‹ Scier dans la Gaule romane du sud et de l'estChapitre 3 sur 11 · III. — Le conflit de SÊRRARE-SCIER et de SÊRARE-FERMER · texte numérisé non relu

III. — Le conflit de SÊRRARE-SCIER et de SÊRARE-FERMER

L'aire ancienne de serrare-scier étant reconstituée, nous sommes conduits à nous demander : pourquoi serrare-scier a-t-il disparu dans la plus grande partie de son domaine primitif, dans les aires jaunes, rouges, verte ? Pourquoi ce mot a-t-il cédé la place à des substituts ?

C'est qu'il avait un poiftt faible ; il portait en lui un germe de mort : sa quasi-homonymie, constamment prête à se transformer en homonymie totale, avec un autre mot très usuel, serare-fermer. En d'autres termes, nous attribuons la disparition de serrare-scier, et nous ne voyons pas d'autre explication possible, au malaise linguistique causé par la confusion réalisée ou toujours imminente de sérrare-scier et de sera re-fer mer.

Que cette confusion se soit produite, le fait est hors de doute : le continuateur de serare-fermer dans les langues romanes se présente à nous revêtu de l'r double de serrare-scier (serrer, serrare, cerrar). Lqs choses ne se sont pas passées avec la même uniformité dans nos patois. La confusion ne s'est pas partout produite. Il y a eu des échanges : si 876 et 899 qui disent sara-scier et sera-fermer paraissent continuer l'état latin, 869 et 980 (sera-scier et sara -fermer) offrent une répartiiion absolu-

ment inverse. Et là où la confusion s'est produite, la fusion des deux sens dans une même forme s'est-elle faite au profit de la forme sërrare ? s'est-elle faite au profit de la forme sérare ? Il nous est impossible de trancher la question. Représentons donc par se(r)rare le type confondu susceptible de se prêter aux deux acceptions.

Passons maintenant en revue les diverses possibilités qui s'off"raient aux patois. Nous prions le lecteur de suivre sur la carte III construite à l'aide des cartes scier et fermez [la porte].

'I. —On pouvait garder les deux mots avec distinction formelle (maintenue— ou recréée). Ex. 876-899, 869-980, 877-819.

II. — On pouvait garder les deux mots avec confusion formelle. Ex. 875-879- 884-912.

I^I- — On pouvait garder se(r)rare, mais renoncer à l'un des deux sens, celui de fermer : c'est ce qu'ont fait les aires subsistantes de serrare-scier, sauf les points sus-indiqués qui perpétuent des cages disparus.

IV. — On pouvait garder se(r)rare, mais renoncer au sens de scier : c'est ce qu'a fait cette partie de l'ancienne aire de serrare-scier immédiatement contiguë à deux aires subsistantes de serrare-scier et que nous représentons ici par une teinte rouge.

Nous appelons expressément l'attention sur cette configuration géographique qui ne peut pas être un effet du hasard : une sorte de jeu de bascule fait prévaloir au nord et au sud-est le sens de scier, au centre le sens de fermer. Tout s'expUque avec une aisance parfaite dans notre manière d'échelonner les faits : la confusion effective ou menaçante, l'embarras linguistique causé par la confusion, le besoin d'opter pour l'un des deux sens, un courant qui l'emporte au nord et imparfaitement au sud-est, un autre courant qui l'emporte au centre. En réaHté se(r)rare n'est jamais mort dans cette région du centre : il est mort dans le sens de scier, voilà tout.

Cette carte présente un autre aspect remarquable : c'est la coïncidence générale, sinon parfaite, entre les points qui constituent l'aire rouge se(r)rare-fermer et les points qui constituent l'aire verte de la carte scier (sect-are) — points signalés ici par un trait vert. Cette coïncidence appelle et recevra son explication,

V. — On pouvait enfin se débarrasser de bonne heure de ce couple incommode en ■d(»nnant aux sens de fermer [la porte] et de scier de nouveaux représentants. C'est Fétat manifesté par les aires jaunes et rouges de la carte I.

Nous ne savons pas si se(r)rare-fermer a ici totalement disparu, s'il n'a pas pu vivre dans un autre sens, et nous n'avons pas à le rechercher, puisque nous ne nous occupons, que de scier. Se(T)rare-fermer ne nous intéressait que par le rôle épisodique qu'il joue dans l'histoire de serrare-scier. Pour qui tient les données géographiques sous

ses yeux, ce rôle est hors de doute : et il ne nous semble pas facile de chercher ailleurs la cause, et de se représenter d'une façon très différente de la nôtre les péripéties de la ruine de serrare-scier dans le domaine primitivement occupé par lui.

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