‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 155 sur 224 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CARACTÈRE GÉNélUL DE LA PHILOSOPHIE DE 8G0T éRIfiin^, ET U PLAGE DANS l'hISTOIRE. — GOMMENT ELLE TIENT ENGORl^ ÂDI IDÉES ALEXANDRINES ET GOMMENT ELLE s'eN séPARE.

Le meilleur moyen d'apprécier Scot Érigène et sa philosophie; c'est de marquer sa place dans l'histoire de la pensée humaine. Quand nous saurons ce qu'il a fait des éléments scientifiques dont il pouyait disposer y et ce qu'il a légué aux siècles suivanls, nous aurons jugé cette doctrine. Son importance relatiye nous sera connue par l'étude des circonstances d'où elle est née; et si nous suivons sa destinée dans les âges postérieurs, le temps et l'esprit humain, qui séparent le yrai du faux, nous révéleront d'euxmêmes sa valeur absolue.

Quel est d'abord le mérite relatif , quelle est l'importance historique de ce système? J'ai montré, en commençant ce travail, deux éléments très-distincts

NçOISIÈME PARTIE. CHAPITRE L 189

monde à l'époque où parut Scot Ërigèoe :

souvenirs, les débris de l'antiquilé *^té naissante par le christianisme;, ^ments plus jeunes, plus éner- Nord. Dès la fin du septième itième siècle, ces éléments esprit germanique n'a pas .ai-même, il ne sait pas ce qu'il .. religion qui l'a soumis; mais le dé- ^t qu'il met à la servir, l'empressement sciene qu'il déploie chez un Bède, chez un Alcuin, ts l'influence de Gharlemagne , attestent hauteque des forces plus actives sont acquises au c, et qu'une époque nouvelle, qu'une science die est proche, La première époque du christia- » était surtout antique. Le christianisme des (ers siècles est grec et romain, pour combattre [{uité et détruire son influence; il est alexandrin, ruiner Alexandrie. En même temps il est tout lé d'établir avec force les points particuliers de ë^ogie, de déterminer ses dogmes. La seconde ie n'est pas antique, elle est barbare ou plutôt inique, et sur ce rude et fort terrain elle proi des fruits vigoureux ; car avec elle de nouveaux as se déclareront, et surtout l'idée de rassem- 511 un système, d'élever, comme un édifice, toute i^sophii& chrétienne. Les guerres , les invasions létruit une partie considérable des lettres an-

tiques; mais ces traditions mutilées serviront a éTeiller l'esprit humain et ne gêneront pas sa marche. L'incomplète connaissance des philosophies anciennes, ces grands noms, Platon, Aristote, ces npms mystérieux, car on sait à peine ce qu'ils représentent^ provoqueront ces hommes nouveaux à des tentatives semblables; ils voudront, comme ces maîtres dont tant de barbarie les sépare, construire une sdenoe tout entière, et ces souvenirs deviendront pour em un aiguillon , sans pouvoir leur être un obstacle» Num donc ces deux éléments en présence; seulement, je le répète, ils s'ignorent eux-mêmes, ils ne dwvent se déclarer que par leur fruit, et ce fruit, ce premier fruit du monde moderne, quel est-il, sinon la philosophie du moyen âge?

Or , ce fut la tâche de Scot Erigène de révéler i son siècle ces puissances qu'il portait en lui sans les connaître» Ces éléments que j'ai signalés et qui étai^t encore dans l'ombre, isolés l'un de l'autre, il les a rassemblés dans son génie, il leur a (ait produire leur ceuvre, et c'est ainsi que cette philosophie chrétienne, qu'il a essayé d'élever, ouvre et prépare toute la scholastique.

. S. Grégoire de Nysse , S. Denys l' Aréopagite , Maxime le Confesseur, lui transmettent bien des idée» d'Alexandrie, et il peut sembler que Jean Scot soit le dernier représentant de l'esprit néoplatonicien au sein de l'Eglise, loin d'être l'inaugurateur d'une époque nou-

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