PIERRE SIMONS
ï^ierre Simons, de Bruxelles, était fils d'un célèbre car- '''^^^Sfcier de cette ville; il se passionna, dès lenfance, pour ' ^'•^lade de la mécanique et des constructions. Lors du pas- ^^^Ç^ de l'empereur Napoléon \^^ par Bruxelles, Tilluslre '^^^^^^ige alla visiter les ateliers de Simons père, et trouva Ten- ^^'^ ^ occupé de différents travaux qui décelaient son goût et ^^^^^ aptitude pour la mécanique. Le bon vieillard, qui était t^^^^ T ainsi dire le protecteur-né de tous les jeunes gens qui ^^■^onçaient quelque talent, prit plaisir à causer avec notre 3^1* m:xQ compatriote, et l'encouragea d'une manière toute pa- ^^'^«^elle; en partant, il lui laissa, comme souvenir, un exemple î rede sa Géométrie descriptive. Un pareil présent imposai^ de grandes obligations; le jeune Simons sut les compr^^^Midre. Il s'attacha à mieux mériter le livre de Monge, en là^^l^àant de le lire avec facilité et de faire des applications des tO^lhodes fécondes qui s'y trouvent indiquées.
V.a chute de l'empire qui, bientôt après, ébranla toute V^urope, étendit son action jusque dans le paisible domaine
(') Né à Bruxelles, le ÎO Janvier 1797 ; morl sur mer, le 14 mai 1845.
des sciences ; le jeune Simons dut suppiéer, comme il pat, à des éludes régulières ; mais il avait une ténacité et une trempe d'esprit qui lui rendirent cette tache moins difficile. S'il parcourait moins de terrain dans le domaine de la science^ il savait mieux s'assurer la possession de celui qa'îl avait exploré.
En 1815 s'ouvrit pour lui la carrière des travaux publics, où il devait se faire plus tard tant de titres à l'estime de ses compatriotes. Il entra au service le l®*" octobre, en qualité d'aide temporaire des travaux publics ('), et, l'année suivante^ il fut envoyé à la Haye sous les ordres de M. le baron de Beekman, chef de la division des roules et des mines.
Ses commencements, on le voit, furent bien modestes. Entré d'abord dans les bureaux oomme surnuiQérïÎM , promu ensuite au grade d'aspirant, il en sortit, en 1817> pour prendre part au travaux d'achèvement de h prison civile et du portique du palais de justice à Bruxelles.
En 1820, Simons put donner une plus large (^rrièr^ k son activité et à ses études : il fut appçlé à concourir à 1«^ fQi^ mation du projet d'une nouvelle communication p^r ^u de Mons à l'Escaut; et, plus tard, du projet du canal de BruxçHep à Gharleroi.
Le 30 septembre 1823, il fut promu au grade d'iogénjear
(*) Par irrélé du ministre du walerstaat, il fut attaclié aux bureaux du ministère à Bruxelles , sous les ordres de M. E. Ketelbuter, cMf de la divisioa do navigation.
Les états de services de Simons portent encore les indications suivantes :
Nommé, le 5 décembre 1816, au grade d^oêpirant au €orp$ du toalvrafool, attaché par continuation aux bureaux du ministère, à Bruxelles;
Adjoint, le 5 aoAt 1817, à Tingénieur en chef des liâtiments civils de la circonscription de Bruxelles, M. Virquaio, et spécialement cbargé par lui des travaux c|*achèvement de la prison civile et du portique du palais de justice)
Adjoint par continuation, le âO décembre 18^0, au ipéme ingénieur «a ciitfj alors en service général, pour la formation des projets d*une nouvelle communication par eau de Mons à PEscaut, par Antoing et par la Dendre.
Item, en 1832, pour le projet de canal de Bruxelles à Gharleroi.
ordinaire de seconde classe, et attaché par continuation à M. l'ÎDgénieur en chef Vifquain, qu'il accompagna dans son voyage en Angleterre. Celle excursion lui fut très-utile, en lui permettant d'étudier tous les grands travaux exécutés par nos voisins.
