‹ Sciences mathématiques et physiques au commencement du XIXe siècleChapitre 25 sur 41 · JEAN-BAPTISTE VAN EYCKEN · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE VAN EYCKEN

« Jeati-BaplisleVan Eycken était né à Bruxelles, Iel6sc|>tcrabre 1809, de Corneille Van Eycken et d’Élise Cordemans ; il exerça la profession de ses parents, celle de boulanger, jusqu’en 1829, époque de la mort de son père.

» Libre alors de toute entrave, il s’abandonna aux dispositions qu'il avait montrées depuis longtemps pour les arts, et ses progrès furent rapides. Entré à l’Académie de dessin de Bruxelles en 1830, il en sortit lauréat du grand prix de dessin d’après nature avec la plus grande distinction, en 183S. Quatre années après, il rentra à l’Académie, mais celte fois avec le litre de professeur de dessin et de peinture en remplacement de Paelinck.

» Ses études en peinture datent du mois d’août 1831. M. Navez le reçut dans son atelier, et, pendant quatre ans, Vau Eycken fut un de ses élèves les plus zélés; il y exécuta quelques tableaux, [\ne Sainte Famille, Fênus et l'Amour, Les Saintes Femmes au Sépulcre, et un Saint Sébastien.

(') La première partie de celle notice a été écrite de la niaia de Vao Ercirs lui-méme; elle contient de» détails biographiques qui seront lus a?ec loléièi et que nous o'avons pas cru devoir altérer.

Digilized by Googl

» Il partit pour Paris en janvier 1837, encourage par un subside de 900 francs, que lui accordèrent conjointement le gouvernement et la ville de Bruxelles; mais après en avoir joui pendant une année, il trouva des ressources suffisantes dans son travail, et pria le ministre de l’intérieur de vouloir en disposer en faveur de jeunes artistes moins bien favorisés que lui.

» La ville de Liège, envers laquelle il est toujours resté reconnaissant, lui acheta, à l’exposition de 1837^ pour la somme de 3,500 francs, un Christ au Tombeau, pour son Musée, et on Bon Samaritain , qui fut payé 500 francs. Dans le même temps, il exécuta, à Paris, un tableau qui est placé au Musée de Lisieux, et un petit tableau qui fut acheté par M. Berlaer, de Liège.

» En février 1838, il partit pour l’Italie avec ses deux condisciples, A. Roberti et J. Slorms. Durant son séjour à Paris, il avait reçu les conseils de De la Roche et de Schnetz ; à Rome, il eut ceux d’Ingres, si habile à inspirer aux jeunes artistes le sentiment le plus élevé de l’art.

» Fra Beati Angelico et Raphaël furent ses maitres de prédilection, et il consacra tout son temps, en Italie, à faire des éludes. En février 1839, il rentra dans sa patrie et commença aussitôt un grand tableau représentant La Clémence divine. Ce tableau annonçait une tendance nouvelle dans la manière d’interpréter les sujets religieux.

» Ce tableau eut du succès : il valut à l’artiste sa nomination de professeur à l’Académie de Bruxelles, celle de membre correspondant de la Société des Beaux-Arts de France (l^juillet 1840) et une médaille d’or, qui lui fut décernée au nom de la province de Brabant.

» Il obtint la médaille d’or à l'exposition de Paris, en

» La même année, il exécuta un autre tableau d’histoire.

Sdiitl Louis ilu (ionsufiur iiislndsaul les ijuuvrvs iluiisln hôpitaux, (|iii lui fui coniinamlé par M. ÜiMicufTbourg d'Egg(T, pour l’Ogliso (le Monccau-sur-Sambrc.

» lu! î (lu mois (le juin 1840, il avait é'poustj Julie-Anne- Marie Noël, dont le talent, le sentiment élevé, le caraelère, lui |)romettaient de longues années de bonheur. Malheureusement une consomption longue vint enlever à l’artiste se> rêves de bonliour; Julie Noël lut rap|ieléc à Dieu le H février 1848.

» Dans riutervallc, il peignit deu.\ grands tableaux pour l’église de la (]hap(dleà Bru.xelk.'S ; Le Radial des captifs chrétiens et Suint Ronifacc, commandés par M. le cure Willacrt

» Ce vénérable ecclésiastique, qui a fait preuve d'un goût si éclairé pour les beaux-arts, avait été le témoin du bonluuir de l'artiste. Le coup dont il fut frappé resserra leurs liens d’amitié, et c’est à ce sentiment que sont dus les (piator/.e tableaux de la Passion de Notre-Seigneur, qui sont aujourd'hui placés dans l’église de Notre-Dame de la Clia|iclle. Dans un de ces tableaux, que le peintre a consacré à la mémoire de sa femme, sc trouvent son portrait elle sien.

