‹ Sciences mathématiques et physiques au commencement du XIXe siècleChapitre 33 sur 41 · VINCENT GIOBERTI · texte numérisé non relu

VINCENT GIOBERTI

La Belgique se rappelle avec reconnaissance d'avoir vu souvent des hommes illustres, contraints de quitter leur pays et qui, en échange de l'hospitalité qu'ils trouvaient chez elle, transmettaient à ses fils les trésors de leur savoir et l'exemple de leurs vertus. La Belgique, comme la Hollande, a toujours tendu une main hospitalière aux victimes que des opinions politiques ou religieuses forçaient de fuir leur sol natal et d’aller chercher un asile à l’étranger. Parmi les littérateurs distingués qui ont trouvé la tranquillité sur notre sol et qui nous ont largement récompensés de l'accueil fraternel que noos nous sommes empressés de leur faire, nous devons citer en particulier un des hommes les plus marquants de cette époque et par sa vaste science et par ses nobles sentiments. Gioberti mérite, sous tous les rapports, de prendre place dans notre histoire littéraire et scientifique. «Gioberti, disait un de ses amis(*|, était philosophe

(■) VtnceDl GioberU, oéi Turin, le S avril ISO), mourut 1 Paris, le 38 octobre 1853.

(*) Oraiioo funahre de V. Gioberti, prononcée par M. Giuseppe Haitari, l'un des amis Ica plus ounslaoa et les plus iléroués de l'ilinatre écrivain.

i;l penseur eoinnie Plaloii, comme saint Augustin, comme Vico ; il était écrivain comme peu l’ont été et léseront en Italie, parce que sa langue était pure, dégagée d'imitation étrangère, parfaitement classiq\ie, mais en meme temps vive et colorée, tout à la fois antique et moderne, vivant enfin de sa [)ropre vie, des pensées et de l’imaginalion de celui qui s’en servait. Il était citoyen dévoué et incomparable; mais (lioberti était pins que philosophe, plus qu’écrivain, plus (pic citoyen : c’était un homme riclie de ciHlc vertu qui rapproche le plus la créature de son Créateur, de cette vertu qui est la science du eu'iir, la charité; et l.à est le tribut que ses amis doivent rendre, au-dessus de tout autre, à sa mémoire vénérée. I.a jiostérité et l’histoire jugeront le philosophe, l’écrivain, l’homme politique, le citoyen, et le placeront à coté du Dante et de Machiavel; le monde saura (pie c’était un homme d’une intelligence exceptionnelle, sinon nniipie : c’est à ses amis qu’il appartient de dire et de répéter qu’il possédait le cœur le plus rare. » .\vant de rappeler en qnehpies mots ce que notre Belgique doit à cette ànie d’élite, nous emprunterons encore à son ami les quelques renseignements sur ce qui concerne sa Jeunesse et sur la fin (lésa carrière, qui brilla d’un éclat si vif et qui fut si brusquement rompue.

» Gioberti naquit à Turin, le 5 avril 1801 ; le 9 janvier 18!2f>, il fut lauréat en théologie; le 9 mars 1825, il reçut les ordres sacrés, et le 1 1 août de la même année, il fut agrégé au collège théologi(pie. Ou raconte que ce jour, l’un de ses juges disait ; Nous avons aujourd'hui agrège à noire collège UH jeune homme gui en mit plus que nous tous. Kn 1828, il lit un voyage en Lombardie et dans l’ilalie centrale, et noua, dès lors, avec Giacomo Léopardi, les liens de cette tendre amitié dont il parla plus tard dans ses ('cril.s avec des regrets si profonds et si éloquents. Devenu chape-

