CHAPITRE I
Yelle^ de l'époque germanique ^ Mais non, il est beaucoup. iii%ÎjQ8 mystique que Plotin et Proclus; il est beaucoup moins Alexandrin que Denys l'Aréopagite, et, aux endroits même où il se rattache le plus à ces maîtres, il y a dans sa philosophie des principes chrétiens qui forment une barrière entre sa doctrine et les leurs. Quand il parle de l'union dernière avec Dieu, de la déification de l'âme; il s'applique toujours ^ ce que n^lige l' Aréopagite , à maintenir la permanence de la personne humaine au sein de riuue divine qui la reçoit et l'embrasse. On a pu remarquer les comparaisons qu'il emploie pour faire comprendre cette ineffable union, ces comparaisons du fer qui disparaît dans la flamme, de l'air qui disparait et pourtant subsiste toujours dans la lueur du soleil qui l'inonde. Quand il proclame l'éternité de la création, il prend le plus grand soin d'expliquer sa pensée, et en faisant de la création un acte éternel de la Divinité, il montre toujours Dieu antérieur au
1. Celte opinion a été soutenue par des écrivains considérables, en France, par un émineut historien, M. Guizot (Histoire de la âyilisation en France, 29.' leçon); en Allemagne, par un des chefs de la théologie hégélienne, M. Baur (Die çhrisiKche Lehre von der Versohnung. Tubingen, 1838, w-8, S. 136-138). Mais nous avons pour nous l'opinion contraire de M. Cousin (Cours d'histoire de la philosophie, 9.* leçon), développée par M. Pet. Htort (Johann Scot Erigena, oder vom Ursprunge einer christUchen Philosophie. Kopenhagen, 1823), et par M. Stauinsn- MAYER {Scotus Erigena und die Wissenschaft seiner Zeit, S. 298).
monde , en sorte que , si la ci'éation est éternelle , elle n'est cependant pas eoéternelle au Créileur. C'^t ce que dira plus tard Bernard de Chartres ^ Lorsque, Youlant expliquer cet acte de la création, Jean Scot divise la nature {cUvisio naturœ), c'est-à-dire, l'Etre unique et universel , lorsque de cette, division il fait sortir le monde, et que, dans son langage hardi, il parle de la Processio d^ êtres hors de Dieu, il ne dit jamais que la création soit une émanation; il proclame le principe chrétien de la volonté divine; il s'attache à ce principe; il le développe, et arrive à cette conclusion , récemment renouvelée , que la volonté est le fond même de Fessence; que, pour Dieu, être et vouloir, c'est une même chose. Dans cette volonté , enfin , il voit la bonté , l'amour ; car si Diea veut créer ce monde, c'est qu'il est bon, et, ajoute-t-il dans ces bizarres explications qu'il affectionne, bonus vient du mot grec /3o£i, crier, appeler, et Kee?^ç àe KcchsàVy parce que le Créateur, dans sa bonté, appelle le monde du néant à l'existence, S$cc ro itmrot wùsâ sàç œaiccy ^* Enfin , quand il montre ce Dieu , ce courant de l'être et de la vie, traversant toutes choses, animant, soutenant, enveloppant tout, il rappelle sans cesse que jamais il n'y a de confusion entre le Créateur et la créature, et le panthéisme, que repoussent ses intentions , ne résulte pas non plus de