‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 12 sur 224 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

d'avidités C'est ainsi qu'elles arrivèrent jusqu'à Scot Érigène. Elles lui transmirent bien des principes, bien des idées d'Alexandrie, et, entrant par lui daùs la philosophie du moyen âge, elles y dominèrent toute une famille d'esprits, tous les mystiques.

Telle fut la part de l'élément antique et néo-platonidien dans la formation de la philosophie scholastique : voyons ce qu'apportèrent les peuples barbares. Nous venons de nomnier les hommes qui dans cette première direction furent les maîtres de Jean Scot, savoir : Origène, S. Gr^oire de Nazianze, S. Grégoire de Nysse, S. Denys l'Aréopagite, Maxime le Confesseur; il faut maintenant, en face de ces maîtres, placer les représentants de l'esprit germanique , ceux qui donnèrent à Jean Scot des qualités nouvelles , l'énergie de la pensée, et, si cela peut se dire, l'instinct et l'amour des constructions philosophiques.

Cette terre d'Irlande où il devait naître , était devenue assez rapidement une terre savante et sainte; elle fut comme le berceau de cette science germanique dont je parle. Depuis S. Patrik, qui y avait porté Je

1. Sur la légende de S. Denys l'Aréopagite, telle qu'elle s'était développée jusqu'à l'époque de Scot Erigène , vojez Hildidni areopagitica. Colon., 1563, in-S.% et souvent réimprimé depuis. — Acta sanctorum. Octobre. Tome IV, p. 802 et ss. — Sirmônd, Dissertatio in qua . JDionys, . Par^. et Dionys» Areop, discrimen osienditur, opp. Tome IV, p. 241.

christianisme et les lettres ^ les couTents ayaieot fidèlemeaty de siècle en siècle, accru ce dépôt pi^iepx. Les rivalités qui divisaient le clergé romain d'Anglet/Brre et le clergé breton d'Irlande^, avaient entretenu dans la culture intellectuelle yne ardeur féconde. L'Irlande, plus studieuse d'abord et plus r^lée, l'emportait de beaucoup sur sa rivale, et attirait dans se$ écoles tou9 les hommes avid^ de science^. Mais bieptôt l'archevêque de Cantorbéry, Théodore, celui qui pacifia les deux Églises et soumit le clergé d'Irlande, longtemps rebelle, a l'autorité du Pape, releva en Angleterre les sciences théolc^iques et séculières, et leur i|[pprima un noble élan. « Aujourd'hui encore, * dit Bède le Vénérable, «il reste quelques-uns de ses a di^cipljes , et il$ parlent le latin «t le grec comme « leur langue maternelle. Jamais il it^y eut de temps a fhxs prospères que ceux-là , depuis que les Angles

t. Acta sanctorum, il mm.

. 2. Voyez AuGusTUf Toib&ry^ Qistoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, tome I.*""^ p. 112.

8. Multi nohiUum simul et mediocrium de gente Anglorum re^ Ucta insula patria, vel diçinœ lectiords vel eontinentioris vitœ gratia illo recesserant , et quidam qiddem màë se monasticœ conversationi fideUter mandpaçerunt , alii magis drcmaeundo per cellas magistro~ non lectiord operam dttre gaudebant: quos omnes Scoti Uhentissme suscipientes , yictum eis quotidianum sine pretio, llhros quoque ad discendum et magisterium gratuitum prœhere curabant. Bedje, Hist- ^cçl, gâ¥tt, Angl,, Uk. m, c, XX Vil, — Cf. Gieseler, Kirehengeschichte, Bd. I, S. 688 und foig.

« se sont établis en Bretagne : gouyernés par des rois « chrétiens et courageux , ils étaient la terreur de « tous les barbares; les yceux de la nation entière « étaient tournés yers ces joies du royaume céleste « tout récemment révélées; et pour qui voulait s'in- « struire dans les lettres sacrées, les maîtres ne « manquaient pas. ^ *

€elui qui parlait ainsi des grands services rendus par rarchevêque Théodore, le pieux et studieux moine de Jarrow, Bède le Vénérable, allait, peu de temps après, devenir le maître de la science de son temps. Tliéol(^ie, philosophie,, grammaire, histoire ^ physique, arithmétique, astronomie, ses écrits embrassent tout. C'est par là peut-être qu'il est le premier dans cette^ famille d'esprits germaniques, et parmi ces ancétrel^de Jean Scot, que je veux retrouver. Bède n'est pas un penseur original ; il n'est ni un grand théologien, ni un grand philosophe; mais la science encyclopédique qu'il recherche, atteste cette vigueur d'esprit et cet instinct systématique, qui, en se développant, devieiidront de plus en plus le caractère de la no^felle époque de l'Eglise, et produiront tant de ^ffittl Jth^^ . Après Bède le Vénérable, c'est Âlcuin qu'il faut nommer; esprit grave plutôt qu'élevé, actif plutôt

1, Ijidicio est, quod usque hodie supersunt de eorum discipuUs qui latinam grœçamque linguam œque ut propriam, in qua nati sunt, norunt, etc, BEOiS liist, eccL, lib, IV, c, IL

que puissant, il supplée, comme Bède, à la Supériorité de la pensée par son dévouement à la science. On sait quelle part il a prise à la restauration des lettres, accomplie par Charlemagne, et que rien d'important ne s'y est fait sans lui. Enfin, Char|emagne lui-même , ce Franc si pénétré de la civilisation antique et de l'esprit du christianisme; ce barbare qui écrivait, une grammaire tudesque, et recueillait ses vieux chants nationaux en même temps, qu'iL s'occupait de théologie, et qu'il étudiait les lettres grecques et latines; Charlemagne n'est-il pas, dans l'histoire, l'éclatante personnification de ce doubla esprit germanique et romain, qui partoyt apparaît de plus en plus du huitième au neuvième siècle ^ ? .

Voilà donc ces deux éléments tou^àjait en présence , et il est impossible de nier l'un ou Tautre. Sans doute les dispositions nouvelles , particulières à la race germanique, sont jusqu'à présent moins visibles pour nous , et l'historien a quelque peine à les déterminer nettement; elles n'ont encore rien produit. En face des œuvres qui ont transimft^ilMii.Scot lefi^|iraditioas de l'antiquité , on ne peut aMW K.une série d'œuvres inspirées par l'esprit nouveaulRjtiiOÛ Jean Scot aurait puisé, comme il a puisé dans les écrits des pères Alexandrins. Pourquoi? par une raison bien simple:

HiÈMsiKEf Histoire littéraire de la France ayant le douzième siècle > tome DI, chap. UI^ p. 39 et 40.

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