‹ Sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 12 sur 41 · FRANÇOIS-PHILIPPE CAUCHY · texte numérisé non relu

FRANÇOIS-PHILIPPE CAUCHY

Dès Tàge de huit ans, Cauchy avait été envoyé en Belgique et confié aux soins de son oncle, M. Bachelier, professeur de mathémaliques au Lycée impérial de Bruxelles (')• Â la suite de brillantes études dans cet établissement, le jeune Cauchy fut admis à TËcole polytechnique, le i^*^ novembre 1842. II y resta jusqu'en 1814, époque à laquelle il quitta les bancs pour courir avec ses camarades à la défense de Paris, ou plutôt pour assister à la dernière lutte de Tempire.

Après la mémorable catastrophe qui fit perdre à la France les différents pays que la conquête lui avait donnés, Cauchy revint en Belgique, sa patrie adoptive. On s'y occupait avec ardeur de l'organisation du royaume des Pays-Bas, ce beau débris de l'empire, qui, lui-même, devait bientôt après subir un nouveau partage. Le 24 décembre 1816, Cauchy fut envoyé à Namur comme ingénieur du Walerstaat ; et, certes, on

(') Fr.-Ph. Cauchy était né à Abbeville, le 18 janvier 1795; et il moural à Namur, le 6 juin 1843 : il avait un autre oncle en Belgique, attaché au Lycée de Gand, en qualité d^aumdnier et de professeur de latin; il était aussi parent da célèbre mathématicien français Augustin Cauchy.

ne poavait faire un choix meilleur. Exempt d'ambition, scrupuleux observateur de ses devoirs, il consacra dès lors sa vie entière à la province con6ée à ses soins; il en devint pour ainsi dire l'âme et le conseil. Qu'on ne cherche plus désormais dans sa carrière cette teinte aventureuse qui en avait marqué le début; on y rencontrera tout ce qu'un homme peut déployer d'énergie, de savoir et de persévérance pour se rendre utile dans le poste qui lui est assigné. On verra notre confrère tour à tour ingénieur, professeur, écrivain, administrateur, et toujours on le trouvera si parfaitement propre à la chose dont il s'occupe, qu'on sera disposé à croire qu'il en a fait son unique étude.

 peine établi à Namur, Cauchy chercha à connaître les besoins de la province ; il sentit bientôt quels étaient les services que réclamait plus particulièrement un sol qui renfermait tant de richesses dans ses entrailles. Le gouvernement comprit, de son côté, tout le parti qu'il pouvait tirer des connaissances de notre jeune ingénieur; et, le 23 septembre 1817, il lui confia la chaire de minéralogie et de métallurgie qu'il venait de créer à l'Athénée de Namur. Bientôt après (le 7 mai de l'année suivante), en lui conservant sa résidence à Namur, il le détacha pour le service des mines, dans l'arrondissement de Charleroi, l'un des plus importants de la Belgique. Cauchy justifia pleinement ces différentes marques de confiance; il fit plus : de 1823 à 1834, d'abord comme ingénieur de première classe, et ensuite comme ingénieur en chef, il organisa complètement le service dans les provinces de Namur et de Luxembourg (*). Il prit en même

(') Il avait été nommé successivement ingénieur de U* classe des mines au 5"^ district des mines à Namur, le 11 juillet 1825; faisant fonctions d*ingénieur en chef de la S*»' division des mines à Namur, le 4 septembre 1831 ; ingénieur en chef de la â"« division des mines, à Namur, comprenant les S'^'^et 4'°« districts en résidence à Namur, le 29 mai 1834; et enfin ingénieur en chef de l^* classe, le 4 janvier 1839.

temps une part active aux travaux des commissions appelées à 3'occaper des jotéréts de l'industrie nationale. Le 19 sep* tembre 1827, il avait été nommé membre de la commission d'État pour la révision de la loi sur les mines; en décembre 1829, il avait été appelé aussi à faire partie de la commission centrale d'industrie, de commerce et d'agriculture. Quand le conseil des mines fut établi, en 1832, on sentit que ses lumières pouvaient y être d'une grande utilité, et il fut encore désigné pour y prendre place en qualité de membre.

Deux fois il fit partie des jurys des expositions de i'indns- Irie nationale; et chaque fois il a été nommé rapportrar de sa section : la manière dont il s'est acquitté de ces fonctions difficiles prouve l'étendue et la variété de ses connaissances.

Je ne m'arrêterai pas à énumérer toutes les commissions auxquelles notre confrère fut attaché; qu'il me suffise de dire que, dès qu'on en créait une nouvelle, et l'on sait assez combien ces nouveautés sont encore à Tordre du jour, les pensées se portaient naturellement vers lui, comme vers Tud des hommes les plus indispensables à ses travaux (*).

Lorsque, en 1833, il fut question de décerner, pour la première fois, des distinctions honorifiques aux sciences, le gouvernement n'oublia pas un nom dont il se souvenait si bien quand il cherchait un homme de talent et de conscience; aussi Cauchy reçut l'une des trois décorations de l'ordre de Léopold qui furent données dans celte circonstance.

(') Dans VimpossibilUé de citer toutes ces commissions^ nous nommerons au moins les principales :

La commission chargée de Texameo de matériaux indigènes, Infliluée par arrêté des départements des travaux publics et de la guerre, en date des 19 et 37ré?rier1840;

La commission chargée de Pexamen des procédés nouveaux, instituée prèi du département des travaux publics par arrêtés ministériels du 8 avril 1841 H du 2 avril 1842;

La commission directrice des JnnaUs des travaius puhlt€S, créée par arrêté royal du 8 novembre 1841.

Cauchy était loin de tirer vanité de tant de marques de haute confiance ; il les acceptait comme on accepte de nouveaux devoirs à remplir; et le$ circonstances qui ont amené sa mort nous prouvent assez combien il était religieux observateur de ses devoirs. Modeste et simple dans ses goût^» il évitait avec grand soin de se mettre périodiquement en relief et d'occuper le public des faveurs accordées à ses talents. Il s'appliquait, au contraire, à cacher soigneusement ce que tant d'autres s'étudient à mettre en évidence. Lors même que sa modestie ne lui eût pas donné ce conseil, sa raison lui disait combien sont dangereuses ces ovations ingénieu* sèment usurpées, et combien elles nuisent au caractère et à la dignité de ceux qui les recherchent. Cauchy portait en lui le cachet du vrai talent et de l'homme d'honneur ; il laissait à ses ouvrages comme à ses actions le soin de parler pour lui. Ces hommes sont rares, et si l'estime qu'on leur porte n'est pas proclamée par beaucoup de voix, du moins elle est dans le cœur des hommes d'élite, dont il est le plus glorieux d'ambitionner les suffrages.

Si nous considérons notre confrère comme écrivain, nous trouverons que sa plume était conduite par les mêmes sentiments qui réglaient ses actions. Ce n'était pas le désir de se distinguer qui le faisait écrire, mais le besoin de se rendre utile; et, pour atteindre son but, il savait avec facilité traiter les sujets les plus divers et porter dans l'examen des questions les plus difficiles toute la lucidité de son esprit. Le premier ouvrage par lequel il débuta dans la carrière des sciences est son mémoire sur la constitution géologique de la province de Namur, couronné en 1824 et qui se trouve imprimé dans le tome V du nouveau recueil des Mémoires de l'Académie royale de Bruxelles. La question proposée faisait un appel direct à ses connaissances; Cauchy crut devoir y répondre. C'est ainsi qu'en classant soigneuse-

ment les fruits qu'il avait rapportés de tontes ses excorsioDs géologiques, en recueillant ses observations de chaque jour et en les confiant au papier, il devint auteur presque sans songer à l'être, et fit ce premier pas, si difficile à hasarder pour l'homme consciencieux et modeste.

Le mémoire couronné décelait un mérite trop réel pour que l'Académie ne désirât pas de compter l'auteur au nombre de ses membres ; elle le nomma en effet dès Tannée suivante (1825, 4 juin), en même temps qu'elle décernait une distinction semblable à MM. Raoux, Pagani et Moreaa de Jonnès, qu'elle avait couronnés pendant le même concoars : jamais choix ne fut mieux justifié. Non-seulement notre confrère continua dès lors à nous communiquer les résultats de toutes ses recherches, mais il nous rendit les services les plus importants, surtout par ses rapports consciencieux sur les nombreux ouvrages soumis à son examen. Ces rapports sont tels que plusieurs peuvent être considérés comme de savants mémoires, et ont mérité les honneurs de l'impression. Je citerai en particulier ceux sur les concours relatifs à la constitution géologique des provinces de Luxembourg, de Liège et de Brabant (').

