chill'res décimaux après celui où commence l'indécision : il suit de là (|u’il n’existe aucune espèce d’indice précis pour s’assurer de l’exactitude d’un résultat.
M. Crahay était trop bon observateur pour ne pas sentir lui-inéme ce qui manquait à ses résultats : aussi le premier objet dont il s’occupa à Louvain fut-il de calculer, de nouveau, des nombres qu’il n’avait pu déterminer qu’approximativement dans ses premières recherches. Mais les devoirs qu’il avait à remplir ne lui permettaient pas de disposer entièrement de son temps; il se borna donc à observer son baromètre d'heure en heure, depuis 8 heures du matin jusqu’à O heures de l'après-midi; et pendant les deux mois dont les jours sont les plus longs, juin et juillet, depuis 7 heures du matin jusqu'à fi heures du soir ('). Les obser-
(*) Voici Itrs rt^ïiillais de ses observations :
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■SSSnS3
Janvier
Ke\rier
.Mars
Avril
Juin
Jiiiltct
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bcpirnibrt*
Octobre
i IVovembre «
lO.Of.
Décembre
Moyenne pour rannée .
On peut consiiUer h cet ^f;ard les observations «|tit ont été faites à TObserratoire royal de BnnicUes, pour déterminer les maxima cl les mintma du baromètre la nuit comme le jour, entre les années 1840 cl 1848.
valions furent continuées pendant six années, de i836 à 1841. Elles donnèrent des valeurs sensiblement différentes de celles qui avaient été trouvées d’abord; mais comme elles embrassent ou nombre d’années double, elles méritent plus de confiance. L’auteur sentit d’ailleurs la nécessité de négliger les décimales au delà des centièmes d’heure. Il est juste de dire que la distance de Louvain à Maeslricht pouvait introduire une différence dans les nombres.
Ce ne fut qu’après avoir discuté et examiné toutes les valeurs obtenues par ses observations que Crahay, après trente années de recherches suivies avec attention, consentit à laisser le soin d’observer à d’autres savants plus favorisés par l’âge et par les circonstances. La météorologie avait pris une tout autre marche pendant les recherches de notre confrère. A l'obligation pénible d’observer par soi-méme, d’heure en heure, on avait substitué un genre d’observation plus précis qui laissait au crayon le soin d’enregistrer lui-même les données; et le savant n’avait qu’à relever avec attention les observations recueillies par les instruments. Ce genre d’annotation si simple et si facile devait causer, il faut en convenir, un sentiment agréable et pénible en même temps à ceux qui avaient consacré une partie de leur vie aux observations anciennes. Crahay ne se plaignit pas : ses résultats étaient acquis à la science; mais sans doute, il put regretter plus d’une fois de les avoir acquis au prix d’un labeur fatigant. Plus tard, le travail eût été plus aisé, l’observateur eût suivi plus facilement les manifestations des phénomènes météorologiques sur tout le globe.
Indépendamment des observations dont nous avons parlé et qui firent la principale occupation de sa vie, Crahay prit part aussi à des observations qui lui avaient été demandées par d’autres physiciens. Je me rangerai parmi ceux-ci, et je
suis lieurcux de pouvoir dire que notre confrère eijl l’un des savants qui m’ont toujours fourni les renseignements les plus sûrs et les plus complets. Je citerai entre autres les observations météorologiques horaires qui ont été faites d'heure en licure et, pendant la durée de 36 heures, quatre fois par an, aux époques des solstices et des équino.xes ('). Ces observations étendues à soixante-dix points environ de différentes régions de l’Europe et de l’Asie, ont donné des résultats à |)cu prés identiquement les mêmes que ceux obtenus presque à la même époque dans le nord derAmérique. Elles ont fait voir que les lignes d’égale pression marchent, sur la partie occidentale de l'Europe, à j)eu prés dans le sens perpendiculaire aux parallèles, et qu’elles se trouvent retardées par l’obstacle des montagnes. Par dessus le reste de rEuroj)e et au-dessus de l’Asie, les lignes d’égale pression deviennent à peu prés parallèles à l’équateur. On a pu voir, en même temps, quelle était la vitesse de ces ondes (').
Ce genre d’observations occupait déjà notre confrère dans la dernière partie de l’année 1835; il y prit part jusqu’en J 841, époque où un autre système d’observations plus étendu vint le remplacer.