» Au mois de septembre 1847, ces tableaux furent exposés, |iendant huit jours, au Musée de Bruxelles, et ils valurent à leur auteur la décoration de l’ordre de Léopold.

)) .\ l’exposition de 1848, Van Eycken exposa plusieurs tableaux, entre autres, Lo Femme, du Prisonnier el Le Dernier Chant de sainte Cécile, deux de ses meilleures productions. Toutefois, celle de ses œuvres cpii obtint alors un succès do vogue fut son Abondance. Se promenant un jour dans les champs aux environs de Bruxelles, que couvraient, en 1847, de magnifiques récoltes, il cueillit un épi double, (!t ce fut cet épi (|ui lui donna l’idée de représenter une jeune

— osa —

mère, figurant la bonne Terre, contemplant ces deux jumeaux couchés au milieu des plus beaux produits de la terre. M. Ch. Vandenberghen acheta ce tableau, le jour de l’ouverture du salon ; mais ce sujet attira l'attention du roi et de la reine; et, le lendemain de leur visite au salon, la reine manifesta le désir d’en faire l’acquisition. M. Vandenberghen, dont les procédés délicats sont connus, consentit non-seulement à satisfaire à ce désir royal, mais il commanda, eu même temps, à l’artiste une variante du même sujet. Elle se trouve dans sa belle galerie, et le premier tableau fut offert, par la reine des Belges, à la reine d’Angleterre, qui conserve précieusement ce souvenir d’une amie et qui chargea Van Ëycken d’exécuter un sujet analogue pour le cabinet du prince Albert. Ce tableau achevé et livré, elle le lui paya un tiers de plus que le prix qu’il en avait demandé.

» A la meme époque. Van Eycken, qui avait été nommé membre du jury de l’exposition, fut élu membre de l’Académie de Belgique.

» Vivement ému par la mort de la reine des Belges, qui, en mainte occasion, lui avait témoigné une extrême bien veillance, Van Eycken retraça allégoriquement les derniers moments et les vertus de cette princesse avec un tel sentiment de mélancolie, qu’à l’exposition de 1851, la commis- .sion directrice, sur les instances du ministre de l’intérieur, pria l’artiste de ne pas l’exposer aux yeux de la famille royale. M. Vandenberghen, qui avait acheté ce tableau, en fit une exposition particulière au profit des pauvres; l’entrée, à 25 centimes, produisit 10,000 francs.

» En 1848, Van Eycken proposa à l’Académie de Belgique de mettre au concours une question sur la peinture murale ; sa proposition figura au programme, mais les concurrents firent défaut.

» Il avait compris que là était l’avenir delà peinture d’his-

loirccn et ilùsiroux d’inlroduirc dans son |)ays la

licinUm' murait!, il ne se borna pas à des recherches et à dt's essais, il parlil pour rAlleniagne, alin d’étudier par luiincine les procédés et la manière des grands maitres qui illuslrenl ce pays. Il en reçtit l’accueil le plus bienveillanl; (’.ornelius lui e.xpliqua ses admirables cartons; Kaulbach lui enseigna le |)rocédé allemand dit ff^asserylass. Il fil, en présence de ce tlernier, une tète de vieillard d’après ce procétlé. son retour en Belgique, le gouvernement l’engagea à introduire la peinture murale dans le pays et à choisir un emplacement pourson exèculiott (K) décembre I8o0|. Notre artiste reconnaissant envers son digne ami, le curé Willaert, choisit une chapelle dans son église pour y faire les peintures. Il y aborda de front toutes les diflicultés en se servant des procédés dilférenls, la fre.st]ue, le wassprglass et l’encaustitjue, et il décora le plafond par un procédé qu’il avait inventé lui-mèitie.

» .\près avoir travaillé pendant di.\-liuil mois, il finit, le ’i juin I8è>2, son teuvre, dont l'inauguration eut lieu lefidu même mois. »

l.e public vit avec inti'i'èt ces premiers essais de peinture murale; il applaudit aux ellorls de l’artiste, comme il avait applaudi ii ceux de .son ami et d(! son émule, M. Portaels, à (|ui l’on doit la décoration de la chapelle de la rue Notre- Dame-aux-Neiges.