Hienlôt après, il se trouva dans une position qui mit son mérite plus en évidence; car, pour lui-même, il était fort peu soucieux de le faire valoir. Pendant les années 1824, 1825 ^^ 1 826, il fut chargé de la direclion et de la surveillance ^^ tous les travaux pour lexécution du canal d'Anloing. La '^^nière dont il s'acquitta de cette mission délicate lui valut le titre d'ingénieur ordinaire de première classe (1®"* septembre 1826).
aimons n'avait pas encore atteint Tàge de trente ans ; cependant l'excès des fatigues qui résullaient de ses pénibles lOnotions et des veilles qu'il s'imposait pour étendre ses con- '^^isaances, avaient visiblement agi sur sa santé. En dehors "^ Ses occupations ordinaires, il était constamment enfermé ^^ ^%ilieu de ses papiers et de ses livres. Il se trouvait étran- ^^•" à la jeune génération qui s'était élevée autour de lui ; .^^^ou trois amis seulement auraient connu son existence, ^* > i:iar sa position, il n'avait été forcé de sortir de son cabi- '^^•- de travail.
, *^cndant les années qui suivirent sa nomination d'ingé- *^^^r ordinaire, Simons fut chargé de la surveillance d'une *.^^*-îe des travaux du canal de Charleroi et de la composi- . ^^^ de plusieurs projets de grands ponts de suspension sur ^ I^ek et la Meuse.
^^ependant, en 1828, le gouvernement avait conçu le
^^^^jet d'unir l'océan Atlantique à la mer Pacifique du
^^, au moyen d'un canal qui devait être creusé à travers
^ '■erritoire de l'Amérique centrale. Cette grande entreprise
^nc^Waitde nature non-seulement à honorer le nom belge,
mais encore à étendre les relations commerciales du pays dans cette partie de TÂmérique. L'exécution en devait être confiée à des officiers belges du génie militaire et du waterstaal ; les premières opérations auraient eu pour objet de lever les plans et de former un détail estimatif des dépenses occasionnées par le creusement du canal et par les travaux de fortifications qui étaient à construire. Le gouvernement jeta les yeux sur Simons « comme réunissant les qualités nécessaires pour le faire coopérer comme adjoint à une mission aussi honorable et aussi importante. » Ce choix prouve que le talent de Simons , malgré sa modestie, avait été convenablement apprécié.
La révolution de 1 830 fit oublier cette grande entreprise, mais donna bientôt naissance à une autre non moins brillante et qui touchait plus directement aux intérêts matériels du pays ('). Pendant qu'à Londres on agitait la question de son existence par des renforts de protocoles , tandis que les ennemis en armes bordaient ses frontières, et que tout le Nord s'accordait à la considérer comme un foyer d'anarchie, la Belgique tendait à rentrer dans ses anciennes habitudes d'ordre et de calme. Et, comme le philosophe ancien qui se mit à marcher pour prouver le mouvement, elle commença un vaste plan de travail qui devait l'occuper pendant douze années. Celte attitude ferme et digne était sans doute la meilleure réponse que la Belgique pût donner à ses détracteurs. On jeta encore les yeux sur Simons pour l'exécution de cette entreprise: un arrêté ministériel du 24 août 1831 le mil à la disposition de l'inspecteur général pour la formation du chemin de fer d'Anvers à Cologne (^). Il avait
(■) Simoos avait été chargé, le 19 octobre 1S30, par décision de M. riaspedeiir général des ponts et chaussées, du service dans la province du Hainaut.
(■) Le 27 octobre 1831, Simons recevait de M. Tinspecteur général des ponts et chaussées la lettre suivante : « L*ingénieur de première classe, Simons, se
été chargé précédemment, avec son beau-frère, M. De Ridd er ( *), d'aller étudier, en Angleterre, tout ce que l'expérience avait appris sur ce genre de construction.
U ne incroyable activité, une grande facilité de conception
et s^urtout l'habitude de diriger des entreprises, permirent
en peu de temps aux jeunes ingénieurs de présenter les
plsiins des grandes voies de communications qui devaient
oc^eCtre les différentes parties de la Belgique en rapport entre
elles et avec les pays voisins. Quand il fut question desou-
met^tre aux chambres le projet de loi relatif à ces travaux,
ils reçurent une récompense flatteuse de leur zèle, et furent
spêoialement chargés de le défendre comme commissaires du
gouvernement (*).
Un arrêté royal ne tarda pas à les charger exclusivement "^ la direction des travaux du chemin de fer (31 juillet 1834). Uri second arrêté, qui suivit de près celui-ci, les promut au K'^ade d'ingénieurs en chef de 2® classe. Cet arrêté fut publié 1^ 6 mai 1835, jour de l'inauguration du premier chemin ^^ fer, celui de Bruxelles à Malines. Simons donna, dans côtte occasion, un exemple bien remarquable de générosité
^^'^^C'A flurle-chamii à Cologne, pour 8*y concerter avec MM. les ingénieurs civils **"* les moyens à employer pour la prompte formation d*un projet de route en C««^ ^ établir entre Cologne et Anvers. »
^ * ) MiM. Simons et De Ridder avaient épousé deux sœurs, belles-filles de M. Vifqu* i o , inspecteur des iionis et chaussées.
