‹ Sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 10 sur 41 · MO · texte numérisé non relu

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acquiert par ses publications, lui paraissait devoir être considérée comme une affaire accessoire et purement secondaire. Son principe encore était de ne rien publier sans qu'il y eût une utilité réelle pour la science. »

Telles étaient, en effet, ses convictions scientifiques, et Ion en trouve la preuve dans les manuscrits qu'il a laissés après lui, manuscrits qu'il avait composés dans le recueillement de la solitude et dont il ne parlait jamais. En y jetant un coup d'csil, on reconnaîtra sans peine que le professeur attentif cherchait à ménager la force de ses élèves : il préparait d'avance la solution des cas difficiles qu'il voulait leur présenter, afin de ne pas les décourager en se plaçant trop loin de la route qu'ils avaient à suivre.

Nous avons dit que sa principale occupation, à Maestricht, consistait dans la rédaction de ses leçons et dans le soin qu'il mettait à réunir des observations météorologiques. Pendant le séjour temporaire qu'il fit à Malines en 1835, il ne voulut pas renoncer à ses travaux de météorologie; il les continua, mais il ne les fit pas entrer dans les résultats qu'il discuta plus tard.

Il ne commença une série d'observations régulières qu'en 1836, quand il se trouva établi à Louvain, dans l'ancien bâtiment qu'avait occupé autrefois son professeur, M. Minkelers. Les résultats des deux premières années furent publiés dans les Bulletins de l'Académie y et la suite de ses observations météorologiques parut dans les Mémoires de la compagnie jusqu'en 1848. Les tableaux de 1849 ne contiennent plus que les indications des températures; et peutêtre le consciencieux observateur éprouvait-il quelque regret de donner, dans son grand âge, des tableaux inférieurs à ceux qui étaient communiqués par d'autres établissements du royaume. Il cessa alors la carrière d'observateur météorologiste, mais il ne crut cependant pas sa missîoD

termmée : il lui restait encore à présenter le résumé de ses travaux y c'est ce qu'il fît dans le tome XXV des Mé^ moires de VAcadémie^ qui renferme la discussion complète des résultats obtenus pendant une période de treize années, de 1836 jusqu'en 1848. Cet examen est présenté avec un grand soin et prouve que l'auteur était parfaitement au courant du sujet dont il s'occupait : aussi les physiciens étrangers ont-ils eu recours à ses observations comme à celles d'un homme qui méritait toute leur confiance , nonseulement sous le rapport du savoir, mais encore pour l'exactitude qu'il mettait dans ses calculs.

Nous ne pouvons exprimer qu'un regret, c'est qu'il n'ait point sous-divisé ses observations en suivant l'ordre des temps : peut-être ses résultats étaient-ils assez nombreux pour permettre de les partager au moins en deux parties. Nous ne poussons pas les scrupules aussi loin que le savant secrétaire de l'Institut de France, M. Fourier (*), mais nous croyons qu'on peut se faire ainsi une idée plus exacte de la précision à laquelle on atteint.

Deux opuscules de Crahay, insérés dans les tomes dix et seize des Mémoires de V Académie ^ déterminent les instants oii la pression atmosphérique atteint moyennement, dans le cours de l'année, son maximum et son minimum^ du moins pendant les heures du jour. Dans le premier mémoire, on trouve les résultats des années 1831, 1832 et 1833, obtenus pour Maestricht; ils sont assez indécis. Crahay trouve qu'en été, l'instant du maximum arrive de meilleure heure et celui du minimum plus lard qu'en hiver; qu'ainsi, en été, l'espace compris entre l'instantdumaortmum et celui du minimum est plus grand que celui compris entre

(*) Voyez ce que M. Fourier dit des moyennes des résullats, dans ses préambules aux Reehereheê stalistiquei iur la vilU de Paris, etc., 4« vol. 1821 à 1899.

les mêmes instants en hiver. Pendant la première saison, la durée de l'oscillation diurne est de 7^,6754; pendant la seconde, elle n'est que de 5**, 7227. Nous ferons observer, en passant, que c'est une assez mauvaise habitude de donner plusieurs chiffres décimaux après celui où commence l'indécision : il suit de là qu'il n'existe aucune espèce d'indice précis pour s'assurer de l'exactitude d'un résultat.

