‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 186 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'Amaury est y selon moi , dans la querelle du réalisme et du nomioalisme : le panthéisme d'Amaury n'est pas autre chose que le réalisme de Guillaume de Champeaux f poussé jusqu'à l'exagération , s'exaltant encore sous les contradictions du nominalisme , et arrivant à ses dernières conséquences; et si les accusateurs d'Amaury de Chartres, cherchant l'auteur de ces doctrines, ont dénoncé Jean Scot et non pas queU qu'uades réalistes récents, et, par exemple, Guillaume de Champeaux , ne serait-ce pas^que Scot Erigène, déjà suspect à l'Église, très-peu et très-mal connu , et d'ailleurs grand réaliste lui-même, devait naturellement érëUer les soupçons et appeler les invectives des adversaires d'Amaury?

Je veux m'expliquer plus clairement : que le réalisme, dès qu'on exagère son principe, conduise tout droit au panthéisme, cela n'est douteux pour per- ^nne. Si l'on croit, comme Guillaume de Champeaux, que les universaux , les genres , sont l'essence même ^ tous les individus qui composent ce genre , et si ^'^n n'a point fixé le sens et les limites de cette décrie, on peut être entraîné bien loin et réduire tous les individus à n'être plus que de simples accidents d'une substance unique; et de là à déclarer que tous les genres eux-mêmes sont des accidents d'une Substance plus générale , d'une substance universelle , gui est Dieu, la pente est glissante et rapide; on arrive ie Guillaume de Champeaux à Amaury de Chartres»

Assurément Jean Scot était réaliste aussi, et, nous l'ayons tu, réaliste très-décidé, à titre de philosophe platonicien et chrétien ; mais si le réalisme résulte de son système, il n'y est pas enseigné expressément comme il le sera trois siècles plus tard , quand une lutte sérieuse aura divisé la philosophie. Au lieu de rapporter à Scot Erigène les doctrines d'Amaury de Chartres, il est bien plus naturel de les faire sortir immédiatement de ces luttes récentes qui avaient passionné les esprits. Les expressioos mêmes attribuées à Amaury par Odon de Tusculum, rappellent éyideniment la querelle des uniyersaux : Amaury prétendait qu'il n'y a qu'une seule substance au fond de toutes les créature», de même, disait -il, qu'Abraham et Isaac n'oèt pas chacun une essence distincte, mais une seule qui leur est commune à tous deux ; or , c'est là un exemple qui i^venait sans cesse dans cette discussion , comme celui de Platon et de Socrate. Après tout oed, il ne peut plus y avoir de doute : voilà d'où sortent ces théories condamnées au commencement du douzi^ siècle; elles sortent de l'exagération d'une doctrioe excellente et parfaitement conforme à l'esprit du christianisme. Le danger du réalisme est d'abolir la personnalité, de détruire les individusen les sacrifiant au genre, et de sacrifier ensuite les genres eux-mèaies à l'unique et universelle essence, c'est*à-dire, de s'aller perdre dans le panthéisme; de même que le danger du nominalisme est d'arracher tous les êtres à leur

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