JE A N -GUILLAUME GARNIER
(')... « Après mon cours d’étude au collège de Reims (Champagne), jusqu’à la philosophie inclusivement, je devais être jeté au séminaire pour remplir les vues de mes parents, qui se préparaient ainsi un asile dans leur vieillesse : mon assentiment était regardé comme un acte non de conviction, mais de soumission ; tel était alors, par rapport aux enfants, le despotisme paternel quant au choix d’un état et d'une épouse. On fut donc surpris de rencontrer chez moi une opposition qui n’olfrail prise ni aux caresses, ni aux menaces. Il fallut composer, c'est-à-dire me laisser l’option entre le droit, la médecine et les sciences. Je fis quelques pas dans les deux premières carrières, puis je me jetai dans la troisième. Pendant les deux années de mes études mathématiques, qui me conduisirent de la numération à la mécanique de l'abbé Bossut, en passant par les traités élémentaires de
(') La première partie de celte notice se trouvait au nombre des manuscrits de M. Garnier: je Pal insérée dans V Annuaire Ae l’Académie royale pour 1841.
Jean-Guillaume Garnier était né à Reims, le 15 septembre 1766, et il mourut à Bruxelles, le 20 décembre 1840.
culcuis différentiel et intégral de Mllc Agnesi ('), je rendais d’une main les leçons que je prenais de l’autre, et je dus m’applaudir d'autant plus de celte manœuvre, qu’elle m’était beaucoup plus profitable qu’à mes élèves. Je conseille donc aux jeunes gens d’en faire usage, et d’opposer ainsi l’amourpropre à la paresse. Ce cours fut clos par un exercice public très-solennel, à la suite duquel je reçus le grand prix de mathématiques et un prix de dessin d’architecture. Tel fut le terme de mes études à l’Académie de Reims. Je me rendis alors à Paris, chez un oncle qui me tint lieu de père. Après quelques cours de chimie, de botanique, de physique et de mathématiques, sous les professeurs les plus distingués de ce temps, ma carrière fut déterminée par mon appel à l’École militaire de Colmar (Haute- Alsace), en qualité de professeur de mathématiques et de fortifications ; j’y restai un au et trois mois, comme l’atteste un certificat du 30 juin 1789, date de la chute de cet établissement, qui, composé en grande partie d’élèves étrangers à la France (*), dut s’écrouler sous les premières commotions de la révolution française. Là, je me liai avec le géomètre Arbogasl (’), qui venait delre couronné à l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg, et qui alors jetait les fondements de son calcul des dérivations. Cet homme, l’un de nos premiers géomètres, et en même temps chimiste, botaniste, physicien et littérateur dans plusieurs langues, imprima à mes éludes une bonne direction, me donna l’éveil sur les ouvrages des
•(') Cet ouvrage csl la traduction faite par Anlbelmy, sous les yeux de Bossut, des Institutions analitiche de Maria Gaelani Agnesi, morte à Milan, le 9 janvier 1799. Voyez le Dictionnaire des sciences mathématiques, par une société d’anciens élèves de l'École polytechnique.
(*) Les élèves qui alimentaient cette écolf appartenaient aux premières familles de l’Angleterre, du Danemark, de la Suède, de la Russie, de l'Allemagne et de la Suisse. On y comptait quelques Français protestants : l'école était protestante.
(*) Voyez le Nouveau Dictionnaire des sciences mathématiques.
premiers géomètres de France, de Turin, d’Italie, d’Allemagne et d’Angleterre, et, dans nos promenades, en faisait le texte habituel de nos conversations. Je lui voue une reconnaissance qui est, j'ose le dire, d’autant plus méritoire quelle est plus rare aujourd’hui, où les services et même les bienfaits sont soigneusement oubliés. Après ce début dans la carrière de l’enseignement, je revins à Paris, cherchant à renouer le fil de mes études que la première secousse révolutionnaire venait de rompre brusquement.
» Alors commençait à gronder en F rance ce torrent révolutionnaire qui devait ébranler l’Europe. Les idées de réforme, jetées antérieurement dans la circulation, fermentaient dans la masse : chez les uns elles étaient implicites, chez le plus grand nombre elles n’étaient encore que nébuleuses ou entrevues. Mais toujours est-il vrai qu’il y avait tendance générale vers un autre ordre de choses et, de la part de la minorité privilégiée, une résistance qui ne faisait que la rendre plus énergique. Tels étaient alors les avant-coureurs d’une explosion dont on ne pouvait encore assigner ni l'époque, ni la durée, ni le terme. Jeune encore, doué d’une imagination ardente et exaltée par les écrits du temps, je souriais à ce brillant avenir, qui annonçait des voies plus larges ouvertes à toutes les capacités. Mais des perturbations terribles et imprévues apportèrent avec elles leur correctif. Cette période d’angoisses et de dangers personnels, qu’on ne brave que pendant un certain temps, me faisait désirer la fin d’une crise qui ne s'alimentait que de destructions. Enfin ceux qui avaient semé les vents ne recueillirent que les tempêtes : ils ne laissèrent que le souvenir de leurs noms et de leurs services à la fois odieux et salutaires. Lorsque la révolution eut accompli ce premier travail, qui est une de ses conditions, et que des projets d’ordre et de réorganisation vinrent occuper les esprits, je me sentis soulagé et je pus me livrer à des
études régulières et à des travaux qui exigeaient cette tranquillité dont je n’avais pu jouir antérieurement. Dans cet état de calme, troublé de temps à autre par des commotions qui tenaient encore à celte crise de transition, et enfin complètement rassuré par un ordre de choses qui faisait renaître l’espoir d’un avenir régulier, prospère et glorieux, jetais loin de m’attendre qu’à une époque éloignée, j’aurais encore à souffrir d’une révolution qui viendrait remettre en question des droits que je croyais imprescriptibles et troubler une existence qui me paraissait garantie. Le choc qui, en France, renversa la branche aînée des Bourbons et porta sur le trône la branche cadette ou des d'Orléans, eut son contrecoup en Belgique : la fusion de ce pays avec la Hollande, arrêtée à Vienne, après la chute de Napoléon, fut dissoute pour abriter les limites les plus vulnérables de la France. Mon but n’étant pas de faire l’histoire de ces commotions, mais seulement la mienne, je me bornerai à dire que je dus à cette dernière révolution la perte d’une place que j’avais remplie à la satisfaction de tous.
» Je reviens maintenant à mon second séjour à Paris, pour en suivre toutes les phases, jusqu’au moment de mon appel dans le royaume des Pays-Bas.
» M. Firmin Didot, célèbre fondeur, graveur de caractères et imprimeur, d’ailleurs littérateur recommandable, auquel je donnais des leçons de mathématiques, me mit en rapport avec M. De Prony, alors ingénieur des ponts et chaussées, qui refaisait l’architecture hydraulique de Bélidor, travail qui, depuis, a été repris avec plus de succès et sur un autre plan, par M. Navier. Ce géomètre m’invita à étudier cet ouvrage et à lui faire part de mes observations, qui furent rédigées en notes et qui seront mentionnées dans la liste qu’on trouvera plus loin. Au 1er septembre 1791, M. De Prony, nommé directeur général du cadastre de la France,
me présenta au ministre des iinances Clavière, et me fit agréer comme chef de la division géométrique. Je remplis ces fonctions, autour desquelles on groupa depuis d’autres attributions, jusqu’au 1er messidor an V de la république ('), c’est-à-dire pendant 5 ans et i 0 mois. Lorsque son organisation fut complétée, le bureau central du cadastre se composait de soixante employés, divisés en deux sections, l’une de géomètres et de calculateurs, l’autre de géographes et de dessinateurs : j’étais chef de la première section. Une nomenclature abrégée de ses travaux a été insérée en tète des Tables de logarithmes de Callet, par M. Firmin Didol, d’après une note que je lui ai fournie. Cet exposé se retrouve avec plus de détails dans le chapitre XIV de mon Analyse algébrique ; on y lit, n° 119, ce passage : « C’est par ces procédés et d’autres qui leur sont analogues, qu’ont été calculées, dans les bureaux de l’ancien cadastre, les grandes tables de sinus et tangentes naturels, avec vingt-deux décimales exactes, ainsi que les logarithmes des nombres. » Dans le rapport fait à l’Institut, MM. Lagrange, Laplace et De Lambre disent des mômes tables : « quelles sont le monument de calcul le plus vaste et le plus imposant qu'on ail jamais exécuté ou même conçu. Un des grands avantages des méthodes mises en œuvre, était de pouvoir employer à la fois un nombre indéfini de calculateurs, desquels on ne pouvait attendre d’autres connaissances que celles de l’addition et de la soustraction. » Enfin j'ai composé un mémoire très-étendu et très-impartial des travaux des géomètres, qui offrait, d'ailleurs, l’inventaire exact des
(') L'année et la uouvelle ère républicaine commencèrent au 22 septembre 1792, époque de l'institution de la république et de l'équinoxe d'automne ; elle se composait des douze mois : vendémiaire, brumaire et frimaire; nivôse, pluviôse et ventôse; germinal, floréal et prairial; messidor, thermidor et fructidor, et de cinq jours complémentaires, ou de six jours tous les quatre ans. C'est à la même époque que se rapporte le nouveau système des poids cl mesures, qui a survécu.
recherches propres à chacun des collaborateurs, et dont communication a été donnée aux parties intéressées. Ce travail a été remis à M . le directeur De Prony, qui en a fait la part du lion. On arrêtait, d’ailleurs, les bases des travaux à exécuter sur le terrain, lorsque le personnel, y compris le directeur, fut remplacé par une autre composition (').
