THOMAS-ROBERT MALTHUS
Kes études des statisticiens et des économistes les plus distingués ont fait connaître l’intérêt qui se rattache à une petite nation réunissant avec zèle et avec exactitude les données d’une statistique générale. C’est, en effet, dans des populations limitées et dont on peut sans effort étudier les différentes parties, qu’on a le plus de chances d’obtenir cette précision et cette éloquence des chiffres qui en forment le principal mérite.
En France, les hommes les plus distingués, tels que Laplace, Fourier, Poisson, J. -B. Say (*), Villermé, Benoiston de Chàteauneuf, pour ne parler que de nos prédécesseurs.
(1) Thomas iloberl HaUhu< élail né à Rookery, près de DorkinK, com(é de Surrey, en Angleterre, le 14 février 17RG; il est mort à Balh> le 39 décembre 1834.
1*) J*avais sonvenl entendu parler des extrêmes préventions de J. -B. Say contre les travaux statistiques, avant que j'eusse l'honneur de connaître ce savant. Il existait cbex lui des préventions san> doute, mais c'était contre tes nomitres choisis et arrangés avec prédilection pour soutenir un thème arrêté d'avance et tel qu'on en voit naître chaque jour sous la plume de nos rêveurs d’idéen économiques nouvelles, qui produisent des points d'arréi dans la science plutôt que des moyens d'acheminement : ou bien encore, c'étaient des idées préconçues et jetées en avant avec trop de rapidité, qu'il s'attachait à combattre. Voici le passage d'nne lettre que ce savant distingué m'écrivait depuis i ce sujet : • Il est une considé* ra|ion bien importante pour la durée de la vie humaine et |»our les calculs qu'on
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élaicnl pleins de confiaiue à lel égard ; mais ils connaissaient en même lem[is la prudence avec laquelle il faut avancer. Je n’ai pas trouvé moins de confiance en Angleterre chez de célèbres écrivains, tels queMaltlius, Hallam, le professeur Jones , Lubbock , (î.-R. Porter, cl je pourrais en dire autant de rAllemagne et des pays habitués à marcher d’un pas ferme dans le vaste champ de la science.
l-e hasard me plaça, il y a plus de trente ans, dans la |iosition la plus favorable pour m’éclairer à ce sujet. J’étais arrivé à Cambridge, pour assister à la troisième réunion de l’Association britannique, et je me trouvais bospilalièremeni logé chez un des savants anglais dont je faisais le plus de cas et pour sa personne et pour l’étendue de ses connaissances : j’étais reçu cIk'z M. Whewell, recteur du Trinily Collège et recteur de l Universilé île Cambridge ('). Je m’étais trouvé avec lui, quelques années auparavant, au congrès scientifique de Heidelberg, et dans la réunion actuelle il voulait bien me céder obligeamment une partie de sa demeure; j’eus le plaisir d’y voir plusieurs des hommes les plus honorables de l’.\ngleterrc. M. Babbage, que je comptais également au nombre de mes anciens amis, amena successivement à nos petites réunions plusieurs savants distinguésdans
petit Mire .'lit sujet des proh.ilti)il^$ de l.i vie, c>st ie degré approximatif d'aisance des Mmillcs ; car le plus ou le moins d'aisance fait, je crois, varier du double au simple la vitalité; ce qui rend absolument illusoires les calculs des assuraucef et des rentes. Mais je ne me dissimule pas la dilTicuIlé qu'on trouverait à eonsialer l'imporlancc des furliines. Il faudrait du moins la signaler, car des ixr* sonnes cAoisies, comme relies qui prennent part aux tontines, sont tout à fait jetées dans IVrrcur par nos tables de mortalité «Iressées sur des masse* comme relies que donnent les populations indislinetes. *• Ces mois montrent a«ei que les objections portent sur les abus et non sur le calcul même quand il est fait avec prudence et savoir.
Combien peu de personnes qui .s'occupent de statistique savent qu'elle forme une science, et l’une des plus dilTiriles, soumise au jugement des hommes appelés à recueillir des fruits de son étude.
(') Ka science vient de perdre cet homme distingué; voyez plus haut, page 665.
les sciences politiques qui se trouvaient alors à Cambridge. Je fus heureux d’y retrouver Malthus^ dont j'avais déjà fait la connaissance à Londres et dont la modestie me charmait autant que la profonde science, de même que le savant historien Hallam, l’économiste Jones, MM. Lubbock, Richard Taylor, etc. ; bientôt notre réunion fut aussi nombreuse qu’aucune des sections de l’association britannique!*).
J’ai parlé de Malthus, dont on a souvent travesti les pensées et les paroles ; on sait les cris que proféraient à l’étranger contre lui des personnes qui ne connaissaient ni son caractère honorable ni ses écrits. Quelques mots lancés peut-être dans un sens trop absolu et faussement interprétés par ceux qui avaient cru les comprendre, sont parvenus à soulever des orages contre ce savant honorable.
Malthus avait fait scs études à Cambridge, dans le Collège de Jésus; il y avait pris ses grades en 1788, et il passa, l’année suivante, dans les ordres ecclésiastiques. Il publia, en 1798, son Essai sur la population, avec des remarques sur les spéculations de Godwin et de Condorcet, 1 volume in-8“. Cet ouvrage, qu’il a retouché à différentes reprises, a principalement contribué à fonder sa réputation. En 1804, il fut nommé professeur d’histoire et d’économie politique au Collège des employés de la Compagnie des Indes, qualité qu’il conserva jusqu’à la fin de ses jours.
Sans avoir de litre légal dans Wd ssociation britannique, pour y traiter de la statistique, le nombre des savants atla-
(') l/associalion coroplait alor« cin<| cédions «lifTrremes, lavoir : section. Sciences malhémati'tues et physiques. t* section. Chimie el minéralogie.
3' section. Géologie et ^léograpbie.
4* section. Uisloire naturelle.
5^ section. Anatomie et médecine.
La 6' section fut celle de statistique. Depuis on en a créé detii nouvelles ; 7* seelion. Pour la géographie el Tethnologie. 8' section. Pour la mécanique.
chés à CPlle science finit par croilre à tel point que la demeure de M. Wliewell devint trop petite et que cette espèce de section nouvelle de l’Association britannique fut une des plus importantes par le nombre des auditeurs et par les sujets qu’on y traita, l/’association nouvelle qui se formait appela Malthus à occuper le fauteuil, mais le savant anglais évita, avec prière, l’honneur qu’on voulait lui confier. M. Babbage, pour éviter tout inconvénient, voulut bien occuper la place qu’on lui ofl’rit et dirigea les débats : de son côté, M. Drinkwaler se chargea obligeamment des fonctions de secrétaire.
F. a première question qui s’éleva roulait tout naturellement sur la forme à donner au.\ travaux statistiques pour assurer leur uniformité et leur exactitude, et pour pouvoir en même temps les rendre comparables La position des questions fit sentir immédiatement la nécessité de les examiner avec soin et de reconuaitre l’avantage qu’auraient les nations à travailler sur un plan uniforme. Je demandai, plus tard , à Maltlius de vouloir bien me permettre de communiquer à notre gouvernement les demandes qu’il regardait comme les plus importantes. Peu de pays, par leur position, par la nature de leurs limites et la tenue des registres de l’état civil, méritent autant que le notre d’étre étudiés sous le rapport de la population ('). Les renseignements que je fus à même de présenter à Cambridge, et l’assurance que notre gouvernement se prêterait volontiers à faire toutes
(') C«’ qm SMilt’st e\lr.iil («•xtocliement du lome VUI, pdg»' 15, dtr ma Correipondnncf mttîhemalitiue , 1 8-‘55 , où , à cAU' destrautiu du non?câii comiU |Kuir irMvauT siali'iiqiur^, j*.ii rrndt» compte des séances de PAssociaÜon de Cambridge ei spécialeroenl de Péiai des iravaia sur les étoiles filantes. On commençait alors à s*cn occuper a»cc aetnilé, ainsi que des travaux de sir Joho Hrrsclu'l, de Brewsler, de WhoaUtonc, de Moyd, d'Airjr, de Forbes, de Snow Harri», sur la théorie des marées : les travaux de MM. Whewell el l.iihhock donnèrent lien A des communications intéressantes, de même que les constantes et ta machine à calculer de Babbage.
les recherches dont la science aurait besoin, permirent de croire qu’on pourrait avec succès prendre notre royaume comme offrant les conditions désirables pour servir de sujet d’études.
En conséquence des propositions que je me crus autorisé à faire, Malthus voulut bien me remettre les questions suivantes, que je me suis empressé de communiquer depuis, en Belgique, à M. le ministre de l’intérieur, qui me promettait de faire réunir les éléments nécessaires pour y répondre d’une manière satisfaisante.
