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Ceux de nos contemporains qui ont suivi le mouvement social et politique dans les dernières années de Louis-PHitippe, et après la révolution de 1848 jusqu’au coup d'Etat, ne peuvent avoir oublié Vicror HENNEQUIN qui fut, en ces temps d’aclive propagande, un des plus brillants orateurs de l'Ecole phalan-
stérienne...…. Il était, lors du coup d'Etat, représentant de Saône-et-Loire, fut arrêté rue de Lille avec les autres, et enfermé à Mazas..…. Depuis sa sortie de Mazas, à peine faisait-il de temps
en temps une courte apparition parmi nous. Il nous avail annoncé qu'il s'était fait inscrire au tableau des avocats, et nous le pensions tristement occupé à repasser Cusas et BARTHOLE.
Il n’était donc pas là quand nous nous mîmes à faire tourner les tables ; mais je me rappelle qu'il arriva un soir que nous nous livrions à cet exercice, dont il fut témoin, sans y prendre part. Je ne l’ai pas revu depuis. Il paraît qu’en rentrant chez lui, il se mit à essayer tout de suite avec sa femme sa puissance sur le phénomène.
Quatre mois plus tard, il renvoyait à un avoué un procès dont celui-ci l'avait chargé, et lui annonçait que sa carrière d'avocat était terminée, qu'il venait de rédiger un livre en collaboration avec l'âme de la terre... Son second livre Religion, publié un an après l’autre, accuse un déraillement complet de la raison... Le second volume dé Region, qui n’a pas paru, mais qui était sous presse, et contenait, à ce qu'il paraît, des choses encore plus insensées, fit éclater la catastrophe. La famille d'HexneqQua le fit enfermer dans une maison de fous. IT y mourut bientôt, désespéré, furieux, tué par ce phénomène qui à fait tant d’autres victimes, et dont il faui absolument arracher le secret, si l’on ne veut pas qu'il en fasse encore... Mais comme je comprends notre BRUNIER renonçant à faire courir son crayon, après ce lugubre exemple, et quelle leçon je ferais sur le væ soli aux imprudents tentés de se faire Sous-Dieux en chambre, si pareille démonstration ne suffisait pas ! (Choses de l’autre monde).
Pauz DUHEM.
M. F.., sondeur, cinquante-deux ans.
Antécédents héréditaires. — Rien de spécial à signaler. Antécédents personnels. — Päs de maladies graves dans sa
jeunesse. Il fut élevé à l'école primaire, puis au séminaire de Sens. Ses parents le destinaient à l’état ecclésiastique. Il montra un goût assez vif pour les éludes, mais très restreint pour la religion, et il quitta le séminaire à l’âge de dix-huit ans avec une bonne du pays. Il passe trois ans à l'Ecole d’Agriculture de Saint-Sauveur et fit ensuite la campagne de 1870 comme franc-tireur. Il fut fait prisonnier et ne partit faire son service militaire qu'après la guerre.
Incorporé au 13° régiment d'artillerie à Vincennes, il resta sept ans à la caserne, fut un excellent soldat et conquit tous ses grades jusqu’à celui d’adjudant. Il fut proposé et maintenu pour être officier ; mais il quitta le régiment à cette époque. Il avait enlevé la maîtresse d’un officier et ce dernier l'avait menacé de le faire casser.
Il entra à cette époque comme chef sondeur dans une grande maison de sondage de Paris qui le fit voyager dans différentes régions de la France pour y creuser des puits. À partir de 1889, la même maison le fit voyager aux colonies. Il va plusieurs fois en Algérie, passe deux années au Tonkin où il eut un léger accès de dysenterie. Il est ensuite envoyé à Grand- Bassam où il contracta la fièvre paludéenne, ce qui l’obligea à revenir en France où il guérit d’ailleurs assez rapidement.
Depuis près de trois ans il est resté en France, continuant à travailler dans sa maison de sondage.
Histoire de la maladie. — Les phénomènes actuels que nous allons exposer ont débuté il y a environ dix-huit mois. Mais il est bon de noter qu'auparavant notre malade s'était trouvé deux fois dans des circonstances qui avaient attiré son esprit sur des phénomènes occultes. La première fois, en 1886, à Rouen, il avait vu une marchande de poissons qui se prétendait médium et qui devant lui avait fait parler et tourner
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des tables. Il n’y avait pas attaché beaucoup d'importance.