(') Le cadastre a pour objet d'établir et de maintenir la répartition de la con- (ribulion foncière, pro|H>rlionnellemenl à l’étendue, à la qualité et au revenu absolu ou relatif de chaque propriété. Le mode qui parut d'abord offrir le moins d'inconvénients fut celui de calculer les impôts anciens de tout genre que supportait chaque département, et de répartir la nouvelle contribution foncière au marc la livre de ces anciens impôts. Ce mode fut adopté par l'Assemblée constituante, le 23 novembre 1790, et devint la loi de l'État le 1er décembre de la même année. Le 28 sorti 1791, une seconde loi fut rendue sur celle matière, et ce fut dans cette loi que l'on jeta définitivement les premiers fondements du cadastre. Le 23 septembre 1791, on prescrivit, par une seconde loi, de diriger le mode d'exécution des plans des communes vers la confection d'un cadastre général qui aurait pour base les grands triangles de la carte de l’Académie des sciences. Enfin un décret de la Convention du 21 mars 1793 ordonna l'organisation du cadastre général et du bureau de direction. En vertu de ces lois, le cadastre fut établi ; mais il fut presque aussitôt arrêté dans sa marche par les troubles politiques. Cependant, lorsque la tranquillité commença à renaître, on s’en occupa de uouveau; la répartition entre les départements, les arrondissements et les communes, établie sans bases fixes, suivant les intrigues de chaque département, et laissée, pour les communes surtout, à la merci d’un répartiteur, chargé de faire la matrice des rôles, c'est-à-dire d'inscrire chaque propriétaire et de déterminer le revenu foncier d’après lequel sa taxe devait être réglée, offrit les plus grands abus et les plus grandes irrégularités, et jusqu'en 1802, de vives réclamations s'élevèrent sur tous les points de la France. On essaya alors de mesurer et d'évaluer par masses de culture dix-huit cents communes; on (enta ensuite de généraliser celle opération, mais on n’obtint encore aucun résultat satisfaisant, et pensant que l’obstacle, né de ce que le cadastre par masse de culture ne faisait pas connaître les contenances des propriétés particulières, on adopta le cadastre parcellaire au rommencemenl de 1808 ; mais on eut le tort de vouloir appliquer ce dernier mode à la péréquation générale, cl de remonter ainsi du plus petit au plus grand. Il en résulta des irrégularités choquantes dans la répartition de l’impôt, des réclamations réitérées, et on arriva, après de longs essais, à reconnaître que la manière de procéder sur des bases équitables était de se borner à la seule répartition individuelle, de ne plus se fixer d'après les revenus réels, absolus, mais simplement d'après des revenus relatifs que les propriétaires détermineraient eux-mêmes comme classificateurs. Ce dernier mode fut donc définitivement arrêté et régularisé par la loi des finances du 31 juillet 1821. Une ordonnance royale du
» Pendant les années III, IV, V, VI, Vil et VIH de la république, j’ai été nommé, par les différents ministres qui se sont succédé, examinateur des aspirants à l’École polytechnique: la première de ces nominations fut faite ou plutôt fut proposéeau Comité de salutpublic, qui m’envoya à Auxerre, en me chargeant de m’adjoindre à mon retour aux examinateurs de Paris. Nous composions alors la première promotion de l’école qui devait avoir pour chefs et sous-chefs des élèves préparés par les Monge, les Berlholet, les Guyton de Morveaux, De Prony et autres. Ces fonctions, alors purement gratuites, sont certifiées par des commissions qui me furent expédiées par les différents ministres de l’intérieur, par des lettres de remerciment ou de félicitation ( 1 ), et, d’ailleurs, elles furent attestées par un certificat du baron Bouchu, maréchal de camp d’artillerie et gouverneur de l’École polytechnique, sous la date du 20 janvier 1817 : la même pièce relate en outre que j’ai rempli à cette école les fonctions de professeur adjoint à l’illustre Lagrange, du 20 avril 1798
3 octobre 1821 fut rendue pour l'exécution de cette loi, et enfin le règlement général du même mois, annexé à ladite ordonnance, compléta tout ce qui concernait cette opération, dont l'exécution fut ramenée à des formes plus simples et réduites à celles strictement nécessaires. Nous nous bornerons à ces généralités sur le cadastre. De là je reviendrai à mon rôle à la commission de commerce et d'approvisionnement. Créée pour mettre en action le système de maximum, l'autorité de celle commission s'étendait sur toute la république; elle était composée de trois membres, choisis par la Convention, jouissant de toute l'autorité des ministres et ayant voix au conseil. Celte commission, composée de Brunet, Goujon et Raisson et du secrétaire général Tissot, aujourd'hui professeur au Collège de France, et beau-frère de l'infortuné Goujon, était chargée de faire êxécifter les tarifs, de surveiller la conduite des communes à cet égard, de faire incessamment continuer le recensement des subsistances et des denrées dans toute la France, d'en ordonner le versement d'un département dans l'autre, de Qxer les réquisitions pour les armées, conformément au décret qui instituait le gouvernement révolutionnaire. Le cadastre faisait partie de cette commission, établie dans le local actuel de la banque : à mes fonctions de tou» -directeur du cadastre, on accola celle de chef de la situation et de la distribution des transports .
(') Lelouroeux, Beneiecb, François de Neufcbàleau, Monge, Guyton de Norveaux, etc.
au 8 janvier 1802. Mais le traitement de professeur titulaire dont je jouissais (6,000 fr.), ma qualité de membre du Conseil ordinaire d’instruction, composé des seuls professeurs de cette école, et enfin ma substitution au professeur Fourier, qui faisait partie de l’expédition de l’Égypte, tout me mettait sur la ligne non des professeurs adjoints, mais des professeurs ordinaires : c'est, d'ailleurs, le titre qui m’est donné dans plusieurs lettres du gouvernement et qui a été reconnu par le premier consul (').
» Je reviens à ma mission à Auxerre; c’est là que je découvris M. Fourier, professeur de mathématiques à une école militaire qui n’en avait plus que le nom. Pendant les examens de ses élèves et dans nos autres entrevues, ce jeune homme révélait des connaissances très-variées et très-étendues dans les lettres et dans les sciences; scs vues, sa manière de les présenter, une élocution nette et brillante, une mémoire prodigieuse, des motifs qui lui faisaient désirer d’échanger le séjour d’Auxerre contre celui de Paris, enfin l’organisation d’une école normale dont il pouvait être l’ornement,me décidèrent, à mon retour à Paris, à faire part de ma bonne fortune à ceux des membres du Comité de salut public, Carnot, Prieur, Robert Lindet,qui s’occupaient plus spécialement de l'organisation du personnel de l’instruction publique. Il fut appelé, justifia la haute opinion que j’avais donnée de lui, et bientôt après on lui confia la chaire d’ana-
{•) L’École centrale det travaux publics fui créée le 12 ventôse an III, et ouverte le 10 frimaire suivant. Par un décret du 15 fructidor de la même année, elle prit la dénomination d 'École polytechnique. Parmi les décrets soumis à la Convention par Robert Lindet, membre du Comité de salut public, 1 la suite de son discours prononcé à la 4e sans-culoltide an II (20 septembre 1704), on en trouve un qui ordonne un projet d'école normale, pour former de jeunes professeurs et répandre ainsi l'instruction et les lumières par toute la France. Ce fut en l'an III (1794) que la Convention ordonna la réouverture des s|>eclacles et des réunions savantes et qu’elle établit les écoles primaires, normale, de droit et de médecine.
lyse à l’École polytechnique. A celte époque, notre liaison devint très-étroite : le 2 germinal an VI, je reçus de lui le billet suivant: «Si le citoyen Garnier veut bien se rendre » dans la soirée à l’École polytechnique, je lui ferai part d’un » objet qui le concerne particulièrement et sur lequel il est » nécessaire que je me concerte avec lui. Salut et fraternité, » Fourier. » Il s’agissait de me présenter comme son remplaçant au conseil de l’École polytechnique qui devait envoyer cette présentation au ministre. Dans une lettre du 29 germinal, veille de son départ pour l’Égypte, il me priait, entre autres choses, de faire ses adieux aux élèves de l’École polytechnique, lors de mon début, qui devait avoir lieu le lendemain ('). En l’an IX, d’après un programme arrêté entre le professeur Lacroix et moi, et le vœu émis par le conseil de perfectionnement, dans sa première session, je publiai, in-4", la première partie de mon cours d’analyse algébrique et celles des calculs différentiel et intégral, et en l’an X, je fis paraître le complément de ces trois cours. Tel était alors le texte de l’enseignement donné à chacune des deux divisions de l’école, par chacun des deux professeurs d'analyse qui lui étaient attachés. Ce fut à mon retour d’Auxerre que je fondai, d’après l’invitation de plusieurs familles de cette ville, une école préparatoire à l’École polytechnique, qui lui a fourni plus de 200 élèves et qui, plus tard, remplit le même but par rapport à l’École militaire de Fontainebleau, rappelée àSaint-Cvr, et à celle de cavalerie fixée à Saint-Germain. Pendant la durée de mes fonctions de professeur à l’École polytechnique, mon enseignement dans
{') La Théorie de la chaleur, due à M. Fourier, est un ouvrage qui fait époque : enlevé aux sciences, au milieu de ses travaux, on attendait de lui La Théorie de» inéquation», dont il s’occupait depuis longtemps et dont il avait déjà publié quelques fragments. On lui doit le discours préliminaire du grand ouvrage sur l’expédition d’Égypte, qui le signale comme littérateur; il Tut, d'ailleurs, l'un des deux secrétaires perpétuel* de l'Académie royale des sciences de France.
ce pensionnai fui successivement confié à MM. Dinet, Poisson, Binet et Bourdon, tous élèves distingués de l'école.
» Un jeune débutant qui devait signaler sa carrière par un grand nombre de travaux du premier ordre, me fut présenté par mon ami, M. Le Brun, directeur des études de l’École polytechnique {'), avec invitation de l’accueillir gratuitement dans mon pensionnat, où il devait reconnaître ce bienfait par des répétitions et d’autres services. J’acceptai la proposition: le jeune élève reçut chez moi tous les éléments de l'existence et les livres nécessaires tanta son instruction qu'à ses travaux: c’était M. Poisson dont la réputation est devenue européenne. 11 fixa bientôt l’attention et l’intérêt du célèbre Lagrange, dont il suivait le cours de perfectionnement dans la salle de la bibliothèque de l’école. Mais plus tard, M. de Laplace, qui faisait imprimer sa Mécanique céleste, lui confia, sur mon refus, la révision des épreuves de cet ouvrage: telle fut l’origine de ma disgrâce et de la fortune de M. Poisson. M. Fourier ayant été appelé à la préfecture de Grenoble, département de l’Isère, M. de Laplace, devenu pour nn moment ministre de l’intérieur, lors de l’érection du consulat, appela M. Poisson à la survivance de Fourier, qui ne put me garantir de cette injustice dont je fus instruit par M. Poisson lui-mème, qui était encore mon hôte et mon obligé et qui trouvait très-simple qu'on le récompensât à mes dépens. J étais, d’ailleurs, en relation avec le célèbre Lagrange f), qui ne dissimulait pas ses préventions contre son collègue M. de Laplace.
(') L’un des sous-insli lu leurs de l’ancien duc d’Orléans, aujourd’hui Philippe I", roi des Français.
(») En vertu de cel adage de Tacite, te ipsum dt tertre, turpisiimum et t, ce qui revient à dire qu’il faut vivre dan» toute ta plénitude , je citerai quelques travaux de ce grand homme, dans lesquels il a voulu appeler mon intervention. J*ai revu les calculs el les épreuves, !• de la JRéeolution dee équation» numérique» ; delà Théorie de» fonctions analytique» ; 3* des façon» sur le calcul
» A quelque temps de là, je reçus du premier consul une nomination de professeur de mathématiques transcendantes au Lycée de Rouen : cette promotion, sous la date du 21 fructidor an XI de la république, est signée de Bonaparte, contresignée de Huges, B. Maret, secrétaire d’État, de Chaptal, ministre de l’intérieur, et do Fourcroy, chargé de la direction et de la surveillance de l’instruction publique. De cette manière, le consul réparait en partie l’injustice commise à mon égard ; mais, par des réclamations au sujet de ma destitution, je refusai l'indemnité et, dès lors, je me consacrai sans partage aux soins de mon pensionnat que le premier consul vit avec intérêt et où il fit placer les jeunes Corses qui se destinaient à l’école. Dans cette retraite, n’ayant plus à lutter que contre les tracasseries de l’Université impériale, qui conspirait méthodiquement contre l’instruction publique, au prolit de la faction jésuitique, je pus m’occuper sans relâche de sciences et de littérature. Pour offrir à mes élèves toutes les ressources propres il faciliter leur marche à l'école, je
de» fonction»; 4 de la Mécanique analytique. C'est ce que prouvent et la correspondance de ce grand homme, que je conserve avec un soin religieux, et la note en tête du second volume du dernier de ces ouvrages. M. Lagrange m'accordait quelque amitié et quelque confiance : j'avais la liberté d'entrer dans son cabinet à toute heure du jour ; il m’honorait de quelques visites ; il s'était chargé de répéter à mon neveu les matières d'admission à l'École polytechnique; il se faisait lire par lui quelques tragédies de Corneille et d'autres morceaux de littérature ; il lui donna d'autres preuves non équivoques d'affection. Sur ses derniers jours, ce grand homme, que Napoléon appelait la haute pyramide de» science s mathématique», avouait que nos sciences n'étaient que de faibles lueurs dans l'ablme ténébreux de l'ignorance où nous sommes plongés. Cela est beau à dire par celui qui avait parcouru presqne tout le cercle des connaissances humaines et reculé si loin les bornes de l'analyse mathématique. Il ne faut donc plus s'étonner de la modestie réelle des vrais savants. Les grandes âmes s'élèvent jusqu'aux confins de l'intelligence possible, parce qu'elles ont une vue plus vaste que les antres; elles en mesurent le terme; mais les courtes vues n'apercevant pas ces barrières, se croient sans limites dans l'espace et deviennent fières de leur prétendue immensité. Voyez le Prtci» hiëtorique lur la vie et la mort de Joteph- Loui» Lagrange, par MM. J.-J. Vircy et Polel, docteurs en médecine.