Malthus demandait :
« Le nombre des naissances que produit chaque mariage pendant sa durée;
» Le nombre proportionnel d’enfanis qui arrivent jusqu’à l’époque du mariage;
» Le nombre des enfants vivants pour chaque mariage ;
» Les salaires pour les manufactures et l’agriculture dans les différentes provinces, particulièrement le pri.x d’une journée moyenne de travail pour l’agriculteur:
» La quantité de froment que le prix d’une pareille journée peut produire dans les temps ordinaires;
» Le prix moyen des différentes espèces de grains;
» La nourriture habituelle du journalier ;
» Le nombre proportionnel des mariages stériles;
» Le nombre proportionnel des mariages ayant cinq ou plus d’enfants en vie. »
Le comité exprima aussi le désir de connaître les mesures prises, depuis 1815, par le gouvernement belge, pour la diminution de la mendicité (').
(') Voici en qnels (erme« U Société «latistiqne de l.x)Ddreiy ü m oaii«ance, fut recommandée par le comité de rAfiociatlon britannique :
« A permanent Coromiltee of thit leclion waa appointed. Profeaser Bahhage wa» requealed to aci as chairmao^ and M' Driokwater as secreiary.
Le zèle apporté aux travaux de cette partie des sciences politiques suliit |)our réveiller l’allention d’un peuple tel que le peuple anglais, qui, mieux que tout autre, pouvait en apprécier les besoins. Aussi les travaux statistiques turent-ils l'cgardés comme une des branches de l’Association et rangés désormais parmi les travaux les plus utiles dont la nation anglaise eut à s’occuper, mais sous la réserve de ne considérer celte aimexion nouvelle qu’eu renfermant la statistique dans les limites de la science.
La ciéaliou du comité de l’.Associalion l)ritannique fut non-sculemeni reçue avec faveur, mais on vil se former, immédialcmeni après, la Société de statistique de Londres, dont les travaux occupent aujourd’hui une place importante dans la science, ainsi que la plupart des autres sociétés statistiques dWnglelerre et d’Kurope : peu de pays, en effet, par lem-s relations et par leui' caractère pratique, présentent autant de chances favorables à ces éludes. Ce fut encore à la suite de la grande exposition de Londres, ainsi que le rappelait l’honorable prince Albert, dans l’un de ses dis-
•' In .1 iopori üince a<i«ii*es<p(i In (lir connril hy {ht« commiUce, i( i« ihi; cnmiiiidcc* lovin;; «leotm'J il tri (o promote lhe formalion of a StaliS' Itcal Soci<>ly iii Lonilon, a public nu-cling was hebi on Ibe I5th of March, 1854, al which it uas rc«ülvi‘il lo c&iablish sucli an institnlion. The Sociely alre>n1y iiirltidcs more tlian (hrcc hnmlrcd niimbcr» ami has issued a ülatement of ils objets and te;4>tlations wlilch issiibjoined in the appentlin.
»> The cominiliec n-mark, ilial « (hnn^h ihewanl of snch a Sociêly has been lonj; fcll and acknowlctlgcd. lin* sncccssfiil esiatdishmeiU of it, afler every prenons atleinpl has failed, lias been duc alio^'clhcr lo lhe impulse given by (he 1â»l meeting uf ihc Association. The distingnished foreigner (M. Owcielcl) who con* Iribiitcd so nialei ially to lhe formatioti of lhe sUtislical section, was attracled lo Englami principally wilh a view of allcmiing ihal meeting; and lhe commiltee bail ihis as a signal instance of lhe benefîcial resiills to hc expected from (bat Personal intcicourse among lhe enlightened men of ail cuntrics, which it is a principal objecl of (he Rrilish .Association to encourage and facilitale. » (Beport on lhe third meetfngof the iiritish ^tssoriatiou for the advaueement of science, held ad Cambridge tu 1835. Londres, chez J. Murray, I vol. in-8®, pages 483 et 484; an. 1834.)
cours ('), que se forma, à Bruxelles, la réunion des diverses nations pour la création d’un congrès de statistique générale; el c’est pendant le quatrième congrès (celui de Londres même) que les nations unies entre elles entreprirent l’essai d’une statistique générale (*J, pour préluder aux grands travaux qu’on paraissait en droit d’attendre des délégués des différents pays.
Il est à regretter cependant qu’à la réunion de Cambridge, lors de la création de la section de statistique, la multiplicité des occupations n’ait pas permis aux membres les plus exercés d’entreprendre l’cxameii d'un des développements de la théorie des probabilités et de faire entendre leur voix sur une question qui les touchait de si près : je veux parler particulièrement des astronomes tels quesir J.Herchel, Airy, Baily, Hamilton, Robinson, etc., qui, retenus par les travaux d’une autre section, auraient pu joindre leur suffrage en faveur d’une science qui appartient autant à l’astronomie qu’à la statistique, et, en général, aux sciences qui comportent, dans les observations, une précision plus ou moins grande qu’il s’agit de savoir apprécier. On reconnaîtra .sans peine, en effet, que ce sont surtout les astronomes qui, les premiers, ont porté l’attention sur la précision des documents statistiques et la construction des tables de mortalité et de population.
{*) Le rlUconrs |»rononcé par S A. R. le prince Albert, comme président de PAssocialion du quatrième con^trèi de maiistiqiie qui eut lieu A Londres, Someraethouse, en Juillet tS60. (Voyea plus haut, page 97 et suivantes.)
(*) L*arrélé royal qui créa la Commission centrale de slalistique de Rruxelles date du 16 mars 18èt, On peut voir ce qui concerne celle commission et celle qui fut créée avant celle é|KX(ue et vers la An du régne de Guillaume I*', A la page 869 de mon Hiitoirt des mathématiqyt$ , 1664; comme aussi dans ce volume, A l'article Smitij page 846. Ce fut A la suite du Congrès de statistique de tendres, en 1661, que fut prise la résolution d'essayer de former une sTâTisTtQVi ciniaiLS et de ramener autant que possible A une même forme la statistique des différents pays éclairés.
Sir John llorscliel, dans un article anonyme inséré dans la Revue d' Edimbourg ('), lequel parut sept ans après sous le nom de l’auteur, dans un volume intitulé : Essays front (lie Edinhurgh and Quarterly Revietvs, in-8”, 18S7, montra très-explicitement l’utilité de cette science et ne se dissimula pas les dangers auxquels ces recherches pratiques peuvent exposer dans cerlains cas.
Peut-être trouvera-t-on que, dés l’origine, ceux qui voulurent ressemu' la statistique dans sa partie philosophique, ne lirent pas assez pour la soutenir. D’un autre côté, on semhie avoir l’ait enlièrement divorce avec la science qui, mal appliquée par des praticiens maladroits, n’a que trop souvent fait fausse roule et conduit à de malheureux mécomptes. 1,’association anglaise aurait pu donner à la théorie tout le dévoloppemeni qu’elle méritait de prendre devant une assemblée qui était en position de pouvoir la mettre dans sa véritable route.
On retrouve i(d ce ()ue l’histoire nous apprend pour la physique, |)our l’astronomie et pour toutes les sciences en général : on s’occupe d'abonl d’étudier les faits, on tâche ensuite de les réduire par catégories de faits semblables. La division (pi on ('lablil apiiarlient en quelque sorte à l’art plutôt qu’à la science; et ce n’est qu’en dernier lieu qu'on s’elforcc de se rendre compte de l’expérience par la théorie.
(') Thê f^diuburgh Review* J«ly, n" 183, page.s 1 à 57, ei plu# lard, 1c interne Article est irprodiiit CH(e fois koiis la nom de rameur, «ir John Her»chel, dans lus Fssoys from the EtUuhnrtjh and (Juarteriy Revinci, pa;!es 365 à 465, 1 vol in-S", l.oiuirus, rhvz 1850. Cm arliclc lévnme en quelque sorte
rappliralion <|k la théorie îles prohahililé# dans imite son étendue, au suj>'( «le ronvrajreAur les prohahililès, par Quelelet, dont il y est rendu compte.
r/c«t aiis-i, pondant rannée 1857, que parut, à Edimbourg, dans le cahier n" '218 de la /fente d' Edhuboury , sans nom d'aiiieur, un article intéressaol sur VflislQire de la civilisation en ^nylelerre, par Henri Thomas Buckie, ouvrage irè.s -curieux ) publié sur ces sortes «le matières, bien que certaioet fonaet laissent parfois à «lésirer.
et de déduire du calcul les probabilités des phénomènes qu’on a été dans le cas d’observer d’une manière plus ou moins complète.
Dans la marche suivie par la statistique, la théorie a précédé la pratique, contrairement à ce qui est arrivé dans les autres sciences appliquées. Nul doute, du reste, que la statistique ne fînissc par suivre la vraie marche qui lui appartient, quand elle se trouvera assez forte pour parcourir cette route brillante qui lui est ouverte et dans laquelle elle a essayé à peine de tracer quelques pas. C’est à coup sûr une des sciences les plus belles et les plus fécondes; tristement abaissée aujourd’hui, par tous les liens dont la surchargent des mains maladroites, elle saura se relever; mais il ne sera malheureusement donné qu’à nos descendants d’en apprécier tous les avantages.