lait) du roi Charles-Albert, puis emprisonné et exilé (i833), il vint demeurer à Paris jusqu’en 1834, et de là se rendit à Bruxelles, pour s'appliquer, dans un institut privé, à l’enseignement des sciences philosophiques et morales. Dans cette ville, il reçut un accueil plein de bienveillance qui lui facilita les moyens de se procurer des livres et d’étudier, et on lui témoigna une affection dont il se plaisait à entretenir souvent ses amis avec des expressions de sincère gratitude. Eu 1838, il publia la Théorie du surnaturel; en 1841, V Introduction à la philosophie, et une lettre en français contre les doctrines religieuses et politiques de l’abbé de Lammenais; en 1841, le Discours sur le beau et les Lettres concernant les erreurs philosophiques de Rosmini ; en 1843, La Primauté morale et civile de l’Italie, et le Traité du Bon; en 184S, les Prolégomènes à la Primauté; en 1847, Le Jésuitisme, moderne, et, en 1848, V Apologie du Jésuitisme moderne. Pendant l’été de 1845, il lit un voyage dans la Prusse rhénane^ et s’y lia d’amitié avec le professeur Clément de Bonn et avec M. Sudhof, qui traduisit en langue allemande le Discours sur le beau et qui, dans la préface de cet ouvrage, nomma Gioberti le plus haut représentant de l’ontologisme de notre époque {Der tüchtigste Fertreter des Ontologismus in unserer Zeit). Il passa l’année 1846 à Paris, et, vers la fin de cette année, il se rendit à Lausanne pour surveiller l’impression du Jésuitisme moderne , d’où il revint de nouveau à Paris, dans le milieu de 1847.

» Le 25 avril 1818, Gioberti partaitde Paris et retournait à Turin : le roi le nommait sénateur du royaume; un collège électoral de Turin et un autre de Gènes le choisissaient comme député au parlement national. Le soir du 7 mai suivant, il partit de Turin et arrivait, pendant la journée du 8, à Milan; il se rendait ensuite au quartier général et pour-

suivait son voyage vers Parme, Gènes, Livourne, jusqu’à Koine; et de là, par la Romagne et Florence, il revenait de nouveau à Turin. Princes el peuples l'accueillaient comme un triomphateur; le souverain pontife lui accordait des audiences particulières; le grand-duc de Toscane envoyait près de lui, à Livourne, son ministre Ridolphi, pour lui présenter les insignes d’un ordre de chevalerie. .\u même moment, la chambre des députés le nommait, par acclamation, son président. 11 lit partie du ministère formé par le général Collegno, en juillet 1848, et qui cessa le IG août. Le IG décembre de la même année, il fut élu pré.sidenl du conseil el ministre des all'aires étrangères de S. M. le roi (iharle.s-Albert. La chambre di.s.soute, il fut élu simultanément par dix collèges électoraux, les troisième, quatrième, cinquième et septième de Turin, celui de Cirie, celui de Pignerol, celui d’Asti, celui de Cuorgné, celui de Pont- Stura et celui de Savone. Le t21 févriei’ 1849, il n’était plus ministre et commençait la |>ublicalioit du Sagyialore. Dans les derniers jours de mars 1849, il fut appelé par S. M. le roi Victor-Emmanuel dans son conseil, el envoyé à Paris, chargé d'une mission extraordinaire! il se démit bientôt de celle double charge, lit don à Venise de ses appointements (domine président du conseil, el refusa toute espè'ce d'honneurs el de pensions. Réélu député par le troisième collège de Turin, le ITi juillet 1849, il n’acce|>ta point ce mandat. En 18o0, il lit réimprimer la Thi-tn ie du surnaturel, l'orna d’une nouvelle préface, et lit recueillir ses ouvrages politiques par un ami. En l8ol, il publia les deux volumes du Hinuovameiite, et ensuite, dans les premiers mois de l’année courante, (pielques opuscules de polémique dont, par amour pour la conciliation, il lit jeter l’un d’eux aux flammes.

» J’ai recueilli ces dates, parce que chacune d’elles rappelle une époque el sf'rvira dans l'avenir à l’histoire.