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rédigeai la géométrie descriptive des deux années ('), dont je fis entrer la partie élémentaire dans les cours préparatoires, qui se composaient des matières de l’examen et d’une partie de l’enseignement de l’intérieur : le dessin, l’escrime et bientôt l’exercice de l’infanterie complétèrent la préparation aux trois écoles militaires. Des savants avaient la bonté de venir chaque année faire des examens très-étendus et trèsapprofondis qui étaient des simulacres des examens d’admission.
» Je placerai ici la liste des ouvrages que j’ai publiés à Paris, laquelle sera continuée en son lieu par ceux que j’ai fait imprimer en Belgique et par les ouvrages manuscrits dont je m’occupe depuis mon établissement à Versailles. Comme je n’ai pu conserver les premières éditions de plusieurs de ces ouvrages, je crois devoir consigner ici quelques renseignements qui serviront non-seulement à remonter à très-peu près à l’époque de leur publication, mais encore aux motifs qui m’ont déterminé à les entreprendre et aux sources où j’ai puisé. Antérieurement à la révolution, les sciences mathématiques n’étaient cultivées que dans les écoles militaires, de marine et des ponts et chaussées et dans un petit nombre d’autres établissements préparatoires, parmi lesquels on comptait l’Académie de Reims, où j’ai étudié : on y suivait les traités de Bezout et de Bossut. Une fois admis aux écoles spéciales, l’instruction devenait confidentielle et particulièrement à celle de Mezières. Les Mémoires de l'Académie royale des sciences de Paris ne trouvaient de lecteurs que dans celles de Berlin, de Saint-Pétersbourg, etc. Le champ des applications n 'était encore ouvert qu a l’astronomie et à la géographie mathématique; la chimie et la physique touchaient à une ère nouvelle. Tel était letat des choses lors-
(•) Alors Monge n'avait pas encore publié sa Géométrie descriptive ni son Analyse appliquée.
que les premiers mouvements de la révolution suspendirent pendant quelque temps la culture des sciences, qui fut bientôt ranimée par les discussions de l’assemblée constituante qui, en décrétant l’uniformité du système métrique, donna naissance aux plus belles opérations géodésiques faites jusqu’à celle époque et à des recherches de physique les plus délicates. Ces services et d’autres plaidèrent si éloquemment la cause des sciences que la Convention nationale pensa à réorganiser l’enseignement et proposa d’abord, ainsi que nous l'avons dit plus haut, la formation de Y Ecole centrale des travaux publics, qui donna, sur toute l’étendue du territoire français, un grand élan vers la culture des mathématiques. Nous avons dit ailleurs que l’élite de nos savants avait préparé des chefs et des sous-chefs de brigade pour cette école, ce qui établit un commencement de circulation des sciences. D’un autre côté, parmi les membres des académies appelés aux chaires de l’École normale, les uns se chargèrent de refaire en quelque sorte le réseau des sciences, d’autres en développèrent les points principaux, dont ils assignèrent l’origine et les conséquences; d’autres enfin se chargèrent de l'historique. Ces leçons et les discussions auxquelles elles fournirent matière furent recueillies et consignées dans le Journal de l'Ecole normale, qui donna une impulsion prodigieuse aux esprits. Telles furent les sources où quelques géomètres puisèrent une partie des matériaux des ouvrages qu’ils publièrent et qui établirent la transition des anciens traités aux nouveaux ; telle fut encore l'époque à laquelle on doit rapporter les premières éditions des ouvrages que nous allons citer :
» 1° Eclaircissements sur le tome 1 de l’architecture hydraulique de Prony, grand in-4°. La date est celle de la publication de l'ouvrage auquel ils se rapportent.
» 2° En l’an II (1794), Usage du compas de proportion,
suivi d'un traité de la division des champs, ouvragé de 280 pages, avec six planches.
» 3* Notes sur l’algèbre et sur les calculs différentiel et intégral de Bezout. Ces dernières forment un volume in-8°; elles ont paru en l’an VIII.
» 4° En l’an IX, Première partie du cours d'analyse algébrique et celles des calculs différentiel et intégral, et en l’an X, complément de ces trois cours « l’École polytechnique. Ouvrage in -4°.
» S* En l’an X (1801). Cours d’analyse algébrique, à l’usage des élèves de cette école, in-8° de 229 pages.
» 6° Traité d’arithmétique à l’usage des élèves de tout âge, contenant l'arithmétique des Grecs : deuxième édition de 191 pages, publiée en 1808. Je n’ai pas la date de la publication de la première édition.
» 7° Trisection de l’angle, parL.-P.-V.-M. Azémar, suivie de recherches analytiques sur le même sujet, par J. -G. Garnier, ouvrage de 118 pages, avec trois planches, publié en
» 8° Réciproques de la géométrie, suivies d’un recueil de théorèmes et de problèmes, deuxième édition de 350 pages, avec 12 planches, publiées en 1810. Je n’ai pas la date de l’impression de la première édition.
» 9* Leçons de statique, en 258 pages, avec 12 planches, première édition, 1811. Antérieurement à la publication de cet ouvrage, nous nous étions occupés, M. Ampère et moi, de la recherche d’une démonstration élémentaire du parallélogramme des forces qu’on y trouvera consignée.
» 1 0» Leçons de calcul différentiel, ouvrage de 474 pages, avec 4 planches: 3' édition, 1811.
» 11* Leçons de calcul intégral, ouvrage de 643 pages, avec deux planches; 3' édition, 1812.
» 12“ Géométrie analytique ,ou application de l’algèbre d
— ni —
la géométrie , ouvrage de 445 pages, avec 14 planches; 2e édition, 1813. Je n’ai pas la date de la première édition.
» 13° Analyse algébrique, faisant suite à la première édition de la première section de l'algèbre, ouvrage de 668 pages, 1814, seconde édition.
» Dans cet inventaire ne se trouvent pas portées les premières éditions de deux traites, l'un de géométrie et l'autre de la première section de l’algèbre, qui ont été réimprimées en Belgique et qui seront rappelées en letir lieu. Qu’il me soit permis d’observer que ces ouvrages et ceux du géomètre Lacroix ont fait la transition des anciens traités aux nouveaux, et que, mettant à part l’application de M. Biot, ce n’est que postérieurement qu’ont paru les notes et autres traités qui circulent aujourd’hui et dans lesquels on a omis de citer les travaux de ceux qui ont ouvert et défriché la carrière. Il est bien entendu que, parmi les ouvrages qui signalent cette rénovation, nous plaçons en première ligne, la Géométrie de Ht. Legendre, qui fait époque comme celle d'Euclide.
» L’Empereur abusait de sa puissance et de la victoire qui s’était, pour ainsi dire, personnifiée en lui : séparé de la nation qu'il exploitait au gré de son ambition, quoique, sous un grand nombre de rapports, il la gouvernât avec une supériorité incontestée, il concentrait toutes ses affections et ses intérêts sur l’armée et particulièrement sur sa garde, qui ne prenait plus la peine de dissimuler son dédain poulies citoyens et qui faisait un corps privilégié dans l’Etat. Au dehors, ses projets furent bientôt pressentis et enfin pénétrés par les rois et les peuples : sa ruine fut jurée et préparée par tous les moyens qui étaient en eux. La campagne de Russie éveilla, chez tous les hommes clairvoyants, de sinistres pressentiments, qui s’établirent dans la circulation et qui gagnèrent toutes les classes. Enfin, malgré de brillants
faits d’armes, mais qui s’achetaient au prix de milliers de braves et des officiers les plus distingués, les masses ennemies parvinrent à refouler nos tristes débris sous les murs de la capitale, qui les accueillit comme des sauveurs. Cette catastrophe, remarquable par une imprévoyance impardonnable, fut signalée, entre autres événements, par la clôture de l’École polytechnique, dont une partie des élèves changea de carrière, et par la retraite de ceux qui étudiaient dans les écoles préparatoires. Alors mon établissement fut réduit aux élèves de la seconde division, dont l’instruction purement littéraire ne devenait spéciale qu'à l'âge de seize ans. Lancé sans fortune dans un mouvement qui compromettait plus ou moins toutes les existences cl qui n’offrait de ressources qu’à ceux qui n’eu trouvaient alors que dans l’intrigue, je passai quelque temps dans des angoisses inexprimables, lorsque le gouvernement de la branche ainée des Bourbons annonça la dissolution de l’École impériale militaire de Saint-Cyr, sa prochaine réorganisation et son placement dans les bâtiments de l'ancienne école, occupés précédemment par une partie de la garde impériale et situés près de chez moi. J’avais des connaissances et même des amis jouissant d’un grand crédit et parmi lesquels je me bornerai à citer le général du génie De Caux, chef de la division du génie de la guerre, qui comprenait les écoles militaires, et le général du génie De Richcm, mon premier élève à Paris, qui venait d 'être nommé commandant de la nouvelle école. Toutes les voies étaient préparées, en sorte que lorsque je présentai ma demande, la réponse ne me laissa aucun doute sur le succès. Enfin je fus nommé le 3 septembre \ 81 4, et obligé de me transporter à Versailles, parce que lecole fut maintenue à Saint-Cyr ('). Comme les
(') C’esl au dur de Berri que fui duc celle résolution; son frère aîné, le duc d’Angouléme, fut nommé protecteur de l’école.
élèves de la première promotion, pris parmi les anciennes familles, étaient en petit nombre et d’ailleurs peu préparés, on ne put appeler que l’un des deux professeurs de mathématiques compris dans la première promotion, et je dus à mes protecteurs et à l'examinateur, M. Poisson, d être mis sur-le-champ en activité, ce qui me valut le traitement intégral, quand mes collègues, qui n’avaient encore que l’expectative, étaient réduits à la demi-solde. Ma situation était encore difficile; car, d’une part, mon traitement de 3,000 fr. était passible d’une retenue d'un dixième; cl de l’autre, j’avais des dettes exigibles et, pour les couvrir, des créances devenues très-éventuelles. Mais les débris de mon établissement, transférés à Versailles, me tirent quelques ressources fort opportunes dans la situation actuelle. Arriva bientôt ce règne de cent jours, pendant lesquels je fus remplacé par l’un des professeurs de l’ancienne école et mis à la demisolde. A celle époque, vraiment anecdotique, un personnage que je me dispenserai de nommer et auquel je parlais de ma position aventureuse, me dit : Tranquillisez-vous ; encore quelques moments de patience; il (l’empereur) est vendu, il ne reste plus qu'à le livrer; propos qui me fut répété par d’autres personnes initiées dans les mystères de l’époque. J’avais assez soigneusement observé tout ce qui se passait pour trouver dans ce peu de mots l’expression d’une probabilité favorable. Cependant une lettre du ministre de la guerre, du 40 juin 1815, m’annonçait qu’il venait de prévenir le général Bellavènc, rappelé au commandement de l’école, que je continuerais mes fonctions antérieures, en vertu d’un nouvel ordre de l’empereur, motivé sur le rétablissement de la division d’artillerie. J'ai dû attribuer cette disposition en ma faveur à l’intervention du grand maréchal du palais, Bertrand, dont le neveu était confié à mes soins et en pension chez moi à Versailles. Alors on faisait des dispo-
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sitions pour la prochaine entrée en campagne, qui déjà s'annoncait sous des auspices défavorables. Bientôt la catastrophe de Waterloo vint clore celte éehauffourée; et, en vertu du décret royal de Saint-Ouen, je fus rappelé à mon poste que je remplis jusqu’en août 1817. Je dois observer que cette école de Saint-Cyr était alors et devait être fort élémentaire, en sorte que le professeur devait se résiguer aux premiers éléments, seule pâture qui convint aux élèves.