Il est plus (lillicilc, pour rhoininc d’Élat , de jouir de l'eslime générale que de la mériter; il est surtout rare de savoir se eoncilier ces deux avantages. C’est une espèce de privilège (|ui, cependant, s’obtient quelquefois; l’illustre confrère que la mort nous a ravi en est une preuve consolante. Sa supériorité savait se faire jour sans offusquer les autres; et l’envie (|ui s'attache, comme l'insecte vénimeu.x, à tout ce (|ui s’élève avec vigueur, n’a jamais osé l’attaquer, ni même faire contre lui l’essai de ces armes perlides, tant redoutées des hommes en |)lace et si favorablement accueillies par la jalouse meiliocrité. Il est remarquable, en elVet, que la presse la |)lus hostile, celle qui ne frappe que pour rabaisser et dc'Iruire, n'ait jamais aiguisé ses armes contre lui, pas même au moment de sa plus grande puissance.
t') lUmars !77(t, mort à Bruxelles, le 10 mars I84Ô.
JeOois à t'amilié de .M. Van de U'eyer, iin ^ran<l nombre de notes sur la cai* rieie |iotiti>|iie de M. Faick. rt |>.irticulièreineni sur son séjour à Londres; elles liront été d'autant |»!nt (M-écienses, ifut' M. Van de Weyer a |>u fort bien a|»(irétier notre ronfrère, suit comme ministre plénipotentiaire près de la conférence, soit par ses iinciennes relations personnelle«, soit encore par une similitude de positioo et d'antéadeiit-.
J’insisle sur. cette remarque parce quelle doit nous faire mieux comprendre quelles utiles leçons on peut puiser dans l’examen d’une vie aussi bien remplie et en présence d’une estime aussi universellement proclamée.
Antoine Reinhard Faick, issu d’une ancienne famille patricienne, naquit à Utrecht le 19 mars 1776 ('). Ses parents ne négligèrent rien pour développer de bonne heure ses heureuses dispositions naturelles ; ils lui brent faire ses études à l’Alhenæum d’Amsterdam. Le jeune Faick y suivit, avec le plus grand succès, les leçons du célèbre professeur Gras, et se montra digne d’un tel maître.
A l’occasion des épreuves universitaires qu’il subit à l’Université de Leyde, en 1799, il publia une dissertation (De Matrimonio] dans laquelle se décelaient déjà une rare intelligence et des vues élevées en politique. 11 visita ensuite plusieurs universités allemandes et passa quelque temps à celle de Gôttingue, pour suivre un cours de diplomatie. Faick y 6t la connais.sance du baron Van der Capellen, notre confrère, avec qui il conserva depuis des relations d’une amitié intime.
De retour à Amsterdam, en 1800, il y fut nommé membre de la municipalité. Faick appartenait, par ses principes et par ses relations, à l’ancien parti patriote ou républicain, qui avait combattu avec ardeur les prétentions de la maison d’Orange. La part active et diverse que plusieurs membres de sa famille avaient prise à ces luttes, le spectacle des révolutions qu’elles amenèrent, avaient mûri son esprit avant l’àge : il était en quelque sorte homme d’État-né. Aussi, son aptitude aux affaires se révéla-t-elle de bonne heure. .Aux études classiques qui font le savant, il alliait la connaissance
( ) Et non à AmsleHam, comne roni ré|»été plusieura hiographei. Il était filt lia directeur de la Compagnie dof lodetf Otto William Faick et de Eogela Apol* looia Bcrgb, du Cap.
lies lioinmes, de leurs passions, de leurs iuleréls, qui fait riionime politique.
Nommé, en 1H02, secrétaire de légation à Madrid, pour lu répul)li(|iie batave, il montra qu’il ne remplirait pas longtemps le rôle, de subordonné. Son chef immédiat, ministre faible et médiocre, eut le bon esprit de reconnaître dans le jeune Faick, non un élève qui promettait, mais un maître consommé dans les afl'aires. Il lui en abandonna sagement la direction, et jusqu’à la corres[)ondance confidentielle avec le gouvernement. Ses lettres olfraient dé'jà ce mélange d’esprit, de facilité, de simplicité pleine de profondeur, qui en faisaient de vèrilaiiles modèles. Il frappait les observateurs les ()lus e.vercés par la justesse et la promptitude de ses aperçus. Ces dons heureux sont, en politique, ce qu’est le tact dans le monde, ce (pi’est le coup d’ceil médical dans l’art de guérir. Avant d’étre chargé d’affaires en titre , Faick en remplissait donc, en réalité, toutes les fonctions.
Lorsque M. Meynders fut rappelé de sa mission en 180S, Faick ne tarda pas à le suivre et rentra dans sa patrie; mais ce fut pour voir ensevelir la liberté batave, sous un trône qu(! l’empereur élevait à son frère, Louis Napoléon. Faick et ([uelques hommes dévoués à leur patrie, firent, mais inutilement, tous leurs elforts pour prévenir ce malheur. Il abandonna dés lors la carrière politique et s’éloigna de toutes les fonctions qui lui furent offertes à la cour; il accepta cependant celles de secrétaire du département des affaires étrangères, sous le ministère de M. Vander Goes; et, en 1808, il passa, avec le même titre, au ministère de la marine et des colonies, poste dans lequel il pouvait servir encore utilement son pays (').
(') Faick eiK, pour successeur à Madrid, «on ami particulier M. Hugo Vaa Xuylen Van Nyevelt, qui, au l»out de (|iiel<|ues années, témoigna le désir de reo* lier dans sa it.iirir. Il en fui dissuadé par Faick, <|ui prévoyait déjà PiMUé que
Le roi Louis avait su distinguer les qualités éminentes de Faick ; il le cite, dans ses mémoires, comme un jeune homme instruit et d’une grande espérance. La suite a bien justifié ce jugement. Après l’abdication de ce bon prince, notre confrère renonça entièrement aux afl'aires publiques et reprit le cours de ses paisibles études, consolation ordinaire des âmes fortes au milieu de grands revers.
La réunion de la Hollande à l’empire français, c’est-àdire, la ruine totale de l’indépendance de son pays, fut pour Faick une de ces épreuves qui décident à jamais du caractère d’un homme. Il en sortit pur et fidèle à ses principes. Un fait peu connu et qui honore singulièrement Faick, c’est que, nommé d’abord chevalier, puis commandeur de l'ordre de la Réunion, il ne voulut jamais en porter les insignes. Ils étaient à ses yeux des chaînes dorées qui révélaient plutôt qu’elles ne cachaient l’asservissement de sa patrie, [/exemple qu’il donna ne fut pas contagieux : cet acte de courage fut même blâmé par ceux qui ne se sentaient pas la force de l’imiter.
Dès lors, Faick fut traité en suspect, et l’empereur ordonna à sa police d’exercer sur le patriote récalcitrant la plus stricte surveillance. Les princes ne pardonnent pas l’indifférence aux hommes; ils croient que c’est vouloir se placer au-dessus d’eux, que de refuser leurs faveurs (*).
devaient avoir le« cbotei. « Il me semble^ écrivait-il, que vous feriez mieux de rester sur le théâtre jiist|u*â ce que la toile toinl>c, é|KM]iie qui ne peut guère être éloignée, vu que le machiniste s'apprête. Cette pauvre Hollande est â la veille de n'avoir plus ni chargés d'affaires, ni ministres, ni ^joiivernement à part^Jesais bien que telle n'est pas l'opinion de beaucoup de nos compatriotes; en deux roots, je crois que notre chute est prochaine, et il ne s'agit plus que de tomber avec grâce, t J'extrais ces ilélails d'une notice sur Faick, insérée dans le n** 1 du Journal de Vlnetitut des Pays Sas, |>our 1849, notice que je n'ai réussi â me procurer que quand la mienne était écrite.
(') Il est reniarqiialde que, malgré les missions diplomatiques im|N>rtames dont Faick fut chargé et dont il s'acquitta avec tant de distinction, il ne reçiU
Nupolt-oii y vit lino pruloslalioii ooupable qu’il eût poulotrc piiiiio sovéromont, si Faick n’eùt pris le |)avli de quitter la Hiillande.
(‘endant ses voyages dans le nord de l’Europe, le haut eoinineree d Anislerdatn lui eonlia la défense de ses intérêts à Saint- l’élersbourg et à Slocklioirn l'j. Cette mission toute particulière l'initia plus profondément encore dans la coiinaissanci; des ressorts et des ressources de la prospérité commerciale de son pays; il n’y a pas de petites all'aires pour les grands esprits.