Crahay se chargeait avec plaisir de travaux même fatigants, pour répondre aux désirs de ses confrères de l’Académie. On avait la plus grande confiance dans .ses lumières et dans les résultats de son examen; il était souvent appelé à émettre son opinion sur les questions appartenant à la phy-
(') Ces ubservalion^ mVuient d'autant plus |irécieuses que je les devais eotiè* remenl a l'obligeaDCi’ de Crahay : cVtait un savant très^réglé, chez qui les observations de nuit étaient à la fois un acte d'eitréme |»oli(esse etd'une véritable courtoisie.
<■) * t'â n'esi pas la mémedans les différentes parties de Tonde ; on
peut TestmuT de sis à dix lieues par heure. La «Hesse semble en général être d'autant plus grande, que les pays parcourus présentent moins d'aspérités. > Sur le climat de la BelgiquCf tome 11 des ondes atmosphériques^ p. 87, in-4’*. Uruxdle5« chez llayez, IH.'i*.
siqae; ses rapports étaient toujours conçus d'une manière obligeante, sans rien sacrifier des besoins de la science : ils concernaient à la fois les travaux des étrangers et ceux de ses confrères et amis, mais on aurait peine à distinguer les uns des autres, tant ses observations étaient sincères et conciliantes (').
On y remarque que les questions relatives aux végétaux et aux animaux fossiles lui étaient très-famillières : c’est un sujet dont il s’était occupé presque avec autant de passion que de la météorologie. Il suffira, du reste, de parcourir la liste de ses travaux pour se faire une idée des sujets nombreux qu’il avait compris dans scs études. Dans les premiers temps qu’il habitait l’Université de Louvain, son attention s’était portée vers l’astronomie : il avait raison de croire qu’avec la connaissance qu’il avait des phénomènes célestes et des instruments d’optique, il parviendrait à faire des observations utiles : il me parla de ce qu’il avait observé et me communiqua les résultats d’une éclipse que je fis parvenir à M. Schumacher avec les observations faites dans l'établissement qui m’était confié : malheureusement, l’instrument dont Grahay s’était servi, était trop faible pour permettre une grande précision, peut-être même le manque d’habitude avait-il mis sa bonne volonté en défaut. Le résultat du calcul entrepris à Altona ne fut guère favorable à son attente. J’eus beau l’encourager ensuite à oublier ce premier mécompte, je ne pus jamais obtenir de loi qu’il revint à l’astronomie d’observation. J’eus ainsi le regret de perdre le concours d’un savant qui, sans aucun doute,
(') En coDsnllant lu SulltUns de l’Acaddmie, on pourrait croire que bien soureoton aboMil de l'obligeance d'un homme qui, en dehon du temps donné i l'oniiersité et 1 la science, désirait ne pas rester étranger à sa famille et roulait coDiacrer quelques instanU i sa femme et ü scs enfants, qui araient droit é tes premiers soins.
avait les qualités nécessaires pour obtenir des résultats utiles.
Crahay était d’une sévérité à toute épreuve dans les expériences relatives à la science; son assentiment était favorablement reçu par les meilleurs connaisseurs; non qu’ils eussent la conviction qu’il rencontrât la vérité en toute occasion, le plus habile peut se tromper, mais on avait au moins de fortes raisons pour croire qu’il était effectivement sur la vraie route. Sa droiture, ses connaissances solides, les services rendus à la science lui valurent, en 1842, la croix de chevalier de l’ordre de Léopold : lui seul put s’étonner d’une pareille distinction qu’il méritait déjà depuis longtemps (').
Pendant la douloureuse maladie qui le conduisit à la mort, Crahay montra la résignation la plus grande : il ne se faisait pas illusion sur sa lin prochaine, mais il s’attachait à développer en lui toutes les qualités qui pouvaient adoucir cet instant cruel et faciliter son passage à une autre vie.
Ses souffrances durèrent plus d’une demi-année; cependant ses derniers instants furent tranquilles; il cessa de vivre le 21 octobre 1855, dans la soixante-sixième année de son âge.
Louvain perdit un de ses professeurs les plus renommés, et l’Académié royale un de ses membres les plus dévoués et les plus instruits.
(■) Crahay avait Hé nommé membre île la Sociëié méléorologiqiie de Londres, | au mois d'août 1839. |