» J'entrerai ici dans quelques détails nécessaires pour lier l'époque qui va s’ouvrir à celle qui vient de s’écouler. En l'an 1 81 0, jecomplats au nombre de mes pensionnaires M. le baron deGagcrn, deNassau, en Allemagne, jeune homme très-recommandable par son instruction et son caractère. Pendant son séjour chez moi, nous eûmes ensemble des rapports fréquents qui déterminèrent un attachement réciproque : il retourna en Allemagne, près de son père, attaché à la maison de Nassau : l'un et l’autre se trouvèrent à Paris aux époques des deux invasions, l’un comme ministre plénipotentiaire, l’autre comme militaire au service de la maison d'Orange, dont le chef fut proclamé roi des Pays-Bas. Les premières ouvertures sur mon appel, comme professeur dans ce royaume, me furent faites à Paris et la négociation fut continuée par lettres de M. Gagern fils des 18 janvier et 2 décembre 1816, 8 janvier, 4 février, 17 idem et 4 avril 1817. Dans cette dernière, il m’annonce que le ministre de l’instruction publique lui fait savoir que le roi des Pays-Bas a très-bien accueilli la proposition à mon égard, et que M. le baron de Gcer, secrétaire au département de l'instruction publique, doit se rendre à Paris dans le courant du mois, pour affaires de service, et qu’il est chargé d’entrer en pourparler avec moi et de régler les conditions de ma nomination. En effet, M. de Gcer eut l’extrême obligeance de se transporter à Versailles et de s’aboucher avec moi, au nom de
M. le ministre de l'instruction publique, Repelaer van Driel, sur la place en question. Dans eette conférence, où le négociateur aplanit toutes les difficultés et alla même au delà de mes vœux, il fut convenu qu’on m’enverrait ma nomination et un permis de libre transit, que je trouverais poste restante à Lille; que je me rendrais à Gand le 1er septembre; qu’à mon arrivée, je toucherais pour frais de voyage une indemnité de 1,000 florins (2,416 francs) et que mon traitement de 2,500 florins, équivalent à 5,291 francs, me serait compté à partir du 1er septembre. Les rétributions des élèves, les droits d’examen, les thèses et les honoraires de recteur, ont porté ce traitement au maximum de dix mille francs, et j’étais l’un des professeurs les moins rétribués.
» Je ne citerai que les traits principaux de l’organisation de nos universités, sur laquelle on pourra consulter le règlement impriméà la Haye, en 1816, et qui recevait, d’après les insinuations des professeurs, un commencement do corrections et d’améliorations introduites avec une sage réserve. Ces établissements se divisaient en quatre facultés : 1° celle de jurisprudence; 2° celle de médecine ; 3° celle de mathématiques et de physique; 4° celle de philosophie spéculative et lettres. Dans chaque faculté, il y avait deux grades ; 1° celui de candidat; 2° celui de docteur. Le premier suffisait pour le passage de la faculté des lettres dans celle de droit et de la faculté des sciences dans celle de médecine : tous deux n’étaient exigibles qu’à l’égard de ceux des élèves qui se vouaient à l’enseignement. Cependant plusieurs élèves en droit et en médecine ont cumulé deux diplômes de docteur, l’un en sciences et l’autre dans leur faculté : plus tard, on a imposé les études académiques à d’autres carrières, ce qui a fait affluer un plus grand nombre d’élèves dans nos écoles académiques. Les professeurs ordinaires des universités étaient fonctionnaires d’Ètal; à ce titre, ils étaient na-
luralisés : ils avaient seuls voix de délibération au sénat académique; seuls, ils pouvaient remplir les fonctions de recteur, de secrétaire, de doyen des facultés, prétendre à 1 emérital à l’âge de soixante-dix ans, et la veuve ou les enfants à une pension, droits dont étaient exclus les autres professeurs dits extraordinaires et les lecteurs.
» La faculté des sciences physiques et mathématiques était chargée : l' des mathématiques élémentaires; 2° des mathématiques transcendantes ; 3° des mathématiques appliquées aux sciences hydrostatiques et hydrauliques; 4“ de la physique expérimentale ; 5° de la physique mathématique ; fi° de l'astronomie physique; 7° de l’astronomie mathématique, en y joignant l’instruction sur les observations astronomiques; 8° de la chimie tant générale qu’appliquée; 9°de la botanique et de la physiologie des plantes; 10° de l’histoire naturelle des animaux et des minéraux, à laquelle on associait l’anatomie comparée des animaux; H° de l’économie rurale. Comme seul professeur de mathématiques et d’astronomie, je fus chargé de l’enseignement des parties 1°, 2°, 3°, 6° et 7°, auxquelles je consacrais douze leçons par semaine, c’est-à-dire deux leçons par jour, qui, jointes aux examens, aux autres fonctions du professeur en dehors de l’enseignement, et à mes travaux particuliers, qui avainl toujours pour but l’instruction de mes élèves, remplissaient tout mon temps; à la vérité, nous pouvions estimer nos vacances, prises cumulativement, à un quart, au moins, de l’année (').
{') Je consignerai ici une anecdote assez piquante. La carrière militaire des élèves sortis de l'École polytechnique, ou plutôt de l'École de Metz, avait eu uu tel éclat sur les champs de bataille, que plusieurs gouvernements désiraient avoir le plan détaillé du régime et de l'instruction de l'école mère et des écoles d'application. Celte demande me fut faite au nom de l'ambassadeur russe, avec invitation de ne pas l'ébruilcr. Je ne vis aucuu inconvénient à fournir ces documents, parce que j'étais bien convaincu que nos écoles tiendraient toujours le premier
» La fusion de la Belgique et de la Hollande, dans le royaume des Pays-Bas, exigeait, entre autres mesures, un plan uniforme d’instruction dans les deux pays, et comme la Hollande avait déjà ses universités au nombre de trois, on en établit trois en Belgique, qui furent fixées à Liège, à Louvain et à Gand : mais alors il fallait créer des écoles moyennes, des athénées, des collèges et des écoles primaires. La difficulté consistait à trouver dans le pays des professeurs de mathématiques en état de donner aux élèves quelques notions élémentaires de physique, chimie, etc. Le gouvernement avouait, quant à la Belgique, l’insuffisance des ressources, et, à cet égard, il invitait les professeurs des facultés des sciences à lui préparer des hommes capables de remplir ces chaires. Je lui formai une soixantaine de candidats et docteurs en sciences qui pouvaient fournir avec quelque distinction la carrière ouverte devant eux : j’en citerai quelquesuns, après avoir donné les renseignements nécessaires sur les grades conférés par la faculté des sciences ; i° Comme grade préparatoire à l’étude de la médecine., celui de candi-
rang. Je (1s sur ce fonds qui m’élail bien connu, un travail qui embrassait toute la question; mais au moment de le remettre, j’appris que l’ambassadeur russe était absent, et qu'un particulier, se rendant à Saint-Pétersbourg, se chargerait «le le remettre au ministre de la guerre. Je lui confiai mon travail et j'attendis son retour; mais je ne le revis plus. Lors de la première invasion, j’interrogeai sur celte affaire plusieurs officiers supérieurs et même le général en chef de l’armée russe, qui ne purent me donner aucun renseignement satisfaisant. Je fus alors tenté de me présenter chez l’empereur Alexandre ; mais bientôt je renonçai à cette idée qui pouvait compromettre d'autres vues. Ce ne fut que près d’un an après mon installation à Gand, que, porté par basanl chez un fabricant de cette ville pour voir ses machines, j’appris qu’un français de mon nom, qui avait été aussi professeur à l’École polytechnique, qui avait publié des ouvrages et présenté au gouvernement russe un travail sur les écoles, avait été nommé professeur de mathématiques de Cronstadt, où il avait une brillante existence et une perspective plus brillante encore, à raison des projets qu’on devait bientôt exécuter. Il était présumable qu’on avait cru me nommer et que le porteur du mémoire l’avait exploité il son profil. Je pouvais compter cette aventure au prince d’Orange, beau-frère de l’empereur; mais j’étais satisfait de ma position.
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dat dans les sciences physiques et mathématiques exigeait un examen sur les mathématiques (arithmétique, algèbre jusqu’au second degré inclusivement et la géométrie), la physique, la botanique et les éléments de chimie générale : le candidat devait, en outre, produire la preuve qu’il avait fréquenté avec succès les leçons sur les littératures latine et grecque et sur la logique; 2" pour le grade de candidat dans les sciences mathématiques et physiques, on exigeait un examen sur les mathématiques (les éléments de géométrie descriptive, l’application de l’algèbre à la géométrie ou l’analyse appliquée et les principes des calculs différentiel et intégral), la physique expérimentale, l’astronomie descriptive, l’histoire naturelle, la botanique, et la preuve que l’élève avait suivi avec fruit les leçons de littérature latine et grecque et de logique ; 3“ pour le grade de docteur dans les sciences mathématiques et physiques, un examen sur les mathématiques, faisant suite à celui de candidat en sciences, sur la physique mathématique, l’astronomie mathématique, la chimie appliquée et la géologie : la solution d’un problème mathématique et d’une question physique : enfin le candidat devait fournir la preuve qu’il avait fréquenté avec succès les leçons de métaphysique et de l’histoire de la philosophie; 4° la promotion pour laquelle il était nécessaire de composer et de défendre un spécimen inaugural, ou thèse qui consistait en une dissertation étendue relative à la science sur laquelle on demandait un grade : cette thèse imprimée était défendue publiquement par le candidat, et l'admission au doctorat, prononcée à la majorité des voix par tous les professeurs présents. Le docteur pouvait alors solliciter avec certitude de succès une chaire de mathématiques dans l'un des colleges ou athénées, et par suite une place de lecteur dans l’une des trois universités, qui était un acheminement à une chaire de professeur extraordinaire, et
enfin de professeur ordinaire, qui était le terme commun des ambitions. Parmi les jeunes débutants fournis par la faculté des sciences de l’Université de Gand, nous nous bornerons à citer les suivants :
» M. Quetelet (Adolphe), professeurau collège de Gand et à l’athénée de Bruxelles, directeur de l’Observatoire de cette ville etsecrctaire perpétuel de l’Académie royale des sciences et lettres, membre de plusieurs autres académies et sociétés savantes et auteur d’un grand nombre de mémoires et d’ouvrages sur les mathématiques, la physique, etc. (').
» M. Timmermans (Alexis), de Bruxelles, professeur au Collège de Gand et à l’Athénée de Tournay, officier du génie et membre de l’Académie royale des sciences et lettres de Bruxelles.
«M.VerhuIst (Pierre), deBruxelIcs, traducteur du Traité de la lumière de J.-F.-t V. Herschel fils, suivi de notes par M. Quetelet.
» M. Le Maire (Jean), de Gand, professeur au Collège de Gand et à l’Athénée de Tournay, professeur de mécanique industrielle à l’Université de Gand, et aujourd’hui professeur extraordinaire de mathématiques à l’Université de Liège.
»M. Lannoi (Édouard), de Tournay, professeur à l’Athénée de Bruges, puis à l’École militaire de Bréda en Hollande, aujourd’hui major du génie.
» M. Casterman (Louis), de Tournay, médecin et professeur de mathématiques et de physique à l’Athénée de cette ville.
(') M. Quetelet était professeur de mathématiques à l'Athénée de Garni, depuis 1815, c'est-à-dire un an avant l'établissement de l'Université; il prit en effet ses grades à l'Université en 1819, et fut autorisé, à cause de sa position exceptionnelle, à passer sans intervalle de temps les examens de candidat et ceux de docteur en sciences. Il enseigoail donc à l'Université et y était élève en même temps.
» M. Leschevain (Adolphe), de Tournay, professeur de mathématiques spéciales à l’Athénée de Tournay.
» M. Mareska (Joseph), de Gand, médecin, professeur de mathématiques spéciales à l'Athénée de Gand, et de chimie dans la faculté libre des sciences de l’Université et membre de la commission des examens en sciences.
b M. Morren (Charles-François), professeur de logique et de botanique dans la faculté libre de sciences de l’Université de Gand, membre de la commission des examens en sciences; auteur de plusieurs observations et mémoires adressés à l’Académie royale des sciences et lettres de Bruxelles et favorablement accueillis ; déjà présenté comme membre de cette académie et faisant partie de plusieurs sociétés savantes.
b M. ManderIier(Éloy),de Tournay, professeur de mathématiques à l’Athénée de Namur, a fait de belles recherches sur la théorie des transversales.
b M. Duprez (François), de Gand, professeur à l’Athénée de Gand, de physique dans la faculté libre des sciences de l’Université, sous ma direction, et l’un des professeurs de l’école industrielle de la même ville.