^*) I>ans son rapport au roi, en date du 31 juillet 1834, le ministre de Tinté- H^^r disait : « En chargeant MM. Simons et De Ridder de la rédaction du projet, ^"^^^ ^^partement les avait choisis parmi les ingénieurs qui 8*étaient le plus occa|»«s de ce nouveau mode de transport. Ils ont visité à plusieurs reprises les ■^'*^*« et canaux de PAngleterre. Seuls, parmi leurs collègues, ils ont eu occasion ^ ^u<ti«r, dans ce pays, les routes en fer perfectionnées depuis remploi de la ^apeu^. p^yp |g iransport des voyageurs. Ce travail fut Tohjet d'une longue et •^'^«Usc médiution. Nommés commissaires, à PeflTetde défendre la loi devant les ^ ^^^res, ils se sont acquittés avec zèle de cette importante mission. »
^^Os un ouvrage qu*ils publièrent à cette époque, MM. Simons et Do Ridder P*^ikl connaître les résultats de leurs recherches sur les chemins de fer, en les aVPHquaot an système qu*i1s proposaient |K>ur la Belgique.
et de véritable modestie. Il avait eu connaissance que le gouvernement ne destinait de l'avancement qu'à lui senl ; dès lors il crut devoir refuser un avantage que ne partagerait pas le compagnon de ses travaux et de ses succès. Il le fit avec une noble simplicité, mais en même temps avec cette fermeté qui prend sa source dans une profonde conviction (•).
L'année suivante (mai 1836) amena pour notre jeune ingénieur un nouveau triomphe : l'inauguration du chemin de fer de Malines à Anvers; et, cette fois, le gouvernement lui témoigna sa satisfaction en lui conférant la décoration de chevalier de l'ordre de Lcopold. Bientôt après, cette décora-
(') Voici la lettre qu'il adressa à M. le mioistre de Pintérieur :
Bruxelles, le 6 mai 1835.
Hovsiiua LB MiifiSTaB,
Daigoez me pardonner, si je viens tous entretenir de moi, mais Téqulté envers un collègue, un frère, m'y oblige impérieusement.
Des personnes qui se disent bien iulbrmées m*assurent qu*il a été qaesUon, dans Tune des dernières séances du conseil des ponts et chaussées, de me com* prendre dans les propositions de promotion qui vous seront soumises.
Cette Taveur, qui n*est motivée, sans doute, que sur une ancienneté relative dans mon grade actuel d'ingénieur de première classe n'étant point partagée avec le collègue dont les efforts sont depuis si longtemps unis aux miens pour la réussite du même grand ouvrage, je me trouve dans l'obligation de vous supplier, Monsieur le Ministre, si, ce dont j'aime à douter encore, telle a été réellemeot rinlention du conseil, de vouloir bien regarder cette proposition eorane nonavenue en ce qui me concerne, et suspendre tout avancement demandé pour mot seul.
Dans une semblable circonstance, si l'Ingénieur De Ridder était à ma place, je suis persuadé. Monsieur le Ministre, qu'il agirait de même; car, dévoués tons deux au succès d'une même entreprise commencée de concert et que nous espérons terminer avec honneur ensemble, il serait vraiment pénible de voir maintenant l*Dn de nous l'objet d'une préférence dont le public, qui a les yeux ouverts sur nos travaux, ne saurait s'expliquer les motifs.
Je me confie donc en votre bienveillance, et je continuerai, avec uo DooTeau zèle, à tâcher d'avancer le moment où les ingénieurs du chemin de fer pourront recevoir ensemble la récompense qu'ensemble ils auront méritée.
Veuillez agréer, H. le Ministre, l'hommage de mon profond respect.
L'ingénieur
SiXOHS.
lion fut dhflngée en celle d'ôfSèiei*, et lé godverDemenl francs y jôigttît l'étoile de la Légion d'horiheur. Les travaux du ^héfloid de fer mafchàient avec la plus grande activité; on svait successivement inauguré différentes parties des deux "^éÈ de Test et de l'ouest.