Quand TAcadémie tint sa première séance publique, le 16 décembre 1 835, c'est Cauchy qui fut chargé de présenter le Rapport sur Vétat actuel en Belgique de la géologie et des sciences qui s y rapportent ('). On se souvient encore avec quelle distinction il s'acquitta de cette charge honorable mais difficile, avec quelle lucidité et avec quel heureux choix d'expressions il sut présenter le tableau rapide et animé d'une série de travaux qui font le plus grand honneur à la

(*) Voyez tomes VII et VIII des Mémoires couronnés (les commissaires étaient MM. D*0malius d*Halloy, Sauveur el Cauchy, rapporteur). Voyez aussi les Bul» Utins de V Académie.

(•) BuUetins de l'Académie, tome II, page 461.

^G Inique, et Ton peut dire à l'Académie royale, sous les au-

^pici«s de laquelle ils furent exécutés et livrés à la publicité.

^^ïotre confrère avait à peine pris place parmi nous, qu'il

^Pf>^la notre attention sur les pierres à chaux hydraulique

^^ 1^ Belgique (*). On sait que Ton nomme ainsi les chaux

q^ii prennent sous Teau, c'est-à-dire qui s'y durcissent au

P^^î rit de résister à l'impression du doigt, après un séjour

^a»:i s le liquide, qui peut varier depuis huit jusqu'à quinze

joim rs. Ce travail est une nouvelle preuve de l'étude conscien-

^*^ï tuse qu'il faisait de notre sol et des trésors qu'il renferme.

^^uand le choléra fit invasion dans nos contrées, en répan-

^ ^ «^ l partout la consternation et des germes de mort, Cau-

^^ y s'attacha à observer attentivement sa marche ; il crut voir

d^ris la direction que suivait ce terrible fléau des analogies

^"^"^^c la nature des terrains, et il nous communiqua les ré-

^^^1 tats de ses observations. Nous les avons consignés dans

'^ F>remier volume des Bulletins^ où notre savant confrère

"^^^vis a fait connaître aussi la découverte d'une pierre litho-

S**^ phique qu'il a trouvée dans les environs de Namur.

d'est encore dans le même recueil que l'on trouve sa no-

••p^ sur un trapp granatifère du Luxembourg, et l'indication

^ ri Tableau synoptique des minéraux et des roches de la

^^Sig^Cf qui malheusement n'a pas été publié : on y voit

^^^ série de rapports qui témoignent à la fois de l'activité,

^ savoir et de la flexibilité du talent de notre confrère.

H^n 1838, Cauchy publia ses Principes généraux de chi-

. ^« inorganique, suivis d'un tableau synoptique des corps

*^Ot-ganisés d'origine inorganique ('). Cet ouvrage peut être

^*^ sidéré comme le résumé de ses leçons données à TAlhé-

^^^ de Namur, pour servir d'introduction à son cours de

^•Oéralogie et de métallurgie. « A mesure que la chimie a

' * ^ Tome IV des Nouveaux Mémoires. .

' *> A la Société beljje de librairie, Bruxelles, 1 vol. gr. in-8».

étendu son donaaine, dit-il, j'ai donné plus de développemeni à celte première partie de mes cours, et j'ai été insensiblement amené à lui accorder une étendue telle, que j'ai ai restreindre celle que j'attribuais d abord aux autres sciences J'en suis venu à éliminer de celles-ci tout ce que les jeune gens studieux apprennent aussi bien seuls qu'avec raid< des professeurs, c'est-à-dire toute la partie descriptive, e je reconnus alors les avantages du mode d'enseignenoieD auquel j'ai été conduit, pour ainsi dire, forcément et san aucune préoccupation systématique. »

C'est à la prière de ses élèves qu'il se décida à publie ce travail ; car il lui eût été difficile de leur refuser un( chose, dès qu'elle pouvait contribuer au succès de leur études. Aussi recevait-il d'eux les témoignages les plus tou chants d'affection et de respect, et ces sentiments ne demeuraient pas concentrés dans l'enceinte de l'Âthénée ; chaque élève les lui conservait religieusement dans le monde ei s'habituait à le considérer comme un ami sur, comme m véritable père. La mort prématurée de notre confrère a fai éclater d'une manière bien touchante cette pieuse affection

Cauchy s'était trop distingué par les succès qu'il avait ob tenus dans l'enseignement et par la sagesse de ses vues dam tout ce qui se rattachait aux études, pour qu'on ne jetât pai les yeux sur lui, quand il fut question de réorganiser lei différentes branches de l'enseignement. M. Teichmann, soi ancien camarade à l'École polytechnique et alors ministre d< l'intérieur, le désigna, par un arrêté du 30 août 1831, poui faire partie de la commission chargée d'élaborer un projet d< loi à cet égard ('). Cette tâche était difficile à remplir : oi venait de rompre brusquement avec un état de choses qu avait mis les entraves les plus étroites à la liberté de l'ensei-

(') M. Ernst aîné, qui faisait partie de la même commission et qui Tiit pins lare ministre de la justice, a suivi de bien près dans la tombe son ancien collègae.

gnement; el la révolution de i830, par une réaction soudaine, avait donné à cette même liberté la latitude la plus grande qu'elle pût recevoir dans aucun temps et dans aucun pays (*). C'est dans ces circonstances que la commission commença ses travaux, et Ton peut assurer, je crois, qu'elle n'est pas restée au-dessous de son importante mission, du ^oÎBs l'expérience des premières années est entièrement ^^v^orable aux réformes qu'elle avait proposées. L'organisa- ^■on des jurys d'examen semble encore aujourd'hui la seule institution compatible avec la liberté proclamée parla Conslituiion et avec les garanties que réclament à la fois et la ^^<^΀3lé et les bonnes études. Cette organisation a passé dans '*^ loi à peu près textuellement, telle qu elle avait été for- '^^u l«e par la commission de 1831. La seconde commission, ^ ^ î fut nommée ensuite pour mettre le projet de la première ^•^ liarmonie avec la loi, crut devoir faire à ce projet une "^ ^édification importante, qui consistait à demander deux "^•v^ersités au lieu d'une seule que voulait le projet. Ce '^^^O veau plan, conçu moins dans rinlérêl des sciences el des '^**ï*€S que dans la vue de favoriser des exigences locales, ^^ Semble pas avoir obtenu la sanction du temps. Pour ap- P^y^cr les deux universités de l'État, il a fallu lier ensemble ^^3eignement scientifique et l'enseignement industriel , ^^^ choses essentiellement distinctes pour tout homme qui ^ '^ mûrement réfléchi sur l'organisation des éludes : Tun de ^^^^ enseignements devra nécessairement finir par étouffer \^U tre, et peut-être, en définitive, ne trouvera-t-on que deux ^col^s d'application là où se trouvaient d'abord deux uni- ^^«^siiés (*).

^'•^ X*arlicle 17 de la Conslilution est ainsi conçu : « L^enseignemenl esl libre; ^ vnesare préventive est interdite; la répression des délits n*est réglée que '''^^•^ loi.»

^ ^ Il y a plus de vingt ans que les lignes précédentes sont écrites, on n'a pas "* ^^'voir y faire des changements.

Lorsque, en vertu de ia loi du 27 septembre 1835, le gouvernement, d'accord avec les chambres, procéda à l'organisation des jurys d'examen, Cauchy fut élu par le sénat; et il justifia si bien ce témoignage de haute confiance qu'il fut réélu d'année en année. Â la veille de sa mort seulement, il demanda à quitter ce poste d'honneur, et exprima le désir de voir porter sur un autre des fonctions que sa santé ne lui permettait plus de remplir (*).

Sous des dehors sévères, il cachait un cœur aimant et sensible; il ne se pardonnait pas même les peines qu'il avait pu causer en remplissant ses devoirs. Nous n en citerons qu'un exemple. Un jeune homme était venu échouer devant le jury; au moment où l'on prononçait la fatale sentence qui Técartait du grade tant désiré, des larmes coulèrent de ses yeux; le jury en fut louché, car en remplissant un devoir rigoureux, il avait senti que ce jeune homme devait se trouver dans une position exceptionnelle. Le récipendiaire en effet était fils d'un vieux militaire, et l'état de sa fortune ne lui avait pas permis de faire des études régulières : il avait étudié, chez lui, sur des cahiers inexacts et incomplets. Le soir même de ce jour malencontreux, Cauchy se trouvait avec l'un de ses collègues chez le général Buzen, alors ministre de la guerre. La visite n'était pas faite sans intention; notre confrère était rêveur, préoccupé; il fallut dire le pourquoi. Cauchy le fit en homme de cœur, et il fut parfaitement compris. Le lendemain, le jeune homme reçut les moyens de faire des études régulières; et l'année d'après, Cauchy eut la satisfaction de contribuer à lui conférer le grade et la distinction.