» M. Goethaels (Auguste), de Bruges, avocat et professeur de mathématiques et de physique à l’athénée de cette ville.
b 11 en est beaucoup d’autres que nous ne pouvons citer et qui ont pris parti dans le génie, l’artillerie, dans la carrière du droit, de la médecine et de l’administration et dans les collèges.
b Plusieurs des ouvrages que nous avons publiés à Paris et dont la note a été donnée plus haut, entre autres la géométrie et l’algèbre, étaient épuisés ou peu appropriés aux besoins de notre enseignement académique; c’est ce qui nous a déterminé à publier les suivants :
b 1° Eléments de géométrie, contenant les trigonométries
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rectiligne et sphérique, les préliminaires ou éléments de géométrie descriptive et les réciproques ou inverses de la géométrie, volume de 484 pages, grand in-8* avec 23 planches et précédé d’un discours préliminaire de 32 pages. Ce traité, qui a paru à Gand en 1818, forme la deuxième édition de notre géométrie publiée à Paris et qui n’a pas été mentionnée dans la première liste: les réciproques ou inverses, consignées dans cette édition, se rapportent aux propositions de cet ouvrage, tandis que celles publiées antérieurement dans nos réciproques de la géométrie, se rapportaient à la géométrie de Legendre.
» 2” Dans la même année, j’ai publié, à Gand , la quatrième édition de l’ Arithmétique, ouvrage in-8° de 316 pages. Cet ouvrage, travaillé avec soin, a été suivi avec fruit par les élèves de notre ancienne université.
» 3° Algèbre en deux sections, formant ensemble 559 pages, précédé d’un discours préliminaire de 18 pages avec une table raisonnée de l’ouvrage et une planche, quatrième édition, imprimée à Bruxelles en 1820. Voyez l’annonce des ouvrages imprimés à Paris.
» 4e Elementa arithmetiew, algebrœ et geometriœ in usum prœlectionum academicarum, de 389 pages, avec 5 planches et une préface. Je dois m’expliquer sur la nécessité de cet ouvrage. Mon cours était presque le seul qui se fit en français; mais les examens et les thèses se passaient en latin: c 'était une difficulté pour le candidat d’improviser dans cette langue les réponses aux questions ; il lui fallait donc un ouvrage dans lequel il pût retrouver le texte des leçons et où il apprit le latin conventionnel.
» Je dois ajouter que mes collègues, sauf quelques exceptions, réprouvaient cordialement la langue française. Cet assentiment aux interrogations en latin était, de ma part, non pas un acte de soumission, mais un moyen d'éviter une
scène publique dans laquelle on se serait prononcé contre les partisans de ce langage suranné, qui n 'était qu’un nuage jeté sur quelques non-sens et sur des doctrines désavouées aujourd’hui. Je devais montrer que je pouvais au besoin recourir à cette langue réputée savante.
» J'avais rédigé, et fait imprimer en grande partie, un traité d’astronomie descriptive que d’autres occupations ne m’ont pas permis de terminer et de publier.
» J’ai composé des notes sur la physique de Fischer, qui complètent celles de M. Biot, et j’y ai joint des notions sur les météores, dont l’histoire doit entrer aujourd’hui dans tout traité de physique. Quoique j’aie eu soin de ne pas attacher mon nom à ces additions, cependant le professeur de physique de notre université, qui n’aimait ni les idées modernes, ni la façon française, et qui avait deviné ma coopération, changea d’auteur, et le libraire en fut pour ses frais. J’ajouterai occasionnellement que l'enseignement de la physique dans nos universités n’était, expérimentalement parlant , qu’une suite de tours de gobelets, et que théoriquement, elle était encore dans les langes de la vieille physique.
» J’ai été l'un des fondateurs et des coopérateurs aux Annales Belyiques, qui comptent 14 volumes in-8° et qui s’étendent de l’an 1818 à l’an 1824. Dans ce journal, où j'ai traité un grand nombre de questions de sciences dans l’acception la plus utile, j’ai provoqué et déterminé la coopération de nos jeunes élèves des collèges, athénées et universités, qui faisaient ainsi leurs premières armes et dont je pouvais ébruiter les premiers essais. En 1825, je fondai avec M. Quetelet, cité plus haut, la Correspondance mathématique et physique, dont je publiai avec lui les deux premiers volumes, qui comptaient un assez bon nombre de souscripteurs. Mais l’un des collaborateurs résidant à Gand et l’autre à Bruxelles, je laissai à M. Quetelet le soin de diriger
soûl l’entreprise : la publication n’éprouva d’ailleurs aucun changement essentiel ni pour la forme ni pour le fond.
» Une fois installé à Versailles, pour mon service à l’École de Saint-Cyr, j’arrêtai, après y avoir longtemps songé, les plans d’une série d’ouvrages dont l’ensemble devait former le traité le plus vaste sur les sciences mathématiques, traité déjà exécuté sur des dimensions moindres et sur un fonds moins exploité qu’il ne l’est aujourd’hui. Peut-être cette composition était- elle au-dessus de mes forces, et plus probablement, l’exécution exigeait plus de temps que mon âge n’en laissait à ma disposition. Au reste, écartant toutes ces chances et toute idée d’impression et de publicité, je mis la main à l’œuvre et je m’occupai, en premier lieu, de refaire ceux de ces ouvrages que j’avais déjà traités sur un plan plus resserré. J’étais loin de prévoir que le travail que je m’imposais, et qui exigeait d’immenses recherches, dut être suspendu pour d’autres compositions, dont quelques-unes ont été citées dans la liste des ouvrages publiés à Gand, et par d’autres non imprimés qui se trouvaient en dehors de ce cadre. Nous donnerons la liste détaillée de ces manuscrits :
» 1° Éléments d’arithmétique, (l’algèbre et de géométrie, y compris la trigonométrie rectiligne et quelques notions sur la trigonométrie sphérique. Ici j’ai fait tout ce qui était requis pour arriver au mieux : j’ai consulté les ouvrages écrits sur le même plan, j’ai fait passer plusieurs fois cette rédaction par le creuset de l’enseignement, c’est-à-dire par l’épreuve d’intelligences encore peu exercées. A la vérité, ces manières de procéder sont moins goûtées que jamais, aujourd’hui où, à l’imitation de l’Angleterre, il ne faut plus offrir que des recettes en science. J’ai dédié cet ouvrage à M. Roussel, avocat à Paris, mon neveu et mon ami. Ainsi, la science m’aura au moins servi à acquitter une dette de cœur.
» 2° Éléments de physique. J’attache un Irès-haut prix à la partie de cette science qu’on appelle physique des corps pondérables, non pas précisément sous le rapport purement expérimental, qui intéresse exclusivement la majorité des auditeurs, mais sous celui des différences qui existent entre les résultats des vérités mathématiques et ceux des expériences, différences qui doivent servir à calculer les corrections à faire aux premiers pour les rapprocher des seconds. Au reste, n’avant encore rédigé que cette première partie du cours, sauf révision et correction, je me dispenserai d’entrer dans les détails. Si le temps et la santé me le permettent, je compléterai ce travail par la physique des corps impondérables, qui seule fournirait matière à un traité très-étendu, mais que je ferai en sorte de resserrer sans nuire à l’instruction.
» 3° Traité de météorologie. Nous nousbornerons ici adonner un court extrait des titres des chapitres : Chap. I. Des températures. Chap. II. Sur les variations périodiques du baromètre et du thermomètre. Chap. 111. Des volcans. Chap. IV. Sur la phosphorescence, la composition, la salure des eaux de la mer. Chap. V. Des causes continues de perturbation de l’atmosphère. Chap. VI. De l’électricité atmosphérique. Chap. VII. Du serein. Chap. VIH. Des vapeurs vésiculaires. Chap. IX. De la pluie et des pluies de couleur. Chap. X. Des trombes de terre et de mer. Chap. XI. Chutes de substances météoriques. Chap. XII. Des étoiles filantes. Chap. XIII. Des parhélies, des parasélènes et des halos ou couronnes. Chap. XIV. Des arcs-en-ciel solaires ou lunaires. Chap. XV. Du mirage dans les climats chauds et froids, etc. Chap. XVI. De l’aurore boréale. Chap. XVII. De la lumière zodiacale, des étoiles changeantes, de la voie lactée, des nébuleuses, des étoiles doubles ou multiples. Cet ouvrage fut rédigé en 1831 ; il servit à suspendre mes in-
quiétudes occasionnées par la suppression inattendue des facultés des sciences et des lettres de l’Université de Gand, par l’incertitude où nous étions alors sur la question de l’indemnité, du traitement d’attente ou de la pension qu’on nous accorderait, sur sa quotité et enfin sur l’avenir qu’on nous préparait. Je dois pourtant convenir qu’au moins jusqu’ici, mou sort, tout chanceux qu’il est resté, n’a pas été aussi fâcheux que je le craignais. Dans \' Annuaire du Bureau des longitudes pour 1834, M. Arago, membre de l’Académie royale des sciences de Paris et du Bureau des longitudes de France, a traité une partie de ces questions avec cette supériorité qu’on devait attendre de sa position, de ses connaissances supérieures et variées, et du talent très-rare de répandre la plus vive lumière sur des sujets qui paraissent tous de la portée ordinaire. Cet ouvrage, achevé dans son ensemble, admet fréquemment de nouveaux détails empruntés aux journaux scientifiques et même politiques.
» 4° Recueil de théorèmes etde problèmes. Cet ouvrage est détaché des réciproques , auxquelles il faisait suite dans l’édition de Paris, annoncée plus haut. Les réciproques se retrouvent, comme nous l’avons dit en son lieu, dans les éléments de géométrie publiés à Gand, où elles se rapportent aux propositions de cette géométrie, tandis que d'abord elles étaient relatives à celles de la Géométrie de Legendre. Je crois être le premier qui les aie introduites dans l'enseignement. Ce traité renferme 344 figures et une table des matières fort étendue.
» 5° Analyse algébrique, ou troisième section de l’algèbre. Cet ouvrage est une nouvelle édition de celui que nous avons annoncé sous le n° 8, dans la liste de ceux qui ont été imprimés à Paris : il devient ici une troisième section de l’algèbre, parce que celle de Bruxelles a été divisée en deux sections; il est précédé d’une table de matières fort
étendue. C’est celui de mes ouvrages qui a eu le plus d'accueil.
» 6° Géométrie analytique, ou application de l'algèbre d la géométrie, avec 213 figures. Cet ouvrage est une troisième édition de celui que nous avons mentionné sous le n° 7, dans la liste de ceux imprimés à Paris. Ce manuscrit renferme, par forme d’introduction, des constructions géométriques et quelques problèmes. La première édition de cette application a suivi la première publication de celle de M. Biol, membre de l’Institut, auquel nous avons adressé dans le temps plusieurs corrections et quelques notes dont il a tiré parti. (Voir sa correspondance.)
» 7° Calcul différentiel et aux différences finies. Dans cet ouvrage, j’ai cherché à lutter contre la seconde édition du premier volume du grand traité de Lacroix, dans lequel j’avais remarqué quelques imperfections, et, je dois le dire, des inexactitudes qu’il fallait faire disparaitre et des lacunes qu’il fallait remplir D’ailleurs, mon plan différait de celui de ce géomètre, auquel je dois de la reconnaissance pour l’indication de plusieurs sources à consulter. Je crois qu’on trouvera dans ma nouvelle rédaction plusieurs applications importantes qu’on suivra avec intérêt et qui manquent dans l’ouvrage, d’ailleurs très-estimable, de ce savant, dont les trois volumes remplacent aujourd’hui l’ouvrage d’Euler sur le même fond. Cependant, je dois déclarer ici que, dans la première édition du premier volume de l’ouvrage de M. Lacroix, la première partie, qui était de l’analyse pure, avait été empruntée aux leçons de M. Fourier, à l’École polytechnique, sans que justice fût rendue à ce dernier géomètre. J’ai été sommé dans le temps de m’expliquer à ce sujet, ce que j’ai fait avec toute la réserve convenable en pareil cas.