La seconde fois, au moment de son retour du Tonkin en France, en faisant escale dans l’île de Ceylan, il assista a Colombo à Ja résurrection d’un fakir indien au milieu d'une grande fête publique ; de véritables prodiges s’accomplissaient, entre autres des fleurs poussaient tout d’un cou sous les’ pas du fakir ressuscité. Ce fait laissa chez ui un souvenir inoubliable. :
Vers le milieu de l’année 1902, M. F... se rendit un jour avec des amis à une séance de spiritisme, 183, rue Saint-Denis. Il vit là des tables se balancer, parler, répondre à des questions, il vit des gens écrire automatiquement, mais ne vit pas Circuler des flammes que d’autres voyaient ou du moins préleudaient voir.
Plusieurs fois il y retourna, et à chaque séance, il s’appliqua à obtenir la communication avec les esprits. Suivant les conseils que lui donnait le chef de groupe, il se mettait en position d'écrire, sans obtenir de résultats. Ce ne fut qu’à la cinquième séance, et avec l’aide d’un médium qui avait place sa main sur la sienne qu'il sentit enfin sa nain Se mouvoir d'une façon inconsciente et qu'il écrivit un mot : CLÉMENT. C'était le nom du fils du médium, enfant mort quelque temps auparavant. Son guide retira alors sa main et il ne put plus rien écrire ce jour-là. |
Le lendemain, à son atelier, il se mit de lui-même en position d'écrire, et, sans qu'il en eut la volonté, il sentit sa main se mouvoir d'abord très fentement et tracer en hésitant des caractères qu'il reconnut aussitôt après comme constituant son nom, alors qu'il n'avait nullement Fintention de Fécrire. Ce fut là le point de départ de toute une série de troubles qui évoluèrent chez lui avee une rapidité très grande.
Il se crut en communication directe avec les esprits, et commença par S'imaginer qu'il était « obsédé » par quelque membre de sa famille inconnu de lui et qu'il supposait être un jeure frère mort en bas âge.
À partir de ce moment-[à, il se mit à écrire énormément, souvent plusieurs heures par jour ; il ne connaissait pas à l'avance ce qu'il allait écrire, maïs en prenait connaissance à mesure qu'il le traçait sur le papier. C'était ce frère qui écrivait par sa main et qui même signait « Jures F... y». ce qui l’étonnait d'ailleurs beaucoup ; car on lui avait enseigné que les esprits ne signaient jamais.
Il avait, disait-il, Fécriture intuitive.
Bientôt, 11 devint médium semi-mécanique ; c’est-à-dire qu'en même temps qu'il avait l'intuition de ce qu'il allait faire, il lui semblait que sa main était entraînée par une force extérieure à lui qui te forçait à écrire.
Puis, peu à peu, Fintuition disparut complètement et l'écriture est devenue ce qu'elle est restée depuis, purement automatique.
Ces phénomènes mirent à peu près une quinzaine de jours à évoluer ; au bout de ce temps-là, il commença à avoir des hallucinations de l’ouie. Un jour, après huit à dix heures d'écriture automatique, il eut dans ses oreilles la perception d’un « trémolo épouvantable » : « C'était, dit-il, comme un grand bruit de castagnettes », puis deux ‘ou trois heures après, ce trémolo se transforma et il eut la perception très nette de voix parlant dans ses oreilles et s'exprimant en un charabia arabe incompréhensible : « machi, zimachi, médimachi, etc. ». Ces mots bizarres se répétèrent üeux jours durant, après quoi les voix se précisèrent, elles poursuivaient M. F... dans la rue, lui répétant, en les accompagnant de commentaires injurieux, les annonces qu'il lisait sur les affiches murales. De plus, ces voix S’adressant directement à lui, l’insultaient et l’appelaient « Vieux terrien, cochon de terrien, etc. ».
En même temps qu’apparaissaient chez lui les hallucinations auditives, 1l commença à éprouver des troubles de la sensibilite générale : douleurs vagues dans les jambes, sensations de « pointes de feu » sur la langue et sur les bras, sensations de « coups de tampon » sur tout le corps.
Un peu plus tard, c'est-à-dire une vingtaine de jours après, M. F.. eut une vision qu'il détaille fort bien : ïil aperçut un matin, au-dessus de son lit, un voile triangulaire de grandes dimensions, ayant à peu près la forme du cœur de Jésus, dit-il, et couvrant tout le plafond de sa chambre, ce voile était de. couleur bleuâtre, d’une nuance indescriptible, il portait écrit en lettres de diamant le mot : INRI.