La dàste dcà sciences de TAcadémie royale de Bruxelles
^v^dalul tértioignei* k son tour l'intérêt qu'elle attachait aux
c^Ml^trtiCftîôtis i*em2lt*(5(uables qui s'exécutaient autour d'elle,
ô* cJôttt h fenommée n était plus renfermée dans les limites
^9M pays : elle înscritil, le 8 mai 1838, Simons au nombre
rf« ^s corfespofidailts.
<jepeiidant les nôiiVeflles vdies qui s'ouvraient de jour en J<^Mjm.t semblaient présatget des succès toujours croissants, *<>jr'"^gqtte, tefs lé milieu de juillet f838, Simons fut vivement ^^^^^^îSdé paf un arrêté qui le privait désormais du concours son beau-frère. Le ministre, M. Nolhomb, se hâta de le tieùW que, dans cfette mesure, rien ne lui était personnel, "âa cortti'aire, il comptait plus que jamais sur le concours ses lumières et sur ses conseils, toujours empreints de cet ^rit dé conciliation et de modéfalion qui le distinguait. fùtre place, dfrsait-ll, est dans toutes les commissions, '^K^sfôtrtes les conférences où il s'agira du chemin de fer; savez que, chez ihoi, il y a toujours examen préalable; examen ne se fera pas sans vous , je le croirais impar- L » Le mmrstre l'engageait en même temps à aller s'était àf Liège, au centre des travaux qu'il avait à exécuter '^ns h vallée de ïa Vesdrè et jusqu'à la frontière de la '^^tee. Presque en même temps, un nouvel arrêlé royal lui ^*:iféraitle titre d'ingénieur en chef de première classe (*). He ministère des ti'avaux publics, au mois d'avril 1840, ^^^isfitua ett direction ïa division des chemins de fer en con-
<•) 1» fcplcmbrc 1838.
struction^ de Tadministration centrale, et appela Simons à sa tète. Â côté de cette direction s'en trouvait ane seconde, celle des chemins de fer en exploitation, qui avait pour chef l'ingénieur Masui.
Toutefois les récompenses honorifiques et les promotions de grade n'étaient pas ce qui pouvait séduire Simons ; ce qui lui convenait avant tout, c'était un aliment à son activité, de la latitude pour agir, et surtout une entière cod* fiance de la part de l'autorité supérieure. La continuation du chemin de fer jusqu'à la frontière présentait de grandes difficultés qu'on n'avait point rencontrées ailleurs; pour les vaincre, il fallait des précautions et des dépenses considérables. Il importait donc de bien mûrir les plans. Ceux présentés par Simons rencontrèrent des difficultés de la part de l'administration ; il en résultait que les travaux ne marchaient qu'avec lenteur.
En 1841, un nouveau ministre défit ce qui avait été fait précédemment et renvoya Simons à Liège, en le chargeant de la direction spéciale des chemins de fer de la vallée de la Vesdre. Simons fit des représentations, parce qu'il lui semblait qu'en restreignant ses attributions, on le faisait véritablement descendre du rang qu'il occupait; d'une autre part, le séjour de Liège lui était devenu odieux par la perle qu'il y avait faite d'une épouse chérie. Le gouvernement y répondit par l'arrêté du 21 juin 1841, qui lui enjoignit de retourner à Liège pour consacrer exclusivement ses soins aux travaux de la ligne de l'est. Sur son refus d'y obtempérer, Simons fut mis en disponibilité par arrêté royal do 25 juillet 1841.
Cette mesure produisit, dans le public, une sensation pénible. Le gouvernement, sans doute, ne pouvait demeurer entravé dans son action; mais on se demandait s'il avait agi avec les ménagements que méritaient de grands services
rendus avec une intelligence y un zèle et une probité dont on aurait peu d'exemples ('). On opposait l'acte de cette des* titution à la page qui doit rappeler, dans notre histoire, la série des grands travaux par lesquels la jeune Belgique a été, en quelque sorte, révivifiée. On doit souffrir^ en effet, de voir briser, à côté d'une source de prospérité et d'orgueil national, l'instrument principal qui lui a donné naissance. De pareils exemples ne sont pas tristes seulement, ils sont décourageants pour l'avenir.
Loin de nous, cependant, l'idée de jeter un blâme sur le gouvernement, nous croyons volontiers qu'un malheureux concours de circonstances l'a porté à prendre un parti auquel il ne s'est arrêté qu'avec peine.
L'année suivante, le ministre des travaux publics remit Simons en activité, et lui confia, en service spécial , les opérations, projets et travaux de construction des routes neuves à entreprendre dans la province de Luxembourg ('); mais notre confrère regardait également cette position comme secondaire (') ; et, d'ailleurs, il avait été frappé trop vivement pour pouvoir rentrer immédiatement dans la carrière. Il s'excusa sur l'état de sa santé, qui ne lui permettait pas d'aller se livrer à des travaux pénibles dans une de nos provinces dont le climat est le plus rigoureux.