» Le traité de même titre, annoncé sous len° 5, devait être
classique, tandis que l’ouvrage manuscrit est académique ; il contient 144 figures; la rédaction en est très-soignée et les calculs ont été revus : il a fait le texe de l’un de mes cours à l’université.
» 8° Des transversales et des pôles et polaires, avec 25 planches contenant 250 figures. Cet ouvrage est purement géométrique dans quelques parties, et dans d’autres, il est une extension curieuse de l’application : il suppose encore le calcul différentiel. Cette géométrie a été cultivée dans ces derniers temps par des hommes distingués et attaquée par d’autres. Ses premiers germes se reportent à une antiquité très-reculée.
» 9" Statique des corps solides, avec une table raisonnée des matières et 11 planches offrant 197 figures. J’y ai consigné l’histoire de la science, empruntée à l’illustre Lagrange, l’homme de nos jours le plus érudit sur cette matière. On y trouve les théorèmes les plus importants de M. Poinsotsurles couples, et quelques recherches qui m’ont été communiquées dans le temps par M. l’abbé Bossut.
» 1 0° De la dynamique ou du mouvement des corps solides, avec 98 figures, une table raisonnée des matières et une introduction, partie historique, partie expositive, du plan adopté. L’époque actuelle est remarquable par l’association de l’équilibre et du mouvement des corps solides et liquides avec la physique et la mécanique industrielles, qui leur devront des perfectionnements et qui, réciproquement, leur fourniront des sujets importants de recherches. La dynamique, considérée en elle-même, est une science faite; mais le calcul intégral ne répond pas toujours à ses besoins. Elle offre en général des sujets de méditations et d’études plus composés et plus difficiles que ceux de la statique restreinte à la considération des forces de pression et indépendante de l'élément du temps. On retrouve ici les travaux des Huy-
gens, Newton, Maclaurin, Descartes, Wallis, Roberval, Bernoulli (Jean, Jacques et Daniel), Maupertuis, Dalembert, Laplace, Lagrange, Carnot, Poisson, Poinsot, etc.
« Au milieu de la perturbation générale que cause toute révolution, notre régence, dont la sollicitude pour les intérêts de ses administrés ne s’est jamais relâchée, a conçu et réalisé le projet de la réorganisation des écoles primaires et du collège, et la création d’une école industrielle sur un patron plus étendu et mieux approprié aux besoins que celui de I 'école antérieure. Le 11 octobre 1833, je reçus de M. le bourgmestre une lettre ainsi conçue : « Le gouvernement ayant adopté la proposition de la régence pour la réorganisation de l’École industrielle établie en cette ville (Gand), je vous prie de vouloir bien concourir par vos lumières à la rédaction du plan et du règlement de la nouvelle école. La commission, chargée de ce travail, et dont j’ai pris la liberté de vous nommer membre, se réunira demain, à -1 heures de relevée, a l’hôtel de la régence. » Désigné par celle assemblée pour faire partie de celle des commissions chargée de rédiger le programme des matières de l’enseignement, j’ai dû puiser mes données dans les ouvrages publiés jusqu’ici sur ce texte, et plus particulièrement dans le projet de l’École centrale des arts et manufactures, établie à Paris, sous la direction de M. Lavallée, en modifiant ce plan d’après nos besoins et nos ressources. Cette école est composée de quatre professeurs chargés de la mécanique industrielle, de la physique, de la chimie et du dessin linéaire, et dont deux professent dans les deux langues. La régence, la commission et le public ont lieu de se féliciter de cette création naissante, dont les résultats dépassent déjà toutes les espérances.
» Je supprime ici l’énumération de quelques travaux qui n’ont été faits que pour mon instruction particulière, et qui
- ÎJS -
tiennent à mon organisation d’après laquelle je ne puis m’approprier les choses que par voie de rédaction....
» Dans cet intervalle, je crus un moment à ma réintégration. Le lieutenant général Desprez, appelé au commandement de l'armée belge, à son retour d’Afrique, où il était major général de l’armée, sous le général en chef de Bourmont, apprenant que j’étais dans le pays et démissionné, désira m’entendre sur cette affaire. Arrivé à Gand avec le roi Léopold, il me lit appeler, dans l'impossibilité où il était de se rendre chez moi. Nous eûmes ensemble une longue entrevue dans laquelle il me rappela qu’il avait été l’un de mes élèves à l’École polytechnique et me promit, après m’avoir entendu, ses bons offices auprès du roi et du ministre de l’intérieur Rogier. Cet excellent homme sur lequel je pouvais compter, est mort au milieu de ses démarches, des suites d’un anévrisme et du chagrin que lui causa la perte de son épouse. Je regrette en lui un ami sùr et dévoué qui bientôt aurait pu reprendre et terminer heureusement sa négociation (*). »
Ce qui précède doit avoir été écrit dans le cours de 1836. Cependant la loi sur le haut enseignement avait été votée à la Chambre des Représentants, le 25 août 1835; elle conservait les Universités de Gand et de Liège, et elle établissait le siège des examens à Bruxelles. Le sénat l’avait adoptée le 20 septembre et le roi l’avait sanctionnée le 30 du même mois. Le nouveau corps professoral avait été nommé et Garnier n’en faisait pas partie ; cet oubli porta la désolation dans l’ame de ce vieux savant; il savait que, malgré la confiance que le ministre m'avait témoignée dans plusieurs nominations, il m’avait été impossible d’obtenir sa réintégra-
(') Extrait des manuscrits que Garnier a légués à l'Académie royale de Belgique.
lion comme professeur. II ne me cacha point le chagrin profond qu'il en éprouvait. Il m’écrivait de Gand, le 5 janvier 1836: « Je suis abattu, dégoûté, et n'ai plus de confiance qu’en vous. Je ne puis rien m’expliquer de ce qui se passe depuis quelque temps. En relation avec plusieurs membres de la chambre, auriez-vous la bonté de chercher à exciter leur commisération sur mon compte? Si je n’avais à stipuler pour ma femme et pour Mlle Virginie, que je regarde comme ma fille, j’abandonnerais mon sort au hasard. Qu’il me larde que celte question soit décidée. » Ces paroles sont affligeantes dans la bouche d’un homme qui comptait un demi-siècle de services rendus à l’enseignement et qui voyait la fin de sa carrière brusquement coupée par un précipice. Malheureusement les secousses politiques n’offrent que trop souvent des retours semblables; et c’est toujours avec douleur qu’on les rencontre. Je dois me hâter d’ajouter cependant qu'enfin, au mois de mars 1837, la pension de Garnier fut réglée à 2527 francs et l’arriéré complètement soldé. Dans la position où se trouvait notre confrère, cette pension répondait à ses désirs; il ne songea plus désormais qu’à finir tranquillement ses jours au milieu de ses livres et de ses travaux habituels. Vers le milieu de 1836, il était venu s'établir à Bruxelles, où déjà l’avait précédé son compatriote et son ami, le savant traducteur de Juvénal , de Perse et d’Horace, M. Raoul, qui se trouvait enveloppé, comme lui, dans la disgrâce commune qui frappait à la fois les professeurs des facultés des sciences et des lettres de l’Universilé de Gand.
Les nombreux rapports que j’ai eus avec M. Garnier me permettent peut-être déjuger mieux que tout autre des services réels qu’il a rendus à l’enseignement, services qui sont en général trop méconnus. Lorsqu’en 1816, M. Garnier vint occuper la chaire de mathématiques de l’Université de
Gand, je me trouvais également chargé de l’enseignement des mathématiques dans le collège de cette ville, qui avait été organisé au commencement de 1815 ('). Ma position devait me mettre naturellement en relation avec lui : peu à peu sa conversation, toujours instructive et spirituelle, toujours abondante en anecdotes piquantes, se rattachant aux hommes les plus éminents de cette époque, avec qui il avait eu de fréquents rapports, donna une direction plus spéciale à mes goûts, qui m’auraient porté de préférence vers les lettres. Je résolus de compléter mes études scientifiques et je suivis les cours de mathématiques supérieures de M. Garnier. Il fut en même temps convenu entre nous que, pour le soulager dans ses travaux, je donnerais quelquesuns des autres cours dont il était surchargé. Je me trouvais ainsi de fait son élève et son collègue. Je le voyais à l’université pendant une partie de la journée; et, le soir, nous nous retrouvions chez M. Raoul, dont le jardin était devenu le rendez-vous habituel des jeunes gens les plus studieux, de quelques professeurs et d’autres personnes de mérite. Ceux qui ont fait partie de ces petites réunions doivent se rappeler le charme qui y régnait, l’instruction solide qu’on pouvait y puiser, et, ce qui était surtout inappréciable, on était toujours sûr d’y rencontrer des encouragements cl une indulgence bienveillante. J’ose dire que ces réunions ont contribué bien plus à former les nombreux professeurs qui sont sortis de l’Université de Gand que les leçons régulières des facultés. Ces leçons sans doute sont nécessaires, indispensables même, mais elles ne portent de fruits qu’autant quelles sont fécondées par la chaleur que le professeur sait communiquer à ses élèves.
Dans son enseignement, M. Garnier n’avait rien qui le
( ) Les professeurs furent nommés par arrêté du 22 février 1815, signé par le duc d’Ursel, alors commissaire général de l’intérieur.
distinguât; ses démonstrations étaient loin d’avoir la netteté et la précision qu’il portait à un si haut point dans la conversation. Ses cours étaient généralement diffus, et l’habitude qu’il avait prise de ne paraitre au tableau qu’avec des feuilles écrites qu’il suivait textuellement, était peu propre à réveiller l’attention de ses auditeurs. 11 arrivait de là que les élèves, qui ne jugeaient leur professeur qu’aulant qu’ils le voyaient aux leçons, s’étaient formé une idée peu favorable de son enseignement; tandis qu’on aurait pu dire que cet enseignement ne commençait réellement que quand il était hors de la chaire et qu’il avait perdu de vue le tableau. En conversant, il revenait alors sur l’objet de la leçon, faisait pour ainsi dire l'historique de chaque théorie, indiquait les transformations successives qu’il y avait vu apporter par les savants nombreux qu’il avait connus, indiquait les bonnes sources où il convenait de puiser, et touchait à chaque instant ces cordes sensibles qui vibrent avec tant de force dans l'âme dn jeune homme dont on a su frapper l’imagination.
La perte de plusieurs places, dans lesquelles il avait été supplanté par des savants plus jeunes que lui, l’avait rendu ombrageux et méfiant. Il avait contracté de là avec ses élèves une certaine réserve qui fut mal interprétée et qui lui causa même des chagrins. Je me trouvais placé à côté de lui dans une position trop délicate pour pouvoir échapper entièrement aux influences dont je viens de parler. C’est à la suite d'un nuage qui s était élevé entre nous que je lui dédiai, pour sceller notre réconciliation, la dissertation inaugurale que je fis imprimer en 1819, à l’occasion de ma promotion au grade de docteur en sciences. Je demandai en même temps à passer à Bruxelles, où l’on m’offrait une chaire de mathématiques à l’Athénée royal. Nous reprîmes alors nos anciennes relations , et nous commençâmes , peu de
temps après, la publication de la Correspondance mathématique et physiqxie, journal qui avait pour objet de mettre les six universités du royaume dans des rapports scientifiques plus directs et d’exciter l'émulation des jeunes gens, en leur offrant les moyens de faire connaître leurs travaux. Cependant, au bout de deux ans, notre association fut rompue; il devenait trop difficile de nous entendre à dix lieues de distance; je restai seul chargé de la rédaction, et M. Garnier continua à me faire parvenir ses communications.