Au-dessous de ce voile était un puits à la margelle d’or avec un seau dont le diamètre était égal à celui de l’orifice même du puits. Il vit le seau descendre et remonter, mais vide, en même temps qu'il entendait distinctement les paroles suivantes : « Première descente du Crisr sur la terre, le seau descend à vide et remonte sans avoir trouvé la vérité. » Puis tout disparut.
Quelques jours après, il eut une seconde vision d’un caractère plus terrifiant : un moine à cagoule était debout, vêtu d’une robe jaune rayée de noir, les bras droits, pendant le long du corps, on n'’apercevait de lui que les yeux et la bouche par les ouvertures de la cagoule. Auprès de lui se tenait une sorte d'homme colossal, le démon, en position demi-accroupie et dont l'anus largement ouvert laissait échapper des lames de feu qui remontaient dans les yeux et dans la bouche du moine, ainsi que sur lui-même et coulaient ensuite par terre. Devant ces deux êtres, ALLAN Kanpec était en jugement ; et des voix se faisaient entendre qui lui disaient que le moine à cagoule n’était autre que lui-même.
Ces hallucinations de la vue ne se reproduisirent plus guère par la suite. Seules, les hallucinations auditives, les phénomènes crapho-moteurs et les troubles de la sensibilité générale persistèrent, ces derniers notablement diminués d’ailleurs.
Malgré tout cela, pendant plus d’un an, M. F... n’en continua pas moins à exercer rigoureusement son métier. Cependani, depuis trois mois environ, tourmenté jar ses voix, tracassé par ses sensations douloureuses, il se décide à voir un médecin. Il vit d’abord le docteur X..., qui le soigna par l'électricité sans obtenir de grand résultats, le malade vint alors à la Salpêtrière où nous l'avons examiné avec M. le D' Vicouroux, de l'asile de Vaucluse. %
C'est un homme assez grand et fort, âgé de cinquante ans, bien constitué physiquement. 11 vit avec une femme qu'il a rencontrée il y a quelques mois dans des groupes spirites et qui, comme Jui, « a l'écriture ».
On constate chez lui un certain degré d’asymétrie faciale, l’hémiface droite est plus petite que la gauche. Les pupilles ne sont pas égales, mais cette inégalité est variable, c’est tantôt la pupille droite, tantôt la gauche qui est plus grande. Elles réagissent à l’accommodation, mais ne réagissent que faiblement à la lumière. Le signe d’ArGyLz est en somme peu net et très inconstant. Léger tremblement vermiculaire de la langue. Les oreilles sont larges et non ourlées, mais bien détachées. Les réflexes rotuliens sont un peu exagérés des deux côtés.
L'examen de la sensibilité donne des résultats très variables : on constate chez lui des zones d’'hypoesthésie ou même d’anesthésie ; mais elles sont inconstantes et irrégulières, elles sont remplacées à certains moments par de l’hyperesthésie mani-
‘feste, mais aussi fugace et passagère. Et ces troubles sont beaucoup plus marqués sur le côté droit du corps que sur le côté gauche.
La mémoire ne paraît pas avoir conservé toute son intégrité ; les renseignements qu'il nous donne sur sa jeunesse sont assez vagues, et lui demandent beaucoup de réflexion. Il est plus net sur les faits récents bien que très peu fixé sur les dates.
Il paraît en outre présenter quelques troubles de la représentation mentale. Il lui est impossible de se rappeler mentalement les traits de la femme avec laquelle il à quitté le séminaire, bien qu'il ait vécu avec elle pendant quelque temps ; impossible aussi de se remémorer les traits de sa mère, morte depuis longtemps, pas plus que de son père mort il y a seulement six ou sept ans. Par contre, il se rappelle très bien le visage de son frère ; mais il le voit souvent, il l’a vu, il y à à peine quelques, jours.
Le malade nous décrit f'arfaitement les différents caractères de ses hallucinations et de ses troubes psycho-moteurs.