» Gioberli était grand de sa personne, blond et de fîgure agréable; il avait le front très-vaste, les yeux vifs et continiiellement en mouvement, la lèvre très-fine et toujours empreinte de cette douce ironie qui flagelle le vice sans injurier le vicieux. Il était toujours gai, agréable, cordial; la sérénité de son visage réfléchissait l’inaltérable sérénité de son âme. »

Forcé de quitter sa patrie, en 1833, Gioberti se réfugia à Paris, et, l’année suivante, il vint s’établir à Bruxelles, où il fut reçu avec affection par ses compatriotes et spécialement par la famille du marquis d’Arconati et par l’excellent comte Arrivabene. Au moment où il dut fuir l’Italie, Gioberti, malgré sa vaste science, se trouvait dans le déiiùment le plus absolu; il fut contraint, pour éviter une arrestation qui le menaçait, de s’esquiver à pied à travers les Alpes; toutefois son calme philosophique n’en fut pas ébranlé. Par la suite il parlait gaiement de ce voyage pénible fait sous de si tristes auspices. Sa position n’était guère devenue meilleure lorsqu’il arriva en Belgique : il fut cordialement reçu par scs compatriotes, et le bon M. Gaggia, qui avait ouvert, à Bru.xclles, un pensionnat modèle, où se trouvaient plusieurs des hommes les plus distingués du pays, fut heureux de le recevoir comme professeur de philosophie. Gioberti y trouva, entre autres collègues, MM. Raoul et Bergeron pour les lettres, et MM. Plateau et Meyer pour les sciences : cet établissement pouvait, à cette époque, être considéré avec raison comme le premier du pays

Bientôt notre ardent philosophe eut pris connaissance de ses alentours ; et sans être désormais gêné par les besoins matériels de l’avenir, toutes ses pensées se portèrent sur les travaux intellectuels dont il comptait s’occuper. Il se condamna au régime le plus sévère; une partie du jour et la nuit entière étaient employées à ses travaux : deux à trois

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heures seulemenlélaientiJoniKjes au sonimeil.il availen même lemps pris le parti de réduire autant que possible le nombre des amis qu’il se proposait de voir; il n’en comptait guère que trois ou quatre, et encore fallait-il prendre des heures où ses visites ne seraient point dérangées par des étrangers.

I.e premier soin île Gioberti pour faciliter son travail fut tle faire un catalogue étendu des ouvrages divers qu’il avait à consulter et qu’il désirait étudier au besoin ; la connais- ■saiice à peu près générale qu’il avait des langues modernes et des langues anciennes lui lit donner un grand développement à cette liste; et quand son catalogue fut arrêté, il fut soumis, par un doses amis, au.\ conservateurs des principales bibliothèfiues du royaume. L’accueil le plus empressé et le plus favorable répondit à cet appel, et la bibliothéqne de Bru.vellos fut la |iremière à se mettre à la disposition de Gioberti. Trois ou quatre ouvrages à la fois étaient remisa l’auteur, qui en prenait connaissance. Ces envois fréquemment renouvelés par les bibliothèques de Bruxelles, de Louvain, de Liège, de Garni, etc., fournirent successivement à Gioberti tous les écrits dont il avait besoin; il e.xprima lui-mème son étonnement d’avoir pu les trouver aussi rapidement et d’une manière aussi facile. Bien peu d’ouvrages manquèrent à .son appel ; en pareille circonstance, quelquefois des bibliothèques particulières suppléaient aux bibliothèques générales qui ne possédaient pas les ouvrages demandés.

Gioberti pa.ssa plusieurs années au milieu de ces recherches fatigantes : il se plaignait parfois de maux de tète et des inconvénients que devait nécessairement produire un sysième de travail au.ssi pénible; mais toutes les prières de l'amitié ne purent rien pour le faire diminuer et pour l’atténuer au moins en partie.

l’oul en s’occupant de littérature et de philosophie.

Gioberli n'avail cependanl pas négligé l’étude des sciences : il désirait se faire une idée nette de la théorie du calcul infinitésimal et de sa manière de procéder; il voulait surtout en saisir la partie philosophique. L’ami à qui il s'expliqua à cet égard crut le comprendre facilement; il ne se dissimula cependant par les difficultés; mais il en Ht l’essai, et put se convaincre plus que jamais de la netteté des idées et de l’étendue des vues du philosophe italien.