L'on ne doit pas s'étonner, après de pareils exemples, du respect et de l'affection qu'il inspirait aux jeunes gens, et sur-

(■) Il a aussi fail constamment partie des jurys d*examen pour Padmission aux grades de sous-ingénieur et de conducteur dans le corps des mines, dcpuiit 1831.

toataux élèves qui étaient constamment en rapport avec

'ut* Dans son premier âge, Thomme éprouve si vivement le

sentiment de la justice qu'il reconnaît comme par instinct

ceiM:xqui lui sont véritablement attachés, et il s'habitue à ne

co«i sidérer la sévérité que comme un frein qui lui est néces-

Cauchy aimait sincèrement les jeunes gens ; il était sans

cesse préoccupé du désir de les rendre meilleurs et de dé-

^^lopper leur intelligence. On aurait peine à croire à quels

^étsils minutieux il était descendu pour atteindre son but.

'--^ hasard me fit connaître que nous nous étions rencontrés

^^^•* un terrain où j'avais été conduit par la nécessité et lui

F^^ ir* le désir toujours actif de bien faire et de se rendre utile

^ ^^ ^ autres. Qu'on me permette ces détails, les pères de fa-

'^'^î 1 le les excuseront sans doule. Notre confrère avait em-

r^'o^ré beaucoup de temps et de méditations à rechercher les

'^^^^^ens les plus propres pour apprendre à lire aux enfants.

* * ^^ait composé et fait imprimer des tableaux où les diflS-

^ ^^ I «:és étaient graduées et présentées dans un ordre systé-

'^^ ^ *.ique tel que l'enfant, après les avoir étudiés, pouvait lire

^^*^s peine (*).

^On a pu voir déjà, par les détails précédents, que Cau-

^*^ i^ s'attachait sans cesse à rechercher l'utile ; il le poursui-

^^ 5 *. par toutes les voies , et, dans son active prévoyance, il

^ '^ 5 ssait toujours par l'atteindre. Mais qu'on ne s'y méprenne

C * ^ Un premier tableau présentail tous les monosyllabes commençant par la

^*^«e a, puis ceux commençant par la lettre hy et ainsi de suite. Dans un second

^*^^ ^au se trouvaient les mots composés, et les difficultés étaient graduées |)Our

^^«"lue lettre. Si je ne craignais les longueurs, je me permettrais de m'étendre

^^■* «c sujet, qui offre un véritable intérêt et qui exige plus de sagacité qu'on ne

^^%-oit communémenl. J*espère pouvoir montrer ailleurs qu^il exige même un

*ï*«*ît d'analyse très-délié, et qu'il est possible de resserrer dans un cadre assez

^""^^ît toutes les difficultés que l'enfant peut rencontrer dans la lecture. J'ai vu de

**^*^î)rcux tableaux du genre de ceux dont 11 vient d'être parlé, et j'avoue que je

*^^* loin d'en a?oir été satisfait.

point, cette activité était dégagée de toute pensée d'égoïsme : elle ne s'employait qae pour le bien des autres. Faat-il rappeler ensuite la justesse de son esprit, la sûreté de ses conseils, la bonté de son cœur dans ses relations intimes? tous ceux qui Tout connu s'empresseront de faire son éloge, et nous ne pourrons qu'exprimer faiblement ce qu'ils ont énergiquement senti. Nous emprunterons à un ami commun le portrait qu'il a tracé de son confrère : la vérité et la vivacité des couleurs prêtent à sa peinture un charme que nous n'aurions pu lui donner (').

(( C'était, en effet, un homme d'un grand savoir et d'ane puissante pensée, laborieux au delà de toute expression, dont les vues étaient toujours limpides; mais il n'admettait que le positif: le fait accompli, bien constaté, était la chose à laquelle il donnait croyance; rien, du reste, aux possibilités, aux chances d'avenir, aux probabilités même. C'étaient autant d'ombres vaines ou fantastiques pour lui; et cela ne pouvait entrer dans des idées qu'il formulait avec la rigueur d'une proposition de géométrie. C'était, en conséquence, d'un sentiment bien naturel à concevoir pour ceux qui ont vu en si peu de temps tant de couronnes rouler dans l'abime et qui ne connaissent plus de stable et de solide que Dieu et la vérité absolue.

» Celte manière de traiter les choses qui étaient de son ressort, et elles étaient en bien grand nombre, enleva peut-être aux travaux de Cauchy la couleur brillante qu'aurait pu leur donner son imagination vive et gracieuse ; mais elle leur conserva un^utre caractère bien précieux, c'est que jamais

(■) Le passage suivant est extrait d*une note manuscrite que le colonel Daodelin a bien voulu me communiquer. Comme Caucby, Daodelin était ancien élère de l*Éco1e polytechnique, et, comme lui, il enseignait par goût à PAthénée de Namur; tous deux étaient collègues à TAcadémie, ainsi que dans différeotes commissions scientifiques et administratives; ils avaient donc pu s'apprécier mutuellement.

personne n'a eu à regreller de s'être engagé sous l'enripire

rfe ses conseils, ni à récuser la témérité de ses prévisions,

^^ pourtant jamais homme peut-être ne fut autant consulté

^t star autant de choses et d'éventualités diverses. Aussi le

crédit moral dont il jouissait et la confiance dont il était re-

vêtta s'étaient élevés bien haut. Ses avis, qu'il donnait avec

'^ simplicité et la netteté qui formaient le cachet de son lan-

S^^e avaient plus de poids que bien des encyclopédies, et

cela était juste : on savait au moins qu'on ne serait pas mis

^^ fausse route, et dans un siècle où tout marche si vite, le

pl ws grand de tous les malheurs, c'est d'être forcé de reve-

'^■i* sur ses pas, de faire, si j'ose le dire, un repli dans sa

^^**rière. Cauchy n'en fit jamais faire à personne. Il y a peut-

®^**o en cela du hasard, mais de celui qui n'existe que pour

'03 hommes de conscience et de talent.

*> Cauchy ne s'est pas contenté d'être un savant et un "^^i^ï^mede haute capacité, il était encore d'une douceur at- "*^y ante, et sa vie d'homme privé était aussi pleine de char- ^*^^^s que de gaieté. Cette dernière qualité, qui n'est le par- *^8'o que des bons cœurs et des bons esprit^^ allait quelque-

fo

chez lui jusqu'à l'enfantillage, et, communicalif comme

'*était, elle entraînait les plus sérieux. Sa conversation,

P * ^ t ne d'abandon et de finesse, ne révélait alors que par éclairs

^^ |>resque malgré lui, l'homme supérieur qui voulait s'cffa-

^^*" pour vivre un instant de la vie commune. La langue

^^îoiitifique ne servait chez lui qu'à jeter une lumière plus

^^t te et plus vive sur les formes capricieuses et juvéniles qui

Jaillissaient de sa pensée, et qui portaient toujours avec elles

ï^ ne sais quoi d'intelligent et d'affectueux à la fois.

» C'est particulièrement dans les voyages, souvent durs et débutants, auxquels l'obligeai nt ses nombreuses missions que * on reconnaissait cette rare qualité de masquer à chaque instant Thomme scientifique pour l'homme aimable. Au milieu

des fatigues de la route, aggravées par une santé déjà frêle, des périls de ses visites dans des travaux dangereux à explorer, des notes nombreuses et scrupuleuses qu'il y prenait, des observations graves et sérieuses qui devaient être consignées, il ne cessait de s'oublier pour s'occuper du bien-être de ses compagnons de voyage. Dur et sévère pour lui-même, sobre et infatigable, il était plein de soins et d'attentions délicates pour eux; et, dans ces moments de fatigue et de dégoût où le courage d'investigation commence à devenir douteux ou chancelant, sa gaieté jaillissait en étincelles et ranimait le feu prêt à s'éteindre. Aussi, plus d'une commission n'a dû qu'à Cauchy d'arriver complètement au résultat de ses recherches ou de ses travaux. »

Ajoutons, pour compléter ce tableau, que chacun rendait un si sincère hommage à sa droiture, à son jugement sur et à son esprit conciliant, qu'il était à la fois l'arbitre et le jage naturel devant lequel venaient s'aplanir toutes les contestations qui naissaient au sujet des travaux d'exploitation. Quand, après avoir examiné la question, Cauchy s'était prononcé, personne n'aurait osé appeler de son jugement; et, chose inouïe, grâce à cette sage intervention , le gouvernement n'eut pas à soutenir un seul procès dans la partie du royaume soumise à son inspection ('). Le dernier et le plus important des travaux de notre confrère ('), celui qui accéléra peut-être sa fin prématurée, c'est la Carte minière de la Belgique, ouvrage immense, qui n'a pu paraître qu'après sa mort et qui résume en quelque sorte les travaux de toute sa vie. La

(*) Nous (enoDS ce fait remarquable de M. le l>aron de Stassart, qui a été longtemps gouverneur de la proyince de Namur et qui connaissait Cauchy dans Pintimilé. Il serait impossible de rendre un plus bel hommage au caractère d*un homme public.