L'écriture automatique n’a jamais cessé chez lui, tous les jours il écrit ainsi plusieurs pages. Les visions, si elles n’ont pas complètement disparu, sont très rares et très peu nettes, « encore à peine de temps en temps quelques lueurs de bleu tachées de noir », dit-il. Quant aux hallucinations auditives et de la sensibilité générale, elles n’ont fait que croître et se préciser, les premières surtout. Le malade les entend dans l'oreille,
elles ont un timbre criard et désagréable, tout à fait spécial, timbre qui n’a jamais été entendu par personne. En nous les décrivant, M. K.… laisse percer quelques idées vagues de persécution qui se préciseront dans la suite. « Les voix, dit-il, ont quelquefois cherché à me détourner de mon travail et à me tromper, elles ont changé de timbre, mais malgré cela je les ai toujours reconnues. » Tantôt elles lui adressent des injures, ce sont alors les mauvais esprits ; tantôt elles lui adressent des paroles consolantes et lui enseignent les maximes de la plus haute philosophie. Ce sont les bons esprits, qui depuis quelque temps ont pris le dessus et qui lui disent des choses vraiment merveilleuses et admirables : « Il est un descendant direct d’Arriza par les mâles. C'était le roi des Huns et des cieux qui à attiré sa puissance sur tous ses descendants directs. Nouvel AzLLan Karpec, il est précurseur et régénérateur. Seul il est accessible aux esprits qui vont le conduire à une très haute situation. Le spiritisme deviendra bientôt une doctrine universelle, il sera le phare de l'espérance contenant la science de l’invisible et du visible. L'âme est l’étincelle brûlante, réelle et irradiante, centre d'attraction du fluide subtil et éthéré qui forme l'intelligence et se développe dans le cerveau. »
C’est ainsi que le malade parle devant nous, ne faisant que répéter ce que lui disent les voix dans l'oreille. Il ne fait pas de difficulté pour se mettre en position d'écrire et nous trace plusieurs pages d’écriture automatique : ce sont les mêmes idées, ce sont les mêmes termes. Le malade reconnaît lui-même que les choses qu'il écrit sans le savoir sont les mêmes que celles qu'il entend. Il reconnaît d’ailleurs que tout cela n’est pas très clair, et que de tout ce que lui ont prédit ses voix jusqu'à présent, rien ne s’est réalisé. Aussi reste-t-il très sceptique et ne croit-il pas à la réalité de leurs prédictions.
Cependant il se croit toujours sous l'influence fluidique des esprits : il sent toujours des picotements, dit-il, ils sont moins forts qu’au début et sont localisés tantôt sur le bras, tantôt dans le dos, mais surtout au niveau des organes génitaux. El depuis environ trois mois, les esprits qui le travaillent ainsi sont devenus méchants. Ils ont commencé par lui « nouer l’aiguillette », dit-il : « Tu coïteras fluidiquement, comme nous, ou tu ne coïteras pas », lui ont prédit ses voix. Et, en effet, lorsqu'il cherche à pratiquer le coït avec sa maîtresse, l'érection ne peut pas durer longtemps, il sent qu'il devient de plus en plus impuissant...
Ces troubles, qui se produisent chez lui pour la première fois, l’affectent beaucoup, et ce qui n’est peut-être chez lui que la conséquence de l’âge, il l'attribue à une- influence nuisible de la part des esprits qui lui parlent dans l'oreille.
Ces voix, il n’y attache plus d'importance, il croit que lorsqu’elles cesseront il redeviendra puissant comme dans sa jeunesse, aussi veut-il faire fous ses eflorts pour arriver à s en
débarrasser : « Pour le moment, nous dit-il, je ne crois plus qu'à ce que je vois, je tuuche et entends. Or, j'entends des voix et j'écris automatiquement, voilà la réalité ; ma man n'est plus qu'une machine à écrire, ni plus, ni moins. »
Au début, il y avait ajouté foi, croyant être en relations avec quelqu'un de ses parents ignorés, mais il se rend bien compte à présent qu'il n’a été que le jouet d’hallucinations. à
Il espère qu'on va l'en guérir. Pour lui il a la ferme volonté de ne plus écrire et de ne plus faire tourner de tables. (Contribution à l’étude de la folie chez les spirites. 1904.)
Marcez VIOLLET.
C'était une nommée A..., elle était âgée de 32 ans et vivait seule, de petites rentes, à Paris. Au point de vue intellectuel, c'était une grande débile, n'ayant recueilli que piètres fruits de l'instruction soignée qu'elle avait reçue. Elle n'était pas mariée, et était restée chaste. Une certaine timidité, disons le manque de qualités nécessaires pour créer de sérieuses amitiés, l'avait laissée très isolée après la mort de ses parents. S’ennuyant chez elle, elle était allée dans une réunion spirite, par désæuvrement.
