VERGNES (D’ J.-P
En principe, j'estime qu'il peut y avoir quelque danger, au point de vue mental, à s'occuper de questions occultes.
Je ne veux pas dire pour cela que tous ceux qui étudient les sciences maudites soient indistinctement voués à la folie ou au déséquilibre mental, mais je crois que, pour un très grand nombre, cette étude est dangereuse.
J'estime, en effet, que pour l'étude en A il faut des qualités personnelles de sang-froid, de décision, de calme, de pondération et aussi des qualités morales que bien peu de personnes possèdent, surtout à notre époque. Tout le monde n'est pas apte à affronter le dragon du seuil, ni à maîtriser les fan. tômes de l’astral..….……. L’occultisme doit, comme dans l’antiquité, rester l'apanage d’un très petit nombre d'êtres irréprochables et doués d’une moralité très élevée. Plus que jamais je pense que tous ses enseignements doivent rester strictement ésotériques et qu'ils ne doivent pas tomber dans le domaine public, car le public n'est pas suffisamment évolué pour ce genre d’études... Je déconseille à beaucoup de gens l'étude de l’occultisme (3).
VIGNES: (Prof. "Agr-Æ).
L'étude des sciences occultes me semble se présenter sous deux aspects différents suivant qu'on utilise les méthodes de la recherche scientifique ou suivant qu'on croit à des moyens de connaissance extra-scientifiques.
1° Dans le premier cas, on se propose de rendre non occultes des phénomènes qui ne sont pas encore éclaircis scientifique: ment. Quelques années avant la dernière guerre, le Professeur Cu. Ricuer avait étudié magnifiquement, devant la Sociélé Métapsychique de Londres, cette attitude intellectuelle : ïül s'agit, en suivant les règles formulées par DESCARTES, par CLauvr
(1) Extrait d’une lettre adressée à l'auteur.
2) Opinion recueillie par l’auteur au cours d’un entretien. (3) Extrait d’une lettre adressée à l’auteur.
ET
BERNARD, par Pasreur, d'établir la réalité de certains faits par une observation rigoureuse et de fixer les conditions de leur déterminisme soit par l’observation, soit par l’expérimentation. Les faits de télépathie, les dons des sourciers, d’autres phénomènes innombrables peuvent un jour, par ce moyen, passer du domaine de l'inconnu dans le domaine du connu et être « enrégimentés » dans le savoir scientifique. Il faut louer ceux qui se consacrent à de telles recherches avec de telles méthodes, comme il faut louer tous les bons artisans du progrès intellectuel. Rien, sans une telle discipline, ne peut conduire au déséquilibre mental.
2° La connaissance par procédés extra-scientifiques (tels que révélation, tradition, intuition) comporte des conditions toules différentes quant au travail de l’esprit.
Pour parler de sa valeur intrinsèque, il convient d’être très prudent, et il n’est peut-être pas une plus grande parole dans toute la littérature que les vers, souvent cités, de SHAKESPEARE : «Il y a plus de choses, Horario, dans le ciel et sur la terre que n’en peut tenir votre philosophie. » En effet, s’il est possible que tout puisse se mettre en équation, il est possible aussi que tout ne se puisse mettre en équation. Il est possible aussi qu’une certaine densité de mysticisme, de non-prouvé en métaphysique et en morale fasse partie de la santé mentale.
Ces réserves faites, il n’en est pas moins vrai que, parmi les «illuminés », il y a pas mal d’esprits faibles, pas mal de débiles mentaux, pas mal d'individus anormalement crédules ; il y a, aussi, pas mal de sujets ayant une notoire insuffisance de culture. On ne peut qu'être frappé par la fréquence de tels types parmi les sujets se passionnart pour le spiritisme, la chiromancie, la radiesthésie et parmi les naturistes. Ce n’est point à dire que les phénomènes envisagés ne soient pas très dignes d’être étudiés par une bonne méthode. Mais le plus grand nombre de ceux qui s’adonnent à ces recherches ont un trait commun, c’est qu'ils espèrent remplacer leur incapacité et leur insuffisance par la toute-puissance du miracle. Tous ont un air de famille : ils se réfugient dans la réticence si on leur soumet une critique logique ; ils ont un pédantisme d’autant plus accentué que leurs convictions sont moins solidement étayées, ils se posent en détenteurs de secrets avec une vanité de paranoïaques. D'autres sont nettement des infantiles psychiques.
Or, ces attitudes intellectuelles Sont le propre des sujets prédisposés à certains troubles mentaux et ce n’est point l’occultisme qui les mène au déséquilibre mental, mais le déséquilibre mental qui les fait se réfugier dans l’occultisme et croire aux promesses de l’occultisme. Par ailleurs, cependant, chez de tels prédisposés, l'étude de l’occultisme est susceptible, par un cercle vicieux, de retentir sur l’équilibre mental faussé par les facteurs congénitaux ou acquis ci-dessus indiqués (1).