(•) On doit ajouter encore à la liste des ouvrages de Cauchy une note sur les glles mélainrères de PArdenne, insérée dans le tome IV de la 3™« série des Jnnales de» mines de France.

carte minière a été publiée par le ministère des travaux publics, et il est juste de dire que, pour la composer, Cauchy a pu joindre à ses propres documents ceux qui lui ont été fournis par les ingénieurs des mines (*).

La dernière fois que Cauchy prit part aux séances deTAcaciémie ('), ce fut pour inviter ce corps à proposer Tune de ses médailles de concours au meilleur travail sur l'analyse des houilles du Hainaut. C'était encore une question d'utilité publique qu'il avait en vue. Malgré son état de souffrance, ^iju'on était loin de regarder comme le précurseur de sa fin prochaine, il fit ressortir avec chaleur tous les avantages de 1 a question. Sa voix était affaiblie; il dut s'interrompre sou- "%7enl, et se retirer même après avoir cessé de parler. Le mal :Cit des progrès si rapides, qu'un mois après, Cauchy n'exis- ^^it plus. Il succomba le 6 juin 1842, vers 10 heures du ^wir, à une maladie de poitrine dont les progrès furent d'au- '^^nt plus effrayants que rien jusque-là n'avait fait soupçon- Wîer sa présence (').

(') M. Pingéoieur De Vaux, noire confrère à PAcadéraie, a bien voulu nous ^lonner les renseignements qui suivent, au sujet de la Carte minière delà Bel- ^lique : « Dès le mois de février 1837, M. le ministre des travaux publics avait exprimé aux trois ingénieurs divisionnaires du royaume le désir d^oblenir de «chacun d*eux une carte minière de sa division. Il était bien spécifié qu^il ne fal- B ait attacher aucune importance scientifique à ce travail, dont le caractère devait "^ire essentiellement commercial et industriel.

n Peu après la production de ces cartes, le gouvernement forma le projet de K^nnir, de compléter et de publier les principaux documents statistiques que pou- '^ait lai fournir Padministration des mines. A ce projet s*associa naturellement l*idée de reproduire les trois cartes minières, après avoir toutefois coordonné les différentes parties et avoir étendu, sous ce nouveau point de vue, le cadre et les indications quelles comportent. Telle est Porigine de la carte minière qui vient ^ paraître. » Ce sont Mli. les ingénieurs en chef Cauchy, De Vaux et Gonot qui oot recueilli et fourni, pour leurs divisions respectives, les éléments de celle carte, «t c*est à Cauchy qu*a été confié le soin de diriger et de publier ce travail. (') Le 10 mai 1843.

(') Ce coup fatal fut une véritable calamité pour la ville de Namur, et Pon peut dire pour le pays entier. Un grand concours de monde phi part aux funérailles, et la douleur générale témoigna la perte qu*on venait de faire.

ANTOINE BELPAIRE (1).

Antoine Belpaire était né à Ostende en 1789. li y reçut, pendant les premières années de sa vie, un commencement d'instruction fort incomplet, et tel que pouvait ToCTrir une ville dont les ressources, sous le rapport de réducation, étaient extrêmement bornées.

« Une circonstance inattendue, nous écrivait son fils, qui vint développer subitement dans son esprit une série d'impressions et d'idées qu'il avait ignorées jusque-là, influa d'une manière favorable sur son avenir, en excitant de bonne heure en lui cette soif d'apprendre qui ne le quitta plus depuis, et en lui découvrant tout à coup le but, jusqu'alors inconnu de lui-même, vers lequel son caractère et ses goûts devaient le porter. Ses parents l'avaient envoyé passer quelques années de son enfance à Messines, aux environs d'Ypres, où demeurait une partie de sa famille. Il y rencontra un prêtre français qui s'y était réfugié pour échap-

(') Né le 3 février 1789, il mourut, à Anvers, du 13 au 14 décembre 1859. M. Alphonse Belpaire, (ils du savant qui fait Pobjet de cette notice, a bien voulu nous donner les principaux renseignements que nous présentons ici.

per aux persécutions de la révolution française. Ce prêtre était un homme instruit et d'un caractère aimable; il prit mon père en affection et remarqua en lui des dispositions pour l'étude qu'il résolut de cultiver. 11 commença donc à s'occuper activement de son éducation et lui donna en peu de temps les premières notions de la grammaire, de l'histoire, des sciences naturelles, des mathématiques, etc., loutes choses absolument neuves pour mon père. Il devint ainsi pour lui un précepteur d'autant mieux en état de diriger l'esprit de son élève, qu'il avait su se l'attacher par sa bonté et son amabilité. Les années que mon père passa dans 2sa compagnie à Messines furent les plus agréables de sa vie, c^elles sur lesquelles son souvenir s'est toujours reporté avec 1 c plus de plaisir. Il nous parlait souvent de cette époque ^i heureuse de son enfance, et jamais sans nous exprimer 1 es sentiments les plus vifs de gratitude et de vénération jDOur l'excellent prêtre à qui il devait sa première éduca- *.ion.

» De retour à Ostende, mon père y rencontra un ancien ^lève de l'École polytechnique, du temps de la création de <:iette célèbre institution, qui occupait alors la place de protf*csseur de navigation à Oslende. Ce professeur l'engagea à ^e présenter à l'École polytechnique et lui proposa de le ïTiettre en état de passer les examens d'admission à cette <»colc. Les difficultés d'une pareille entreprise effrayèrent mon père, et il hésila longtemps avant de se décider à tenter l'épreuve qui lui était offerte. EnGn il se laissa persuader C3t commença Tétude des mathématiques sous la direction cJu professeur qui l'avait engage à s y livrer. Celui-ci le ïnit, en dix-huit mois de temps, en état d'être reçu élève à l'École polytechnique : mon père y entra en 1805.

» A la fin de sa première année à cette école, il fut désigné pour entrer dans l'artillerie. Cette destination n'ayant

pas été accueillie favorablement par ses parents, qui ne voulaient pas le laisser entrer dans l'arniée, il fat obligé de quitter l'école avant d y avoir terminé ses études, et il revint à Ostende en 1806, après avoir consacré à peu près trois ans à se préparer à entrer dans une carrière qui se fermait tout à coup devant lui.

» Mon père songea alors à entrer dans Tinstruction publique. Il obtint une place de maître d'études au Lycée de Bruges. Il occupa pendant quelque temps cet emploi, et le quitta ensuite pour aller remplir, en 1810, au Lycée de Bruxelles, la même place que celle qu'il avait eue à Bruges. » Pendant son séjour à Bruxelles, il se décida à quitter l'instruction publique pour embrasser la carrière judiciaire. Dans cette intention, il suivit les cours de l'École de droit de cetle ville. Il y fut reçu bachelier le 26 mars 1813, et licencié le 20 juillet suivant; il obtint ensuite le titre d'avocat à la cour de Bruxelles, et continua à habiter cette ville jusqu'en 1816, époque à laquelle il fut nommé notaire à Ostende. Le 20 décembre 1821 , il obtint la place de greffier du tribunal de commerce dans cette même ville. Il remplit ces fonctions jusqu'en 1827, où il quitta Ostende pour venir occuper, au tribunal de commerce d'Anvers, l'emploi de greffier qui s'y trouvait vacant.