Un soir que Gioberti se trouvait avec moi, je reçus inopinément la visite d’un des savants les plus distingués de l’Allemagne, le profond géographe Charles Ritter, qui, en passant par Bruxelles, voulut bien penser à l’observatoire et me donner quelques instants. Gioberti se montra d’abord taciturne, comme c’était son habitude avec des personnes qu’il ne connaissait pas ; puis il prit successivement part à la conversation ; et peu à peu ils en vinrent tous deux, sans s’en douter, à leurs idées favorites. Us passèrent en revue les différents peuples du Nord, et spécialement ceux de la Suède et de la Russie, en considérant leur origine religieuse^ leur langage, leurs habitudes, etc. Gioberti connaissait le savant à qui il avait affaire ; mais il n’en était pas de même de Charles Ritter : le nom de Gioberti lui était inconnu. Notre philosophe n’avait pas encore publié les ouvrages dont il s’occupait à cette époque avec tant de soin et qui lui ont fait tant d’honneur par la suite. Minuit était passé depuis longtemps; ils songèrent enfin à se retirer, mais avant de se séparer, Charles Ritter me prit à part et me demanda avec empressement quel était le savant profond à qui il avait affaire; je dus me borner à répondre qu’il le saurait bientôt et que le premier ouvrage de Gioberti paraîtrait sous peu. J’avoue avoir été vivement touché en voyant le talent du savant italien si profondément estimé par l’homme en cITet le plus capable de le comprendre.

Gioberli, au jugement d(! tous les amis île la langue ilalienne, écrivait avec une élégance remarquable : sou expre<sioii était l'ortc et la [lenséc était toujours reiultic avec noblesse. On distinguait facilemetit à sa manière d’être avec ses interlocuteurs l'estime qu’il leur portait, tout en conservant cependant la politesse qu’e.xigeaient les convenances. Avec l’homme de talent, son discours prenait un tour grave et sérieux : on reconnaissait sans peine l’iiomme supérieur, tandis que des distractions assez fréquentes le surprenaient avec des causeurs ordinaires et donnaient lieu parfois aux mépi'ises les [)lus singulières. En présence de causeurs sullisauts, il gardait le silence; seulement un sourire pres- (|ue invisible .se peignait plus encore dans son reganl que daiis le mouvement <lc ses lèvres.

Il y avait quelques personnes pour qui Gioberli professait l’estime la plus grande, et il convient de dire que ses prédilections se portaient toujours sur des liommes distingues, non-seulement par leurs talents, mais surtout par leurs vertus et la bonté de leur caractère. L’estime qu’il leur témoignait prouvait sullisammeut en faveur de celle qu’il méritait lui-mème : de ce nombre était l’illustre écrivain Silvio Pellico (').

(') Je relrouvc, |»artni les papiers que m’a laisst^s Gioherti, leHr«<leff liltér.iteiir t je cileral rnne pour permellre d'apprécier l'esUme qi»c

(leux illiisire'i «’erivains pnriaieni iiiiitucllement, el je la reproduirai en italien |K>ur ne rien ôler à la f;râce du style :

« >lio Caro Gioherti.

•' Uiiolini elle la tua .sainte abliia aviiio di miovo alcune Scosse^ e ii raccomar.d* tulle quelle ra^ionevoli alteiizioni che possono soslenerla. Coloro che t'amsno. t\iei'u*i.ino d essere facilmente iratlo dagli sltidj a diraenlicare ogni riposo. Dch’ VI bada prima che tu .sia Vecchio. Vengono presto gli anni, e lo so io, cbe la mecchanica seombiissolata non s'aggin.sla pin. >l'alzo, ini inuvo, ma patisco. E lalvoila sono inetio lino a scritere due righe. Or lutlavia parmi che la pnroasera lui lorrida alquaiilo e da airuni di respiru meglio. Cosi solessero andarsen^ le w iligiiii, male a>sai brutto’ \ero é che tutti i inali mi dispiacciono r iroppo

Gioberli se rendit à Paris en 1846, après avoir vécu pendant douze ans dans le silence et presque uniquement occupé des grands ouvrages qui le firent connaître plus tard au monde savant. L’Italie était près de commencer la carrière politique qu’on lui a vu parcourir depuis avec tant d’avantages, et l’on était loin de pouvoir en apprécier d’avance tous les résultats. Gioberti lui-mème , quoique prévoyant depuis longtemps le grand mouvement qui se préparait, était loin de le croire aussi voisin, et surtout de prévoir la place importante qu’il serait appelé lui-même à y remplir. Voici quelles étaient, dans le premier instant, ses idées à cet égard ;

