‹ Sciences Mathématiques et Physiques chez les Belges au commencement du XIXe SiècleChapitre 18 sur 41 · FR. -AUG.-FEKD-TH. BARON DE REIFFENBERG · texte numérisé non relu

FR. -AUG.-FEKD-TH. BARON DE REIFFENBERG

En lisant la plupart des biographies, j'ai souvent regretté de ne pas y trouver ce que j’aurais voulu connaître : savants, littérateurs, hommes de guerre, artistes, magislats, ce sont toujours des portraits en pied, toujours des poses et des lignes convenues, toujours des figures plus ou moins arrangées. C’est la plume à la main et en simple déshabillé que je voudrais voir l’homme d’étude : quelques coups de crayon qui l'ont esquissé au milieu de ses livres, nous en apprennent sur ce sujet plus que les tableaux les mieux achevés.

Le baron de Reillenberg était né à Mons; il y fit ses premières études qu’il vint achever au Lycée de Bruxelles : il aimait à en causer, et il en a rappelé les souvenirs dans plusieurs de ses écrits. Les habitudes militaires de l’enseignement impérial avaient fait une vive impression sur l’es-

(’) Né à Mons, le 14 novembre 1795, morl à Sainl-Josse-ten-Noode, lei- Bruxelles, le 18 avril 1850. Il était fils de Frédéric-Joseph-Charles-Ferriinand, baron el comie «le ReifTenherg, morl le 17 avril 1850, et de Marie-Anloinelte Senatill, décédée le 21 février 1840. (Notice de M. Ad. Mathieu, publié à Mons, en 1850, par la Société des bibliophiles belges.)

prit du jeune Frédéric; cependant, ce ne fut point la carrière des armes à laquelle il donna d’abord la préférence ; il tourna ses vues du côté de l’enseignement et fut admis à l’École normale, le 15 mai 1812.

Scs premières inclinations reprirent bientôt le dessus, car, au mois de mars 1814, on le trouve sous-lieutenant au 1er régiment d’infanterie belge, avec une commission spéciale pour recevoir les enrôlements volontaires dans l’armée qu’on organisait alors. Au mois d’avril de l’année suivante, il reçut le brevet de lieutenant en premier. C’est dans ce grade qu’il assista à la bataille de Waterloo, mais en simple spectateur, car le corps dont il faisait partie ne prit aucune part active à ce mémorable combat.

La chute de l’empire et le calme qui suivirent cette immense catastrophe ramenèrent les esprits vers des habitudes plus paisibles; notre jeune officier recruteur suivit l’impulsion générale, et passa de letude de l 'école de bataillon à des lectures plus substantielles et mieux appropriées à sa belle organisation intellectuelle. 11 se trouvait alors à Anvers; une place de régent de deuxième classe des langues anciennes devint vacante à l’Athénée de cette ville; il la demanda et l’obtint ('). On ajouta presque en même temps à ces fonctions celles de professeur en second des sciences mathématiques (’).

Vers cette époque, un incident qui eut quelque retentissement le rendit l’objet de l’attention publique. Wallez, qui ne le connaissait pas, avait dirigé contre lui quelques attaques dans son journal; il s’ensuivit des provocations assez vives. Wallez demandait quel était ce grand diable de fer-

(') Sa nomination est datée du 3 mars 1818; 1,300 florins étaient attachés ii celte place. Sa démission honorable du service militaire porte la date du 35 janvier 1818.

(*) C octobre 1818; on lui faisait espérer un supplément de traitement.

railleur qui semblait vouloir pourfendre son monde; il fut singulièrement désappointé, quand on lui montra un petit jeune homme, frêle et sémillant, de la hauteur de cinq pieds au pins, d’une politesse parfaite, et riant tout le premier de l’aventure et de l’étonnement de son adversaire. Quelle rancune eût pu tenir devant celte gaieté expansive, devant cette vivacité toute méridionale? Malgré sa petite taille, malgré ses cheveux d'une couleur un peu hasardée, de Rciffenberg, à cet âge, avait un extérieur véritablement agréable. Ses yeux pleins de vivacité donnaient à sa physionomie beaucoup d'expression et de finesse : sa conversation vive et spirituelle rachetait d’ailleurs ce qui aurait pu lui manquer sous le rapport du physique.

Le jeune professeur s’était fait connaitre déjà par différents écrits, et surtout par sa coopération au Mercure belge, journal hebdomadaire qu’il avait fondé, en 1817, avec ses amis, MM. Ph. Lesbroussart et Raoul. Dès le premier article inséré dans ce recueil, il traça à peu près le programme des travaux littéraires qui firent l’occupation de toute sa vie : son Coup d’œil sur les progrès des lettres en Belgique présente une esquisse rapide des grands ouvrages historiques et philosophiques publiés dans ce pays; l’on pouvait comprendre, dès lors, que la main qui avait crayonné si largement le tableau était de force à y répandre plus de lumière et d’intérét (').

Anvers n’était point un théâtre suffisant pour sa prodigieuse activité; ses amis, d’ailleurs, le pressaient de venir * s’établir à Bruxelles. Quelques réformes étaient devenues nécessaires à l’Athénée de cette dernière ville; on profita naturellement de cette occasion pour y appeler le jeune littérateur, objet de si grandes espérances.

(') Scs articles sont généralement signés de la lettre F. (Frédéric.)

Son arrivée à Bruxelles fut une véritable ovation ('). Cetle ville, devenue la seconde capitale du royaume, commençait à offrir dès lors l’aspect le plus florissant; les lettres, les arts et les sciences y avaient pris un nouvel essor; l’ancienne Académie de Marie-Thérèse venait d’être réorganisée; un grand nombre de réfugiés français, parmi lesquels on remarquait David, Arnault, Bory de Saint- Vincent, Berlier, Merlin, etc., répandaient dans la société tout le charme de leur esprit et la variété de leurs connaissances. De Reifi'enberg fut particulièrement distingué parmi eux et s’associa à quelques-uns de leurs travaux. Cette époque est sans contredit la plus brillante de la carrière de notre jeune littérateur. Plein d’espoir et d’avenir, avec une vivacité d’esprit remarquable et des connaissances solides, soutenu par l’opinion publique, caressé par les hommes les plus distingués, qui le proclamaient l’héritier privilégié de l’esprit de Voltaire, tout concourait à son bonheur, d’autant plus qu’il savait apprécier ces avantages sans en être trop ébloui.

Pour des jeunes gens doués de talents naturels et qui ont réussi à fixer sur eux l’attention publique, ce passage de la vie est peut-être un des plus dangereux à franchir. L’opinion des gens du monde est toujours favorable à ceux qui s’élèvent, chez les uns par un sentiment de bienveillance et par des espérances quelquefois exagérées; chez d’autres, par un sentiment moins honorable et parle désir d’humilier ceux qui sont en possession de la faveur générale ; la médiocrité oppose perfidement les uns aux autres pour chercher à les abaisser en même temps et les ruiner ensemble s’il est possible. Malheur surtout à celui qui, s’aveuglant sur ses premiers succès, s’enivre follement de l’encens qu'on lui prodigue; il expiera plus tard avec douleur ce premier

(■) Sa nomination de ré tient de 3' à l'Athénée de Bruxelles |*orle la date du 5 février 1819.

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