(Test encore pendant le cours de ces voyages que Faltk réunit les éléments d’un mémoire qu’il présenta à la troisième classe de l'Institut des Pays-Bas, dont il faisait partie (bqniis IHOH. Il e.xainine dans cet écrit l’influence de la civilisation de la nation hollandaise sur les progrès des |)euples du Nord, cl y présente des renseignements curieu.x qui eoncernenl également la Belgique
Son retour en Hollande ouvrit un nouveau champ à son activité et à son patriotisme (1812). Nommé capitaine d'une cohorte de la garde nationale d’.Amslcrdam, instituée pour le inainlieii de l’ordre, il remplit ces fonctions de manière à prouver au.\ amis initiés dans le secret de ses espérances, ipi’il saurait un jour en tirer parti contre les oppresseurs de son pays. (Vest là (|u’il jeta les fondements de celte popularité, de celte influence sur les masses qui lui inspirèrent bientôt après le courage de donner la première impulsion
jamais il'.iiiit c <l«'COiM(ion <|ne relie Hr Por<ire «lu Uon n^erlantiais, dont il éuil f'r.intl-cortlon ; 1rs itnist^ancet vcngeaieni-elles le refus fail à Na|»ol«^on oa rrai- ^naieiit t*l)e> les froidetii's <lti ré|Hihlicain ?
(*) Il jt.issa «rabotd «mi Alleiitaj^no , |)Mis en Danemark cl en Suède, a«ec rinieniion de se rendre à Saint PtUershourg; cependant il ne |ml réaliser ce «trrmer projet.
(*) (fver tien Invlotd der beschaving van dv nederlandsche uatie op drrrr- Ih’filing van nnordsrhe volkfn, 1S15.
<Tu mouvement insiirreelionnel. Comme i’aigle qui pressent l’orage bien avant qu’il n’éclate, il reconnut d’un œil sûr les signes précurseurs de la chute de l’empire; et, à l’espèce de stupeur dont étaient frappés la plupart des agents du pouvoir, il comprit que, pour assurer l’indépendance de son pays, le moment d’agir était arrivé.
On touchait au mois de novembre 1813; l’empire croulait; ses appuis cédaient de toutes parts ou se détachait avec violence. Tous les regards étaient tournés vers Faick; car c’est dans le danger qu’on vient se rallier autour de l’homme supérieur : l’égoïsme alors fait taire la vanité jalouse. Faick , au milieu de l’agitation croissante et du désordre qui commençait à se manifester, se présenta à l’hétel de ville, à la tête de la garde nationale., et décida par son énergie le conseil municipal à embrasser la cause du pays. Sa modération, dans ces circonstances dilliciles, fut égale à son patriotisme, et, en assurant l’indépendance de sa patrie, il sut la préserver de souillures.
Plus tard, c’est-à-dire après le succès, des envieux, et surtout ceux qui étaient restés dans l’inaction, ont voulu lui enlever l’honneur de cette audacieuse initiative; mais l’histoire le lui maintiendra et saura faire reconnaître en lui l’homme qui, par la hardiesse de scs jtlans, la sagesse de ses (mnseils, la décision de son caractère, hâta, de concert avec ■\l. de Hogendorp, l’aflranchisscment des Pays-Bas (').
Après avoir rempli les fonctions difliciles de secrétaire du gouvernement provisoire établi à la Haye, la place de Faick, au retour du prince d’Orange, était marquée d’avance dans les conseils du nouveau souverain : il y fut appelé en qualité de secrétaire d’État. luette élévation soudaine n’ap-
(•) Voyei rouviage île V.in lier Pjlm fur U Mvulucion «le ISIo. (ieseftied- en Bedekunstig Cedeukschrift ran tXederlands herttfiling in tien jnre IHH. I vol. ïii-8* Anuflerd'im, tHIfi,
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, 'Il i;iiis .ses pnn-;;:»-<. ■i.'s h.ibiiiij'-'. • ' '‘S savants ei .'-s ■•--rsteurs,
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subits ne •;ne cem 'jii
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it'i' s e besoin de lui donner une part r: '! 'tri'ioo eenerale du rovaume. et e iiinistere du commerce et des : Il ciibl:<]iie , des sciences et des
. - ... e • I ii'res le soin d'apprécier tout ce
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. • ? - :•* doux pays plus ou moios
-c . ; !S a.'.ux de leurs avantages réci-
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temps après leur assemblage, c’était sans doute la sienne. On a souvent répété, et avec raison, que lui seul eût pu tourner habilement l'écueil sur lequel vint échouer plus lard le vaisseau de l’État.
Mais, sans anticiper sur l'avenir, portons nos regards sur les premiers temps de son séjour dans nos provinces. Même avant son arrivée, il nous avait donné des témoignages de sympathie, en usant de tout son crédit auprès du cabinet britannique pour abréger la captivité de prisonniers belges, anciens militaires de l’empire (').
Quand il fut parmi nous, cette activité bienfaisante ne lit que s’étendre davantage. Placé près du chef de l’État, dont il avait toute la couHance, il sut noblement user de son influence pour protéger les sciences, les lettres et les arts.
Le nom de Faick se rattache à la création de nos principaux établissements scientifiques et littéraires, et certes ces établissements ne pouvaient s’élever sous de meilleurs auspices. Le 7 mai 1816, Faick conlre-signa, en qualité de .secrétaire d’État, l’arrélè royal qui réorganisait l’Académie des sciences et belles-lettres de Bru.xelles, en considération de ses anciens services; et, dans le cours de la même année, parut l’arrêté royal qui créait les trois universités de Gand, de Liège et de Louvain.
Bientôt Faick, comme ministre de l’instruction publique.
(') Je tlois ces renseignements à Tobligeance de Kestelnol , qui fut lui' même chargé \*»r Faick de recueillir les pièces nécessaires |»oiir obtenir du cabinet britannique le renvoi des prisonniers dans leurs foyers. Parmi ces prisonniers se trouvait le frère de Al. Gendcbien.
Je tiens encore «le Kesieloot que c'est i Faick que la ville de Gand doit d'avoir été délivrée de res|»èce de régime de terreur »|ue le baron d'Eckslein y avait établi en lAM.Sout ce régime très-peu philosophi |ue, le noble baron, malgré sa philosophie, avait jugé à pro|»os de susi^endre toutes les libertés et de se poser en duc d'Albe. Dès que Faick put en fournir les preuves i la Haye, le mal cessa et le baron d'EcksteIn dut quitter le pays.
|»iil (loluier une im|uilsioti plus iiiimvdlalo à ces instilulioiis naissantes, qn'il devait regarder comme sa création.
L'Academie royale, par un juste sentiment de reconnaissance, inaugura son second anniversaire on inscrivant le nom de son liienfaitcnr parmi ceux de ses membres honoraires : c’était la première nomination (|u’elle faisait depuis sa réorganisation ; elle ne pouvait donner ses suffrages à aucun savant qui en fut aussi digne. L’empressement que mit le secrétaire à communiquer cette nomination à celui qui en était l'objet lui lit oublier une formalité du n'-glemoni. L’article 0 voulait que l'élection iïit soumise à l'agrément de Sa Majest('. Sans dout(!, le secrétaire pensait que la sanction royale devenait ici une conséquence nécessaire de la nomination académi(pie, et (|u’on pouvait fort bien s’en passer pour abr('-g(‘r les formes. Faick ne fut |)as de cet avis; il soumit ses doutes à cet ('gard avec autant de finesse que d'urbanit(', dans une lettre où le ministre prenait .soin de s’effacer entièrement (').
Pendant (pie Faick se trouvait à Rruxelles, à la tète du
(M Voici 1.1 IcUrc à M. V.111 Hullhem, .ilors sccn’l.iirc; je Tai Iroméc
«l.ins les .irchîvc^ <lc T \rail»‘mir :
•> Avani lie r«'|»omlrc à l.i loKie «|iie vous m’avez i^crite en mire Hr
MTirl.iiie de rAcMiiemic loj’.ilc tir» science» K helles-lellrcs de Bruxelles, el |»it l.ii|iiHlr mu!» me commtinHpM Z «jnc l’AraiMmie m\i fail rhonneur de me an nomhi'c <li' mmilircs honor.iirc.«, je croi« devoir vonx faire pari, en parti* (icniierf du doute iin'a fail naître chez moi la lecltiie de l'arl. 0 du rèitleniriit de l’.Vcailêime, |i.ir rapiioi i à la ré^nlarilé de l'i^lenion. On pourrait, ce me semble, cxpli'iiier ool .irlicle <le manière A ce «jiie l'éleclion de Ions les académie irn», tant nrdin.iires <|u'honnr.iircs, <lù( être soumise à t’a|>prot>ation rin roi. A'oof pourrez m’éclairer Irès-rwcilemenl xnr ce point en me commnnii|itanl la manbr <|iie r.Ac.idémir a siiiiie, depuis son 1 élatdissemenl, dans l'élection de ses membres honoraires, e( je vous prie p.ir conséquent de vouloir me «lonner (|uelqnrf éclaircissemeiils sur cet objet, afin qu’on no puisse m’accuser d’avoir accepte trop légèrement des houneurüi qui ne m'étaient pas régnlièremenl conférés.