« Tout ici annonce une révolution nouvelle qui n’est

pas éloignée. Je commence à me résigner à cet état de choses, qui me parait l’effet d’une de ces lois nécessaires qui règlent la .société. On a raison de vous appeler socialiste, puisque vous avez écrit la Physique sociale; mais je voudrais bien que vous y ajoutassiez un chapitre sur l’aveuglement des conservateurs. Il est tel qu’il tient du prodige : et précisément parce qu’il est an delà de tonte mesure, il me parait fatal et providentiel. On sait que ces messieurs sont poussés par une force inconnue vers le terme qu’ils veulent

mi Ugno; il che ti |»rovi quaiito il |K>vero originale t>oco loroigli al bellis?>imo ritraltoche sfavilla lü laiila luce nella lua dedica. Tu aei un uomo aenza pielà, lu sei diverlito colle lue immortali (lagine a farmi arrosire di rae dnehé vito. — Non ho kilo ancora le speranie d^Italia di Baibo ; aspellu reaemplaie ch*ei m*a dcsiinaio. È conlentissimo delta letlera che lu gli hal scriUa^ e ti vuok aisai bcoe.

• lo fono slalo piii seltimane non leggendo quasi nulla perché gli occhi non mi »enrivanoi ora i nervi ottici mi si vaniio rinfozzaiido. Buona bo ancora la memoria, e ne riugrazio Dio, e vivo pure ho Tudito, e vivissimo il cuore. Sono graiie che vorrei conservare lino air ora délia mia morte,

* Aioami, e prega per me che per le prrgo e t'amo.

• T'abbraccio e »ouu

• il luo SiLvio Peuico

* 35 apr 1844. *

tiviUT, il |)(Hi prés eoinintMiii lioinine à vertiges, dont la pour accélère la cinite dans le jirécipice. Ainsi, je me résigne, et j’espère qu’avec le sacriticc d’une ou de deux générations, il pourra sortir de tout ce chaos quelque chose de meilleur.

» Il va sans dire que ces craintes et ces espérances ne sont point communes à mes compatriotes. A Turin, on croit fermement à l’éternité de l’ordre actuel. I.e statut doit durer au moins jusqu’à la lin du inonde. On s’y épanouit de bonheur avec une conliance dont il vous est impossible d’avoir l’idée. Moi aussi, ji' suis en suspicion de socialisme, paroqueje leur prédis que ce système tôt ou tard aura le dessus. Gardez-vous, en écrivant à 'l’urin, il annoncer une éclipse.

» car on dirait que vous en êtes l’auteur » On voit que

Gioberti ne supposait pas les idées de ritalie aussi avancées qu’elles l’étaient réellement.

('/est au commencement de IH4(i (le 9 février) que, l'.Xcadémie royale tle Belgique, voulant donner à Gioberti un haut témoignage d’estime, inscrivit son nom parmi ceux doses associés. L’éminent écrivain accepta ce titre avec autant de modestie que de reconnaissance envers un pays où il avait laissé de sincères amis et de nombreux admirateurs de .son talent. « L’honneur que l’Académie royale de Belgique vient de me conférer, écrivait-il dans sa réponse au secrétaire perpétuel, en m’agrégeant aux associés étrangers de la classe des lettres et des .sciences morales et politiques, et que vous m'annoncez d’une manière si alîectueuse, est tellement supérieur à mes faibles mérites, que je me trouve embarrassé de lui exprimer dignement ma reconnaissance. En cherchant les causes qui ont pu motiver cette faveur insigne, je nen trouve aucune, excepté cette bienveillance généreuse qui caractérise votre, nation, et qui, m’ayant accordé, pendant dix années de mon exil, une hospitalité cordiale, a voulu couronner son oeuvre et encourager par une marque si flat-

(euse mes essais lilléraires... ('|. » Et, en effet, apres son départ de Belgique, Gioberli se rappelait souvent avec attendrissement les années qu’il y avait passées dans l'étude et le recueillement, années qui avaient vu naître ses plus beaux titres à l'estime du monde savant.