(1) Extrait d’une lettre adressée à l’auteur.
VINCHON (D' Jean).
L’observateur qui se trouve devant des primitifs où l’occuitisme, sous le nom de magie, est pratiqué naturellement par tous, à la manière d’une religion, ne notera pas une proportion plus grande de troubles psychiques que dans les milieux religieux banaux.
Il n’en est plus de même quand il s’agit de civilisés, accoutumés par une longue censure à refouler les croyances magiques dans les profondeurs de la conscience. Deux mobiles conduisent alors à la pratique des sciences occultes. Les uns se bornent à satisfaire un goût banal du mystère ; les autres, plus cultivés, apportent dans ces recherches un esprit scientifique. C’est pour ces deux raisons que voisinent, dans certains cercles, des gens du monde et des savants. Les recherches métapsychiques sont nées de cette deuxième forme de curiosité.
Les simples curieux eux-mêmes peuvent payer lourdement leur initiation à des connaissances, dont une émotivité trop vive devrait leur interdire la pratique. Huysmans, dans « En Route », a décrit ses hantises par des êtres nocturnes quil assimilait aux succubes du moyen âge. Il a montré comment elles l’avaient conduit au seuil de la psychose et comment 1l n’y avait échappé qu’en se soumettant à la discipline catholique. Guarra a traversé des crises analogues au cours de ses luttes contre les esprits qui s'étaient installés dans son cabinet de travail. Dans ces deux exemples, la littérature est intervenue : elle a sans doute aggravé le tableau en y ajoutant des traits sombres, mais elle à aussi contribué à ébranler les nerfs en entretenant un éréthisme imaginatif. Quoiqu'il en soit, ces deux curieux de l’occultisme peuvent être rapprochés de ces psychopathes, dont le délire est si caractéristique qu'il à pu être qualifié de spirite.
Les savants sont mieux défendus que les curieux parce qu'ils sont obligés de conserver un esprit de méthode et de contrôle même devant les faits les plus émouvants. Pour cette raison, l'atmosphère des séances est chez eux toute différente. Les croyants leur reprochent une certaine sécheresse, mais à notre point de vue particulier, cette sécheresse même a une valeur prophylactique.
L'importance d’une émotivité exagérée chez les sujets de ce premier groupe conduit à la notion de prédisposition. C'est le point capital sur lequel il faut insister.
La prédisposition, le terrain, ainsi que les causes occasionnelles : deuils, chocs de toutes sortes jouent un rôle décisif quand des individus déprimés viennent chercher dans les sciences occultes un remède à leur mal. Une femme, après la mort d'un être cher, fils ou mari, est conduite par une amie dans un groupe. Si les phénomènes auxquels elle assiste et que
parfois elle aura réalisés elle-même, la convertissent à la croyance nouvelle, il est certain qu’elle tentera de renouveler ces phénomènes, d'évoquer par exemple souvent le disparu au moyen des tables et de l’écriture. Cette femme subira ainsi un surmenage émotionnel, auquel s’ajoutera l’habitude d’une activité automatique. Le résultat &e ces deux facteurs sera un état comparable à celui du début ou de la fin de la confusion mentale, dont RéGis a montré la parenté avec le somnambulisme. Les consolations apportées par les évocations comptent peu en regard du déficit des fonctions supérieures de l’intelligence créé par l'apparition de cet état. Dès lors, une cause minime qui ajoutera ses effets à ceux de la prédisposition el des chocs émotionnels, pourra. déclancher une manifestation psychopathique, comme une fugue, ou le début d’un délire onirique, ou bien encore d’une de ces psychoses graves, à contenu d'idées d'influence avec dissociation de la personnalité. J’ai publié les observations de malades qui avaient subi cette évolution dans « Le Diable », en collaboration avec Maurice Garçon, et dans des revues scientifiques. Un cas que j'ai suivi avec Desoizre était particulièrement démonstratif du rôle des sciences occultes dans la genèse du délire.
Je crois que le nombre des sujets prédisposés est relativement grand parmi les adeptes des sciences occultes, dont la pratique est certainement dangereuse, au moins pour ceux-ci. Les esprits inquwets de notre époque ont trop tendance à interroger le mystère. Par conséquent ce danger n’est pas négligeable. Il est difficile, par ailleurs, d'interdire la pratique des sciences occultes dans un pays où la pensée est libre. Il serait à désirer qu’elle fût surveillée et que les adeptes fussent avertis des dangers qui les menacent. Ils expliquent ces dangers par des vengeances des esprits et: essaient de les écarter par des moyens occultes ; en réalité, il s’agit de maladies accessibles au traitement moral et physique, quand, le terrain est peu tari et l’intervention médicale précoce. C’est là une occasion de plus de rappeler le précepte d’Hippocrate : le traitement démontre la nature de la maladie (1).