»' Je vous prie, etc. *
ministère de l’instruclion publique, il aimait à réunir autour de lui ses confrères de l'Académie, et en général les amis des sciences et des lettres, ainsi que les principaux artistes. Il avait l’art de parler à chacun le langage qui lui convenait, s’intéressait à ses travaux, les encourageait avec bienveil lance : Vous perdiez de vue le ministre pour ne voir en lui que l'homme instruit qui descendait dans le secret de votre pensée, et si quelque chose pouvait rappeler son rang élevé, c'était cette dignité naturelle qui ne l'abandonnait jamais.
Dans ses soirées, où il savait si bien mettre l’intelligence et la modestie à l’abri des froides contraintes de l’étiquette, Falck animait les autres par son exemple. Sa conversation vive et spirituelle avait une chaleur enirainantc, dans laquelle perçait une légère causticité, tempérée par une extrême bionveillance. Plusieurs d'entre nous se souviendront sans doute encore des attaques qu'il dirigeait, avec autant de tact que de finesse, contre l’érudition bibliographique de M. Van Hulthem, contre les vivacités quelquefois peu académiques du vieux et respectable commandeur de Nieuport, ou contre les boutades spirituelles de M. Garnier, boutades qu’il aimait encore à citer dans les derniers temps de sa vie.
Un poète lui avait dédié quelques vers latins; il avait pris soin, selon l’usage, de latiniser son nom, en lui conservant la signification hollandaise de faucon. » Comment donc, s’écria Falck, vous craignez qu’on ne me prenne pour un aigle ! »
Ses souffrances même ne lui ôtaient pas cette gaieté naturelle ('). Il saisissait rapidement le côté pittoresque des (*)
(*) Ayani reçu, |>endan( une de ces cnicllci aUai}iies de goiilte dont il »oiiffraii driniis »a jeunesse, un nu^rooirc scienliA((iie <|tie je lui avais adressé, il s'empressa de me ré|»ondre ; « Merci |K>nr votre second mémoire sur la lempérainre de la terre. Je juge d'après le Iracé des courbes, que, pour avoir le moins J souffrir des variations '{u’on dit si nuisibles aiii guutleui, je Ferais bien de m'élabhr à
Tli -
ttiOî*;? •;i r*:ri'ia.i luUJOur^ a^t-c boiilieur le résultat de ses observatiûDs nueiquel^ts il dirigeait ses attaques contre 1 Aeadèiiiie ffi-rrrie, et savait en riant donner des conseils fileios de i.igesse sur le cercle trop étroit dans lequel elle avait resserre ses travaux, et sur l'espèce d’isolement où elle se plaçait. ■ Svs allures, disait-il, sont celles d'une jeune fille modeste qui craint de faire parler d'elle. »
Vers ia tin de 1 >37, le s* crclaire de notre Académie lui rappelait celte saiiiie. eu lui adressant, en Hollande, le recueil de nos nouvelles publications : « Je n'ai pas la moindre souvenance des plaisanteries que j'aurais pu hasarder dans le temps contre IWcadeinie, repondit-il, et je ne conçois pas même comment des gens qui faisaient quelque chose quoique peu, aient pu les encourir de la part d'un homme qui ne faisait rieii du tout. Cependant comme votre mémoire est meilleure que la mienne, je veux bien subir la responsabilité de ce tort, surtout s il m'est permis de croire que mes plaisanteries, bonnes ou mauvaises, uni été pour vous une espèce de (irmcipe moteur, ou du moins un stimulant de plus pour faire prendre à vos collègues cet élan de zèle et d’activité que nous admirons ici sans l’imiter. »
Notre confrère a pu s’accuser avec modestie de n’avoir rien fait pour l'-Academie; mais nous ne le jugerons pas avec la même rigueur. On ne devait pas espérer de lui des mémoires littéraires, son temps était trop absorbé par les all’airos jiubliques pour qu'il pût songer à enrichir nos recueils. Mais quelles lumières n’a-l-il pas apportées dans nos discussions! .Avec quelle supériorité d’intelligence n’apercevait-il pas, au premier d’abord, le coté véritablement intéressant d’une question ! Combien il se prononçait avec goùlel
line itiofondeiir de Ces( une (irécaulion que je corople bien recomnuDder
djRA mon (e.5lameiil à ceux qui auront à diriger mon é(ablis»emen( dénoilir. Pauvres fossoyeurs! •>
sagacité sur le fond et sur la forme des ouvrages qu’on lisait à nos séances ! Les rapports qu’il a écrits sur les mémoires soumis à son examen sont des exemples d’une sage critique et portent le cachet d’un savoir profond. Il réunissait véritablement les qualités les plus essentielles que l’on puisse désirer dans un académicien. Aussi, jouissait-il à tel point de l’estime de ses confrères, que lorsque, plus tard, il fut nommé ambassadeur à Londres, l’Académie lui vota des remerciments unanimes pour tous les services qu’elle en avait reçus, et voulut que ce vote fût consigné dans son procèsverbal (').
Faick parlait et écrivait plusieurs langues avec facilité et même avec élégance (”). Ceux qu’il honorait de sa correspondance et de son amitié ont pu juger avec quel heureux choix d'expressions , avec quel goût il s’énonçait sur les questions les plus graves comme sur les objets en apparence les plus frivoles. Scs lettres particulières, comme nous l’avons fait remarquer déjà, sont des modèles en ce genre; on y trouve un tact et une finesse d’esprit qui annoncent quelle aurait été sa supériorité, s’il avait suivi la carrière littéraire, au lieu de s’occuper des affaires politiques.
l.es articles sur la philosophie qu’il inséra dans le Maga-
(’) Séance «lu 8 mai 1834. On ht, «lan» le iirocèü-terbal de la séance du 31 du même mois ; * Son Excellence, dans une entrevue |>arltciilière, a |irié le secrétaire de manîTeslrr à l'Académie combien elle était loucbéede ces seotimeDls(de reconnaissance), et qu'elle ne perdrait Jamais ceux <|u'eile a voués i la compaKuie en général et à chacun «le ses membres en particulier. •
(*) Dans un bal aiiqucl il assistait à Madrid, Faick s'était approché d'une jeune danseuse et avait pris plaisir à causer arec elle. De son côté, la Jeune Espagnole avait été frappée de son air «lislin^ué, de sa physionomie avantageuse, de tes yeux bleus si expressifs^ elle était fort en peine de savoir «|iiel était ce cava» Hcr qui s'exprimait avec tant d'aisance et de grâce. Quand on lui cul «lit «{ii'il était Hollandais, elle crut qu'on s'amusait i ses dépens, bien |«ersiiadée qu'un étranger ne pouvait parler l'espagnol d'une manière aussi parfaite. — Ce fait a été rap|K)rté à l'Académie par M. D'Omalius d’Ilalloy, â l'appui dece«|ui est dit dans la notice.
sin critique du professeur Van Hemert prouvent qu’il nVlait pas seulement écrivain habile et bon observateur, mais qu’il savait descendre encore au fond des choses et étudier les liens mystérieux qui les lient entre elles.
La philosophie de Faick n’était pas purement spéculative; elle dominait toutes ses actions, elle traçait sa règle de conduite ; aussi tout, dans sa vie, était parfaitement en harmonie; jamais on ne le voyait en désaccord avec lui-méme. Dans la république batave comme sous l’empire, sous le roi Louis comme sous le roi Guillaume, on trouve toujours et avant tout l’homme dévoué à sa patrie, prêt 5 se sacrifier pour ses intérêts, mais incapable de renoncer à ses convictions personnelles.
I.e roi des Pays-Bas lui avait conféré le titre de baron; mais Faick, fidèle à scs anciens principes, ne voulut point faire lever les lettres de noblesse; il était jaloux de conserver son nom tel qu’il avait réussi à l’anoblir lui-méme. Ces exemples sont rares. Ce n’était certes point par dédain : il appréciait autant que personne les avantages d’un beau nom, quand il est noblement porté,' que ce nom d’ailleurs eût été illustré, ou dans la carrière des armes, ou par une intelligence supérieure, ou par des services rendus à l'Ftat; mais il ne croyait pas devoir recourir à une chambre héraldique pour établir la mesure de son estime; il s’en rapportait volontiers pour cela à son propre discernement: peu d’hommes, sous ce rapport, pouvaient lui être comparés.
Ce n’est pas ici le lieu de se livrer à l’exameu détaillé des actes de son administration. Son passage au ministère a laissé, en Belgique, dans le cœur de ceux qui ont su apprécier l’homme d’État et faire la part des difficultés qui l’environnaient, des souvenirs que n’ont effacés ni les luttes d’une opposition devenue nécessaire, ni les décliiremcnts d’une révolution qui en furent la suite. On savait gré à Faick
du bien qui se faisait et de tout le mal qu’il empêchait.