Les amis de Van Eycken purent apprécier avec quelle active persévérance l’artiste poursuivait le noble but qu’il voulait atteindre. Déjà, depuis longtemps, il était en possession du procédé s|)écial mis en œuvre dans la peinture dos huits ligures qui décorent la voûte gothique de la chapelle coîdiée à ses soins; datis la séance du 8 août 1850 de la classe des beaux-arts de l’Académie, il déposa un paquet cacheté contenant la description de ce procédé; et, le Icii-

— oi»5 -

(leiuain, il partit pour l’Allemagne, aün d’y étudier les différents genres de peinture murale.

Ce n’est que dans la séance du 3 juin, veille de l’inauguration de la chapelle, dont la peinture venait d’ètre terminée, qu’il invita la classe à faire l’ouverture du paquet déposé dans ses archives, et le Bulletin de cette séance reproduisit tous les détails relatifs à la nouvelle invention (').

Ceux qui vivaient dans l’intimité de Van Eycken savent avec quels soins il avait étudié la grande œuvre qu’il allait entreprendre, et avec quelle distinction, avec quelle sévérité il avait dessiné les cartons des difl'érents tableaux projetés. La gravure devait ensuite reproduire l’ensemble de tous ces travaux, et il prenait plaisir à diriger lui-même le jeune artiste, M. Campotosto, à qui l’exécution en était conliée; oialhcureusement sa mort prématurée ne lui a pas permis de voir l’achèvement de cette publication.

Le mal qui devait l’enlever à son art et à ses nombreux amis avait fait des progrès rapides ; quelques chagrins éprouvés à l’époque de l’exposition de 18SI avaient contribué peut-être à aggraver sa maladie. Il sentit, plus que jamais, le besoin de s’isoler, de prendre du repos et il se décida h voyager, mais ce fut sans succès : les espérances d’un jour étaient détruites par les souffrances du lendemain.

Il revint à Bruxelles, mais déjà la science avait prononcé son arrêt :

Faui oracle ti*É|iidaure,

Tu Pas dit ; « les feuilles îles bois A ses yeux jaiiDiront encore ;

Et c*esl pour la dernière fois •

C’était peut-être avec la préoccupation de cette pensée qu’il

(■) 1853, lomc XIX, S* pirlie, pign 38C et saivanics.

relraça la scrne louclianle de la Chute des feuilles de Millevoie, ecilc autre viclitiie enlevée dans la force de son lalenl.

Toutefois, Van Kyck<'ii n’abaudoima point son art; reportant sa pensée vers l’Église, (jui l'avait occupé pendant la princi|)ale partie de sa carrière d'artiste, il entreprit le dessin d'un grand carton, rejtrésentant W-fssmuption delà f^ierge.

Il s’occu|)ait, en même temps, de dilférents portraits d’amis et de membres de sa famille, l/état de sa santé lui |)rescrivait les plus grands ménagements : vers la fin de l’été de IHo'2, d (piitla son habitation de la place de la Chancellerie, (pi’il avait pris tant de soin d’embellir et d’orner de ses peintures, et il alla s'établir dans le voisinage de la ville. Une maison un peu isolée et entourée d’un vaste jardin lui présentait la solitude et la trampiillité qui lui étaient iiéces- .saires, en même temps (|ue la facilité de contenter son goût pour la culture des plantes.

Bientôt les oppressiotis au.\(|uolles il était sujet et ses soulfrances continuelles ne lui permirent plus de se livrer à la peinture. Pour occuper cependant l’activité deson imagi- I nation, qui ne l’a point abandonné jusqu’au dernier instant, ; il em|)loyait ses loisirs à modeler des médaillons, dont les j sujets gracien.v et loucbés avec une grande délicatesse de I sentiment prouvent ipie, dans la sculpture aussi , il eût pti | aspirer à une réputation justement méritée. Ses douleurs, loin d’altérer la vivacité de ses sentiments, semblaient, au contraire, leur avoir donné un nouveau degré de bienveillance et de douce alfection. Il envoyait à ses amis ses der- | niers ouvrages, i‘t les accom|)agnait de lettres où se peignait la bonté parfaite d'un cœur droit et sensible. Il reproduisait les portraits de ceux qui, plus intimes, avaient voulu jiartager ses nuits de soull'rance cl veiller auprès de lui. Bien n’est plus propre à mettre en relief ses qualité-s merales que le sentiment de dévouement dont il était l’objet.