Malgré son état maladif, malgré ses peines, il lui restait cependant des traces de son ancienne activité : le feu sacré n'était pas encore entièrement éteint. On lui parla de projets qui se rattachaient à ceux qui l'avaient occupé dans sa jeunesse. L'Amérique se présenta à ses yeux avec des illu-
(') Non-seulemenl Simons D*ajouta rien à ce qu*il possédait par lui-même, mais il ne laissa, après sa mort, que le peu qu*on put recueillir de la vente de son mobilier et de ses livres.
(') Le 11 octobre 1843.
(') Ce qui peut justifier cette manière de voir, c*est qu*un arrêté du 20 no« Tembre 1843 nomma un ingénieur ordinaire. M* Dutrieux, pour le remplacer.
siens toutes nouvelles. Une colonie à consolider, tout on pays à exploiter, à féconder par des voies de communication ; la possibilité de voir Tisthme où, quinze ans auparavant, il avait dû étudier les moyens de mettre deux grandes mers en rapport : tout cela souriait à cette âme active; il accepta donc les offres qui lui furent faites par la Compagnie belge de colonisation, et fut nommé directeur de la Communauté de l'Union, dans les Ëtats de Guatemala.
Dès lors, Simons ne rêva plus que TAmérique; toutes ses études, toutes ses pensées se tournèrent vers sa nouvelle destination ('). Il se livra à ce nouveau travail avec la même ardeur qu'il avait mise, douze ans auparavant, à étudier la Belgique pour rétablissement des chemins de fer. Toutefois les conditions n'étaient plus les mêmes : les travaux et les chagrins avaient miné sa constitution; ses cheveux avaient blanchi; il portait tous les signes d'une vieillesse anticipée, mais il conservait encore cette activité qui l'avait toujours animé à l'idée des grandes entreprises. Les journées ne suffisaient plus aux études nouvelles qu'il avait à faire ; il fallut empiéter sur les nuits. Les conseils de ses amis, la crainte de laisser orphelins deux enfants encore en bas âge, rien ne put, l'arrêter ('). Me reposer, disait-il, n'ai-je pas pour moi les loisirs de la traversée? Il aurait dû dire peutêtre avec Arnault : N'ai-je pas devant moi l'éternité?
Aussi, quand arriva l'instant du départ, il fallut le porter au vaisseau qui l'enleva pour toujours à sa patrie et à ses amis. Son existence ne fut plus qu'une longue agonie; mais ce courage indomptable qui l'avait animé ne devait s'étein-
(') Il se mit à s\>ccoper sérieusement de Pastronomie et de la météorologie, dans le but de relever les principaux points et d*éiudier le climat du pays eoa6é à ses soins. Il se proposait d*emporter différents instruments et fit de nombreuses ▼isites à TObservatoire iK>ur m^entretenir de ses projets scientifiques.
(*) Simons a laissé deux enfants, un fils et une fille.
cire qu'avec son dernier souffle de vie. II expira le 14 mai 1843, à bord de la goëlelle de l'État La Louise-Marie (*), entre son pays qu'il avait honoré par ses travaux et sa nouvelle patrie qu'il allait mériter par de nouveaux bienfaits. L'Océan recueillit son corps, comme l'Éternel recueillit son âme, l'une de ses plus nobles émanations.
c( Au bruit d'une salve d'artillerie, dit la relation de ce triste événement, le corps fut lancé à la mer et disparut sous les flots. Le temps était magnifique, quoique le soleil fût presque entièrement voilé comme en signe de deuil; quelques rayons seulement en descendaient vers la mer et figuraient la route du ciel (^). »
(*) Far 90" 1^ latitude nord et 35® 36' longitude oec. du méridien de Greenwicb. Simons était d*une piété sincère, éloignée de toute affectation. Il reçut, a?ant de mourir, les secours de la religion catholique dans laquelle il avait été élevé.
Un arrêté du gouvernement, dont il n*a po avoir connaissance, Pavait promu, le 30 avril 1843, au grade d*inspecleur des ponts et chaussées.
(•) Voyei le Moniteur belge du 4 août 1843; on j trouve des renseignements inléretsants sur la mort de Simons, et le discours prononcé par M. Tardieu, au moment où le corps allait être jeté à la mer.