Notre confrère n 'était pas seulement un savant instruit, c’était un homme d’une tournure d’esprit très-remarquable et très-originale; il portait dans ses jugements sur la littérature qu’il avait cultivée avec soin, beaucoup de tact et des vues judicieuses presque toujours pittoresquement exprimées. Il employait avec gaieté les termes scientifiques, auxquels il savait donner une physionomie nouvelle (') ; il ne manquait pas surtout d’une certaine causticité qui l’a engagé même dans quelques polémiques. On se souvient encore de celle qu’il eut à soutenir contre un médecin : « Monsieur, disait-il, en commençant sa réponse, qui mit tous les rieurs de son côté, vous me traitez bien mal, quoique je ne sois pas de vos malades : » et le reste de son écrit répondait à ce début. Il lui eût été bien difficile de parler des choses, même les plus sérieuses, sans jeter en passant un trait un peu caustique, quelque tour original, ou tout au moins quelque expression crûment pittoresque. Dans la pénible position d’esprit où il se trouvait, en attendant que le gouvernement eût prononcé sur son sort, il m’écrivait, en terminant la
( ) Voulait-il parler d'un homme sans consistance, c'était un cône sur la pointe, ou bien un Tou à cheval sur une sphère. Mes journées sont exactement superposables, m'écrivait-il, en parlant de sa vie monotone. Une autre Ibis, en me montrant un intrigant qui flattait une personne dont il croyait avoir besoin : « Vous le voyez, disait-il, il l'emploie comme une échelle pourrie qu'il jettera sous la remise après s’en être servi. •
lettre affligeante dont j’ai donné plus haut un extrait : « Je vous demande mille pardons pour les mille inutilités que je vous ai débitées. Mais enfin c’est une question dans laquelle je ne rentrerai pas plus que dans le ventre de ma mère. »
La physionomie fortement caractérisée de M. Garnier, ses yeux vifs, enfoncés sous des sourcils très-marqués, son sourire un peu satirique, ses réponses promptes et presque toujours spirituelles, devaient le faire remarquer dans la société, où il aurait pu facilement briller au premier rang, s’il avait aspiré à y paraître. Sa taille petite et courbée et ses formes grêles contrastaient singulièrement avec le tour décidé et incisif qu’il donnait à son langage. Il avait une habitude qui aurait pu paraître choquante chez tout autre, mais qui, chez lui, ne faisait qu'ajouter au pittoresque de sa conversation : celait d etre assez prodigue de certains mots expressifs qu’on entend peu dans la bonne société, où M. Garnier avait toujours vécu comme le prouvaient suffisamment ses autres habitudes. Ces mots, rapidement prononcés, formaient une espèce de ponctuation parlée; ils arrivaient, on peut dire si naturellement, qu’on finissait par n’y plus faire attention.
Depuis plus d’un an, il assistait très-régulièrement aux séances de l'Académie; il me faisait parvenir ce qu’il désirait qu’on y lût en son nom. Cependant il s’intéressait vivement à nos travaux, surtout à ceux qui appartenaient à la météorologie. Il avait publié, à Bruxelles, en 1837, un traité sur celte science. En 1840, il en parut une seconde édition à Paris avec des additions considérables. Son intention avait été d’abord de dédier cet ouvrage au roi. « On verra sans doute, écrivait-il, dans cette démarche qui remonte à la première année du règne de Léopold, une accession bien prononcée à l’ordre actuel des choses. » Puis il ajoutait aussitôt dans la note manuscrite que j’ai trouvée à ce sujet, des mots
de reconnaissance à l’égard du roi Guillaume, de M. Repelaer van Driel, qui l’avait appelé en Belgique, et surtout de M. Falck, pour qui il professait l’estime la plus entière, estime qui ne peut être bien comprise que par ceux qui ont eu des relations avec ce ministre éclairé.
Garnier tenait singulièrement à ne pas mériter le reproche d’ingratitude. En professant, comme il le disait, une accession entière à l’ordre actuel des choses, il n’obéissait qu’à ses convictions; il n’était mû par aucune vue intéressée, car cette espèce de profession de foi sur ses opinions politiques, il ne l’avait communiquée à personne. Il savait qu’on le soupçonnait d etre directement opposé au nouveau gouvernement, que ses intérêts en souffraient; mais il était trop fier, par ce motif même, pour avouer des sentiments dont on aurait pu croire qu’il voulait tirer avantage, comme cela n’arrive que trop fréquemment dans les grandes commotions politiques. Malheureusement il y a peu d’hommes d’État d’un esprit assez élevé pour soupçonner et apprécier de pareils sentiments !
Cependant, depuis 1837, l’existence de Garnier avait repris un nouveau calme. Il avait entièrement renoncé à l’espoir de reprendre ses anciennes fonctions ; il se louait, du reste, de la manière dont on avait fixé le montant de sa pension. Avec tout l'ordre qu’il apportait habituellement dans ses affaires, il avait réglé ses dépenses d’après ses revenus, et sa manière de vivre était aussi simple que tranquille. On s’apercevait néanmoins que l'état de sa santé s’affaiblissait; il sortait peu, et, sans maladie grave, il avait de fréquentes indispositions, symptômes d'une constitution délabrée qui devait céder à la première attaque un peu rude. Le coup auquel il succomba fut porté dans le cours de l’automne de 1841 ; il fut d’autant plus douloureux qu’il prenait sa source dans ses affections les plus chères. Garnier s’était marié en
1792 ; il avait eu le bonheur de conserver son épouse, et il avait toujours trouvé auprès d’elle les soins les plus empressés, l’affection la plus vive. Une demoiselle, qu’il considérait comme sa Glle, formait toute sa famille : il n’avait pas eu d’enfants de son mariage, d’ailleurs si heureux. Le calme dont ils jouissaient ensemble fut troublé de la manière la plus fatale : une chute funesleen futla cause. Vers le milieu du mois d’octobre, Me Garnier, en tombant, eut le malheur de se casser la cuisse. Son mari en fut si vivement affecté que dès lors sa santé s'altéra de la manière la plus rapide. Au commencement de décembre 1841, il fut pris, pendant la nuit, d’une hémorragie interne très-intense. Je m’empressai daller le voir; je le trouvai très-faible; il ignorait le danger de son état. Il parlait avec tranquillité, avec gaieté même de sa position ; mais s'affligeait de celle de son épouse, pour qui l’art n’avait pu rien faire jusqu’alors. C’était un spectacle bien triste, en effet, et bien touchant en même temps, de voir ces deux vieillards retenus au lit par les maladies les plus dangereuses, ignorant la gravité de leurs maux respectifs et chacun ne s’occupant que du sort de l’autre. Le calme, la gaieté même de notre confrère ne l’abandonnèrent pas jusqu’au dernier instant. « Asseyez-vous là, à côté de moi, me disait-il d’une voix fort affaiblie l’avantveille de sa mort; distillez goutte à goutte ce que vous avez à me dire, si vous voulez que je vous suive. » Le lendemain, quand je revins le voir, on me dit qu’il avait ordonné de me remettre des papiers: celait notre correspondance depuis vingt-quatre ans que nous nous connaissions. H avait la conscience de sa lin prochaine, et avait conservé toute sa présence d’esprit; il voulut me parler encore, et commença plusieurs phrases qu’il n’eut pas la force d’achever. Malgré la crainte que j’avais de le fatiguer, je restai assez longtemps auprès de lui, écoulant attentivement, cherchant même à
deviner ses pensées. Sa physionomie si mobile témoignait visiblement que son esprit suivait encore une série d’idées ; ses lèvres étaient en mouvement pour les exprimer, mais j'entendais à peine de loin en loin un mot dont je ne pouvais saisir le sens. Il était sans souffrance, et s’éteignait insensiblement; il expira, presque sans qu’on s’en aperçut, dans la nuit du 19 au 20 décembre, vers quatre heures du matin. On voulut d’abord cacher sa mort à sa veuve; celte annonce pouvait, en effet, porterie coup mortel à une femme infirme, âgée de quatre-vingt-sept ans.
Les funérailles eurent lieu dans la matinée du 23 décembre. Les restes de Garnier furent suivis jusqu’au cimetière d’Ixelles par une députation de l’Académie, par des membres du corps enseignant et un grand nombre de ses anciens élèves (').
(•) M. Garnier a inséré, dans le lome I des Mémoires de V Académie de Belgique, un écrit sur les machines, lu à la séance du 7 mal 1819. Nos Bulletins renferment, en outre, de nombreuses recherches qu'il nous a communiquées sur différentes branches des sciences.
JACQUES-GUILLAUME CRAHAY (1).
J. -G. Crahay appartenait à l’Académie royale depuis le 8 mai 1835; il en fut toujours l’un des membres les plus actifs et les plus dévoués; il ne vivait, pour ainsi dire, qu’au milieu de ses travaux académiques et des occupations nombreuses que lui imposaient ses fonctions de professeur de physique à l’Université de Louvain.
Son père, Henri-Guillaume Crahay, l’avait formé à celle vie austère : après avoir exercé le notarial, il avait transporté dans la magistrature la sévérité de mœurs qui forme l’un des premiers mérites de cette profession. Son extrême exactitude, sa probité rigide l’avaient conduit, sous le consulat, à la place de président du tribunal de première instance de l’arrondissement de Maeslricht. 11 est tout naturel qu’il cherchât à procurer à son fils les avantages dont il jouissait lui-mème et qui avaient contribué à son bonheur.
A l’âge de dix-huit ans, le jeune Crahay entra donc dans l’étude d’un notaire, avec la perspective de passer par les mêmes phases que son père. Malheureusement, avec toute la soumission possible, avec toute la probité de son père, le
(’) Né à Maeslricht, le 3 avril 1789, mort à Louvain, le 21 octobre 1855.
fils n’en avait pas exactement tous les goûts. Lejeune homme prêtait plus volontiers l’oreille aux encouragements d’un vieux professeur, du respectable Minkelers, dont les conseils allaient mieux à ses inclinations.
Il continua néanmoins, pendant dix ans, à lutter contre son propre penchant; et ce ne fut qu’après cette lutte prolongée qu’il céda aux conseils de M. Minkelers, et qu’il essaya de le remplacer. Il fut nommé professeur de physique et de chimie à l’Athénée de Maestricht, le 19 février 1817. Le roi Guillaume venait de monter sur le trône et un nouvel ordre de choses se préparait pour la Belgique.
Crahay avait commencé le notariat à dix-huit ans; il devint professeur à vingt-huit. Il était plein d’ardeur et désireux d’enseigner des sciences qui faisaient le bonheur de sa vie. Il était heureux surtout de succéder à un professeur estimé de tous scs concitoyens et dont il avait toujours été distingué d’une manière spéciale ('). Il conserva jusqu’en 1824 celui qui avait été son maitre et son ami, et il put lui prouver du moins que son choix ne s’était pas mal placé en s’arrêtant sur lui.
Dès l’année 1822, la Société linnéenne de Paris l’avait admis au nombre de ses correspondants, et dès cette année aussi, la Société des amis des sciences, des lettres et des arts de Maestricht avait commencé la publication de son Annuaire, qui obtint un succès mérité. On trouve dans cet utile et modeste recueil différents articles d’un grand intérêt, qu’on doit à la plume de notre savant confrère : il convient de citer particulièrement les articles sur les poids et mesures,
(•) C’est à If. Minkelers que l'on doit, selon toutes les probabilités, les premières expériences qui ont été faites pour préparer l’éclairage par le moyen de la houille. On peut voir, à cet égard, le discours prononcé, le 10 mai 1854, par M. De Ram, l’un de nos confrères, et ayant pour titre : Considérations sur l’histoire de l’Université de Louvain.
sur la situation géognostique de la province du Limbourg et les excellents tableaux météorologiques relatifs à la ville de Maestricht.