Ses collègues, MM. Roberli, Thomas, Henne ont rivalisé de soins, avec les membres de sa famille, pour adoucir l’amertume de ses derniers instants.

Si j’avais à retracer l’élévation des sentiments de Van Eycken et ses procédés pleins de générosité et de noblesse envers ses confrères, les exemples, certes, ne me manqueraient pas ; j’aurais à citer le bien qu’il faisait à de jeunes artistes, quelquefois même à leur insu ; la manière délicate dont il acquittait les dettes de quelques-uns, sans avoir l’air de vouloir les obliger ; et les commandes de travaux qu’il leur faisait obtenir, en les substituant à lui-mème. Son pinceau, dont il a fait un si noble usage, semblait toujours être au service de ses amis. L’un d’eux avait perdu sa mère dans un âge avancé; il ne conservait d’elle que des portraits faits depuis longtemps et qui ne pouvaient lui laisser le souvenir de ses dernières années. Van Eycken comprit ses regrets; il se renferma, et, par un heureux effort de mémoire, secondé par tout ce que l’amitié a de plus généreux, il reproduisit les traits désirés, et se fit d’avance un bonheur de la surprise et de la reconnaissance de celui à qui cette œuvre était destinée.

Cette organisation si douce, si sensible, si bienveillante, ii’a cependant point échappé aux traits de la méchanceté, disons plutôt de l’envie; car si Van Eycken n’eût été doué d’un talent réel, personne n’eût songé à l’entraver dans sa carrière d’artiste. Il avait, aux yeux des jaloux, deux torts immenses qu’ils ne lui ont point pardonnés ; outre .son mérite personnel comme peintre, il avait un caractère droit cl honorable qui inspirait la confiance et qui lui a valu de nombreux travaux, et, par suite, un état d’aisance, dont il faisait, du reste, le plus noble usage.

Rien ne témoigne mieux l’estime dont il jouissait que le concours des personnes de tous les rangs qui ont voulu

assister ù ses funérailles. Malgré l’un des froids les plus l'igoureux qu’on ail ressentis à Bruxelles, tous les artistes (le la capitale y étaient présents ; l’Académie royale était représentée par les membres du bureau de la classe des beaux-arts et par les membres de la section de peinture domiciliés à Bru.xelles, MM. Gallait, Madou, Verboeckhoven, etc.: M. Navez, l’ancien maitre, le collègue et l’ami du défunt, a été l’organe des regrets de l’Académie royale de dessin et de peinture, dont Van Eycken était l’un des professeurs; les derniers adieux de l’Académie royale de Belgique ont été exprimés par son secrétaire perpétuel ; un jeune élève de l’École de peinture est venu ensuite se rendre l’interprète des sentiments de douleur cl de reconnaissance de ses camarades (').

('} Il esl à désirer que le gouveroemeal facilite à la classe des beaus-arU d< PAcadémie, Pexécutlon d*iin travail tout national qu'elle mé<lite detniis plus de dix ans, et qu'elle a dû différer jusqu'à présent par différents motifs io.lé|»eodaou «lésa volooté. Lescauses de ce retard u'esistenl plus, et la com|iosition actuelle «le la classe permet d'exécuter l'un des ouvrages les plus beaux et les plus patrie* tiques que puisse produire aucun pays. La classe des l>eaux>arls renferme en effet pour la musk|ue, l'architecture, la peinture et les arts i|ui en dépendent, lesauii- Maires les plus précieux dans MM. François et Édouard Félis, Alvin, VanHasseU, De Buischer, Siret. Chacun d'eux a fourni les preuves de Pbahileté avec laquelle il pourrait traiter la partie de Part qui le concerne et en présenter largement les irait* princiiianx, do manière à établir entre eux l'unité que doit présooler le raMsu* générai de Tart en ffe/ÿique. Espérons que, daos ces travaux académiques, le» autres sections «le la classe des beaux -arts voudront bien seconder leurs collègoe*, en leur prêtant ItMir utile concours et en les aidant à tracer un a|»erçu «les pnnci* paux ouvrages de leurs illustres aïeux. Il serait honorable pour la classe d'avoir mis sous les yeux de la nation et de l'étranger, la part que U Belgique a payée dans la plus belle partie du monument de Pinlelligence bumaioe.

Page 1