Cette popularité dont il jouissait, même dans les provinces méridionales du royaume, rinfluence qu’il exerçait sur ses collègues, la noble indépendance de caractère et d’esprit qui le portait à vouloir rester véritablement ministre, et non un instrument passif et docile, blessèrent de hautes susceptibilités et amenèrent bientôt un désaccord dans le secret duquel le public ne fut guère initié qu’à demi.
Tandis que, parmi les anciens amis politiques de Falck, les uns désiraient qu'il prit, comme ministre, la direction d’un département (celui delà marine), où, comme secrétaire général, il avait, dans sa jeunesse, donné tant de preuves de capacité, les autres l’exhortaient à appliquer son esprit sage, modéré, conciliant, à l’administration de l’intérieur; son éloignement était décidé par une volonté suprême, habituée à tout trancher en dernier ressort, (cependant cette espèce de disgrâce fut déguisée sous la forme d’un brillant exil à Londres.
Déjà dès le mois de novembre 1823, il était parti pour l’Angleterre en qualité d’envoyé extraordinaire, afin d’y reprendre, conjointement avec l’ambassadeur Henri Fagel, les négociations au sujet des Indes. Après avoir conclu et signé le traité de mars 1821, il était revenu à la Haye; mais il en repartit presque aussitôt après pour I.ondres, comme successeur de Fagel.
Là, dans un monde où il est si ditlicile de faire sensatioti, où l’homme le plus imbu d’une haute opinion de soi-méme devient nécessairement modeste, tant il y rencontre de supériorités qui s’effacent et se cachent sous les dehors les plus simples, Falck fut bientôt remarqué parles hommes distingués de tous les partis. I.es maîtres et les habitués de Holland-Housr ('), ce centre éclairé de tous les esprits d’élite,
(') Maison (le campagne rie lord Holland.
ont conservé le plus touchant souvenir des grâces et de l'enjouement de sa conversation, de la sûreté de son commerce, des qualités éminentes de son âme. I/étendue et la variété de ses connaissances, la justesse de ses aperçus politiques, sa manière large et européenne, si l’on peut s’e.xprimer ainsi, d’envisager les questions, placèrent bientôt ce représentant d’une puissance secondaire au rang des ambassadeurs de premier ordre.
Canning ('), qui se connaissait en hommes, devint son ami et disait, en résumant son opinion sur quelques membres du corps diplomatique, ces mots remarquables ; « Quand je reçois quelques-uns des ministres étrangers, je parle ; quand je vois M. Faick, j’écoute! » Ces deux hommes d’État avaient entre eux ce trait de ressemblance que, doués tous deux d’une appréciation vive du ridicule, ils maniaient avec succès l’arme de l’ironie et de la plaisanterie, arme dangereuse pour un ministre et qui blesse aussi souvent l’agresseur que la victime.
La réserve diplomatique de Faick était quelquefois mise à de rudes épreuves, en présence de ces amours-propres robustes, qui, dans l’innocence de leur admiration d’euxmèmes, étalaient devant lui leur nullité prétentieuse. Il faut plus que de l’esprit pour faire taire son esprit et lui imposer le régime fortifiant ou adoucissant du silence.
Dans toutes les transactions diplomatiques, et elles sont assez nombreuses, qui eurent lieu entre Faick et Canning, ce dernier ministre ne négligea aucune occasion de rendre h ommage aux vues libérales et élevées de l’ambassadeur hollandais. Le traité conclu entre eux, relativement aux possessions territoriales et au commerce des Indes orientales, termina heureusement des différends qui avaient plus de deux
(') Il avait né}{ocié avec Faick le traité de commerce cl d'échange coocla, ra mars 1824, entre la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.
siècles de duree, el qui avaient produit parfois une assez grande irritation entre les deux gouvernements. «Grâce aux arrangements à la veille d’être arrêtés, dit Canning, dans une note remarquable qui précéda la signature du traité, le commerce de deux nations sera florissant; elles préserveront, en Asie non moins qu’en Europe cette amitié inviolable qui a toujours subsisté entre elles depuis d’anciens temps; et elles n’auront plus d’autre rivalité que celle de maintenir plus eflicacement les principes d’une politique libérale qu’elles proclament aujourd’hui à la face du monde. » Les mêmes principes présidèrent aux conventions de commerce el d’amitié conclues, à Londres, par Faick, en 1827 ell829, avec les États-Unis du Mexique el la république de Colombie.
Pendant le cours de cette dernière année, Faick profita de quelques mois de congé pour faire un voyage en Italie : il visita Nice cl le midi de la France, dans le but apparent de fortifier sa santé. Mais déjà il s’était aperçu avec regret que ses conseils n’étaient plus écoutés; il était convaincu qu’il ne jouissait plus assez de la confiance du roi pour être véritablement utile à Londres.
I.cs révolutions qui, en 1830, ébranlèrent l’Europe donnèrent à Faick une nouvelle occasion de montrer ce qu’il avait de sagesse, de modération, de prévoyance, dans les moments les plus diflicilcs.
Dès le jour même qu’éclatèrent, à Bruxelles, les premiers troubles de septembre, Faick ne se fit point illusion sur la portée de ces événements. Il se connaissait en révolutions; il savait qu’un peuple, un fois lancé hardiment dans celle voie, ne s’arrête qu’après la conquête de son indépendance. La séparation parut à s(*s yeux un fait accompli du jour où, une suspension d’armes étant imposée aux deux partis, les cinq grandes puissances annoncèrent la résolution de re-
manier l>-' traitt> «le ISIo i'|. Malgré la proteslalion olli- |•ll•ll•• (|ii il ii« |M',i'a «••Mitre «.-et acte cuire les mains «le la «■|>lllér^■ll«•«' «le l.oiiiires. on voit, à chaque ligne «le celte pi«^e n•nl^lrl|ualJl«^ «•crite avec celte mesure cl cett«! «lignilé qu'il «ionnaii à io«it ce «|ui sortait «le sa (ilume, percer le senli- (ll■•nl prol'oml «le la ni-cessilé «lu «lémembreinent «le ce rovaum«’ que sa main avait contriliué à élever
il s’iiiqiosa «le> lors la tà« he périlleuse «le réconcilier l'esprit «Je s«Mi souv«‘rain avec ce sacrifice cl «Je l’amener à peiaire la iJ'-lgiipie au ineilleiir niarclié possible. Ici éclata, «lit-on, eiiiri' !«■ iiioiiarque et son niinislre, un nouveau «lésaccoril, s' iiibhibh- à celui qui lui avait «léjà coulé un porlel’eiiille; «•!, nialgi «' 1 infiin'iu-e qu'e\«‘r«;ait l'anibassaileur sur li's iiieinbri s «!«• la c«inl'er«'nc«', malgré la confiance qu’ils avaient en ses lumières «U en sa «Iroilure, son rappel «le I.oiiilres fut «l«•l■i«ll■, et son «lépart lit «Jouter un instant de la possibilité «le iiiaiiileiiir la paix en Europe.
Faick quitta son ambassade sans aigreur, sans éclat, et en clu'rcliant iiiéiin' a allenu«'r l'eiret que sa retraite avait
<tr'' 11* IHÔO, F.ilck rmivait à son aaii \an Zuyirn :
'•)»m co ttr i'|Munve jour le liesoin tie »V\|>i'iQ]er sur no4 inlé-
ir(v Titt'C un iri|>iti liollatoiai't 1*1 une Ijii^ue liollaihlaUe. Ce peu tic mots >oui ri'iunl coiiiiallie il< j.i •;iie j«* m't u licus. t|ue personne^ à la séparation
fe |//e/ p iiîf 70, Il 1 .Vtjn hnrt geioelt schifr dagelijks de
ht hofpe van zîrfi over vnze helaugt-u in hollandschen geest en in hollandscke tuai ait le itoilen. />ezv iveutige tcoonten zullen a reeds doeft kennen dal ik, zou zetrr ah ivmand. mg huude aan totale aficheiding .)
l*) Pi'fiii.int i|iii- la rt-toliuioii bvl;;e él.ul meure dans tuute sun activité,
F.iick ne* fut iMH inétliocrmit'iit surprix de r ecevoir la visite ilc notre amha$'
>ii<li'iir, mais uiu- viMie «le pure courioiMc. Imniédiaternent après son arrivée a M <li* Wi vei ci (l.i, en c-ITcl, au Iicsoiii d'aller .saluer Faick, non
emnme i-nvuyé «liploin«i(i«|ire, ou le conçoit ractiemenl. mais comme simple par* (icnlicr. p| d«* lui (*xprii}M*r loiilc sa recounais’vanee pour les témoignages muiti* pliés de luenvcillaiice «|ii'it en «ivail reçus a Hiuxelles. Celte visite faoiiure à la fois celui >{ui 1.1 r.ii^ail e( Celui rpii eu é(.iil roiijet; Faick en rm vivemenl
(OUI hé ; iieMH Celle m i'«)u>(.iiM‘(; île I II i- même ; il en a parlé dans le tnénu* sens
a t|. k* harou d' \niiiii. mitnslie pk iMpuIcnluiire tic Prusse.
produit sur l’opinion', c'csl que, dans le maniement des alTaires, il conservait une liberté d’esprit que n’ont jamais ceux qui songent trop à eux-mêmes, à leur fortune et à leur avenir. Il savait que s’oublier est souvent le moyen le plus sùr de réussir, et qu’en tous cas, c’est le plus noble et le seul digne des hommes qui, comme lui, mettent la grandeur morale au-dessus de toutes les grandeurs humaines. « Tôt ou tard, disait-il, on m’aura compris, on me rendra les moyens d’étre utile à mon pays.» La suite des événements prouva qu’il ne se trompait point (').