» A Ostende, mon père prit une grande part à plusieurs institutions de bienfaisance publique qui y furent établies. Ce fut encore lui qui, avec l'aide de quelques-uns des principaux habitants d'Oslende, organisa une école de musique d'après la méthode du méloplasle. Cette entreprise lui coûta beaucoup de peines et de travail; mais il eut la satisfaction de la mener au but qu'il désirait atteindre. L'École de musique reçut un assez grand nombre d'élèves et répandit les éléments d'une instruction musicale solide parmi la jeunesse d'Ostende qui la fréquentait. Diverses circonstances

amenèrent par la suite la chute de cet établissement, qui ne dura que peu d'années, et finit entièrement quelque temps après le départ de mon père pour Anvers.

» En même temps que TËcole de musique, il érigea aussi une école latine, par laquelle il aurait voulu suppléer à l'absence d'un collège à Ostende. L'école latine fut peu suivie et n'eut qu'une fort courte durée. »

En 1825, l'Académie royale de Bruxelles avait remis au concours, pour l'année suivante^ l'examen des changements que la côte d'Anvers à Boulogne avait subis, tant à l'intérieur qu'à Textérieur, depuis la conquête de César jusqu'à nos jours. Belpaire, qui s'était occupé de cette question intéressante, se mil à l'approfondir d'une manière plus spéciale; et, aGn de pouvoir entrer avec plus d'assurance dans tous ses détails, il fit plusieurs voyages à pied sur toute l'étendue du littoral qu'il se proposait de décrire. Il consigna le résultat de ses observations géologiques et historiques dans un savant mémoire auquel l'Académie décerna l'une de ses médailles d'or('). Dans ce travail, Belpaire commence par décrire l'état des côtes sous la domination des Romains ; il entre ensuite dans les détails nécessaires pour établir leur état actuel, fait connaître les causes des changements survenus, rapporte les preuves qui en établissent la réalité, énumère les inondations qui ont eu lieu successivement et expose ensuite les changements qu'elles ont produits.

L'Académie avait à peine couronné ce mémoire remarquable que Belpaire, moins content de son travail que ne l'avaient été ses juges, leur communiqua un plan de recherches dans toute l'étendue du bassin maritime qui s'étend depuis les hauteurs de Blanez, au delà de Calais, jusqu'à

{•) C€ mémoire est inséré dans le tome VI des Mémoires couronnés.

rextrémité du Jutland , et il offrit généreusement ses services pour en assurer l'exécution. L'Académie adopta ce projet et pria le ministre de Tintérieur de le soumettre au roi, afin de faciliter à l'auteur les moyens de le réaliser. Il ne paraît pas, du reste, que le gouvernement ait favorablement accueilli cette demande. Le but de Belpaire n'était pas seulement d'étudier la constitution géologique de l'étendue de pays qu'il désignait, et de suivre les changements qu'y avait occasionnés la mer, mais notre savant avait encore l'intention de tracer les limites des divers idiomes qu'emploient les habitants, et de réunir des notions aussi exactes que possible sur l'état météorologique des pays qu'il aurait visités.

En 1827, le gouvernement du pays établit des commissions de statistique auprès des gouverneurs des provinces, dans le but de faciliter des recherches sur la population, le commerce, l'agriculture et les diverses branches de la statistique nationale dont il se proposait de publier les principaux résultats. Ces commissions, instituées sur un plan uniforme devaient correspondre avec le ministère de rintérieur, et elles se composaient, en général, des hommes qui, par leurs connaissances ou par leur position, pouvaient jeter le plus de lumières sur le nouveau champ de recherches qu'on voulait exploiter. Belpaire fut naturellement appelé à faire partie de la commission établie dans la Flandre occidentale, et désigné pour s'occuper des recherches géologiques de la province.

Déjà, par arrêté royal du 4 octobre 1826, il avait été désigné pour aller remplir, auprès de la Société de commerce des Pays-Bas, les fonctions temporaires de commissaire pour la ville d'Ostende, et il exerça cet emploi jusqu'au mois de juin 1827.

Sa probité bien reconnue lui attirait chaque jour des témoignages nouveaux de confiance. Pendant les dernières

années de son séjour à Ostende, il avait été appelé à faire partie de la régence de celle ville, en qualité de conseiller communal. Au commencement de 4827, il fut nommé à la place de greffier du tribunal de commerce à Anvers. Peu de temps après (en 1828), un arrêté du ministre de l'intérieur le fit entrer dans la direction de l'Athénée de la même ville, et, au mois de mars 1830, il fut nommé membre de la commission d'instruction publique et inspecteur des écoles dans la deuxième division de l'arrondissement d'Anvers. Il exerça ces dernières fonctions jusqu'à l'époque de la révolution, qui les fit cesser de fait, en donnant à l'enseignement la liberté la plus grande.

Cependant cette révolution, qui changea tant de fortunes et déplaça tant de personnes, laissa Belpaire à peu près dans la même position ; seulement elle lui assura de nouveaux titres à l'estime de ses concitoyens, qui lui en donnèrent des preuves en le nommant, dans les premières élections qui eurent lieu, membre du conseil communal de la ville d'Anvers. Depuis celte époque, Belpaire fut encore réélu, et il remplit la même charge à peu près sans interruption jusqu'à sa mort. Il prit une grande part aux nombreux travaux d'administration qui occupèrent la régence d'Anvers pendant cette période.

En 183i parut l'arrêté royal qui créait une commission spéciale pour la rédaction d'un projet de loi sur l'enseignement, et qui désignait en même temps Belpaire pour en faire partie (^). La liberté que la Constitution garantissait à l'enseignement ne pouvait laisser aucun doute sur la nature du travail que l'on désirait obtenir de la commission, mais elle

(*) Cette commission, qui devait se réunir sous la présidence de M. le ministre de rintérieur, se composait de MM. Lecocq, président en Tabsence du ministre, B. Arnoald, Belpaire, Caucbjr, J.-G.-J. Ernst et Qoetelet, faisant les fonctions de secrétaire. 11 en a été parié déjà, dans Particle relatif à Caucliy : Voyez p. 975.

rendait en même temps très-difficile et très-délicate la tâche qui était imposée à ses membres ('). Saos se faire illusion sur ces difficultés et sur les oppositions qui naîtraient de toutes parts à ses vues, quelles qu'elles pussent être d'ailleurs, la commission aborda franchement, et Ton peut dire de la manière la plus consciencieuse, le travail qui lui était demandé. Le projet de loi fut présenté au ministère et imprimé Tannée suivante (^); il embrassait les différentes branches de renseignement. Une seconde commission fut chargée ensuite d'un travail de révision et d'arrêter les termes dans lesquels le projet serait présenté aux chambres. Cette commission adopta la première rédaction, en y introduisant néanmoins quelques modifications importantes.

C'est pendant le cours des conférences de la première commission dont nous avions l'honneur de faire partie, que nous avons surtout pu juger des connaissances solides, du jugement droit et de la probité db notre confrère. Exempt de toute prévention, en dehors de toute espèce d'influence, il ne s'attachait qu'à rechercher la vérité et à faire prévaloir ce qui lui semblait bon et utile. Ses scrupules, sous ce rapport, allaient même quelquefois à un point tel qu'ils auraient pu prêter à la plaisanterie, si la source n'en avait été aussi sacrée. Quand, après de longues délibérations, on croyait la question éclaircie ou du moins portée assez loin pour que chacun pût arrêter son jugement, quand arrivait l'instant daller aux voix, Belpaire hésitait encore, il flottait indécis, et avant d'émettre son vote, il semblait chercher à gagner

(') L*arlic)e 17 de la Conslilution est conçu en ces termes : c Renseignement » est libre; toute mesure préventive est interdite; la répression des délits D*6St » réglée que parla loi.

T L*instruction publique donnée aui frais de TÉlat est également réglée par » la loi. »

(*) Projet de loi de Vemeignement ptêblic en Belgique, etc., publié par le ministre de Tintérieur. Bruxelles, chez Remy, 1833, 1 vol. in-8<», 904 pages.

da temps par un nouvel examen des deux opinions divergentes.

Cependant au milieu de ses occupations administratives, Belpaire n'abandonnait pas l'étude des sciences; il employait même ses instants de loisir à en faciliter l'accès aux autres. Ainsi, en 1834, sur la demande de M. Teichmann, son ancien condisciple à l'École polytechnique de France et alors gouverneur de la province d'Anvers, il donna un cours de géométrie descriptive à l'Académie de dessin, et il fut en même temps nommé membre de la direction administrative de cette institution (^). Il revenait cependant toujours avec une prédilection marquée à ses premiers travaux et à l'étude do nos côtes et des modifications qu'elles ont subies.

En 1833, il avait présenté à notre Académie une notice historique Sur la ville et le port d'Ostende : elle a été insérée depuis, avec quelques changements, dans le tome X des Mémoires de ce corps savant.

