‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 176 sur 224 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Hugues de Saint-Victor est le premier (}ui essaye de tracer à Tàme avide de contemplations y une route r^Iière et déterminée. II faut commencer, dit-il , par conteinpier la création , les œuvres de Dieu ; c'est là le premier degré, l'initiation première: de ce premier degré l'on s'élève jusqu'au second, et on contemple après l'ouvrage l'ouvrier, après la création le Créateur ^ Cette contemplation se distingue de la spéculation, laquelle, étant le produit de la science, ne communique à l'àme que la surprise, l'admiration des magnificences qui lui sont révélées. La contemplation, au contraire, comme elle est cette science pins haute que donne l'amour, remplit l'âme de merveilleuses douceurs qui la changent toute en délectations et en joies. 2

Mais c'est surtout Richard de Saint-Victor qui est au moyen âge le véritable l^islateur du mysticisme. Il entreprend de soumettre à l'analyse psychologique les mouvements irréguliers de l'amour, il s'applique à décrire avec exactitude les visions de la science di-

1. Contemplatioms autem duo gênera sunt : unum, quod et primum est et mdpienthan in creaturarum consideratione ; aMud, quod uitimwn et perfectorum est et in contemplatione Creatoris. Hug, a S. Vict. de Modo dicendi et meditandi, apud Màrtène et Durand , Thés, noç, anecd. , tom, V. p, 887 et 888.

2. In speculatione novitas insoUtœ visionis in adnuratione subie* vat : in contemplatione ndrœ dulcedinis gustus totam in gaudiwn et jucunditatem commutât, — • Ibidem,, loc, cit.

^ine, il élève enfin toute une théorie de la contemplation qui fixe scientiéquement le mysticisme des siècles précédentis et sera admise par les mystiques qui vont suivre , par S. Bonaventure et par Gersoa , comme la règle supi*ème de leur doctrine.

Scot Erigène se fondait sur la science, S. Bernard et Hugues de Saint -Victor sur l'amour , sur Tactioni , sur la vertu; Richard de Saint -Victor , dans saconaplète théorie , unit ta science et l'amour. On a remarqué qu'il y avait deux tentatives diverses dans ses écrits 1 r il commence d'abord, comme les scholastiques, qui touâ se proposaient pour but de comprendre ce qu'ils croyaient, d'élever la croyance à la hauteur de la science; puis, revenant à sa doctrine, il veut, dès qu'il a acquis cette science , la porter plus haut et arriver à cette connaissance suprême, immédiate, que recherche le mysticisme. Il est donc tout à fait mystique de ce côté, il a ce caractère commun à tous les* mystiques, qu'il veut atteindre une connaissance supérieure à l'humanité et pour laquelle il faut que l'homme sorte des limites de sa nature, versatur ultra naiurœ suœ terminas, dit Scot Érigène; mais il s'efforce de faire une étude psychol(^ique de cette intuition à laquelle il aspire, et tandis que les mystiques s'élancent d'un seul vol hors des lois de l'humaine pensée,

1. Heinrich SciiMiDT, der Mysticismus des Miitelaiters, lena, 1828, S, 312.

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