Sa nomination de représentant du roi des Pays-Bas à Bruxelles, après la conclusion du traité de paix délinitif, fut en quelque sorte la réparation éclatante de la faute qui avait été commise en le rappelant de Londres, en même temps que le gage de la réconciliation des deux peuples.
Cette réconciliation ne pouvait être scellée sous de meilleurs auspices ! Aucun choix en effet ne pouvait être plus agréable aux Belges, ni plus avantageux aux intérêts de la Hollande. L’arrivée deFaIck à Bruxelles fut un événement dont chacun se félicita, mais dont notre Académie eut particulièrement à s’applaudir.
Immédiatement après son retour, Faick vint reprendre sa place parmi nous (*). Il fut accueilli avec les mêmes témoi-
(*) En 1858, on lui recomm.imla pour sa «anié, lutins il'Iscbl, près «te Salst)our^; il y alla passer Télé ; il fU ensuite un voyage en Autriche et en Hongrie, et ne revint que dans le cours do l’année suivante.
(*) Qu’il me soit permis de reproduire ici le billet par lequel il annonçait sa rentrée; on y trouvera une nouvelle preuve du tour spirituel qu’il savait donner aux moindres choses :
« Tout est jeune dans cette ambassade, excepté son chef. Ainsi, mon cbet- Que* telei, il vous faudra excuser mes gens, qui n’ont pas su vous engager à attendre, pendant quatre ou cinq minute^, la fin de mon entretien avec le docteur Senlin ; de mon cdié, je vous pardonne de ne pas savoir soiimeureaii contrôle que vous exercez sur tant d'étoiles, celle qui préside i noire heureuse rencontre. Nous nous re ncontrerons cependant après demain, ô midi, car je compte me rendre à la séance de l’Académie, à moins que vous ne me fassiez savoir quelque chose
liiiagt's (l'esliine <;l d'all'eclioii, bien qii’aprés quatorze années (rabsoiiee, il ne retrouvât plus qu’un petit nombre de ses aticiens confrères cl amis.
I.e plaisir de se revoir fut tempéré par de tristes réflexions; nos anciens ratigs étaient bien éclaircis, et lui-méinc portait des traces visibles de douleurs physiques qui n’avaient fait (|ue s’aggraver. Cependant son esprit si supérieur, son moral si ferme n’avaient rien soull'ert de ces rudes atteintes. Il semblait, à rentendre, qu’il n’eût point cessé d’assister à nos séances académi(|ues ; tion-seulement il avait conservé celte même activité d’intelligence, mais il était au courant de tous nos travau.v.
.Après son retour d'Angleterre et du fond de sa retraite prés de la Haye, il tournait souvent scs regards vers nos pi'ovinces, où il avait laissé tant d’amis et de si beaux souvenirs. « (Juoi(|ue retiré à la campagne, m’écrivait-il , et menant une vie d ermite, je ne me souviens pas moins que j'ai des voisins, et je reste mémo passablement curieux de savoir ce (pii se fait chez eux ('). »
Il ne s’informait pas avec moins d’intérêt du sort des uni-
<|tii iiif' (l(■lolll-l)o «le (*o piojet. Je l'ni coimmtnii)ué au «lue D’Ursel dans re<t|N>ir de rentinlner dans mon orhile, on, )ioiir parler avec plus de niodes(ie, afin de vous r.itre apparaitM.' mu- éloile doulde, d'une seule couleur ou à peu près.
>' Jeudi soir. « Mille amitiés.
» FaLCK. a
{') Relire dan.s rhahilaiinn *i Huii ter iionf , petite campagne près de la Haye, Falek profila de ses loivirs pour reprendre plu< activemeul ses études lilléraiii-s. Il s'y occupa aus>vi des sciences et Mirtoul de Faslronomie. Il avait invité >1. Lofiallo à l'aider daii« celle dernière élude, qui lui avait toujours présenté un puissant aurait. Pins lard, pendant son séjour à Bnixellcs, il continuait à se leiiir au courant des travaux asti onomi(|iies, et faisait de fréqiHmies visites à role-iervaloire ; tandis ipie, d'une autre part, il se ilélassait avec l'un de nos confrèro, M. Bernard, eu relisant les anciens auteurs pirecs, qui avaient fait le rliarme de toute $a vie. Le ^nût des éludes sérieuses, si rares atijounrbm clirz nos lioriimes d'Klal, roriii.nt iiii de<> li-aits les plus carartéristiqiies des grands homme;, de ranliquilé.
versités et de l’étal de notre enseignement en général ('). Il connaissait personnellement les professeurs les plus habiles, les savants et les littérateurs les plus distingués, et il aimait à rester dans la confidence de leurs travaux. S’il est vrai qu’on s’attache aux autres par les services qu’on leur a rendus, on concevra facilement la curiosité que manifestait notre confrère, et on s’expliquera comment il se trouvait en général plus instruit de l’état et des besoins de nos universités que les ministres mêmes qui lui succédaient dans le poste qu’il avait occupé avec tant de distinction.
Au moment où s’agitait, dans l’ancien royaume des Pays- Bas, la grande question de la réforme de l’enseignement, <|uestion délicate qui mit aux prises tant d’opinions, tant de passions et tant d’inléréts divers, Faick, qui avait pris la plus grande part au plan primitif d’organisation, et qui en avait suivi les développements avec une sollicitude vraiment paternelle, ne put rester étranger à la lutte qui s’était engagée. Il y avait lutte en effet, dans une question en apparence purement scientifique, mais à laquelle venaient se rattacher plusieurs difficultés politiques très-irritantes, surtout celle relative à la liberté de l’enseignement. Le gouvernement, avec un empressement louable, quoique peu réfléchi, avait provoqué
FaIck avait |>09é la première pierre du magnini|iie èdiûce de riloiver> ftilé de Gand. Dans le banquet qui avait suivi cette cérémonie, il s'était écrié en buvant à la rmure prospérité du nouvel établissement : Etto ptrpeluaf Ces vfpux seront'ils exaucés ? Je sais qii*il s'imposa une véritable privation en n'assistanl pas i la fête Jubilaire qui Tut célébrée pour la vingt-cinquième année d’existence de l'Université. Son esprit de modération et sa |K>sitioo délicate â Bruxelles lui en faisaieut un devoir à celte époque.
C'est encore pendant la fêle de l'inauguration de l'Université, sous le régne de Guillaume I'', que Faick, pour relever cette solennité et pour donner à la ville un témoignage de bienveillance, dit avec autant de tact que d*à-pro|K>s : c Je vous annonce que le Roi, protecteur des sciences et des arts, veut aussi encourager l'industrie et créer des ex[>osilions publiques, et que la première doit avoir Iteu à Gand. » Je liens ces renseigiu-ments de M. Coi nelisseu, que Faick romplail parmi ses amis.
une enquête générale sur les vices de l’organisation existante; il avait fait un appel à tout le monde, hormis, sembic-t-il, il l’homme qu’il aurait dû consulter le premier. Faick sc trouvait alors a Londres : il donna, encore dans cette circonstance, un exemple d’une rare modération, a Quelle besogne! m'écrivait-il en faisant allusion aux travaux de la commission du haut enseignement, veuillez m’en dire quelque chose, et croyez que, quel que soit le résultat auquel vous aurez concouru, l’ancien ministre de l’instruction publique n’en persévérera pas moins dans les sentiments qu’il vous a depuis longtemps voués (').
Il est diilicile que des établissements prospèrent quand on remet constamment en doute la question de leur existence et la stabilité de chacun des rouages dont la machine se compose. Les inquiétudes de ceux qui doivent les faire valoir, les changements brusques, les pertes continuelles de forces vives, amènent à la longue la destruction des choses qui avaient le plus de chances de durée.