Ïl paraît, d’après ses dires, que ce n'était pas une réunion spirite bien importante : elle n'y vit ni apports, ni matérialisations, ni autographisme ; elle vit seulement tourner des tables et des chaises, et entendit des coups frappés répondant à des questions, des paroles qui n'avaient rien d'extraordinaire.
Rentrée chez elle, vers les onze heures du soir, elle vit, dans la demi-obscurité de sa chambre, une chaise remuer, entrer en danse, puis, presque aussitôt, au-dessus de la chaise, une petite apparition grotesque, avec un long museau pointu et de petites ailes apparut, menaçante : c'était le diable en personne, qui poussait des petits cris, s'attachait à la chaise, et subitement vint s’accrocher aux cuisses de l’infortunée. Tout ce début de la crise de délire avait duré un quart d'heure environ. Il y avait huit ou dix mois qu'elle s'était passée quand la malade vint nous voir. Le diable était toujours attaché à elle, seulement, à la suite d’un traitement médical, il avait abandonné les cuisses de la malade et avait élu domicile sur sa poitrine. s
Ces dix mois, elle les avait passés à consulter des médecins, dépensant une dizaine de mille franes en soins et médicaments, sans résultats, et ayant d’ailleurs, selon elle, vu plus de cent médecins. Un seul d’entre eux, par une thérapeutique suggestive que nous laisons, car, une fois connue, elle n'aurait plus aucun eflet, délivra les cuisses de la malade de la présence diabolique, mais le diable était vite monté sur la poitrine. Elle alla aussi de confesseurs en confesseurs, et en trouva de bien avisés qui l’envoyèrent aux médecins et s’efforcèrent de la dissuader de recourir aux exorcismes, comme elle le leur demandait. à
Le diable agissait à son égard avec un sans-gêne plein de
gaminerie. 1 était mutin, farceur, bon garçon au fond, apprivoisable parfois, mais terriblement méchant et grossier dans ses colères. Il remplissait l'existence de la pauvre femme d’une obsession capricieuse eb agissait, en tout cas, comme un insupportable et incorrigible entant. Il la voulait guider dans ses actions ; en colère dès qu’elle lui désobéissait et l’injuriani, la pinçant, la piquant, l’obligeant à faire ce qu'il exigeait. Il S’apaisait un instant, puis bientôt un nouveau caprice de sa part obligeait la pauvre femme à se déranger, à faire quelque action absurde : aller embrasser le bouton de Ia porte, faire « trois petit pâtés, ma chemise brûle », faire la culbute. Et cependant 1l se moquait d'elle, la raillait, faisait de mauvaises plaisanteries sur son âge, son anatomie, sa chasteté. Il aimait à la voir bien habillée, et, pour lui obéir, elle s’habillait avec coquelterie. Il ne voulait quelquelois pas se couchér et la forçait à veiller, elle aussi. Il fui cachait ses affaires, il crachait sur ses aliments, ou mettait dessus de la poussière et des ordures, il faisait de « mauvaises odeurs » dans la chambre. Puis, parfois, il était gentil, se pelotonnait, « ronronnait » et s’endormait sur la poitrine de la pauvre femme, délivrée pour un moment, mais n'osant plus bouger, de peur qu'il ne s’éveille.
Elle, elle passait sa vie, parlagée entre l'inquiétude, la crainte, la colère, l’appréhension et quelques courts repos. Etait-1l « sage », il ne lui était pas autrement désagréable de l'avoir avec elle — somme toute, c'était un Compagnon. — Mais « sage », il l'était si rarement. Elle s’efforçait alors de l’amadouer, lui causant gentiment, lui offrant des friandises, du fromage de gruyère qu'il aimait par-dessus tout. Puis, s’il ne
se calmait pas, elle finissait —- à la longue, car elle n'était pas coléreuse, — par s’emporter : elle l’injuriait, 1 répondait, et
comment ? Il la pinçait, la piquait, et alors, folle de rage, elie se martelait la poitrine de coups de poings, de coups de mar tinet, des coups de bâtons, se mettant elle-même en sang, dans l'espoir de le châtier et de lécraser. Un jour, elle se brüla ja poitrine avec une bougie, pour le faire fuir ou Le brüler. Elle avait par moments des désirs d’en finir avec la vie, et, si elle ne s’est pas suicidée, c’est parce que le diable eut, dans ces paroxysmes de colère et de désespoir, le bon goût de se taire et de n'avoir point le dernier mot.