M. Grahay était trop bon observateur pour ne pas sentir lui-même ce qui manquait à ses résultats : aussi le premier objet dont il s occupa à Louvain fut-il de calculer, de nouveau, des nombres qu'il n'avait pu déterminer qu'approximativement dans ses premières recherches. Mais les devoirs qu'il avait à remplir ne lui permettaient pas de disposer entièrement de son temps; il se borna donc à observer son baromètre d*heure en heure, depuis 8 heures du matin jusqu'à 5 heures de l'après-midi; et pendant les deux mois dont les jours sont les plus longs, juin et juillet, depuis 7 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir (')• Les obser-

(') Voici les résultats de ses observations :

lOIS.

ÉrOQCBS DO MAXIMUM

du matin.

ÉrOQUES DU MmiMCM

du soir.

IHTEKYALLB

entre les

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Moyenne pour Tannée.

On peut consulter à cet égard les observations qui ont été faites à TObservatoire royal de Bruxelles, pour déterminer les maxima et les minima du baromètre la nuit comme le jour, entre les années 1840 et 1848.

valions furent continuées pendant six années, de 1836 à 1841. Elles donnèrent des valeurs sensiblement différentes de celles qui avaient été trouvées d'abord; mais comme elles embrassent un nombre d'années double, elles méritent plus de confiance. L'auteur sentit d'ailleurs la nécessité de négliger les décimales au delà des centièmes d'heure. Il est juste de dire que la distance de Louvain à Maestricht pouvait introduire une différence dans les nombres.

Ce ne fut qu'après avoir discuté et examiné toutes les valeurs obtenues par ses observations que Grahay, après trente années de recherches suivies avec attention, consentit à laisser le soin d'observer à d'autres savants plus favorisés par l'âge et par les circonstances. La météorologie avait pris une tout autre marche pendant les recherches de notre confrère. A l'obligation pénible d'observer par soi-même, d'heure en heure, on avait substitué un genre d'observation plus précis qui laissait au crayon le soin d'enregistrer lui-même les données; et le savant n'avait qu'à relever avec attention les observations recueillies par les instruments. Ce genre d'annotation si simple et si facile devait causer, il faut en convenir, un sentiment agréable et pénible en même temps à ceux qui avaient consacré une partie de leur vie aux observations anciennes. Grahay ne se plaignit pas : ses résultats étaient acquis à la science; mais sans doute, il put regretter plus d'une fois de les avoir acquis au prix d'un labeur fatigant. Plus tard, le travail eût été plus aisé, l'observateur eût suivi plus facilement les manifestations des phénomènes météorologiques sur tout le globe.

Indépendamment des observations dont nous avons parlé et qui firent la principale occupation de sa vie, Grahay prit part aussi à des observations qui lui avaient été demandées par d'autres physiciens. Je me rangerai parmi ceux-ci, et je

suis heureux de pouvoir dire que notre confrère est Tun des savants qui m'ont toujours fourni les renseignements les plHS surs et les plus complets. Je citerai entre autres les obser-* valions météorologiques horaires qui ont été faites d'hetfre en heure et, pendant la durée de 36 heures, quatre fois par an, aux époques des solstices et des équinoxes (*). Ces observations étendues à soixante-dix points environ de différentes régions de l'Europe et de l'Asie, ont donné des résultats à peu près identiquement les mêmes que ceux obtenus presque à la même époque dans le nord de TAmérique. Elles ont fait voir que les lignes d'égale pression marchent, sur la partie occidentale de l'Europe, à peu près dans le sens perpendiculaire aux parallèles, et qu'elles se trouvent retardées par l'obstacle des montagnes. Par dessus le reste de l'Europe et au-dessus de l'Asie, les ligues d'égale pression deviennent à peu près parallèles à l'équateur. On a pu voir,en même temps, quelle était la vitesse de ces ondes {^).

Ce genre d'observations occupait déjà notre confrère dans la dernière partie de l'année 1B35; il y prit part jusqu'en 1841, époque ou un autre système d'observations plus étendu vint le remplacer.

