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Son origine était modeste, mais moins humble que ne pourraient le faire croire quelques passages de ses poésies. VVeustenraad était né à Maestricht: son père, qui e.xerçait la profession d’avoué, le lit entrer de bonne heure à l’athénée de sa ville natale. I^e jeune Weustonraad lit de brillantes études dans cet établissement, qui jouissait d’une réputation justement méritée, et il y développa les premiers germes de son talent poétique.
En 182il, il alla suivre les cours de la faculté de droit de l’Université de Liège, et s’attacha particulièrement au célèbre professeur Kinker. Il puisa dans les préceptes de ce savant un goût prononcé pour les littératures du Nord, et il produisit même quelques compositions en hollandais. Les ouvrages qu’il a publiés de|)uis portent presque tous un cachet emprunté à scs premières études.
Après avoir obtenu le grade de docteur, il retourna à Maestricht. Le désir de donner de l’activité à sa pensée et de se poser en défenseur de la cause libérale, le porta à s’enrôler dans la presse militante, et il contribua, vers la fin de 1827, à fonder 1^' Eclaireur du LjwûoHrg, journal modéré, mais faisant partie de l’opposition.
Une ri.NC qui eut lieu, au mois d’août de l’année suivante, entre des bourgeois et des soldats de la garnison de Maestricht, rixe dans laquelle ces derniers firent usage de leurs armes, excita l’indignation de Weustenraad. Sous l’inspiration des sentiments qui le dominaient, le jeune publiciste
ponliniiéc avec mccès deituis phis lie treize ans, nous a Tait comprendre ce qu’on peut attendre de lui : U. Van llollelieke nous a également présenté des garanties dans Pécrit qu’il a publié sur Let Poêle» belge», de même que M. Van llasselt, dans sa biographie nationale de là Uelgique. ittats ce qu’il importerait surtout d'avoir aiijotird'liui, ce serait, moins une biographie (i’Acatlémie d’ailleurs s’en occupe en ce moment) qu’un tableau historique qui pût montrer les travaux île la nation cl apprécier les idées qui dominaient aux diverses époques en même temps que les faits qu'elles ont pu jirothiirc.
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écrivit un article qui donna lieu à des poursuites judiciaires; mais malgré l’opinàtrelé de ces poursuites, il triompha successivement devant la cour d’assises, le tribunal de police correctionnelle et la cour d'appel.
Ce procès à peine terminé, le ministère public en commença imprudemment un second, qui promettait de suivre à peu prés les mêmes phases que le précédent, quand éclata la révolution de i830. Weustenraad se rendit aussitôt à Bruxelles pour coopérer de tous ses moyens à l’indépendance de la Belgique. Pendant qu’il servait de sa plume la cause qu’il avait embrassée avec tant d’enthousiasme, son frère la servait de son épée : c’est à ce sujet qu’il composa la pièce qui commence par ces vers ;
C'ett ici que lomha TélUe ilc nos braves,
C'est Ici que mon frère est mort pour son pays, Mort, à vingt ans, sous les canons bataves...
Dans cette espèce de dithyrambe, l’auteur annonce, d’un ton prophétique, que le régime du sabre est désormais passé :
Soldats, |K)ur le bonheur «lu monde Vous ne (louvea plus rien ; non, vos chefs ne sont plus Les symboles vivants du Verbe qui féconde :
Place donc à d'autres élus !
Ces derniers mots trouvent leur explication dans les Chants de réveil, qu’il publia vers la même époque, sous le non supposé de Charles Donald ('). Weustenraad y proclame avec enthousiasme l’avènement du saint-simonisme et l’inauguration d’une ère nouvelle.
Le saint-simonisme, en effet, venait de faire irruption en
(') Tongres, cbet J. Billen, 1831, I brochure de 33 pages.
Belgique!. Pierre l^eroux el un élève de l’ancien lycée de (land, Margerin, furent ses deux premiers apôtres parmi nous. Préchée ensuite par une série de jeunes missionnaires, dont plusieurs ne manquaient ni desavoir, ni d’éloquence, la religion nouvelle causa, au premier abord, une assez vive sensation. Des observations justes sur les vices de notre état social, des aperçus brillants sur les diiïérenles époques historiques , un système mathématiquement coordonné en apparence et paré de tout le luxe des images orientales, la réhabilitation de la théorie des plaisirs sensuels, en fallaitil davantage pour frapper les esprits et surtout pour séduire lie jeunes imaginations? Toutefois, les choses n’allèrent pas au.ssi loin que chez nos voisins; le bon sens, qui caractérise si éminemment notre nation, prévint les déceptions nombreuses qu’on s’apprêtait à enregistrer.
Les C/ianls de rt'veil annonçaient déjà un véritable talent poétique, mais qui avait besoin de se perfectionner encore. C’est ainsi du moins que leur auteur en jugea lui-niérae; car, dix ans plus tard, il les refit presque compléloment ; il adoucit les images exagérées, supprima diHérents passages faibles et en conserva le Chant du prolétaire , ainsi que /^e fieux Drapeau.
Il jugea également à propos de tempérer les acclamations trop vives dont il avait salué la religion nouvelle. Au vers, peu harmonieux d’ailleurs:
Gloire à loi, Saint-Simon, leul vrai Dieu de la race,
(pli commençait le troisième Chant de Réveil, il substitua :
Gloire à loi, Saint-Simon, gloire aiii flis de (a race !
Il débuta en même temps par cette strophe qu’on ne trouve pas dans la première édition ;
QiiaikI sur les splerntules ruines De ce siècle <le (renie ans, LVssaim «les nouTelles doctrines S'ahallil «i cris Iriomidianls,
Un poCto èclos sons leurs ailes,
Qui les suivait dans leur e«^sor, S'éprit d'amour t>our l'une dVtles, Et chanta plein d'espoir encor.
Faul-il entendre, par ce dernier mol, que cet espoir n’exislail plus dix ans après? Weuslenraad, du reste, n'avait pas la prétention d’être invariable dans ses convictions; et qui pourrait l’être dans nos temps de crise? « Ne suivant que ma libre fantaisie, dit-il, n’écrivant que sous le coup d’une émotion réelle, je ne me suis pas même demandé si ma pensée de la veille était toujours conforme à celle du lendemain. La face des choses change et se transforme chaque jour, et la nature de nos sensations change cl se transforme avec elle ('). »
Les Chants de réveil furent publiés à l’ongrcs, où Weuslenraad avait été nommé substitut du procureur du Roi. Notre poète resta peu de temps dans celte ville : il y avait été envoyé le 24 février 1831, et le 19 novembre de l’année suivante, il fut appelé à Liège en qualité d’auditeur militaire. 11 passa, dans celle position nouvelle, quinze des plus belles années de sa vie, partageant ses loisirs entre ses études, scs amis et des promenades dans la vallée la plus pittoresque et la plus riche de notre pays.
Cependant la lecture des poésies qu’il a composées vers l’époque de son établissement à Liège fait naître, en général, un sentiment pénible. On soufl're, en rencontrant des oppositions trop fréquentes entre la misère des |)rolétaires et la dureté des grands, des malédictions continuelles contre ces
(') Poëtifs lyriques; |»réfaco, pag^ 2.