Peu de temps après notre séparation, je reçus de lui une lettre qui m’indiquait la marche suivie dans ses travaux, et qui rappelait en même temps, en quelques mots, les idées philosophiques qui le dirigeaient plus spécialement dans ses études {’).

(•) Quante voUe fra ti fragore dei popotari appiauiif fra gti atteitali d'eniu$üi$mo che â'ogni parte gli ii faeetano^ egli ramfn«n«it'a ton rin-

ertieimento la tua umih et ditadoma celta di Bruttelle, e rimpiagneva la modetta vita delV esiglio ! C’e»! ainsi que s'eiiirime Thurame que Gioberli plaçait le plui avant dans sa confidence et son amitié (M. Hfassari, dans le discours qiril prononça h Castellamonle, à roccasion des riinérailles solennelles que Hreiit célébrer les autorités de Turin, le 13 décembre 1859; nous en avons donné plus haut un élirait).

(*) On pardonnera les mots trop bienveillants dont s*esl servie Pamitié, pour n*avoir épard qii’i deux choses : an point de vue philosophique dans lequel rauteur s'était placé en composant ses écrits et au calme étonnant avec lequel il a assisté au renversement de la monarchie française. J'ose croire que celte lettre en dira plus sur Gioberli que ne pourraient exprimer des papes nombrenso. • J'ai lu votre livre rempli de vues aussi soluies que nouvelles. Peu d'outrapes ont une portée aussi haute en philosophie et en }>oMliqtie, et dans le même temps une hase aussi ferme puisqu'il se fonde sur l'expérience. J'y pensais âujourxrhni

CO parcourant les Tuileries prises et dévastées par le |>enple Je me prxqHtse

(Je lire et d'étudier votre livre. Je crois qu'on peut bJlir U-dessns tout un système de jioliilqne. Vos conclusions coïncident avec les miennes : vous êtes parvenu par la voie sûre de rex|»érience et de l'induction au même point ou je suis arrivé par un procédé spéculatif qui est fort loio, sans doute, d'inspirer la même eou> fiance.

• Paris présente, dans ce moment, un spectacle extraordinaire Point de voilures et peu de monde dans les mes. Des troupes d'hommes en blouse qui chaiilent le fameux Ça ira et qui sont armées de fusils et de sabres. Des dévastations de toute eNpéce, et surlonl des corps de pardc qui fiitnenl. Je crois que la Chambre de» députés est en permanence.

» On dit que Louis-Philip|ie a abdiqué et que la duchesse d'Orléans a été nommée régente. Mais ce sont là des bruits qu'il est impossihie, dans ce moment, de vérifier

» Paris, 94 février 1848. — 19, Allée d'Anliii. •

Il ne mapparticnl pas il'cuipicler sur le domaine de l’hisloirc et de mentionner la part active que Gioberti prit, bientôt après, à la vaste réforme qui s'est accomplie dans sa patrie. Je n’ai eu pour but, dans ce qui précède, que de rappeler la manière utile dont ce grand écrivain est intervenu dans notre histoire littéraire et le nom honorable qu’il a laissé dans notre pays. Lui-méme s’est rappelé, avec plaisir et jusqu’au dernier instant, la Belgique et les souvenirs qu’il en avait conservés (').

Il mourut à peu près subitement, dans la nuit du 25 au 2t) octobre "18.52. Sur son lit, dit son ami M. Massari , SC trouvaient ouverts deux livres ; l’Imitation de Jésus-ChrisI et les Fiaticés; le livre était ouvert à la page où il est question de la peste de Milan et de l’héroïque charité de saint Boroniée. Le gouvernement sarde lui a fait ériger depuis une statue dans la ville de Turin.

(*) Voici quelfjitcs mois pxtrails «l’une lellre qu’il mVcfivail de Paris, le 1" juiUt'l Î852, c’esl-à-dire vers l’é|»oi|ue de sa mon : « Depuis plusieurs mou. je me proposais toujoiiis de faire iiiitt corn ue à Unixellcs, el de vous offrir en personne un exemplaire de mon dernier ouvrajje. Ayant été empêché, par des occupations imprévues el par l’état de ma santé, de réaliser mon projet, je prends U lihcrlé de vous faire parvenir mon livre.... » Paris, 1**’ juillet 1852.

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