Nous avons soigné M'®° A... pendant quelques jours, mais en vain. Nous ne l’avons point revue depuis. Il y à tout lieu de croire que si elle avait voulu suivre nos conseils et entrer en traitement à l’asile, elle aurait été délivrée — pour un temps seulement, c'ést bien probable — de toute cette gaminerie diabolique. (Le spiritisme dans ses rapports avec la folie. 1908.)
J. LEVY-VALENSI et G. LERAT.
Me N.., 37 ans, se rend vers la fin du mois d'octobre dernier, chez une femme « médium » à qui elle demande d'évoquer
l'âme de son père ; le médium, prenant une attitude imposante, écrit une série de phrases qu'il affirme lui être dictées par l'esprit et qui rappelaient à la malade des souvenirs exacts.
Celle-ci, quoique n’ayant pas attaché une très grande importance à ce fait, retourne trois semaines plus tard consulter Là même personne, qui, de nouveau, écrit sous la prétendue dictée du père de la malade une longue lettre dans laquelle il affirmait à sa fille « qu'il lui enverrait sous peu une grande faveur et qu’elle lui devrait une grande reconnaissance ».
La malade retourne chez elle, cette fois vivement impressionnée et préoccupée.
Le lendemain, tout d’un coup, elle sent sa main droile comme électrisée, qui, selon ses propres termes marchait d'elle-même, qui écrivait, et cela ne lui passait pas par Île cerveau. Elle répond aux demandes de son entourage surpris : « Je suis médium ! Mon père me parle, il est en moi, il pousse ma main. »
Ici se place une période intéressante de l'affection, une période de prosélytisme ; l'entourage de la malade adopte complètement son délire ; il la considère comme un prodige ; les voisins, les amis viennent la voir et féliciter le mari. La malade donne des consultations et fait des prédictions inspirées par son père, qui lui parle dans le cœur et dans l'estomac.
Cette phase de crédulité de l’entourage se prolonge jusqu'au 7 décembre. Ce jour-là, la malade se met en deuil, et, croyant son mari mort, va le réclamer à la Morgue. Celui-ci, qui s'était absenté quelques heures, rentre chez lui et la trouve étendue sur le lit, les bras en croix. Elle lui dit : « Je viens d’être crucifiée ! C’est mon père qui m'impose cette épreuve afin de montrer que je suis la plus pure et que je dois être proclamée le premier médium du monde. »
Enfin, plus perspicace, le mari conduit sa femme à la Salpétrière, à la consultation du professeur Raymonr. La malade raconte avec détails la scène du crucifiement ; elle montre à la paume de ses mains les traces des clous, sur son front l’empreinte de la couronne d’épines ; un lavage superficiel fait disparaître ces traces (taches d’encre).
Interrogée, elle explique avec abondance et une certaine correction, que son père, depuis le jour de sa mort, est en elle, dans son estomac, dans son cœur ; il lui parle, lui inspire ses paroles et ses actes.
Le 10 décembre, prétendant qu’on s'est moqué d'elle dans le service, elle demande à partir ; son mari l'emmène : mais la lendemain, elle est très excitée et lui fait des aveux d'’infidélité conjugale ; le surlendemain, il la ramène à la Salpêtrière. Aussitôt après le départ de son mari et de sa fille, elle à une crise d’hystérie.
La malade a été observée dans le service du professeur Raymon», du 13 décembre au 6 janvier.
Pendant les quatre premiers jours, elle a des troubles délirants extrêmement polymorphes ; l’hallucinations psycho-motrice domine la scène clinique ; c’est la voix, ainsi entendue de son père, qui va déterminer chez la malade la forme si variable de son délire.
C’est ainsi que, selon ce que dit cette voix, la malade se présente, tantôt comme une persécutée, tantôt et surtout comme une mélancolique. Dans le premier cas, elle dit qu’on se moque d’elle, etc. Dans le second cas, elle a des phases d’anxiété pendant lesquelles elle se plaint : « Mon père m'affirme que ma fille est morte ; on l’a crucifiée ; ou lui arrache les yeux, on lui coupe les jambes ; mon mari a été assassiné ; ma maison est en feu. Que vais-je devenir ? »
Pendant les deux premiers jours seulement, la malade a paru avoir de l'écriture automatique ; ses écrits sont puérils, incohérents et on y retrouve la préoccupation de se faire proclamer le premier médium du monde.