Ce qui prouve surtout l’esprit organisateur et patient de Crahay, ce sont ses travaux sur l’état météorologique de l’atmosphère dans la contrée qu’il habitait. Aux recherches de M. Minkelers, il en substitua d’autres plus précises et mieux appropriées aux besoins de la science; il eut le courage de lesconlinuerseul, excepté aux jours où d’autres besoins scientifiques le forçaient de s’éloigner, et alors il abandonnait l'ouvrage commencé à des mainsqui pouvaient dignement l’aider dans ses investigations. Le premier travail que je reçus de lui renfermait les résultats de ses observations météorologiques faites à Maestricht depuis 1818 jusqu’en 1826, c’està-dire jusqu’à l’époque où était parvenue alors la Correspondance mathématique et physique (t. III, p. 31, année 1827).
Les observations se faisaient quatre fois par jour; les instruments étaient comparés avec soin par l’auteur, qui avait tous les talents nécessaires pour les tenir en bon état (') : ces observations ne comprenaient d’abord que les pressions atmosphériques elles températures. A partir de 1824, on enregistra aussi les quantités d’eau. En comparant ses résultats à ceux qui avaient été obtenus précédemment en Belgique, par M. Minkelers lui-même, on se persuade sans peine qu’un progrès immense s’était réalisé dans les observations et dans l'art d’en déduire des conclusions. Crahay avait toutes les connaissances nécessaires pour élever l’art de l’observateur aussi haut qu’il pouvait aller, en explorant les particularités qui appartiennent à un même pays.
(') Les observations se faisaient à 9 heures du matin, à midi, à 5 heures et à 9 heures du soir. Ces heures paraissaient, en effet, les plus convenables : ce sont aussi celles qui ont été adoptées à l'Observatoire de Bruxelles.
En 1825, Crahay ne se borna plus à donner les variations du baromètre, du thermomètre et les quantités d’eau tombée, il (il connaître aussi les nombres de jours de pluie, de grêle, de neige, de gelée, de tonnerre, de brouillard, etc., ainsi que le nombre des vents dominants. En 1829, il adopta quelques heures de plus pour scs observations, et fit connaître l’état de ses instruments météorologiques pour 1831 et 1832, à 8 et 9 heures du matin, ainsi qu’à midi, à 3, 6 et 9 heures du soir.
L’on trouve dans la Correspondance mathématique des observations de Crahay relatives à la rotation d’une lentille sur un plan incliné, et des articles sur plusieurs autres questions de physique qui avaient attiré son attention. Ensuite, il publia ses recherches dans les Bulletins de l' Académie, et, en dernier lieu, dans les Mémoires de la même société savante.
La montagne de Saint-Pierre, près de Maestrieht, occupa également son attention: il fit des études sérieuses sursa construction etsur lesdébrisfossilesqu’elle renferme, etplus tard, quand la question revint à l’Académie, il nous prouva que ces éludes n 'étaient point encore perdues pour lui.
Le goût des recherches le porta plus loin : il voulut visiter par lui-mème et à pied les bords de la Meuse, comme il convient de le faire quand on est véritablement poussé par l’amour de la science, et il reconnut les principales localités des provinces de Namur et de Luxembourg. En 1826, il recommença ses visites, et, en 1829, il fit un nouveau voyage dans l’Eifel. Dans toutes ces excursions, son principal but était de s’instruire lui-mème.
Cependant la révolution belge avait éclaté :ellcavaitdissous les liens qui rattachaient nos provinces aux Provinces-Unies. Le territoire de Maestrieht se trouvait, en quelque sorte, sur la frontière des deux États qui s 'étaient séparés avec
violence. La province de Limbourg restait aux Hollandais, mais un grand nombre de ses habitants passèrent dans les rangs belges. Crahay fut de ce nombre; les passions politiques n’entrèrent cependant pour rien dans son expatriation; il n était occupé que des intérêts de la science. Vers la fin de 1834, au moment où l’Université catholique de Louvain allait s'organiser sur les débris de l’ancienne université de l’Étal, Crahay, nommé professeur par les évêques, transféra son domicile, d’abord à Malines, et l’année d’après, à Louvain ('). Rien ne parut dérangé dans ses paisibles occupations : il reprit ses instruments et les observa, comme auparavant, avec la même constance.
C’est à Louvain qu’il s’occupa de discuter les observations qu’il avait recueillies à Maeslricht : elles embrassaient une période de seize années, de 1818 à 1833 inclusivement. L’écrit intéressant qui renferme les résultats de cette discussion se trouve dans le tome X des Mémoires de l’ Académie, et ce n’est certes pas un des documents les moins importants dus aux travaux de cette compagnie. « Depuis l'année 1818, dit l’auteur, les observations météorologiques ont formé un sujet important de mes occupations. Je m’étais pourvu de bons instruments que je vérifiais souvent; j’ai été à même de pouvoir les placer dans des expositions favorables au but proposé. Attaché à l’instruction publique depuis la même époque, j’ai pu faire un emploi régulier de mon temps, de sorte que les interruptions dans les observations ont été rares; le plus souvent, durant mes absences, à la fin du mois d’aoùt et au commencement de septembre, j’ai été remplacé par des personnes sur l’exactitude desquelles je pouvais compter; à ces cas près, j’observai
(') Il fut bientôt suivi à l'Université catholique par le docteur Marlens, son collègue à Maeslricht pour le cours de chimie, et qui entra presque en même temps que lui à l'Académie.
moi-mème, persuadé que celait une condition indispensable pour obtenir des résultats comparables. »
Les résultats présentés par Crahay furent acceptés avec toute confiance, car il possédait à un haut degré les qualités qui font le bon observateur, et il appuyait ses observations de tous les moyens que la science et la connaissance approfondie de la mécanique pouvaient mettre à sa disposition. Ce n’est pas sans raison que notre savant collègue, le chanoine De Ram, a parlé du talent de notre confrère avec tout l'entrainement que méritaient ses succès. Crahay se fût fait un nom dans tous les établissements scientifiques qui l’eussent accueilli; car son premier mobile était la connaissance du vrai, en dehors de toute opinion politique. La physique qu'il faisait à Louvain, il l’aurait faite de la même manière à Gand, à Liège ou à Bruxelles; il ne connaissait qu’une science et qu’un mode d’explication : aussi souscrivons-nous sans hésiter aux paroles de son recteur à l’université et son confrère à l’Académie ('). « Tout son enseignement et ses travaux scientifiques portaient le cachet de son caractère modeste, consciencieux et franc. Chaque leçon était préparée et donnée avec une scrupuleuse exactitude, et se distinguait par la solidité, par la clarté et par la netteté d’exposition. Pour faciliter la tâche de ses auditeurs, il introduisit plusieurs modifications dans les instruments de physique ordinaires; il en inventa même d’autres, tels que l’appareil destiné à vérifier par expérience la théorie de la composition et la décomposition des forces, l’appareil général pour la théorie du levier, l’appareil destiné à vérifier les conditions d’équilibre dans le coin. Crahay avait, avant tout, pour principe d’ètre utile à ses élèves et d’assurer leurs progrès. La renommée personnelle, que le professeur
(') Si. De Ram. Discours prononcé après le service funèbre de H. J. -G. Crahay, p. 46, 4855.
acquiert par ses publications, lui paraissait devoir être considérée comme une affaire accessoire et purement secondaire. Son principe encore était de ne rien publier sans qu’il y eût une utilité réelle pour la science. »
Telles étaient, en effet, ses convictions scientifiques, et l’on en trouve la preuve dans les manuscrits qu’il a laissés après lui, manuscrits qu’il avait composés dans le recueillement de la solitude et dont il ne parlait jamais. En y jetant un coup d’œil, on reconnaîtra sans peine que le professeur attentif cherchait à ménager la force de ses élèves : il préparait d’avance la solution des cas difficiles qu’il voulait leur présenter, afin de ne pas les décourager en se plaçant trop loin de la route qu’ils avaient à suivre.
Nous avons dit que sa principale occupation, à Maeslricht, consistait dans la rédaction de ses leçons et dans le soin qu’il mettait k réunir des observations météorologiques. Pendant le séjour temporaire qu’il fit à Malines en 1835, il ne voulut pas renoncer k ses travaux de météorologie; il les continua, mais il ne les fit pas entrer dans les résultats qu’il discuta plus tard.
11 ne commença une série d’observations régulières qu’en 1836, quand il sc trouva établi k Louvain, dans l’ancien bâtiment qu'avait occupé autrefois son professeur, M. Min- Itclers. Les résultats des deux premières années furent publiés dans les Bulletins de l'académie, et la suite de ses observations météorologiques parut dans les Mémoires de la compagnie jusqu’en 1848. Les tableaux de 1849 ne contiennent plus que les indications des températures; et peutêtre le consciencieux observateur éprouvait-il quelque regret de donner, dans son grand âge, des tableaux inférieurs k ceux qui étaient communiqués par d’autres établissements du royaume. Il cessa alors la carrière d’observateur météorologiste, mais il ne crut cependant pas sa mission
terminée : il lui restait encore à présenter le résumé de ses travaux, c’est ce qu’il fit dans le tome XXV des Mémoires de l’Académie, qui renferme la discussion complète des résultats obtenus pendant une période de treize années, de 1836 jusqu’en 1848. Cet examen est présenté avec un grand soin et prouve que l’auteur était parfaitement au courant du sujet dont il s’occupait : aussi les physiciens étrangers ont-ils eu recours h ses observations comme à celles d’un homme qui méritait toute leur confiance, nonseulement sous le rapport du savoir, mais encore pour l’exactitude qu’il mettait dans ses calculs.
Nous ne pouvons exprimer qu’un regret, c’est qu’il n’ait point sous-divisé ses observations en suivant l’ordre des temps : peut-être ses résultats étaient-ils assez nombreux pour permettre de les partager au moins en deux parties. Nous ne poussons pas les scrupules aussi loin que le savant secrétaire de l’Institut de France, M. Fourier (*), mais nous croyons qu’on peut se faire ainsi une idée plus exacte de la précision à laquelle on atteint.
Deux opuscules de Crahay, insérés dans les tomes dix et seize des Mémoires de l’Académie , déterminent les instants où la pression atmosphérique atteint moyennement, dans le cours de l’année, son maximum et son minimum, du moins pendant les heures du jour. Dans le premier mémoire, on trouve les résultats des années 1831, 1832 et 1833, obtenus pour Maestricht; ils sont assez indécis. Crahay trouve qu’en été, l’instant du maximum arrive de meilleure heure et celui du minimum plus lard qu’en hiver; qu’ainsi, en été, l’espace compris entre l’instant du maximum et celui du minimum est plus grand que celui compris entre
(') Voyez ce que X. Fourier dit des moyennes des résultats, dans ses préambules aux Rechercha statistiques sur la ville de Paris, etc., 4« vol. 1821 à 1829.
les mêmes instants en hiver. Pendant la première saison, la durée de l’oscillation diurne est de 7", 6754; pendant la seconde, elle n’est que de 5“, 7227. Nous ferons observer, en passant, que c’est une assez mauvaise habitude de donner plusieurs chiffres décimaux après celui où commence l’indécision : il suit de là qu’il n’existe aucune espèce d’indice précis pour s’assurer de l’exactitude d’un résultat.
M. Crahay était trop bon observateur pour ne pas sentir lui-mème ce qui manquait à ses résultats : aussi le premier objet dont il s’occupa à Louvain fut-il de calculer, de nouveau, des nombres qu’il n’avait pu déterminer qu’approximativement dans ses premières recherches. Mais les devoirs qu'il avait à remplir ne lui permettaient pas de disposer entièrement de son temps; il se borna donc à observer son baromètre d’heure en heure, depuis 8 heures du malin jusqu’à 5 heures de l’après-midi; et pendant les deux mois dont les jours sont les plus longs, juin et juillet, depuis 7 heures du matin jusqu’à 6 heures du soir ('). Les obser-
(•) Voici les résullatsde ses observations :