Des travaux dirigés avec tant de persévérance et vers un but si utile avaient depuis longtemps fixé l'attention de la classe d'histoire de notre Académie, qui, dans la séance du 7 mars 1835, l'appela au nombre de ses membres, et plusieurs autres sociétés savantes^ nationales et étrangères, imitèrent cet exemple. Notre confrère assistait assez régulièrement à nos séances ; il était toujours prêt à seconder nos travaux, soit en nous communiquant les résultats de ses recherches et de ses observations recueillies dans les Flandres et la province d'Anvers, soit en prenant part à l'examen des ouvrages soumis au jugement de l'Académie. 11 savait apprécier, en homme judicieux tous les avantages que la Belgique, dans son état actuel, peut retirer des associations

(') Par arrêté minislériel du 14 décembre 1835; il fut aussi nommé membre flu conseil d*adminislralion de TÉcolede navigation établie à Anvers.

scientifiques, surtout pour les recherches locales; il fut Tun des fondateurs de la Société royale des sciences, lettres et arts d'Anvers, qui le nomma président du comité des lettres et des sciences. Il eût été intéressant, pour répondre au but de son institution, que cette société eût pu donner sur la province d'Anvers les recherches qu'elle était à mènîe de recueillir et qui nous manquent encore : ainsi, nous ne connaissons à peu près rien sur la météorologie de cette province, qui semble exercer une action si directe sur la mortalité de ses habitants (^); et l'Académie a vainement proposé au concours, pendant plusieurs années, une question concernant la description géologique de cette même partie du pays. C'est par des travaux de cette nature que les sociétés provinciales se recommandent surtout à l'estime des savants.

Dans les derniers temps de sa vie^ notre confrère s'occupait de terminer la traduction d'un traité de droit anglais sur les lettres de change, et, toujours conséquent avec luimême, il sacrifiait ainsi son amour-propre et ses loisirs à l'espoir de se rendre utile. Il avait aussi été l'un des rédacteurs d'une revue judiciaire publiée à Bruxelles, sous le titre d'Archives de droit et de législation.

Ce grand nombre d'occupations accessoires ne l'empêcha pas de remplir, avec le plus grand soin, les fonctions qu'il exerçait au tribunal de commerce d'Anvers, ni de se livrer à l'étude approfondie des différentes questions de droit que soulevaient les causes portées devant ce tribunal. Bien plus, il trouvait encore le temps de rendre de nombreux services au commerce d'Anvers, en acceptant tous les arbitrages qui

(*) Les renseignements méléorologiques manquent encore complètement; mais les travaux de fortiRcation, faits dans ces derniers temps, ont donné lieu aui découvertes paléonlologiques les plus importantes : un grand nombre en ont été publiées par TAcadémie royale de Bruxelles.

lui étaient déférés et que son esprit calme et conciliateur réussissait presque toujours à terminer à la satisfaction des parties qui lui soumettaient leurs différends.

et Mon père n'a jamais été d'une santé robuste, nous écrivait son fils ; il se plaignait depuis fort longtemps de maux d'estomac et de douleurs dans les intestins. Cependant son état ne présenta de caractère sérieux que depuis un an environ.... Il eut toujours un goût ardent pour le travail; sa maladie même ne l'empêcha pas de s'y livrer. Trois semaines avant sa mort, lorsqu'il n'était presque plus en état de quitter sa chambre, il se faisait encore traîner à la commission de navigation de l'Escaut, pour assister aux discussions de cette assemblée. Ce furent ses derniers travaux (*). Mon père conserva, jusqu'à la fin, la plénitude de ses facultés intellectuelles. Il passa les deux dernières semaines de sa vie à s entretenir avec nous sur les questions religieuses les plus relevées; il mourut dans la nuit du 13 au 14 décembre (1839). »

(') Un arrêté royal du 30 juin 1889 Pavait nommé membre de cette commission, instituée à Anvers par le § 6 de Part. 9 du traité de paix du 19 avril précécédent.

JEAN KICKX (1).

Jean Kickx était Tun des plus anciens membres de TÂcademie; il avait été nommé, un an après la réorganisation de ce corps, le 26 avril 1817. Fils d'un pharmacien, il dirigeait lui-même à cette époque une pharmacie à Bruxelles : il avait su, depuis longtemps, mériter la confiance publique par ses connaissances approfondies dans les sciences naturelles et dans Part pharmaceutique. Depuis 1805, il avait été appelé à faire partie du jury médical du département de la Dyle, et il en exerçait les fonctions avec assez de zèle pour être réélu par le nouveau gouvernement en 1814. Il devint même à cette époque secrétaire de ce même jury, qui avait pris le nom de Commission du Brabant méridional, par suite des changements de noms qu'on croyait devoir introduire partout pour désigner les mêmes choses.

Ce savant botaniste était d'un caractère fort austère et d'une probité parfaite : il assistait régulièrement aux séances de l'Académie; et, quoique le personnel fût peu nombreux,

(•) Il élail né le 9 mars 1775; et il est mort le 37 marsISSI.

il prenait rarement la parole. Quand il jugeait à propos de le faire, il s'énonçait sans ménagement pour les expressions; ses sorties brusques et mordantes produisaient parfois un effet assez inattendu sur ses collègues, parmi lesquels siégeaient d ordinaire deux ou trois ministres. On connaissait le fond de sa pensée, on appréciait sa droiture, et tout en rendant justice à sa sincérité, on ne lui faisait point un crime delà verdeur et quelquefois de I apreté de ses observations sur ses collègues présents et souvent même sur les plus haut placés.

Il avait publié, dès Tannée 1812, une Flore de Bruxelles c]ui contenait le résultat de toutes ses recherches faites dans le Brabant. Cet ouvrage pouvait alors exciter Tattention au milieu du silence qui régnait généralement dans nos provinces sur tout ce qui concernait les sciences. Kickx cependant avait des relations assez nombreuses avec son collègue Tan Mons, qui dirigeait également une pharmacie à Bruxelles et qui jouissait alors de la réputation la plus grande en Europe. Leurs demeures étaient peu éloignées ; ils se voyaient même assez fréquemment et avaient Tun pour Tautre de Taffeclion, quoiqu'ils eussent les habitudes et les tempéraments les plus différents. Autant Van Mons avait le caractère vif, actif et tout à fait méridional, autant son collègue était froid, réservé et quelquefois violent, quand il dépassait ses limites ordinaires. Le contraste si fort qui existait entre ces deux savants n'a cependant jamais nui à leurs relations affectueuses, bien que ni Tun ni l'autre ne fit mystère des écarts que son ami se permettait parfois.

Kickx, avons nous dit, avait été nommé membre de TAcadémie royale vers l'époque de la réorganisation, et sa nomination avait (Hé faite à l'unanimité. Dès son entrée dans ses nouvelles fonctions, il eut occasion de prendre la part la plus active aux travaux qu'exigeaient les rapports nombreux qui

étaient à faire, et, dans la séance du 20 avril 1818, il doQoa lecture d'un précis Sur Vextraciion et la purification du salpêtre, sur l'établissement de salpétrières artificielles et le moyen de perfectionner nos poudres. La rédaction de ce ménnoire se faisait d'après la demande du Roi, qui avait exprimé le désir de recevoir un précis clair et détaillé pour expliquer la manière la plus aisée et la plus avantageuse d'extraire le salpêtre dans le royaume, d'établir avec succès des salpétrières artificielles, de purifier le nitre et de donner aux poudres la perfection dont elles sont susceptibles ('). C'était ce grand problème qui occupait alors les savants et que Chaptal a traité d'une manière si heureuse.

Un autre mémoire Sur la découverte du gypse sélénile ou sulfate de chaux cristallisé et d'une argile plastique inconnue jusqu'ici dans le voisinage de Bruxelles, fut présenté à l'Académie, dans la séance du 7 septembre 181 8. Un rapport, lu au commencement de 1819 sur ce travail, concluait à l'impression dans les Mémoires; on invitait en même temps Kickx à suivre les travaux que le propriétaire du terrain, où la découverte avait été faite, se proposait d'y exécuter et à communiquer de nouveau les résultats de ses observations. Mais il ne parait pas que ces recherches aient été continuées avec succès.

Les deux travaux précédents ne furent point publiés, mais on trouve dans le tome II des Mémoires de V Académie, qui parut en 1822, deux écrits de notre auteur, l'un Sur les traps stratiformes et l'autre contenant des Extraits des observations météorologiques faites à Bruxelles pendant le premier semestre de tan 1822 (').