La malade prétend ne connaître le contenu de ces écrits qu’en les relisant ; en réalité, après lui avoir tendu un piège, nous nous sommes aperçus que cette écriture était consciente.
Malgré que son délire continue, elle quitte la Salpêtrière, le 6 janvier, sur la demande de son mari.
Pendant deux jours elle a une attitude agressive. Le 8 janvier, à 10 heures du soir, elle dit à son mari’: «Je vais retrouver mon amant. » Le mari, persuadé du caractère délirant de ce désir, la fait accompagner par un de ses employés ; elle entre dans une maison, frappe à une porte, réclame son amant, et, n’obtenant pas de réponse, demeure assise sur l’escalier jusqu'au matin. A ce moment, on tente de la ramener chez elle ; elle résiste et finalement elle est amenée au commissariat de police, et au Dépôt ; puis on la place à Sainte-Anne, et, le 19 janvier, elle entre à l’asile de Vaucluse dans le service de M. le D' Duran. Son état, à ce moment, nécessite son placement au quartier des agitées ; depuis cette date, elle présente des périodes d’excitation et de calme relatif, irrégulièrement alternantes ; tantôt elle converse à voix forte, avec les esprits qu’elle croit en elle, crie ses exploits de premier médium du monde, déclame et chante, nous menace violemment ; tantôt elle se tient dans une attitude renfermée, ne répondant que par des injures ou par des paroles ironiques.
Les hallucinations psycho-motrices sont encore au premier plan, jointes à de nombreuses autres hallucinations, et elles soutiennent un délire polymorphe. E’âme de son père lui parle toujours ; mais c’est un langage particulier, une voix intérieure : « Ce n’est pas une voix ordinaire. Avez-vous eu quelquefois des battements de cœur ? C’est à peu près cela que j'éprouve. » Quelquefois, il y a plus, et elle articule des paroles que son père la force à prononcer. Souvent même, il la fait déclamer, chanter.
La malade est persuadée que l’âme de son père habite dans son propre corps, dans la région du cœur. Elle suppose avoir
encore en elle beaucoup d’autres esprits : ceux de son grandpère, de FLorenr Marrme, le musicien, le Tout-Puissant, de Louise Sc... une de ses ancêtres, du fils de Napocéow, de tous les animaux de l'univers.
Le Tout-Puissant est, après son père, celui qui lui parle le plus ; c’est toujours ia même voix intérieure, mais plus forte ; il lui fait aussi prononcer des paroles, mais plus fortement ; il l’a fait « tourner ». Il lui a demandé de rénover la religion et la médecine ; il lui dit qu’elle vivra glorieusement jusqu'à go où 96 ans,
Ces esprits l’endorment aussi quand il le veulent ; ils l’ont forcée plusieurs fois à aller aux cabinets. Enfin, au début, iis lui ont envoyé des « chaleurs aux pieds » qui lui donnaient la même sensation que des sinapismes.
Elle voit ces âmes à l’intérieur de son corps « faire la ronde, se moucher, bâiller, etc. » Pour définir d’autres halucinations visuelles, elle s'exprime ainsi : « Sur la peau des doigts (elle montre la face dorsale de la première phalange de son pouce droit), je peux voir beaucoup de choses, beaucoup d'événements qui arriveront, des guerres qui se feront ; je vois des arbres, des navires, des armées, de nombreuses personnes ; pour voir tout cela, je fixe bien avec les yeux sur la yreau des doigts ; si je veux savoir ce que cela veut dire, je n'ai qu'à interroger le Tout- Puissant qui mt l’explique par la voix du cœur. »
Aussi diversement et fortement hallucinée, la malade exprime des idées délirantes de grandeur, de richesse et de persécution. Elle héritera de Mos... ne Marr... une somme de 500.250 francs. car, dit-elle : « J’ai l'âme de leur demoiselle en moi. J'aurai aussi l'héritage des Bas.…., qui sont apparentés avec G. Mos... DE Marr.….. et qui n'ont pas de famille. Je disposerai encore de 140.000 francs que beaucoup de riches m'ont envoyés. » Avec cet argent, elle rénovera la médecine et la religion, comme le lui a ordonné le Tout-Puissant ; car la religion actuelle entraine les malheurs de la France. La médecine sera aussi transformée : elle à guéri les hystériques des hôpitaux. Elle s’est guérie ellemème déjà. Enfin, elle créera d'autre œuvres charitables, elle fera construire une caserne d'agents et de vieillards, une maison de retraite, etc.