Crahay se chargeait avec plaisir de travaux même fatigants, pour répondre aux désirs de ses confrères de l'Académie. On avait la plus grande confiance dans ses lumières et dans les résultats de son examen; il était souvent appelé à émettre son opinion sur les questions appartenant à la phy-

(') Cet observations in*étaient d^autant plus précieuses que Je les devais entièremeot à robligeaoce de Crahay : c^étail ud sayant très-réglé, chex qui les observations de nuit étaient à la fois un acte d*extréme politesse etd*une véritable coortoisie.

(*) « La vitesse n*est pas la même dans les différentes parties de Tonde : oo peut TesUmer de six à dix lieues par heure. La vitesse semble en général être d*autant plus grande, que les pays parcourus présentent moins d*aspéritét. » Sur le climat de la Belgique, tome II : des ondes atmosphériques ^ p. 87, in-4*. Bruxelles, chex llayez, 1857.

siqœ; ses rapports étaieni toujours conçus d'une manière obligeante, sans rien sacrifier des besoins de la science : ils concernaient à la fois les travaux des étrangers et ceux de ses confrères et amis, mais on aurait peine à distinguer les tins des autres, tant ses observations étaient sincères et conciliantes (^).

On y remarque que les questions relatives aux végétaux et aux animaux fossiles lui étaient très-famitlières : c'est un sujet dont il s'était occupé presque avec autant de passion que de la météorologie. Il suffira, du reste, de parcourir la liste de ses travaux pour se faire une idée des sujets nombreux qu'il avait compris dans ses études. Dans les premiers temps qu'il habitait l'Université de Louvain, son attention s'était portée vers l'astronomie : il avait raison de croire qu'avec la connaissance qu'il avait des phénomènes célestes et des instruments d'optique, il parviendrait à faire des observations utiles : il me parla de ce qu'il avait observé et me communiqua les résultats d'une éclipse que je fis parvenir à M. Schumacher avec les observations faites dans l'établissement qui m'était confié : malheureusement, l'instrument dont Grahay s'était servi, était trop faible pour permettre une grande précision, peutètre même le manque d'habitude availril mis sa bonne volonté en défaut. Le résultat du calcul entrepris à Âltona ne fut guère favorable à son attente. J'eus beau Tencourager ensuite à oublier ce premier mécompte, je ne pus jamais obtenir de lui qu'il revint à l'astronomie d'observation. J'eus ainsi le regret de perdre le concours d'un savant qui, sans aucun doute.

(*) En consultant les Bulletins de rAcadémie, on pourrait croire que bien souvent on abusait de Tobligeance d*un homme qui, en dehors du temps donné à l*nniversité et à la science, désirait ne pas rester étranger à sa famille et voulait consacrer quelques instants à sa femme et à ses enfants, qui avaient droit à ses premiers soins.

avait les qualités nécessaires pour obtenir des résultats utiles.

Crahay était d'une sévérité à toute épreuve dans les expériences relatives à la science; son assentiment était favorablement reçu par les meilleurs connaisseurs; non qu'ils eussent la conviction qu'il rencontrât la vérité en toute occasion, le plus babile peut se tromper^mais on avait au moins de fortes raisons pour croire qu'il était effectivement sur la vraie route. Sa droiture, ses connaissances solides, les services rendus à la science lui valurent, en 1842, la croix de chevalier de l'ordre de Léopold : lui seul put s'étonner d'une pareille distinction qu'il méritait déjà depuis longtemps (*),

Pendant la douloureuse maladie qui le conduisit à la mort, Crahay montra la résignation la plus grande : il ne se faisait pas illusion sur sa fin prochaine, mais il s'attachait à développer en lui toutes les qualités qui pouvaient adoucir cet instant cruel et faciliter son passage à une autre vie.

Ses souffrances durèrent plus d'une demi-année; cependant ses derniers instants furent tranquilles; il cessa de vivre le 21 octobre 1855, dans la soixante-sixième année de son âge.

Louvain perdit un de ses professeurs les plus renommés, et l'Académie royale un de ses membres les plus dévoués et les plus instruits.

(*) Crahay avail élé nommé membre de la Sociélé météorologique de Londres, au moisd*août 1839.

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