(*) Le gouvernemeot témoigna ses remerclmenls pour le travail, daos la séance du 7 septembre suivant.

(■) L^auteur continua à publier le relevé de ses observations météorologiques, <lans le tome 111 des Mémoirei de V Académie royale de BruxeUee.

Déjà deux ans auparavant (en 4820), Kickx publiait son Tentamen miner alogicum, ouvrage dans lequel il essayait de ramener aux minéraux la méthode que Linné avait appliquée avec tant de succès au règne végétal.

Vers la même époque, l'Académie avait reçu différentes lettres sur les découvertes que Ton venait de faire dans la grotte de Han et sur le passage qu'on avait trouvé à travers la montagne qui borde le village, parcouru par le courant de la Lesse : on sait que celte petite rivière, après avoir traversé la montagne, va se jeter ensuite dans la Meuse du côté de Dinant. Les bruits qu on répandait sur le cours de cette petite rivière et sur la beauté des excavations que présente la montagne, traversée sur une étendue de plus d'un quart de lieue, déterminèrent l'Académie à y envoyer deux de ses membres : Kikx fut chargé de donner la description botanique et paléontologique de la partie extérieure de la montagne, et M. Quetelet fut chargé de faire le relevé de la grotte et d'en présenter le plan intérieur, en indiquant les principales conformations géologiques. L'excursion demandée eut lieu pendant le mois d'août 1822; plusieurs personnes instruites désiraient faire partie de celte pelile expédition scientifique, à laquelle assistait aussi le fils de Kickx, qui n'avait alors que dix-neuf ans, mais qui donna, dans cette circonstance, des preuves nombreuses de ses connaissances comme botaniste et de son ardent désir de s'instruire. 11 fallut à peu près huit jours pour prendre une connaissance un peu exacte de l'extérieur de la montagne, et surtout pour mesurer les cavités intérieures, qui présentaient parfois les difficultés les plus grandes, soit parleur rétrécissement, soit par leurs dimensions colossales : l'une d'elles, en effet, pouvait être assimilée par sa grandeur à l'intérieur d'une église élevée : plus de vingt personnes, munies de flambeaux, s'y tenaient facilement sans en éclairer les limites. Aussi, après

son retour, l'un des deux visiteurs, peu satisfait des renseignements qu'il avait recueillis, et particulièrement sur le cours des eaux dans l'intérieur de la montagne, crut-il devoir y retourner et chercher à déterminer les passages qui poavaient avoir échappé à un premier examen. Le tout fut imprimé dans le tome II des Mémoires de r Académie de Bruxelles, avec quatre planches et un plan de la grotte (*).

En 1823, le conseil d'administration de l'École de médecine deBruxelles confia au professeur Kickx les cours de botanique et de minéralogie, et, trois ans après, la même école se réorganisa et le chargea de l'enseignement des cours de pharmacie, de botanique et de minéralogie.

Ce fut en 1827 que le gouvernement prit le parti de former à Bruxelles les différents cours libres du Musée, en les entourant de quelque prestige, plutôt pour les gens du monde que pour l'enseignement ordinaire. M. Van Ewyck, directeur général de l'enseignement de l'État, fit connaitre à l'Académie les intentions bienveillantes du roi, et il invita plusieurs des membres de la compagnie à faire partie des professeurs de ces cours, nouveaux pour la capitale. MM. Dewez, Vanderlinden, Kickx etQuetelet acceptèrent sans peine, et à eux ne tardèrent pas à se joindre MM. Baron (*), VandeWeyer, Lesbroussarl, Drapiez, Roget et Lauts. L'ouverture des cours se fit avec une certaine solennité , et l'on ne larda pas à s'apercevoir que l'idée de cet enseignement libre avait élé favorablement accueillie. Des personnes peu au cou-

(■) Une nouvelle édiiion de la Relation d'un voyage à la grotte de Han parut, Tannée siiivanle, sous format in-8<*, chez P.-J. De Mat, inaprinaeur à Bruxelles, avec la description des grottes de Freyr, de Remouchant, de la montagDe de Saint-Pierre près de Maestricht, etc.

(*) Une erreur de transcription a fait omettre le nom de Baron parmi les professeurs du nouveau Musée (page 364 de V Histoire de* sciences mathématiques et physiques chez les Belges, par A. Quetelet. 1 vol. in-8<>, chez Hayez, 1864). C*esl Baron qui fut chargé aussi de prononcer le discours d'introduction .

rant des événements qui nous touchaient cependant de très-près, s'étonneront peut-être de Taccord qui régnait encore à cette époque entre le gouvernement et plusieurs des hommes qui ont marqué le plus pendant notre révolution de

Dans l'année qui suivit l ouverture des cours publics du Musée, Kickx fît paraître, pour la facilité de son enseignement, un Résumé de botanique et de minéralogie, qui fut imprimé à Bruxelles. On peut remarquer que les efforts de notre modeste savant tendaient constamment à étendre les connaissances et les avantages de ses élèves qui lui témoignaient la plus grande déférence malgré son apparente rigueur (*).

Les événements de 1830 lui portèrent un coup fatal. Quoique étranger à toutes les agitations politiques, quoique formé en quelque sorte au milieu des bouleversements de la révolution brabançonne et de la révolution française, Kickx sentit avec chagrin les changements nouveaux qui se faisaient, non qu'il y prit une part active, car il demeura étranger aux mouvements politiques qui s opéraient; mais il ne survécut point à ces déchirements qui se faisaient autour

(') Nous tlonnons ici un aperçu sur quelques découvertes faites par Kicitx; nous les empruntons à une notice insérée par M. Marchai père, page 4 des Notices nécrologiques sur Kickx et Fanderlinden, qu*on trouve dans le tome VII des Mémoires de V Académie de Bruxelles, in -4*^, 1833. Elles concernent • une nouvelle espèce de Ferhascum qu*il trouva au bord du Ruppel près d*Heyndonck; une nouvelle espèce iVÀgaric, trouvée par lui dans le bois de Soigne et qu^il appela Jgaricus revolutus; la découverte qu*il fit du plâtre sélénite, aux environs de cette ville. Il publia aussi une notice sur VJrabis albida et alpina, innprimée dans les Annales de la Société Linnéenne de Paris.

« Plusieurs plantes portent son nom, entre autres le Ferbascum Kickxium, ainsi nommé par M. Dumortier, en témoignagedela découverte quMI en avait faite. M. Damorlier fit aussi un genre distinct des Anthirrinum Spurium et £ latine de la Flore de Bruxelles^ et leur donna le nom de Kickx; une apocinée de Java est appelée Kickxia arborea par le docteur Blume; enfin, un genre Kickxia fut créé par M. Reichenhach, botaniste saxon. »

de lui : il mourut pendant Tannée même qui suivit notre révolution, en laissant un nom cher à la science ainsi qu'aux gens de bien.

Kickx était père de cinq enfants et il eut le malheur d'en perdre successivement quatre. L'ainé, qui lui survécut, portait le même prénom que lui et avait hérité de sa probité et de ses connaissances scientifiques (^). La douceur de son caractère et son goût extrême pour le travail lui avaient concilié l'amilié et l'estime de tous ceux qui étaient à même de le connaître. Il avait fait ses premières études à l'Athénée de Bruxelles et obtenu ensuite le titre de docteur. Il avait su mériter, en faisant ses études, pendant quatre années consécutives, les prix que l'Université de Louvain attachait a la solution des questions proposées pour les concours annuels ('). Après cette carrière brillante comme étudiant de la faculté des sciences, le jeune Kickx publia, selon les

(■) Jean Rickx flis était né à Bruxelles, le 17 janvier 1805; il mourut sabitemeot dans la même ville, le l^*" septembre 1864. Son flli, Jean-Joseph Rickx, «lecteur en sciences et connu déjà par des ouvrages de mérite, est attaché, comme Tétait son père, à PUniversité de Gand, où il soutiendra, nous n^en doutons pas, Pestime qu*ont méritée dans les sciences son aïeul et son père.

(*) Voici quels étaient les énoncés de ces questions; il suffira de les indiquer : on pourra voir les réponses aux trois premières questions dans les jinnales de VUniversité de Louvain. La publication du quatrième mémoire couronné a été suspendue, par suite des événements politiques qui amenèrent la révolulion de 1830 :

U* question : Detur accurata descriptio plantarum ofllcinalium et venenataram io agro lovaniensi s|>ontè crescentium, additâ earum historiâ, etc.

3^ question : Describantnr plantœ et animalia è quorum partibus vel prodactis spiritus ardentes extrahi soient, etc.