Les idées de persécution ont une grande importance : on veut la faire disparaître, elle, le premier médium du monde, la faire passer pour folle, etc. On lui a fait absorber du sublimé ; c'est son père qui le lui a dit ; mais les esprits qu'elle a en elle détruisent ces poisons qu'elle ne redoute plus désormais.
Les antécédents héréditaires et personnels sont nuls : elle est très robuste d'apparence et son examen somatique ne décèle rien de pathologique.
Elle à une instruction moyenne bien conservée : sa mémoire de reproduction n'est pas altérée ; son attention est assez soutenue, mais la mémoire de fixation ne paraît pas avoir conservé son intégrité absolue ; de plus, elle a quelques fausses recon-
naissances el elle est incomplètement orientée dans le temps et dans l’espace. (Délire de médiumnéité à caractère polymorphe. 1909.)
Henr: DESOILLE.
En 1923, le D' Osry voit venir à sa consultation un homme d’une quarantaine d'années, porteur d’une lettre écrite par le Directeur d’un périodique occultiste, disant en substance « Je vous adresse, pour examen et conseil, M. Z..., pour savoir s’il peut sans inconvénient mettre en œuvre la médiumnité dont je le crois doué. »
M. Z... se présente correctement. Mais à peine assis devant le bureau du Docteur et avant de répondre à la première question posée, il tend latéralement les bras, faisant de chaque main un pelit geste d'appel, et s’écriant : « Es-tu là, papa ? Es-tu là, maman ? »
Prié d'expliquer ces gestes et propos, il révéla que son père et sa mère, décédés, l’accompagnaient partout et qu'il avait désiré savoir s'ils l’avaient suivi jusque dans l'intérieur du cabinet de consultation, ce dont il venait de s’assurer par une sensation de contact à chaque main.
Un interrogatoire bienveillant et serré fit connaître l’histoire de cet état mental. M. Z... avait vécu jusqu’en 1922 d’une vie normale sans s'inquiéter d’autre chose que des communes occupations de l’existence. Mais dans le commencement de cette année-là, des amis l'avaient initié au spiritisme et introduit dans un cercle de personnes pratiquant la mise en communication des vivants avec les morts. Bientôt il vit des formes humaines que les autres ne voyaient pas et entendit leurs voix. Il se sentit médium.
Cela ne changea rien pendant un certain temps à sa manière de vivre hors séances. Toutefois, depuis quelques semaines, il devenait obsédé par les présences d’esprits. Célibataire, 1l n'avait plus de tranquillité dans son appartement dès la nuit. Autour de lui, l’espace était peuplé d’êtres invisibles et dont 1l redoutait les maléfices. Depuis quelques nuits, les hantises augmentaient, se précisaient. Son logis lui devenait un lieu d’effroi. La veille, entendant tomber sur le sol le chapeau qu'il avait, avant de se coucher, placé sur une table, puis sentant les couvertures de son lit tirées, il avait été saisi d’une telle peur que, sautant du lit et s’habillant en hâte, il se précipita au commissariat de police de son quartier, demandant d’y être laissé jusqu'au matin à l’abri de l'atteinte des esprits.
Hors son délire (car il n’avait aucune propriété médiumnique réelle), M. Z... raisonnait correctement par ailleurs. Il demanda au Docteur ce qu'il fallait penser de tout cela, et ce qu'il devait faire pour retrouver le calme d’autrefois.
Le conseil donné fut, bien entendu, de cesser immédiatement de s'occuper, en pratique comme en lecture, du spiritisme. Le
ENCAUSSE 7
Docteur Osry lui fit comprendre comment son imagination l'avait conduit à une pseudo-médiumnité, puis à l’obsession des présences, et que la suite serait la folie et l'internement s'il persistait, mais que la guérison viendrait tout de suite et certainement, s’il se remettait, comme autrefois, à vivre sans songer à se mettre en rapport avec les morts.
M. Z.. sembla persuadé du péril qui le menaçait et promit d’y parer.
Son cas fut nettement celui d’une homme apte à vivre en suffisant équilibre mental dans l’ordinaire emploi de sa raison, mais devenant la proie de son imagination dès qu'il la mit er condition de travailler hors la réalité tangible, sur des thèmes particulièremeent producteurs d'émotions obsédantes. (La pratique des sciences occultes peut-elle conduire au déséquilibre mental ? 1929.)