Ce qui portait tous les cœurs vers Faick, c’était la confiance intime qu’on avait en ses sentiments de justice. Combien du personnes calomniées ou dont la conduite avait été présentée sous un faux jour, ont ou à s’applaudir d’étre venues se justifier auprès de lui ; combien d’autres lui doivent de la reconnaissance pour avoir été tirées de la foule et (>onr avoir obtenu un rang distingué dans la société. Dés qu’il soupçonnait une injustice, une enquête était ordonnée, et souvent il la faisait lui-méme, avec sévérité mais avec bienveillance; dés qu’il entrevoyait un talent naissant, il cherchait à lui faciliter les moyens de se produire; il devenait pour ainsi dire son protecteur naturel.
La protection de bien des personnages en place est un vé-
(■) 10 octobre t838. Je faisaii partie de cette même commiaiion, cbarpêede reroir les règlements sur l'enseignement supérieur.
rilable fardeau que l’Iiomme d’honneur ne supporte qu’avec dégoût; la sienne était d’autant plus flalleuse qu’elle était réfléchie et servait ordinairement de premier degré à son affection. Je me trouvais du nombre de ceux qui ont été assez heureux pour en faire l’expérience ; et si j’en parle ici, ce n’est point par un sentiment d’orgueil personnel, qui serait d’ailleurs bien légitime, mais parce que j’ai naturellement l’occasion de montrer jusqu’où allait sa persévérance quand il avait arrêté l’établissement d’une chose utile. J’étais bien jeune lorsque j’eus le- bonheur de fixer son attention ; et, sans autre titre, sans avoir jamais vu d’observatoire, j’osai lui parler d’en fonder un à Bruxelles. Mon inexpérience ne me permit pas même d’apprécier ce qu’il y avait de téméraire dans ma demande. Cependant Faick eut la bonté de m’écouter, de se faire expliquer les avantages qui pouvaient résulter d’un pareil établi.ssement pour les sciences en général et pour le pays en particulier, et il m’engagea à venir lui en parler encore.
Peu de temps après, il m’envoya à l’étranger pour me faciliter les moyens de m’initier à la pratique de l’astronomie ; mais j’eus le chagrin d’apprendre à mon retour que j’allais perdre mon seul appui. Je me trompais; je ne connaissais pas encore jusqu’où allait sa bienveillance. 11 me fit connaitre lui-même qu’il avait veillé à tout et que son absence n’apporterait aucune entrave aux projets arrêtés ('). Et, en effet, au milieu même de nos crises politiques, ses regards se tournaient encore avec inquiétude vers cet observatoire, objet de tous scs soins, dont les murs à peine élevés étaient menacés de tant de dangers. Si l’observatoire
{') M. Vao Ewyck, adminislrateur de rinflrtielion pnhliqnr, sous Paie! rl sous Van Gobheischroy, son successeur au iDioislère, comrihiia puissamment à la construrlion de roliservaloirc et à faire doter IVlaldissemenl de« insiru'' racnt.s les plus précieux.
.1 fiii, li'ii nais5ano>;. proiliiire quel'jues fruiLs utiles, i.’e.'t a lui <]ii il faut eu savoir irré. ('/est lui qui en a com;n la pf-rii.-e, et i.ette p*-usi’C l'oecMipait encore à ses derniers iri't.'iuls. Peu dv junrs avant sa mort, il me donna son portrait au La> duquel il avait écrit ces mots : « Témoignatre
d'une amitié plus aneierme que l'observatoire Je devrais
ajouter, et surtout plus solide que l'observatoire.» dit-il en >ouriaiit et en faisant allusion à l'etat de délabrement dans leipiel la ville avait laisse tomber le bâtiment.
Ce fut pour lui une vi-ritable privation, lorsque, dans les derniers temps de sa maladie, ses soutl'rances ne lui permirent plus d'assi>ter à nos séances académiques. Le désir de saviiii- cl d’apprendri' ne l a jamais quitté, pas même dans les instants de sa vie où il semblait le plus chargé de Iravaii.v. Il se tenait au courant de tous les genres de progrès, se faisait rendre compte des découvertes scientiliques et eliercliait à en mesurer la portée.
Il était tro|) observateur pour ne fias sentir les approches de sa lin, et il avait l’esprit trop élevé, trop ferme ponr craindre- ce dernier instant. Cependant, quel que fût son stoïcisme, la vie n'était pas un bien qu’il dut quitter sans regrets. Sa séparation d’une épouse qui avait répandu tant de charme sur son existence, et de tant d’amis dévoués, pouvait ébranler cette àme si nobleet si bienveillante. Aussi ses nuits, me disait-il, étaient-elles agitées par des pensées tristes; mais il avait devant lui, pour se consoler, le tableau d’une vie |)ure et sans tache; et, prêt à franchir le seuil de l’éternité, il pouvait avec orgueil jeter uu dernier regard sur cette série non interrompue de belles actions qui ont marque son passage sur celle terre.
Falck s’éteignit le 16 mars 1643, à l’âge de soixante-six ans. Son corps fut transporté à Utrechl, pour cire déposé dans le caveau de sa famille. La translation se fit avec une
solennité qui montrait assez que la Belgique, en honorant le représentant d’une nation amie, voulait témoigner en même temps sa reconnaissance à l'homme d’État qui lui appartenait en quelque sorte par tout le bien qu’il lui avait fait. Certes, dans sa patrie, notre illustre confrère n’a pu être l'objet de plus touchants regrets, ni d’une douleur plus universelle.
Faick est en quelque sorte la personnification de toute une grande époque de l’histoire de Hollande. Après avoir le plus contribué à l'affranchissement de son pays, il sut faire adopter le plan de réunion des deu.x peuples belge et hollandais; dès lors toutes ses actions, toute sa prudence, toute son énergie furent employées à soutenir cet édifice encore frêle et constamment ébranlé par des maladresses, jusqu’au jour où il fut bouleversé de fond en comble, quand la main qui formait son plus ferme appui n’y était plus; et ce qu’il y a de remarquable, c’est que Faick fut appelé à présider aux arrangements qui suivirent cette grande catastrophe. Il rendit encore ce dernier service à sa patrie et parut n’attendre, pour descendre au tombeau , que la signature du dernier acte qui signale celte période remarquable (').
Les services que Faick a rendus peuvent être sentis, mais non appréciés dans toute leur étendue ; celle tâche est réservée à la postérité. Les contemporains sont trop près des événements; ils en connaissent trop peu les ressorts
(*) t Quand le traité du 5 novembre 1843 fut conclu, il exprima vivement »on détir de le voir accepter par le» chambres législatives. Il écrivit i ses amis en Hollande :• Puissent vos amis et tes miens s'en tenir, dans celle circonstance, au • fortiter occupa porfum/ Moi, «lu moins, je ne veux plut me rembarquer sur » l'océan, où nous avons été ballottés déjà depuis tant d'années, cl si cela arrive » malheureusement : Oî navia, refereut in mare te noui fluctua, assigne! moi » d'avance le rôle de passager. Aussi bien, je suis trop vieux et trop faible pour les voyages à rnnenture. Qu'on se te dise, adieu. > (Traduit du recueil Uet Inati* fuul^ page 70.)
sccrcls pour être des juges toul à fait compétents. Les hommes d’Ëtat sont un peu comme les médailles : ils ae sont estimés et appréciés qu’apres avoir passé quelques siècles sous terre.
D.-J. VAN EVYYCK VAN OOSBROEK EN DE BILT (1).
Je n’ai point à juger ici les événements qui amenèrent la séparation politique de nos provinces d’avec celles de la Hollande; je n’ai k m’occuper que de nos relations scientiliques et littéraires et, sous ce rajtport, il ne peut exister de dissentiment ni d’antagonisme. J’ai cherché k rappeler précédemment tout ce que nous devons k la bienveillance de Faick et aux vues éclairés de cet homme d’État : je chercherai k rappeler aussi les soins avec lesquels Van Ewyck continua k réaliser ses projets, quand ce ministre éclairé quitta la Belgique pour passer k la cour de Londres.
Van Ewyck avait fait de brillantes éludes k Ulrechl, sa ville natale; il y avait acquis successivement, en 1809 et en 1810, le litre de artium liheralium mngister et plnlosopliiœ doctor, et, de plus, le titre de docteur en droit. Il n’avait que vingt-trois ans, mais celle précocité, qui n’est pas toujours un indice de supériorité, s’alliait chez lui k une grande rectitude de jugement et k une instruction au.ssi solide que variée. Les dill'érenls opuscules publiés avant son
(') Né à lUrechl, le 1*S novembre 1786; Il y eslmorlj le 15 décembre 1858.
. • : i .= .*1 . :-:ii.oi;Mieiil en ellel tic l’allrac-
■ • f. :i r.- r;r < n ciprit les l>ellcs-leltres el la phi-
'• l i 1.' . en I Si 1, commis greflicr au
•' : ; :i t d L'trechl ; en 1814, il obtint