3* question : Comparetur organisatio generalis animalium cum vegelabiliam organisatione,etdoceaturquienam classiflcatio tum animalium, tum ▼egeCabilinm e ratione et natura organisationis institui posset.

4« question : Enumerentur et systematicè describantur mineralia inmaleriâ medicâ recepta, etc.

usages du temps, pour lobtention du grade de docteur, la

dissertation latine Spécimen inaugurale exhibens synopsin

tnoS£u8corufn Brabantiœ Australi indigenorum. Cet écrit,

comine le fait observer le savant auteur de sa notice nécro*

lo^ic|ue, est un des premiers ouvrages de malacologie qui

aï t. paru en Belgique. Après avoir déterminé, dans la prc^

fao^ de son mémoire, les limites qu'il a assignées au Bra-

bsint , l'état de l'atmosphère, la température moyenne, les

températures maxima et minima^ la direction générale des

ven is, l'auteur passe à la description minutieuse des espèces,

au nombre décent dix, que toutes il a observées lui-même

dans cette province. Le caractère, la synonymie et l'habitat

y sont décrits avec un soin tel, que cet ouvrage offre à la

fois un mérite réel pour l'époque à laquelle il a été public,

et constitue encore de nos jours un excellent guide pour

ceux qui s'occupent de la détermination des mollusques flu-

viatiles de la Belgique.

J. Kickx venait d'être promu au grade de docteur en sciences naturelles quand éclata la révolution de 1830. Adelman, son ancien professeur dans les sciences natuï'elles, s'était réfugié en Allemagne : son titre fut offert à notre jeune compatriote, qui crut ne pouvoir l'accepter par ^^ motif de délicatesse. Il vint s'établir à Bruxelles, et, ^^ 1831, le collège des bourgmestre et échevins de cette v^Ue se fit un plaisir de le mettre à la place que son père, q^i Venait d'expirer, avait si honorablement remplie.

I^es résultats de son enseignement et les avantages qu'il sut acquérir dans la carrière des sciences prouvèrent suffi- ^naocient que la régence de Bruxelles ne s'était pas trompée sur la valeur des connaissances de son jeune protégé. J. Kickx ^«^tiïjua son enseignement à Bruxelles jusqu'en novembre *w4.^ époque de la suppression de l'école ; mais il passa ^^tt^ème temps, comme professeur de botanique et de mi-

néralogie, à TUniversilé de Bruxelles. L'année suivante, la loi du 25 septembre 1835 réorganisa le haut enseignement en Belgique, et J. Kickx fut attaché à TUniversité de Gand^ comme professeur extraordinaire pour l'enseignement de la botanique, de la physiologie des plantes et de l'anatomie végétale.

Ce fut pendant la même année qu'il publia sa Flore cryptogamique des environs de Louvain. Cette publication mérite d'être remarquée, car il n'existait à cette époque aucun ouvrage spécialement consacré à la flore cryptogamique du pays. Ce genre de recherches l'occupa depuis d'une manière toute 3péciale ; il sut en répandre le goût dans nos provinces; il forma même, en 1856, une société d'amateurs qui avait principalement pour but l'exploration de la flore cryptogamique des Flandres.

C'est pendant l'année 1836 que l'Académie royale des sciences et des lettres de Belgique admit J. Kickx au nombre de ses correspondants, et. Tannée suivante, elle lui donna le titre de membre titulaire. Le titre de correspondant n'avait élé créé qu'en 1834, pour remplacer, sans les éliminer, les membres hollandais absents que l'état de guerre ne permettait pas d'assister aux séances. Cet état exceptionnel aurait dû cesser en 1838, lors de la séparation légale et définitive des deux pays, mais la majorité préféra conserver cette distinction. En 1841, le titre qui avait été accordé à notre jeune naturaliste fut changé en celui de professeur ordinaire, et, par suite de celte nouvelle nomination, il fut appelé à la direction du Jardin botanique, qui, aujourd'hui, grâce à ses bons soins, peut passer pour Tun des plus beaux et des plus riches du pays.

Kickx fut d'un puissant secours pour l'étude de la feuillaison, de la floraison, de la fructification et de la chute des feuilles qui s'était développée en Belgique : ses nombreux

travaux De lui permeltaient pas de suivre attentivemeut et d annoter les époque périodiques de ces phénomènes; mais il avait eu l'obligeance d'engager plusieurs de ses amis à y prendre une part active par leurs propres travaux, qu'il avait soin de transmettre exactement ; il se faisait ensuite un véritable plaisir de pouvoir mettre ses connaissances à la disposition des personnes qui s'occupaient plus spécialement de ces travaux, et de les aider de ses bons conseils.

Notre savant compatriote s'occupait particulièrement des éludes de la flore cryptogamique des Flandres : il avait nnème déjà publié, dans les recueils de l'Académie, cinq oenturies préliminaires de l'œuvre immense qu'il se proposait de mettre au jour et qui devait « comprendre un aperçu organographique de chaque famille et la description étendue de plus de deux mille espèces, sans compter plusieurs centaines de celles qui, admises jusqu'à ce jour, ont dû, par suite des découvertes de Tulasne et d'autres cryptogamistes, ôlre ramenées à des types dont elles ont été reconnues n'être c]ue des états préformatifs. » II avait terminé un ouvrage c^onsidérable sur ce sujet curieux et important : « II venait cJe mettre le couronnement à tant d'oeuvres justement estirnées, en acheyant son grand travail sur la flore cryptogamique, quand, par une coïncidence fatale, la mort 1 atteignit au moment même où il venait de conclure, avec un éditeur, en présence d'un de ses plus anciens amis, les arrangements pour la publication de ce monument scientifique. Un tel travail ne sera, sans doule, pas perdu; il ne restera point ignoré; des mains fidèles le mettront pieusement au jour... (*) »

(*) J. Kickx se trouvait alors à Bruxelles pour assister à des exameDS univer* 9itaires j il parla à ud aucieD ami des dîfllcuUés qu*il avait éprouvées chez ud des Iiriocipaux éditeurs de Bruxelles, pour rimpression de son ouvrage, qui formait «0 quelque sorte Pœuvrede toute sa vie. Cet ami lui proposa d*aller terminer avec

Indépendamment de ses recherches consciencieuses qui ravalent si fidèlement conduit pendant tout le cours de sa vie^ i. Kickx se plaisait à réunir des notes biographiques sur les hommes les plus distingués de son pays qui s'étaient spécialement occupés de ses études favorites. Il donna dans ses loisirs des notices sur Jean de Laet, Van Sterbeeck, Auger-Gislain de Busbeck » Boece de Boodt, etc. Qaaod TÂcadémie royale de Belgique songea, plus tard, à réunir les noms de ses hommes les plus distingués et à en présenter le tableau, de manière à réunir tous ses titres de gloire, i. Kickx fut naturellement appelé à faire partie des quinze membres de l'Académie désignés pour s'occuper du soin de la rédaction. Il s'agissait, avant tout, de savoir s'il fallait composer simplement un dictionnaire biographique des hommes qui avaient marqué dans l'histoire du pays^ ou s'il fallait, à peu près comme le demandait De Reiffenberg en 1846, « considérer le travail comme un tableau historique, ou un résumé dans l'ordre chronologique, des faits et gestes de tous les hommes qui ont contribué à rehausser la gloire du nom belge, tant sous le rapport artistique, scientifique et littéraire que sous d'autres également dignes d'être signalés. » Il proposait donc de rédiger séparément Thistoire littéraire, l'histoire scientifique, l'histoire artistique, l'histoire politique et militaire, etc. La question fut résolue en faveur de la biographie par dix voix contre cinq; et Kickx, qui s'était beaucoup occupé de l'histoire scientifique, se rangea dans le parti vaincu (*).

Parmi les témoignages d'estime accordés à notre collègue

Tédileur celle affaire puremenl commerciale. Les difficullés, en effet, furent aplanies : J. Kickx vit Téditeui*, mais le lendemain il avait cessé d*exister.

(') Les cinq membres de la commission académique qui tenaient à prétenler le tableau historique de la Belgique au lieu de la biographie des Belges, étaient MM. Fétis père, le baron Kervyn de Lettenhove, J. Kickx, Van Hasselt et Quetelet.

par différents botanistes, ii convient de citer les plantes

nombreuses qui ont été chargées, en quelque sorte, de

transmettre son nom et ses services à la postérité (^). Onze

plantes portent son nom , et différentes sociétés savantes,

^n appelant à elles le botaniste distingué, lui ont donné des

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